A MES MAITRES DANS LES HOPITAUX
Externat.
MM. les Docteurs LEruLce, Bazy, Auvarp, GAUCHER, MERKLEN (in
memoriam).
Iniernat Provisoire.
MM. les Docteurs BARBIER, GASNE (in memoriam)
Internat.
MM. les Docteurs BruxL, BALZER, BROCQ, CASTAIGNE.
MM. les docteurs Lerars, BriNpEau, de Massary, Micra, RAVAUT, = SainTow, Gasrou, L.-M. PaurTriER.
Lorsque Unna, en 1887, au Congrès de Washington, donna sa conception de l’eczéma séborrhéique, prenant por type de sa description l'affection que l’on connaissait sous le nom d’eczéma acnéique ou d’eczéma flanellaire des médecins de l'hôpital Saint-Louis, il ne mettait pas en doute la nature eczémateuse de la dermatose qu'il appelait ainsi, et affirmait que l’éruption affecte de préférence les régions d'élection de la séborrhée. Mais, frappé en outre du fait qu'on rencontre tous les degrés intermédiaires entre les eczémas à squames grasses et les pityriasis d’une part, certains psoriasis d'autre part, il fut amené dans ses publications postérieures à élargir singulièrement le cadre de l'eczéma séborrhéique. fe
La doctrine de Unna, accueillie d’abord avec faveur parce qu'elle apportait un commencement de classification dans le groupe informe qu'était alors l’eczéma, ne tarda pas à être vivement critiquée. é
On contesta, tout d’abord, la nature eczémateuse du processus ; on contesta ensuite sa localisation élective sur les régions où siège la séborrhée. | Pour ce qui est de la nature eczémateuse du processus, M. Brocq fut l’un des premiers à ne pas l’accepter; il proposa de désigner sous le nom de « séborrhéites » l’ensemble des faits différenciés par le maître de Hambourg.
« Si, écrit-il en 1897, nous voulons garder le radical séborrhée et supprimer le mot eczéma dans la dénomination de tous ces faits, comme d’autre part, ils s’accompagnent toujours d’un certäin degré d’inflammation, il nous paraît tout naturel d'adopter pour les désigner le mot nouveau de « séborrhéites » : il a le double avantage de rappeler le vocable ancien et d'affirmer de la manière la plus nette l’existence de tout un groupe de dermatoses vraiment distinctes de l’eczéma vulgaire. » La même année, il changeait ce mot et adoptait celui de « séborréide », proposé par M. Ie P' Audry.
M. Brocq ajoutait : « Plus nous avancons dans l’étude clinique et plus nous sommes convaincu qu'entre les cczémas. vulgaires d'une part, le psoriasis typique d’autre part, il y atout un groupe immense et complexe de derma-
toses surtout distinctes des eczémas vrais, beaucoup moins des psoriasis vrais, et qui est vraiment trop important pour n’avoir,pas son existence propre dans le cadre nosologique et être simplement considéré comme constituant des faits de passage. »
Quant à la seconde affirmation de Unna ayant trait à la localisation même de son eczéma séborrhéique, M. Brocq écrit, en 1899 : « Après beaucoup d’hésitations, nous sommes arrivé à être convaincu que la séborrhée ne joue qu’un rôle accessoire dans ces affections; aussi, après avoir adopté le mot de « séborrhéide » créé par Audry pour les désigner, nous le diseutons actuellement. »
C’est alors que, définitivement, il donne le nom de parakératoses psoriasiformes à toute une série de faits qui sont voisins du psoriasis et ressemblent à des éléments de psoriasis avorté.
Depuis cette époque, M. Brocq, dans son enseignement, a continuellement insisté sur la réalité et l'importance de ce groupe morbide. Dans ces dernières années, un nouvaau procédé d’exploration, le grattage méthodique, en lui mon-
trant dans toute la série des dermatoses rouges et squameuses des particularités très nettes, est venu encore fortifier son opinion. Mon maître, M. Brocq, m'a fait l'honneur de me proposer d’étudiér. dans un travail d'ensemble, les parakératoses psoriasiformes. Je n’ai nullement la prétention de faire œuvre originale; je ne fais qu'exposer les idées et l’enseignement qu'il m'a donnés.
Je suis profondément heureux de cette occasion qui m'est offerte d'assurer mon éminent Maître de mon sincère atta-chement et de ma profonde reconnaissance.
HISTORIQUE à
« Je connaissais déjà depuis longtemps, dit M. Brocq, et pour les avoir maudits, ces faits étranges dans lesquels il est fort difficile, sinon impossible au premier abord, de déclarer s’il s’agit d’un psoriasis ou d’un eczéma, mais je les croyais beaucoup moins nombreux qu’ils ne sont en réalité. J'ai
revu des malades que j'avais étiquetés autrefois eczémas et
qui me revenaient avec des lésions de psoriasis, et inverse-
’ ment des malades que j'avais considérés comme atteints de
psoriasis et qui me revenaient avec des lésions franchement eczémateuses. (1) »
Ces faits étaient connus des dermatologistes; ils sont d’observation courante et ont été souvent décrits, parfois soupconnés dans leur nature.
Au point de vue clinique, on connaissait surtout une éruption relativement fréquente, qui siège sur le devant de la poitrine et entre les deux épaules, et qui coïncide assez fréquemment avec des lésions analogues du cuir chevelu. C’est une affection sans importance, mais particulièrement tenace chez les sujets qui portent de la flanelle ; elle est essentiellement caractérisée par de petits éléments à évolution excenirique, variables de forme et de dimensions, qui ont au début la grandeur d’une tête d’épingle, qui s’étalent peu à peu et arrivent à avoir la largeur de l’ongle, d’une pièce de
(1) L. Broco. La question des Eczémas. Paris, 1900.
HISTORIQUE 13 un franc, et même plus; ils sont arrondis, circinés, à bords légèrement saillants, assez nettement arrêtés, d’un rouge assez vif, parfois quasi acnéiques, recouverts de squames un peu molles et comme graisseuses, à centre affaissé, jaunâtre ou à peine teinté, quelquefois d'aspect normal.
Ces faits sont probablement signalés dans les travaux que Hébra consacra à l’étude des séborrhées. Les dermatologistes de l’école française, Biett, Devergie, Gibert, donnent, des pityriasis et des lésions inflammatoires quiles accompagnent, des descriptions où il n’est pas facile de déméler ce qui revient aux différentes mycoses, aux folliculites, à l’alopécie pityrode, à la séborrhée, à l’eczéma, mais où l’on peut avec certitude retrouver quelques traits caractéristiques de ces éruptions proches de l’eczéma.
Personne mieux que Rayer n’a le droit d’être compté parmi les précurseurs, quand il a indiqué les rapports qui existent entre les pityriasis du cuir chevelu, et certaines poussées eczématiformes qui envahissent le cou, la poitrine, le dos; ces faits rentrent évidemment dans le même cadre.
Erasmus Wilson a décrit les efflorescences sternales qu'il considérait comme formant son lichen circinatus.
L'eczéma acnéique de Bazin, de Lailler, l’eczéma marginé de Hardy désignent les mêmes modalités cliniques. Vidal E. Besnier connaissaient, décrivaient les mêmes formes élémentaires et les considéraient comme des eczémas, eczéma flanellaire ; ils ne mettaient pas en doute leur nature parasitaire.
Duhring signalait les mêmes faits en tant que manifestation de la séborrhée.
Jusqu'en 1887, ces lésions étaient donc parfaitement connues des cliniciens, mais ils les considéraient tantôt comme faisant partie de l’eczéma, tantôt comme faisant partie de la séborrhée.
C'est l’étude de ces faits qui a été le point de départ de
toute une série de travaux qui sont dus à l’éminent dermatologiste de Hambourg, P. G. Unna, et c’est en 1887, au Congrès de Washington, qu’il a pour la première fois fait connaître ses idées.
Il semble que ce soit en recherchant ce qu’il faut réellement entendre sous le nom de séborrhée, que Unna ait été amené à la conception de ce qu’il a appelé eczéma séborrhéique.
D'après lui,'on a confondu deux groupes de faits très différents sous le nom de séborrhée :
1° Une véritable hypersécrétion graisseuse des glandes sudoripares qui constitue la maladie vraiment digne du nom de séborrhée. ”
2% Des processus inflammatoires chroniques de la peau qui répondent à ce que l’école de Viénne a décrit sous le nom de séborrhée sèche et en particulier au pityriasis capitis. Ces dernières lésions sont pour Unna des dermatoses inflammatoires bien définies qui peuvent s'accompagner de la production d’une quantité anormale de graisse provenant d'une hypersécrétion des glandes sudoripares et non des glandes sébacées. C’est à ces dermatoses spéciales qu’il donne lenom d’eczéma séborrhéique et tous les processus morbides qui présentent le caractère d’être des catarrhes chroniques de la peau avec hypersécrétion graisseuse doivent, pour lui, rentrer dans cet eczéma séborrhéique.
Dès cette époque, le domaine de cet eczéma séborrhéique était extrêmement vaste. Il nous suffit de faire remarquer que cé nouveau Cadre morbide comprend : 1° tous les pityriasis du cuir chevelu; 2° les croûtes graisseuses du cuir ‘chevelu avec ou sans infiltration rosée ou rouge visible sousjacente des téguments; 3° des dermatoses humides, suintantes, caractérisées par des squames graisseuses, par un aspect rappelant tout à fait celui de l’eczéma vulgaire, et par ‘uneprédilection marquée pour les plis rétro-auriculaires, pour
HISTORIQUE | 15 les plis articulaires, pour le cuir chevelu ; 4° l’eczéma dit flanellaire avec ses différents caractères objectifs; 5° ce que Unna appelle l'acné rosée érythémateuse; 6° des états Fans meux du visage répondant aux dartres volantes des anciens auteurs, ailleurs à des formes légères de psoriasis. En 1890, dans son mémoire sur les Parakératoses, Unna ‘ étend encore le cadre de l’eczéma séborrhéique, et de ce travail on peut conclure que Unna admet que presque tous les eczémas sont d’origine séborrhéique, mais de plus, on trouve nettement exprimée une autre proposition, © ’est que
la plupart sinon la totalité des psoriasis doivent rentrer dans l'eczéma séborrhéique.
En 1892, Unna fait connaître à la Société de Médecine de Hambourg le résultat de ses recherches bactériologiques et: expérimentales sur les eczémas. Dans tous les cas d’eczéma, il trouve un microbe auquel il donne le nom de morococcus et qu'il considère comme pathognomonique.
Enfin, en 1893, paraît son Mémoire définitif sur l’éczéma . séborrhéique (1), nous ne ferons qu’en rappeler les grandes lignes. |
L’eczéma séborrhéique ou catarrhe séborrhéique de la peau est histologiquement caractérisé par les quatre facteurs histologiques de tous les eczémas : 1° une parakératose de l’épiderme ; 2° une prolifération épithéliale de la couche des cellules épineuses ou acanthose; 3° la formation, par suite d’un œdème intercellulaire, d'un état spongoïde de la couche épineuse, d’où résultent de petites cavités intercellulaires et plus tard de vraies vésicules par refoulement des cellules; 4° une inflammation du derme qui s'étend plus où moins profondément. En outre, il présente un cinquième caractère histologique qui lui est spécial, c’est une augmentation de la
(1) P. G. Unwa. L’eczéma séborrhéique. Traduction française du D' Menahem Hodara. Journal des Maladies eut. et syph, Mars-Avril 1894.
graisse normale, ce qui est un signe de la suractivité des glomérules. 5
De ce dernier Mémoire de Unna, nous devons surtout retenir deux propositions : 1° Les vésicules forment le point culminant de l’exsudation, mais leur manque d’existence n'exclut jamais Le diagnostic d’eczéma; il suffit pour le poser qu'il y ait parakératose. 2° L’eczéma séborrhéique est d’origine parasitaire. Les micro-organismes qui pullulent dans les croûtes de l’eczéma séborrhéique, se réduisent surtout à deux espèces que l’on rencontre fréquemment : ce sont les bacilles en forme de bouteille ou spores de Malassez et les morococeci.
L'eczéma séborrhéique de Unna ou mieux les différentes formes éruptives qu’il groupait sous ce nom, constituaient donc bien, malgré leur diversité d'aspect, un seul et même groupe parfaitement défini, une entité morbide vraie, puisqu’elles reconnaissaient : 1° au point de vue histologique, des lésions parakératosiques analogues ; 2° au point de vue pathogénique, les mêmes agents infectieux pour origine.
A l'exception de Philippson, tous les élèves de Unna adoptèrent les héories de leur maître. En Amérique, Elliot admet, ui aussi, que l’on ne doit pas rechercher dans la vésicule, le critérium de l’eczéma, et cependant sa doctrine diffère de celle de Unna en ce sens qu'il ne croit pas que la parakératose peut être considérée comme lésion pathognomonique de l’eczéma séborrhéique.
C’est en 1889 que Brooke (de Manchester), formula les pre-
mières réserves sérieuses à propos de la théorie de l’eczéma séborrhéique (1). Il se refuse à faire entrer dans l’eczéma les desquamations furfuracées du cuir chevelu qui ne s'accompagnent d’aucuneinfiltration des téguments, et la séborrhée du corps (lésions circinées du devant de la poitrine) dans
(1). H. G. Brooke, The relations of the séborrhoeic processes to some other affections of the skin. Juin 1889, et L. Broco. La question des eczémas.
laquelle on voit un processus morbide persister de longues
années sans amener d'autre phénomène qu’une légère
hyperhémie des téguments : «On ne retrouve dans ces faits, dit-il, ni papulation, ni vésiculation, ce qui est contraire aux idées que l’on doit se faire sur l’eczéma. » Il croit que la séborrhée, comme toute autre cause d’irritation de la peau, peut être fort bien, chez les sujets prédisposés, le point de
départ d'une poussée d’eczéma typique: le développement
de l'eczéma se fait alors surtout en certains points où la peau est plus fine, comme derrière les oreilles, etil dépend, soit de l’irritation causée par la séborrhée elle-même, soit de l'irritation causée par les autres sécrétions cutanées ou par le grattage.
Le mème auteur fait de plus cette constatation capitale,
que l’on peut appliquer sur ces lésions des réducteurs forts
comme le goudron, le soufre, la résorcine, la chrysarobine, sans causer d’inflammation vive; ces substances sont même parfois nécessaires pour amener la guérison. |
Ce ne sont pas là-les réactions de l’eczéma ordinaire, et ces propriétés semblent indiquer bien plutôt que les lésions sont dues à l’action irritante de quelque parasite de nature encore inconnue et non à une forme quelconque d’eczéma. Cette affection n’a donc pour lui ni la physionomie clinique, niles réactions thérapeutiques des dermatoses auxquelles il a l'habitude de donner le nom d’eczéma, et elle ressemble souvent beaucoup plus au psoriasis, mais Brooke ne l’assi-
‘mile pas cependant au psoriasis.
Radcliffe Crocker, en 1893, décrit à part, en dehors du \ cadre de l’eczéma vrai, les formes morbides constituant
l’'eczéma séborrhéique de Unna. Il pense que cet auteur a donné ‘trop. d’extension à ce type morbide. Les affections -qu'il décrit sous le nom de « Seborrhoeic dermatitis » res-
semblent tantôt à l’eczéma, tantôt au psoriasis ou au lichen, et
il pense qu'il y aurait avantage à adopter une dénomination »
EERNET 2
spéciale à chacune de ces formes ; aussi décrit-il une sébor- rhoea eczématiformis, psoriasiformis, papulosa seu lichenoides.
Les idées de Duhring sont peu précises ; il pense cependant que Unna a confondu, dans son eczéma séborrhéique, plusieurs affections qui doivent être distinguées les unes des autres. Parfois, il semble qu'il s’agit d’une affection spéciale qui n’est ni de l’eczéma, ni de la séborrhée. Duhring pense queparfois il peut s'agir d’un psoriasis séborrhéiquè.
En Allemagne, les auteurs qui se sont le plus occupés de ces questions sont Philippson, Neisser, Tôrük.
Philippson critique les arguments histologistes sur lesquels Unna appuie sa conception de l’eczéma séborrhéique et au point de vue clinique, 1l fait remarquer qu’il suffit pour Unna, de constater de laséborrhée du cuir chevelu, pour porterle dignostic d’eczéma séborrhéique, quel que soit l’aspect de la dermatose eczémateuse, psoriasique cu couperosique.
Neisser admet que la dermatose appelée eczéma flanellaire ou seborrhoea corporis n’est pas un eczéma; il'admet que le pityriasis capitis n’a aucun rapport avec l’eczéma, et enfin que les dermatoses rangées par Unna dans l’eczéma séborrhéique doivent former un groupe morbide spécial, où il est difficile de savoir ce qui revient à la séborrhée, ce qui revient à l’eczéma.
En 1899, Tôrôk, après avoir critiqué les recherches bactériologiques de Unna, discute uniquement sur la nature du seul type clinique auquel Duhring a donné le nom de sebor-rhoea corporis. D’après lui, les lésions histologiques sont celles du psoriasis; au point de vue clinique, on voit souvent les éruptions typiques de la séborrhée du corps s'associer chez le même sujet avec des lésions typiques de psoriasis.
Tôrük ne peut admettre que ce soit là une raison pour faire rentrer le psoriasis dans l’eczéma séborrhéique : « Toute lésion psoriasique doit s’appeler psoriasis, quel qu’en soit le
siège » et, de ce fait, il conclut que l’on doit rattacher la séborrhée du corps au psoriasis.
En France, la plupart des dermatologistes se sont préoccupés des conceptions de Unna.
En premier lieu, nous devons rappeler les travaux de M. le P' Audry.
En 1893, il fait paraître un premier article sur « La dermatose de Unna »; en 1894 (1), ilfait paraître un travail complet; en 1899, il publie un mémoire définitif (2).
Dans ce dernier mémoire, M. Audry déclare qu'il faut restreindre et non étendre de cadre de l’eczéma séborrhéique. Il pose en fait qu'à l'heure actuelle, nous sommes obligés d'étayer surtout nos conceptions sur l'observation clinique, car l’anatomie pathologique et la bactériologie ne peuvent pour le moment nous fournir que des données accessoires.
En s'appuyant sur les recherches de Darier, de Béatty, de Grenet, il prouve que l’hyperstéatose cutanée n’a pas dans cette affection l'importance fondamentale que Unna lui attribuait. « Non seulement la séborrhée peut être absente, mais encore l'existence de phénomènes inflammatoires, larvés ou patents, combinés avec une séborrhée probable, n’est nullement à mon avis, suffisante pour que l'on puisse considérer la lésion comme appartenant en propre à la dermatose de Unna. »
Pour ce qui est de la nature eczémateuse du processus, M. Audry déclare nettement, qu’en se basant uniquement sur la clinique, il ne peut ranger la dermatose de Unna dans l'eczéma. « Et cependant, dit-il, l’eczématisation en est une complication extrêmement fréquente. Est-ce un eczéma séborrhéique modifié ou compliqué ? En réalité, ces faits sont pour moi encore tout à fait obscurs. Ce sont eux qui gênent
(1) Ch. Aupry. Sur la dermatose de Unna Annales de Dermat. et de Syph., 1894.
(2) Ch. Aupry. Le soi-disant eczéma séborrhéique, Annales de Dermat. et de Syph., avril et mars 1899.
dans la délimitation à opérer avec les anciens eczémas, de même que d’autres cas relient étroitement la dermatose de Unna au psoriasis. Peut-être l'observation clinique pure estelle le meilleur moyen d'y parvenir et de considérer l’eczématisation, simple expression anatomique, comme un épiphénomène d'importance secondaire survenu au cours de la dermatose que nous étudions, ainsi qu’elle peut vraisemblablement se produire à la surface de bon nombre de lésions superficielles de nature complètement différente ».
Enfin, M. Audry restreint le cadre de l’eczéma séborrhéique de Unna. Il en rejette nettement le pityriasis capitis et les taches jaunes : «Plus difficile dit-il, est de le délimiter des affections voisines, en particulier du psoriasis, etje pense qu'il faut attribuer à la dermatose de Unna un dixième des faits qui sont couramment étiquetés psoriasis », et il conclut que cette dermatose est « une maladie de l'épiderme com- plètement autonome et circonscrite, bien définie dans la plupat des cas, maladie vraisemblablement spécifique et parasitaire, bien que l’agent n’en ait pas encore été suffisamment démontré ». |
Dans les notes annexées à la traduction de l’ouvrage de Kaposi, dans le Traité de Thérapeutique appliquée de A. Robin} Besnier avait exposé etcritiqué les conceptions de Unna. Il admettait qu’il est possible de constituer un groupe spécial d’affections intermédiaires aux eczémas et aux psoriasis, mais il ne pouvait concevoir que les formes aiguës à extension rapide, puissent dépendre uniquement du parasitisme ; ‘il se refusait à ranger le psoriasis dans l’eczéma séborrhéique.
En 1900, Besnier fait paraitre l’article « Eczéma séborrhéique », dans la Pratique Dermätologique.
Si nous dégageons sa pensée, voici comment nous pouvons la synthétiser : il a de la tendance à croire que les formes primitives et pures, décrites par Ünna, ne sont guère compa-
So
rables aux dermatoses vraiment su du nom d’eczéma. II pense d'autre part que le terme de « Séborrhéique » n’est guère justifié pour cette affection, e l'élément seborrhée peut y faire totalement défaut. Et cépendant, il croit qu'il faut conserver pour le moment, la conception de Unna et sa dénomination, et cela pour les raisons suivantes : 1° Le groupement d'affections qu'il a proposé est exact en clinique; 2° ces dermatoses ont de fréquents rapports avec les séborrhées anciennes ; 3° l’eczématisation joue un rôle considérable dans leur évolution ; 4° ce sont des maladies pré-eczématiques ; 5° elles’ donnent lieu à des indications thérapeutiques spéciales s'appliquant à tout ce groupe. Besnier ne croit pas qu'il soit bon de renverser la conception de Unna parce qu’on a pas de documents suffisants pour édifier sur ses ruines des types cliniques parfaits, pathogéniquement bien établis, et à l'abri de toute discussion : « On ne peut, dit-il, refuser à ces affections le nom d’eczéma, car on ne peut dire à l'heure actuelle avec certitude, où commence l’eczéma et ce qu’il est. Et d’ailleurs, la maladie de Unna se complique d’eczématisation avec une extrème fréquence, et cela suffit pour qu’il ne soit pas excessif de dénommer, avec Unna,; Fe divers types qu'il a décrits, eczéma séborrhéique ».
M. le P' Gaucher (1)ne reconnaît, comme eczéma séborrhéique, que l’affection circinée marginée qui a été décrite par Bazin sous le nom d’eczéma acnéique. Les formes squameuses de Unna sont pour lui des pityriasis simplex ou de la séborrhée pityriasique : elles se compliquent fréquemment d’un eczéma ordinaire.
. M. Hallopeau (2) étend encore le cercle des affections séborrhéiques : non seulement il y fait rentrer le psoriasis tout entier, mais encore le pityriasis rubra pilaris; à l'inverse de
(1) E. Gaucner Leçons sur les maladies de la peau, 1895, p. 277. (2) H. HazzopraAu. Semaine Médicale, 1895, p. 390 et suivantes.
Unna, il déclare que toutes ces dermatoses ne constituent pas une seule et même affection. Elles ont une origine commune, un trouble de l? excrétion des matières grasses, trouble qui a surtout son siège dans les glandes pilo-sébacées. Cependant, M: Hallopeau reconnait qu ’il existe des dermatoses spéciales, ne répondant à aucun cadre actuellement connu, et pour lesquelles il admet le nom de « séborrhéides », « en donnant à ce radical une signification surtout clinique; car st l'observation justifie pleinement le rapprochement qui s’est fait sur ce nom entre des dermatoses qui diffèrent par leur aspect et leur localisation, il n’est pas encore pleinement démontré qu’elles soient toutes subordonnées à un trouble de l'excrétion graisseuse (1) ».
M. Tenneson décrit, sous Le nom de psoriasis eczémateux, les formes intermédiaires à l’eczéma et au psoriasis : « Ces formes, dit-il, sont considérées par les uns [comme des eczémas, par les autres comme des psoriasis, car, en vertu d'idées théoriques, on nie la possibilité des formes de transition entre l’eczéma et le psoriasis. Et cependant, ces formes composées existent; elle avaient déjà été décrites par Devergie. » (2) S
En 1904, M. Sabouraud, dans son livre sur les pityriasis, distingue nettement plusieurs types morbides. À côté du pityriasis simplex ou willanique dont il décrit plusieurs formes, il distingue une autre forme objective : les pityriasis stéatoïdes, qui correspondent aux dermatoses marginées, acnéiques, figurées ou flanellaires des médecins de l'hôpital Saint-Louis. Ces pityriasis stéatoides renferment aussi d’autres formes objectives peu précises au point de vue clinique, bien qu’elles paraissent l'être, au premier abord, au point de vue histologique de leurs squames et aupoint de vue bactério-
(1) H. HazroPprau. Note sur un cas de séborrhéide. Societe de Dermat. Juillet
(2) TENNESSON. Traité clinique de Dermatologie, 1893, p, 150.
logique. Leurs caractères histologiques sont en effet d’avoir à leur surface des squames-croûtes épaisses, composées de cellules plus ou moins kératinisées, séparées par d’innombrables alvéoles ovoïdes de dimensions variables occupées par une matière qui a tous les caractères du sérum coagulé. Leurs caractères bactériologiquesseraient laco-existencedela spore tle Malassez et du coccus polymorphe à cultures grises,
Toutes les dermatoses autres que ces pityriasis simplex et que ces pityriasis stéatoïdes, dermatoses étudiées par les auteurs sous le nom de séborrhéides, doivent être considérées comme des psoriasis vrais. Les psoriasis, pour M. Sa- bouraud, sont caractérisés par la présence, dans les squames stratifiées qui les recouvrent, d’abcès miliaires contenant des leucocytes, mais sans microbes décelables. Cette lésion serait pathognomonique et, partant de ce principe, il englobe dans le cadre des psoriasis la plupart des séborrhéides.
M. Darier, dans son Précis de Dermatologie, propose le nom d’eczématides pour désigner tout le groupe de dermatoses érythémato-squameuses en taches ou placards circinés | appelées eczémas, séborrhéides, eczémas secs. « Les relations de ces éruptions avec la séborrhée sont inconstantes. Je les crois proches parentes des eczémas pour deux raisons : parce qu’on observe en clinique des passages insensibles des unes aux autres, et parce que, histologiquement, leurs lésions sont semblables, au degré près. On ne peut cependant pas les incorporer tout uniment à l’eczéma, attendu que les éléments diffèrent cliniquement de ce dernier par les quatre caractères suivants : leur sécheresse habituelle, la netteté de leurs contours arrondis ou polycycliques, leur persistance prolongée dans le même aspect, leur guérison très facile sous l’influence de certains topiques (1). »
Tel est le long exposé des principaux travaux parus sur la
(1) J. Darrer. {Précis de Dermatologie, 1909, p. 72.
Dermatose de Unna (1). On voit que les idées du dermatologiste de Hambourg, n’ont été admises dans leur intégralité que par ses élèves directs. Les autres auteurs lui ont fait pour la plupart des objections d'ensemble ou de détail.
On s'accorde généralement à mettre à part la séborrhée huileuse vraie ou séborrhée grasse, les taches jaunes, à considérer l’eczéma séborrhéique cireiné du devant de la poitrine et ses diverses variétés comme une affection bien à part et de nature parasitaire probable.
Mais snr tous les autres points, l’accord est loin d'être fait, la discussion reste ouverte.
Si nous voulions synthétiser, nous pourrions classer en quatre grandes catégories, les opinions actuellement en COUTS :
1° Les partisans convaincus de la théorie de Unna et de sa conception de l’eczéma séborrhéique : ce sont les élèves directs du maître de Hambourg.
2 Ceux qui trouvent que cette conception n’est pas irré- prochable, que la plupart des dermatoses rangées dans ce groupe ne sont pas des eczémas véritables et qui, cependant, considèrent qu'il vaut mieux provisoirement conserver cette conception et ces dénominations sans y rien changer : c'était l'opinion de E. Besnier.
3° Ceux qui déclarent que la conception de l’eczéma séborrhéique est radicalement mauvaise, que les lésions de ces dermatoses sont des lésions de psoriasis : parmi eux, nous devons citer Tôrôk et M. Sabouraud.
4° Ceux qui déclarent nettement qu'il faut modifier dans
une certaine mesure la conception de Unna, etne pas appeler
eczéma les affections dont nous venons de parler : ce sont Brooke, M. le P' Audry, M. Darier.
(1) Nous ne faisons pas, dans cet historique, l'exposé des travaux de M. Broco, nous réservant de le faire dans les chapitres ultérieurs. ;
Après avoir indiqué ces différentes opinions nous vou-
drions, en exposant la conception de M. Brocq, apporter un peu de clarté dans ces discussions.
En nous basant uniquement sur l’aspect objectif de ces dermatoses, que M. Brocq, en 1887, appelait «Séborrhéides » et qu’il appelle aujourd’hui « Parakératoses psoriasiformes », nous allons essayer de elasser les faits.
Nous ne pouvons le faire avec précision, que si nous con naissons la conception générale. des dermatoses, la théorie des faitsde passage, le procédé d'exploration préconisé par M. Brocq, sous le nom de grattage méthodique; que si nous exposons comment nous concevons les critériums objectifs de l'eczéma et du psoriasis. En prenant ces bases comme point de départ, nous pourrons différencier et classer les : dermatoses rouges et squameuses intermédiaires à l’eczéma et au psoriasis.
L’exposé rapide de ces questions va servir d'introduction à l'étude des parakératoses psoriasiformes. |