H. — LES PROBLÈMES MÉTAPHYSIQUES
La diversité des types d'explication, l'irréductibilité des mentalités qu'elle manifeste comportent cette conséquence remarquable : les problèmes métaphysiques, c'est-à-dire les problèmes envisagés comme les plus solennels et les plus fondamentaux, varient avec le type d'explication auquel on se réfère.
Prenons les explications dites animistes ou anthropomorphiques. Elles reposent sur des jugements analogiques, qui attribuent la production de tous les phénomènes à des agents semblables à nous. Dès lors se posent tous les problèmes relatifs à la théologie, à la théurgie, à l'angélologie, à la démonologie. Recourons aux explications ontologiques ; admettons que chaque notion abstraite soit le pendant d'une réalité distincte, et voici surgir les problèmes métaphysiques de l'indi-
' Cf. E. Bréhier, la Théorie des incorporels dans l'ancien stoïcisme, i<)o8. * J. von Arnim, op. cit., II, ii8, 3; ce passage est expliqué par Sextus, Math.
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APPENDICES rus
viduation, de riinité ou de la pluralité des formes spécifiques, de l'univocité ou de l'analogie de l'être ! Admettons le principe existentiel du maximum et celui de l'éminence de la cause : voici le problème du mal. Donnons un sens réaliste au principe d identité et voici les apories des Eléates, des Mégariques, des Sophistes, et le problème de l'un et du multiple (jui de Platon retentit jusqu'à Herbart et à Bradley ! Adoptons le principe de l'isolement des objets dû à l'autonomie des substances, c'est-à-dire laissons tomber, comme les branches mortes d'un arbre que l'on émonde, les relations qui sertissent les objets : les relations, détachées de leur support, llottent désemparées sur Tocéan des choses, tels les rameaux d'un arbre dépouillé qu'un courant d'eau emporte : c'est le problème métaphysique des relations externes, du temps et de l'espace!
Jusqu'à Kant, la métaphysique fut considérée comme la science des vérités premières, à laquelle toutes les autres étaient subordonnées. Depuis Kant et Auguste Comte, on réserve le qualificatif de métaphysiques aux problèmes qui outrepassent la portée de l'esprit humain. Transcendants à nos méthodes de connaître, ils sont marqués du sceau d un éternel I(fnor,ihiinus.e.i constituent le domaine de Y Inconnaissable c[ue chacun est libre dépeupler, à son gré, de probabilités, d'hypothèses ou de rêves. A ces problèmes s'opposent ceux résolus ou susceplil)les de l'être, dans un avenir plus ou moins lointain, à l'aide des disciplines scientifiques.
Cette conception semble fort plausible. Dès qu'on Li scrute, elle présente cependant des difficultés. Il n'existe aucun critérium qui permette de fixera priori les limites de l'esprit humain ; en vertu duquel on puisse décider a priori à laquelle des deux catégories de problèmes, métaphysiques ou scientifiques, appartient un problème donné : en efîet, chaque fois qu'un syslème piiilosophique a prétendu déterminer dogmatiquement les jjornes de notre connaissance, des découvertes scientifiques sont venues, comme à plaisir, lui infliger un démenti. Par exemple, au gré du fondateur du Positivisme, la nature intime des phénomènes nous est à jamais dérobée : « Quand donc une théorie scientifique, déclare Poincaré, prétend nous apprendre ce qu'est la chaleur, ou que l'électricité, ou que la vie, elle est condamnée d'avance'. » Cette conception a con-
' La Valeur de la >>rience, p. 2G7.