‹ Les paralogismes du rationalismeChapitre 45 sur 127 · Dieu = substance infinie · texte numérisé non relu

Dieu = substance infinie

De ce (jue la substance divine est infinie, on tire que, si elle existe, Dieu est unique.

Soit à prouver que Dieu existe. Un sorite suffît à cela : Dieu est une substance (Déf. III) ; or, une substance est ce qui est cause de soi (Déf. II); mais ce qui est cause de soi existe par essence (Déf. I); donc Dieu existe par essence.

En vérité, l'argumentation de Spinoza est plus discursive (jue cela. Le maquillag-e des postulats est plus habile, mais l'erreur est la même. Il définit la substance : « Ce qui est en soi et est par soi. » Il établit qu'en vertu de cette définition, une substance est cause de soi. Il en conclut (Frop. VII) qu'étant cause de soi, son essence enveloppe nécessairement son existence, « autrement dit, qu'il appartient à sa nature d'exister ». II démontre enfin qu il n'y a, en vertu de ces définitions, qu'une seule substance infinie, qui est Dieu.

En présence d'une telle dissimulation des postulats par les définitions nominales, on ne saurait mieux faire que rappeler le mot si juste du géomètre J.-H. Lambert à Kant, dans une lettre datée de février 1766, à propos de Wolf : « Il part gratuitement de définitions nominales, et il y fourre ou y cache, sans, le remarquer, toute difficulté; — Er nahm nominaldefinitionem gratis an, und schob oder versteckte, ohne es 7,u merken, aile Schwierigkeit in dieselben^ » Ainsi font nos philosophes.

Au parologisme ontologique se trouve forcément condamnée toute philosophie qui entreprend de reconstruire le monde in ahstracto, à l'aide de simples combinaisons logiques de concepts, de purs processus dialectiques, comme tentèrent de le faire les Philosophes de la nature, Hegel etHamelin. Les déductions a priori '^, si ingénieuses qu'on ^les suppose, les assemblages de notions, si bien concertés qu^on les imagine, ne parviennent jamais à saisir le plus petit fragment solide de réalité concrète. Pour passer du concept à l'objet, de l'idée au réel, il faut énoncer un jugement synthétique d'existence que seules ont qualité pour justifier l'intuition et l'expérience. Dans le Cogito ergo su/n, notre existence n'est pas conclue

* Cité par Vailati, Scrilli, p. 496.

- Voir infra : chap. xvi.

en vertu d un raisonnement, mais saisie dans un acte d'intuition immédiate. Entre l'ordre idéal et l'ordre réel se creuse un abîme que seul permet de franchir le pont de l'expérience. Si l'on postule, comme Schelling-, l'identité de ces deux ordres, on postule implicitement un jugement d'existence : on postule que 1 univers des idées est inclus dans l'univers des existences (jugement d'existence), et que, réciproquement, l'univers des existences est inclus dans celui des idées (jugement d'inclusion). Lorsqu'un système idéologique, par sa seule vertu, prétend appréhender le réel, on peut être sûr que le paralogisme ontologique s'y est glissé quelque part, à moins de soutenir la thèse de 1 idéalisme subjectif et de trébucher en plein solipsisme. Aussi ne saurait-on s'étonner en voyant Hegel réhabiliter tout uniment l'argument ontologique*, et Hamelin avouer : « notre dialectique synthétique est dans son ensemble une sorte de preuve ontologique-. »

• Logique, trad. Véra, p. 3o2-3o4. — Comp. la Réhabilitation de la preuve ontologique par Hegel : Mac Tagrgart, Stadies in the hegelian dialectic. 1896. p. 69-72; F. Enriques, Scienza e Razionalismo, p. 70-72.

- Hamelin. Essai sur les éléments principaux de la représentation. Paris. 1907, p. 45o; comp., p. 400.

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