‹ Les Paralyses du grand Dentelé et du Trapèze inférieur: Leur mécanismeChapitre 4 sur 19 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Les paralysies du muscle grand dentelé sont rares, mais leur étude est intéressante à plusieurs points de vue.

Leur intérêt réside d'abord dans la déformation ct l'impotence qu'elles déterminent. La déformation de l'épaule et du thorax peut n'avoir qu'une importance limitée chez un travailleur qui se soucie peu de l’impeccabilité de son torse; il n'en est pas de même de la limitation des mouvements que crée cette affection et qui occasionne, à ceux qui en sont atteints, un préjudice considérable; d'autant plus que la paralysie du grand dentelé survient presque toujours à droite et chez des sujets musclés qui ont besoin de toute leur capacité physique pour gagner leur vie.

La question est intéressante aussi au point de vue des symptômes de l'affection. Depuis Duchenne de Boulogne, auquel nous devons la description magistrale des principaux symptômes, on a décrit une quantité d’autres signes surajoutés, qu'il s’est agi non seulement de constater, mais encore d'expliquer. La discussion a donc roulé non seulement sur les déformations de l'épaule constatées, mais encore sur les causes de ces déformations dues à l'action tonique des différents muscles de l’épaule.

L'intérêt de la paralysie du grand dentelé réside aussi

Piovee

dans la pathogénie de l'affection. Chaque auteur qui a constaté un cas de paralysie de ce muscle a cherché à en expliquer la cause. Pour cela, chacun d'eux a cherché dans l'histoire de son malade l'explication la plus vraisemblable ; si bien que les diverses pathogénies invoquées sont nom- : breuses et varient suivant chaque observateur.

Enfin, et c'est le point sur lequel nous insisterons spécialement dans notre travail, la paralysie du grand dentelé coïncide, le plus souvent, avec la paralysie de la portion moyenne et de la portion inférieure du muscle trapèze. La paralysie isolée du grand dentelé, sans participation d'aucun autre muscle de l'épaule, particulièrement du trapèze, est une rareté et les observations en sont comptées. Duchenne de Boulogne, dit n'avoir jamais vu de paralysie pure du grand dentelé: (N'ayant pas encore eu, dit-il, l'occasion d'observer une paralysie ou une atrophie parfaitement limitée au grand dentelé (ce qui prouve que cette localisation doit être rare, puisque sur une vingtaine de cas au moins d'atrophie ou de paralysie du grand dentelé que j'ai explorés, je ne l'ai pas rencontrée une seule fois), je ne puis l’appuyer sur l'observation clinique. » Barreiro, dans sa thèse (Paris, 1895), n'en a observé que 16 cas ; Roger, dans sa thèse (Toulouse, 1917), n'en réunit que 28 cas; Remak, sur 1.200 admissions hospitalières, a constaté 23 paralysies des muscles de la région scapulo-humérales sur lesquelles 3 paralysies isolées et 6 paralysies associées à celles du trapèze inférieur.

La paralysie associée du grand dentelé et du trapèze inférieur est donc la règle ; la paralysie pure du grand dentelé, l'exception ; à moins, bien entendu, qu'il ne s'agisse

de paralysie par section chirurgicale du nerf, comme les

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cas cités par Roger qui relèvent presque tous de blessures de la région scapulo-humérale par balle ou éclats d'obus. Et encore, dans plusieurs observations de paralysie pure publiées, relève-t-on souvent, en même temps qu'une réaction de dégénérescence du grand dentelé, une hypoexcitabilité des faisceaux inférieurs du trapèze. Il existe évidemment des cas de paralysie pure du grand dentelé; mais ils sont rares et on pourrait se demander si certains de ces cas ne s'accompagnaient pas d'une légère atteinte du trapèze qui n'était décelable que par l'étude des réactions électriques.

Pourquoi donc cette paralysie simultanée de deux muscles qui n'ont ni innervation commune, ni centre commun et dont les nerfs ne sont reliés par aucune anastomose ? C'est une explication de ce phénomène que nous avons essayé de fournir dans cette thèse, explication dont M. le professeur agrégé Tavernier nous a fourni les éléments ;

qu'il nous soit permis, encore une fois, de l'en remercier.

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