‹ Les Paralysies Faciales dans les Parotidites SuppuréesChapitre 7 sur 9 · JA · texte numérisé non relu

JA

« L'état général de la malade était sévère ; cependant, il ne paraissait pas en rapport avec l’étendue et la gravité des lésions locales.

« Je me contentai d’élargir les ouvertures par lesquelles le pus et le parenchyme parotidien sphacélé s'étaient frayé voie vers l’extérieur et je fis pratiquer dans ce vaste foyer de larges irrigations.

« Sous l’influence de la détersion répétée, la température de la malade, qui était élevée, ne tarda pas à tomber, mais son état général demeura inquiétant pendant quelque temps ; elle continua, en effet, à maigrir malgré le traitement, pendant plusieurs semaines, et arriva à un état de très grande faiblesse.

« Elle finit cependant par triompher de son affection ; mais l’élimination des tissus dura longtemps et il fallut faire des pansements pendant près de deux mois. Au moment de la guérison, la paralysie faciale était encore complète.

« Celle-ci s’atténua progressivement par la suite, j'eus à plusieurs reprises l’occasion d’observer son évolution progressive vers la restitution fonctionnelle; mais celle-ci ne s’opéra que très lentement. La dernière fois que je vis la malade, deux ans environ après sa guérison, il n’y avait plus que des traces (mais il y en avait encore) de cette paralysie faciale. La mimique du côté de la face qui avait été atteint était plus molle et plus paresseuse. L’orbiculaire des paupières résistait moins bien à l’élévation provoquée de la paupière supérieure. »

Nous pensons que pour interpréter judicieusement les observations précédentes, il y a lieu de ne pas confondre toutes les formes que présente la parotidite aiguë. Cliniquement mis à part les adéno-phlegmons parotidiens, la glande elle-même traduit son inflammation suivant deux modes bien différents. On constate, d’abord, une tuméfaction chaude et douloureuse dont la pression fait sourdre un peu de salive, striée de pus à l’orifice buccal du canal de Sténon, tuméfaction qui a tous les caractères d’une phlegmasie, dont Ja consistance particulière donne volontiers l'illusion de la fluctuation mais dont l’incision ne livre jamais de pus collecté. Cette forme, qui guérit le plus souvent par la simple expression, s’accompagne des signes généraux habituels au phlegmon. C’est une acinite parotidienne, ascendante le plus souvent, plus rarement hématogène; dans beaucoup de cas elle ne dépasse pas ce stade.

Ou bien, sous l’influence de causes variées parmi lesquelles la mauvaise résistance habituelle des sujets joue un rôle incontestable, cette infection fragmentaire, cantonnée aux acini et bridée par les cloisons conjonctives qui les séparent, se transforme en une véritable collection suppurée. Ce sont d’abord de petits foyers limités, du volume d’un pois, d’une noisette, qui, par groupements successifs, augmentent de volume et cherchent à se faire jour au dehors : à la peau souvent, dans le conduit auditif externe plus fréquemment encore. Dans cette forme, il n'est pas rare de voir la région parotidienne présenter plusieurs saillies violacées ouvertes spontanément ou réclamant le

bistouri, séparées par des intervalles de peau relativement intacte, un véritable clapier parotidien. Si le processus n’est pas enrayé, la glande en totalité se laisse envahir, ses éléments intrinsèques et les organes qui la traversent sont atteints et succombent ; on assiste même parfois à un véritable évidement par élimination gangréneuse de la loge parotidienne.

Cette description succincte est celle de formes qui, dans l’évolution d’une parotidite, peuvent évidemment se succéder mais qui, le plus souvent, répondent à des cas très différents; la forme extrême, gangréneuse, se déclare volontiers d’emblée sans passer au préalable par la forme d’acinite inflammatoire puis suppurée. Elle est, d’ailleurs, exceptionnelle, en regard des cas de sphacèle plus ou moins étendu qui sont de constatation courante et se réparent assez bien.

La paralysie faciale, en outre, si elle est inévitable dans les cas de parotidite gangréneuse, diffuse, par destruction du nerf, n’est pas l’apanage des formes suppurées, à foyers multiples, à sphacèle partiel. On la rencontre aussi souvent dans les formes d’acinite banale.

L’incision a, naturellement, été invoquée comme cause déterminante de la paralysie faciale. Il est possible qu’elle en soit responsable maïs l’expérience infirme cette pathogénie simplificatrice à l’excès. J.-L. Petit, déjà, écrivait : « Ce qui pourrait faire croire que cette difformité n’est pas causée par la section des nerfs, c’est que j’ai envoyé quelques-uns de ces malades à Bourbon et à Barèges qui sont revenus guéris; d’où l’on pourrait présumer que l'accident dont il s’agit dépend plutôt de la maladie que de l’incision ».

Dans la plupart de nos observations, la restitutio ad integrum est nettement indiquée. Bien plus, nous avons vu parfois que la paralysie se manifestait avant toute incision de la région parotidienne, ce qui se concilie mal avec une section opératoire.

Quelle pathogénie invoquerons-nous ? Sans doute, la compression ou mieux « une infection légère déterminant un œdème interfasciculaire + (Raby).

Les paralysies faciales ont été rarement signalées dans les suppurations parotidiennes. Les traités classiques en font à peine mention. Il est curieux de constater la résistance des filets nerveux au milieu d’une suppuration putride. Le nerf n’est nullement détruit mais simplement comprimé par les lobes parotidiens infectés, ou par de l’œdème produit dans la gaine du nerf.

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