‹ Les paralysies obstétricales [electronic resource]Chapitre 5 sur 5 · CAUSES ET NATURE · texte numérisé non relu

CAUSES ET NATURE

La pathogénie des parés ies traumatiques est d'une étude relativement facile. Trois cas peuvent se présenter : La paralysie succède à une application du forceps, aux manœuvres de la version podalique, au dégagement des épaules par traction des doigts recourbés en crochet.

S^agil-il du forceps, comme dans les cas rapportés par Danyau, Guéniot et Roulland, les cuillers, profondément enfoncées sur les parties latérales du cou, vont, par leur extrémité mousse, contusionner le plexus brachial en laissant parfois d'assez fortes contusions des téguments, preuve irrécusable de l'excès de pression.

L'autopsie démontre alors la congestion d'une ou de plusieurs branches dudifc plexus dont la teinte ardoisée tranche alors avec le blanc mat des plexus voisins.

La version doit-elle être incriminée, comme dans le cas de Bailly cité plus loin, la paralysie reconnaît pour origine, tantôt des pesées excessives exercées sur les épaules, tantôt la procidence du membre hors de la vulve. La tuméfaction du braô et les tentatives répétées d'extraction nécessaires en pareille circonstance sont autant de conditions favorables à la production de ces ti'oubles moteurs. Dans le cas de Bailly l'atrophie du membre fut la conséquence de la névrite traumatique du plexus branchial. Reste enfin la paralysie par dégagement des épaules au moyen du doigt recourbé ou du crochet mousse. La lecture des observations révélera la pathogénie de ces divers troubles moteurs.

Obs. XVII. — Paralysie du bras chez un nouveau-né. Danyau. Bulletin Soc. chirurg., 1851, p. 148. (Forme hémiplégique) forceps. Autopsie. — Femme primipare, albuminurique, en travail depuis 2'i heures, est prise d'éclampsie qui nécessite l'intervention immédiate. Téte en O.I.D.P. Deuxième attaque pendant qu'on préparait le forceps. L'occiput fut dégagé en arrière, la face en

DAUCHEZ. ^

avant. L'enfant pesait 3 kUog. 335 gr. Naquit eu état de mort apparente et fut bientôt ranimé,

La tète fut un peu plus difficilement extraite que dans les cas simples.

Trente-six heures après sa naissance il respirait, etc., mais il ne telait pas, il y avait à la fois hémiplégie incomplète faciale gauche et paralysie du hras gauche.

Le membre supérieur gauche pend immobile, avant-bras en pronation, doigts demi-lléchis, retombe inerte, flexion de l'avantbras sur le bras suivie aussitôt de l'extension passive. L'enfant sent bien et cherche à élever l'épaule du côté paralysé quand on le pince.

Sur la partie latérale gauche du corps, légère eschare le long du hord externe du trapèze. Elle avait été produite par la branche droite du forceps, ayant serré la tête dëfléchie et inclinée, et ayant comprimé le plexus brachial ainsi que le facial à sa sortie du crâne.

Autopsie. — 1) Céphalématome sur le pariétal gauche.

2) SujQfusion sanguine à la surface de l'hémisphère droit en arrière.

3) Oblitération complète du trou de Botal.

En outre : Plexus brachial. Depuis son origine jusqu'au dehors des scalènes, les branches qui concourent à la formation du plexus présentent une teinte sanguinolente qui ne disparait nullement au frottement. Au delà des scalènes, les nerfs ont leur couleur normale.

Les tissus qui environnent le facial, au moment où U sort du trou stylo-mastoïdien pour aller s'enfoncer dans la glande parotide, sont ecchymosés. Le nerf lui-même est injecté dans cette partie de son trajet. Au delà de la parotide, les rameaux nerveux présentent leur coloration normale.

Obs. XVIII. — Smellie, citée parGuÉNiox {Bull. Soc. chirurg., 1867, p. 38). — Une femme, ayant déjà eu des accouchements très faciles et chez laquelle l'enfant se présentait par la face, était depuis longtemps en travail.

Il y avait environ les deux tiers de la tête descendus dans le bassin et le menton était arrivé jusqu'à la partie inférieure de l'ischion du côté droit. La femme était donc couchée sur le côté, un oreiller entre les genoux et les fesses sur le bord du lit, Smellie fit une application de forceps (probablement de son forceps droit)

— io-

de manière à placer les cuillers sur le côté de la tête, c'est-à-dire l'une en avant, l'autre en arrière du sacrum ; puis faisant tourner le menton de droite à gauche jusque sous l'arcade du pubis, il termina l'accouchement sans de notables difficultés.

L'enfant, ajoute-t-il, naquit avec la face toute tuméfiée et la tète comprimée ; cette longue compression rendit les bras de l'enfant paralytiques, mais on remédia bientôt à cet accident au moyen de frictions qu'on lui fit.

M. Guéniot admet ici la paralysie comme conséquence dé la longue compression des épaules au détroit supérieur et de la compression des nerfs circonflexes (paralysie des deltoïdes).

Obs. XIX. — Guéniot. Bull. Soc. ehirurg., 1867, p. 34. Paralysie dît bras chez un nouveau-né extrait par le forceps. — Ayant observé, dit M. Guéniot, un exemple presque unique de cette variété de paralysie, j'ai pensé qu'il ne serait pas sans intérêt de la publier, etc.

Le 4 août 1864, M..., Rosalie, primipare, entre à la clinique. Premières douleurs à 4 heures du soir. Dilatation du col à 8 heures 1/2 du soir (7 ce ntim.). Présentation du sommet en O.I.D.A. restée au 1/3 sup. du détroit supérieur. Application du grand forceps de Dubois. La branche gauche introduite pénètre difficilement. La branche droite est encore plus difficile à introduire. L'extraction nécessite des tractions vigoureuses. Enfant de 3250 gr.*

Les marques du forceps se voient sur la moitié gauche du front et de la face, sur le côté droit et un peu postérieur du cou. Le point contusionné correspondait exactement à la jonction du cou et de la poitrine, au niveau du bord antérieur du muscle trapèze (eschare de 1 centim.).

Le 16 août. Onze jours après sa naissance, la mère me fit remarquer que le bras droit était sans mouvements. Personne ne l'avait remarqué auparavant; le bras droit pendant, inerte, contraste avec le gauche. Avant-bras passivement étendu en pronation et les doigts fiéchis dans la main. Les doigts seuls sont mobiles ; •le bras seul est inerte, le membre fiéchi retombe ; l'épaule est encore mobile. Sensibilité bien conservée. Pas de déformation de l'épaule. Il n'existe ni luxation ni fracture, ni trace de contusion. Enfin la palpation n'indique aucun empâtement dans le membre malade.

Lg 20 août. L'état général est satisfaisant, mais la paralysie persiste.

Le 35. Amélioration sensible dans l'état de la paralysie ; le bras est le siège de quelques mouvements, l'avant-bras pouvait se Héchir spontanément, la main et les doigts jouissaient de tous leurs mouvements, la plaie du cou était cicatrisée.

L'enfant fut emmené par sa mère qui l'allaitait et n'est pas revenu.

Wflexions. — M. Guéniot croit devoir attribuer ces symptômes à la contusion du plexus brachial. II admet, comme dans le cas de Danyau, une inclinaison de la tête ayant favorisé la vulnérabilité du cou. Cette présentation inclinée est rendue vraisemblable par la longue durée du travail et par la difficulté d'introduction du forceps.

Obs. XX. — BoucHUT. [Maladies des nouveau-nés, p. 94.) Paralysie du deltoïde consécutive à une application du forceps. - Dans la famille D..., l'accoucheur, M. le Dr Caron, amena au monde, à l'aide d'un forceps, une enfant que l'on croit mort pendant une heure. Sa tête était aplatie par le forceps et portait sur le front les traces d'une pression qui persistèrent quelques mois. Une fois rappelée à la vie, elle était paralysée du deltoïde gauche et^on bras était immobile.

Je lui prescrivis l'électrisation et des frictions stimulantes, co qui fut fait et ce qui amena la guérison au liout de trois mois, sans laisser d'atrophie.

J'ai revu l'enfant au bout de trois ans, et elle n'a aucun trouble du mouvement ni de l'intelligence.

Obs. XXI (inédite). — Monoplégie brachiale congénitale par manœ'uvres obstétricales. Persistance des accidents pendant six ans. Guérison incomplète. Par le Df H. Dauchez, ancien interne de l'hôpital des Enfants. — Le 20 juin 188(3, j'étais consulté par M^fl L..., qui m'amenait son flls, jeune garçon de 5 à 6 ans, bien portant et régulièrement conformé, dont le bras droit semblait paralysé et pendait presque inerte le long du corps. Cette monoplégie remontait, au dire de la mère, à la naissance de l'enfant dont l'extraction avait dû être faite à l'aide du forceps. Le dégagement des épaules ayant lardé à se faire, le médecin avait

dû glisser ses doigts courbés en crochet au-dessous des aisselles pour aider au dégagement. Le tout ayant duré de cinq à dix minutes sans qu'il soit resté sur la face, ni sur les membres aucune trace de violence.

A ces renseignements M'»* L..., ajoutait que le médecin de la famille, consulté au sujet de l'impotence du membre, s'était abstenu de toute intervention, avait déconseillé la faradisation, pensant que la « paralysie » guérirait d'elle-même.

Quoi qu'il en soit, le bras d'abord inerte et flasque ayant retrouvé peu à peu, spontanément six mois après la naissance, quelques uns des mouvements perdus ; Mme L..., attendit encore cinq à six ans sans plus consulter personne.

A première vue, on est frappé de la maigreur et de l'immobilité du membre et surtout de l'aplatissement des muscles deltoïdiens qui contrastent avec ceux du côté sain. Les muscles deltoïdes sus et sous -épineux angul; de l'omoplate sont manifestement atrophiés.

L'élévation de l'épaule est à peu près impossible et l'enfant, dont l'intelligence est très éveillée, ne peut réussii*, malgré tous ses effoits, à tracer le signe de la croix.

Malgré l'adiposité commençante des muscles du bras, de l'avantbras (surtout les extenseurs) les réactions électriques (faradisation) sont encore à peu près normales. Pourtant la sensibilité est conservée: Enfin, l'enfant réussit, non sans peine, à tenir une plume et à tracer quelques jambages assez réguliers.

L'exploration de la tête humérale ne révèle aucun cal et l'aisselle ne révèle l'existence d'aucune tumeur ganglionnaire.

Enfin, nous diVons que, malgré l'affaiblissement de ses muscles notre jeune malade parvient à soulever, à bras tendu, un poids de 5 à 600 grammes.

Trailement : frictions excitantes. Massage et faradisation des muscles ati'ophiés et paralysés.

Le 3 août. Nous présentons notre jeune malade à M. Hutinel (alors suppléant, comme agrégé, M. lo professeur Grancher), qui nous fait remarquer Vabduction du bras qu'il est impossible, à l'état du repos, de rapprocher du tronc. La tète humérale, facile à sentir en raison même de l'atrophie deltoïdienne, est seule luxée hors do la cavité glénoïde et roule sous la main qui perçoit un vide manifeste au-dessous delà voûte acromio-coracoïdienne.

DAUCHKZ.

Décembre 1887. Nous revoyons notre jeune malade qui, depuis seize mois, a été soumis aux pratiques gymnastiques, hydrothérapiques, etc. Malgré la persistance du déplacement articulaire, aujourd'hui irrémédiable, la plupart des mouvements ont été retrouvés et l'écriture de l'enfant est devenue très correcte et son bras a récupéré suffisamment de force pour exécuter les mouvements habituels.

Obs. XXII. — Thèse de Nadaud 1878. [Yersion.) — Enfant d'une multipare. Version difficile. Le bras était à la vulve. La main droite, le poignet et le tiers inférieur de l'avant-bras sortis, étaient rouges et tuméfiés. Extrait par M. Bausser à la quatrième tentative de version après pesées sur les épaules. Bras inerte, insensible à la piqûre, surtout en haut. L'électrisation ne provoque aucune sensation. Inertie complète du bras et de l'avant-bras deux mois après. Pas de réflexes.

Le troisième mois, anesthésie à peu près totale du membre.

Le deltoïde, le grand dentelé, le biceps, d'autres muscles, ont perdu toute réaction électrique.

Le bras reste donc paralysé (fait très rare).

Obs. XXII Us. — (Communiquée par M. Bailly). thèse de Nadaud (1873). — Il s'agit d'une multipare chez qui la version fut difficile. Le bras était à la vulve, la main droite, le poignet et le tiers inférieur de l'avant-bras sortis étaient rouges, tuméfiés...

Extrait par M. Tarnier à la quatrième tentative de version. On fut obligé de peser un peu sur les épaules. Le bras i-estait inerte, pendant complètement le long du tronc ; insensible à la piqûre sauf à la partie supérieure du bras.

L'électrisation ne détermine aucune sensibilité dans le bras. Près de deux mois après, la motilité n'a fait aucun progrès, le bras et l'avant-bras sont dans une résolution complète. Pas de mouvements réflexes. La sensibilité du bras persiste jusqu'auprès du coude en avant. Plus bas, on irrite la peau san.s déterminer la moindre expression de douleur.

A ce moment le malade, adressé à Duchenne par M. Depaul ; avait perdu toute réaction électrique dans le deltoïde, le grand dentelé, le biceps et plusieurs autres muscles.

Réflexions. — Fait anormal en raison de la perte défi-

nitive du mouvement, des troubles sensitifs (très rares), de la perte des réflexes

Obs. XXIII. — DrBuDiN. Bulletin médical, 11 mars 1888 (résumée). — Françoise B..., enceinte pour la troisième fois, entre àla Clinique d'accouchement le 1er décembre 1887, à terme (grossesse normale).

Début du travail vers 8 heures du matin (perte des eaux) suivie de dilatation du col (3 centim.).

En raison d'une chute du cordon (battements faibles et ralentis), M. Budin se décide à entreprendre la version. L'enfant est placé en O.I.D.

La version fut exécutée normalement et sans accident, sauf au moment du dégagement du siège et de la tête retenue -par un léger rétrécissement du bassin (diamètre promonto- sous-pubien, lOVmiUim.).

Au moment où la tête allait être dégagée un aide exécutait la manœuvre de Mauriceau, à savoir : Deux doigts de la main gauche furent placés dans la boucle et les deux ou trois doigts de la main droite appliqués sur les parties latérales du cou, permirent à l'opérateur de tirer assez fortement en pressant sur les parties latérales de la nuque.

Le 4 décembre, soit 3 à 4 jours après l'accouchement on s'aperçut que le membre supérieur droit, complètement inerte, demeurait pendant sur l'oreiller et un peu écarté du tronc.

On remarquait, en outre, que ïavant-bras reste étendu en pronation avec conservation des mouvements de flexion et extension des doigts.

Que l'épaule restait immobile (paralysie delloïdienne), qy,e le bras restait placé en pronation et en extension forcée {paralysie des supinateurs). La sensibilité est intacte. L'enfant présente une grande résistance électrique.

Réflexions : M. Budin admet, qu'au moment de l'extraction de la tête, les deux doigts de l'opérateur ont, par la pression un peu vive exercée sur le point de Erb {b" et 6" nerfs cei-oicaux), déterminé des accidents de compression au niveau de l'émergence de ces deux nerfs qui, comme le prouvent les travaux de Erb, Ferrier et Forgues, animent les muscles paralysés chez cet enfant, à savoir :

Le deltoïde, le brachial antérieur, le biceps, le m. supinateur. Paralysie radiculaire supérieure,

(N. B.) — Cette observation, comme on le voit, est très intéressante et très complète. Elle doit être rapprochée de l'observation rapportée par Rouland [Th. inaitg., 1887) et dans laquelle deux circulaires du cordon déterminèrent une double paralysie radiculaire supérieure.

Paralysies obstétricales d'origine indéterminée.

L'observation suivante (inédite), que notre excellent ami, le Babinski, chef de chnique de la Faculté, veut bien nous communiquer au dernier moment doit être classée en dehors des paralysies spontanées et de celles qui ressortissent à l'intervention obstétricale.

Très complète au point de vue descriptif, cette observation signale simplement l'application du forceps par notre distingué confrère le D"" Bonnaire, sans faire mention de la présentation, ni de la durée du travail. Bien qu'il soit impossible d'affirmer la cause de cet accident, il est à présumer, en raison de sa localisâtion sans généralisation au bras, qu'il s'est agi d'une cause également locale (compression au niveau des parois ou du col).

La guérison de ce jeune enfant vient encore à l'encontre de l'hypothèse d'une lésion centrale.

Obs. XXIV. — Paralysie flasque de la main chez un nouveau-né (Babinski). — Il s'agit d'un enfant que j'ai examiné i^our la première fois, lorsqu'il avait l'âge de trois semaines et dont voici l'histoire.

Antécédents héréditaires. — Père bien portant. La mère ne connaît personne, dans sa famille, ayant présenté de maladie nerveuse ou mentale. Quant à elle-même, elle n'est atteinte, actuellement, d'aucune affection nerveuse, mais elle dit qu'elle est très impressionnable et elle raconte qu'elle a été, pendant les premiers temps de sa grossesse très frappée par la vue d'un mendiant qui avait une paralysie de la main semblable à celle que présente son enfant : elle dit que la crainte de mettre au monde un enfant difforme, l'a tourmentée pendant quelque temps.

L'accouchement a été pénible, le forceps a dù être appliqué. L'opération a été faite par le Dr Bonnaire qui nous a ensuite adressé la malade et qui affirme qu'aucune compression n'a été exercée pendant les manœuvres, sur le membre affecté.

La paralysie a été observée par les parents, pour la première fois, le lendemain de la naissance, mais ils ne peuvent dire si, le jour même de la naissance, l'affection existait déjà, car leur attention n'a pas été dirigée de ce côté.

• Voici l'état de l'enfant trois semaines après sa naissance :

Le 21 avril 1888. — État général excellent ; enfant bien développé : n'a pas eu de convulsions^ calme, crie très rarement ; dort bien, n'a pas de fièvre.

Quand on observe l'enfant, après l'avoir mis à nu, sans exercer aucun attouchement, on constate que ses membres effectuent, par moments divers mouvements de flexion, d'extension, etc., et il n'est possible de constater aucune dift'érence entre les mouvements du membre inférieur droit et ceux du membre inférieur gauche. En ce qui concerne les membres supérieurs, il n'en est pas de même. Le membre supérieur gauche se meut d'une façon normale. Du côté du membre supérieur droit, on constate, que les mouvements de l'épaule et du coude existent, mais sont, peut-être, un peu plus limités que ceux du côté opposé ; quant aux mouvements du poignet et des doigts, ils manquent absolument. Tandis que la main et les doigts gauches se fléchissent et s'étendent tour à tour, la main et les doigts du côté droit sont constamment en flexion et les doigts recouvrent le pouce.

On peut modifier cette attitude, en imprimant à la main et aux doigts des mouvements passifs , mais on éprouve une léo^ére résistance ; l'extension complète est difficile et ces manœuvres paraissent pénibles à l'enfant qui crie parfois à ce moment, tandis que l'on peut mouvoir les autres membres sans qu'il manifeste aucun mécontentement.

Nous avons cherché, par des excitations diverses, à provoquer des mouvements du côté du segment du membre affecté, et le résultat a été négatif.

Il n'y a pas de différence de volume, nettement appréciable, entre les divers segmenta du membre supérieur droit et ceux du membre supérieur gauche. La sensibilité de la main atteinte n'est pas abolie, car l'enfant réagit sous l'inUuence d'excitations portées

sur la zone affectée ; mais il ne nous a pas été possible de constater s'il existait une différence dans le degré de sensibilité des deux mains. Pas de troubles trophiques. L'étude électrique a offert des difficultés. Nous avons employé des courants induits faibles, mais pourtant assez intenses pour provoquer des contractions musculaires chez un adulte. Chez cet enfant, voici ce que nous avons observé : Nous avons, tout d'abord, électrisé les muscles du membre supérieur gauche, c'est-à-dire du côté sain; et nous n'avons pas obtenu de contractions localisées correspondant aux muscles électrisés, mais des mouvements généralisés à tout le membre et même aux autres membres et qui étaient analogues aux mouvements que l'on obtenait en irritant le membre par le pincement de la peau. Nous n'avons pourtant pas voulu, au début du moins, employer des courants plus énergitiues, car les courants plus faibles paraissaient déjà pénibles.

L'électrisation du membre malade donne les mêmes résultats ; mais la main et les doigts restent immobiles. Nous engageons alors la mère à venir avec son enfant, trois fois par semaine, pour électriser les muscles du membre affecté, particulièrement les muscles de l'avant-bras, et nous nous proposions d'augmenter, petit à petit, l'intensité des courants. Voici ce que nous avons observé depuis :

23 avril. Deicx jours après le premier examen.

La mère nous dit que l'avant- veille, jour du premier examen où l'enfant a été électrisé, il a été moins calme que d'habitude, que le sommeil était un peu [agité. La mère a observé la veille, et cela pour la première fois, un léger mouvement du petit doigt. L'enfant est de nouveau électrisé, comme la première fois, avec des courants de même intensité.

Le 25. La mère a fait les mêmes observations que la première fois : Agitation le jour de la visite; mouvement du petit doigt un peu plus étendu,

37 avril. Mêmes remarques. Nous observons des mouvements du petit doigt et quelques mouvements dans l'index.

Le 30. L'amélioration s'accentue. Outre les mouvements du petit doigt et de l'index, quelques mouvements de l'annulaire et du médius. Le pouce et le poignet sont encore immobiles. Les mouvements passifs des doigts et du poignet sont un peu plus faciles et sont mieux supportés par l'enfant.

2 mai. Quelques mouvements du poignet.

II nous semble inutile de rapporter, jour par jour, les modifications qui se sont produites depuis. Qu'il nous suffise de dire que l'amélioration a été en s'accentuant d'une façon continue. Après les mouvements du poignet, le pouce à commencé à se mouvoir à son tour, et finalement, trois semaines après le premier examen, l'enfant paraissait complètement guéri; car il était impossible de percevoir la moindre difl:érence entre les mouvements du poignet et des doigts du côté droit et ceux du côté gauche. Notons, qu'en raison de l'amélioration rapide qui s'est produite, nous n'avons pas cru devoir employer des courants plus forts que ceux dont nous nous étions servis au début.

Obs. XXV. — Paralysie radiculaire d'origine obstétricale. Observation inédite recueillie par le Dr Monnier. Luxation sousglénoïdienne double par élévation forcée des deux bras au moment de l'accouchement (Atrophie consécutive). Impotence fonctionnelle. François X..., 4 ans, assez vigoureux quoique un peu grêle, a été mis au monde en Bretagne par une sage-femme qui, pour hâter la sortie de l'enfant, a exercé de violentes tractions sur les pieds {présentation du siège, mode des pieds). Le lendemain on s'aperçut que les bras étaient écartés du tronc, en rotation en dedans, comme maintenant.

Le onzième jour après la naissance voyant les accidents persister, la sage-femme consulte le Dr M... de Quimperlé qui diagnostique une luxation double de l'épaule. Aucun traitement n'est institué.

Depuis lors l'enfant, présenté à un autre médecin, a étéélectrisé pendant six mois en 1886.

Indolence apparente, mais impotence absolue des deux bras.

État actuel : Bras très amaigris, en pronation accentuée presque forcée, mains fermes, avant-bras un peu fléchis, coudes à quel-, ques centimètres du tronc. Il faut presser assez fortement sur ceux-ci pour les faire toucher au thorax, ce qui détermine, du côté de l'angle inférieur de l'omoplate, une légère inclinaison de la colonne vertébrale.

Dépression sous-acroraiale; mais qui n'est bien perçue que par le doigt qui s'engage un peu entre la tète humérale et la voûte acromio-coracoidienne.

Latètehumérale, en partie dans l'extrémité inférieure de la cavité glenoïde, en partie au-dessous et en avant, est surtout perçue lorsque le bras est en abduction. L'omoplate suit tous les mouvements de l'humérus, à moins qu'on ne l'immobilise fortement. On perçoit alors des mouvements articulaires, surtout ceux de rotation.

Atrophie de tous les muscles de l'épaule. Corde formée par le petit rond et le sous-épineux. L'enfant se sert à peine de ses mains et peut difficilement serrer les doigts qu'on lui présente.

La sensibilité paraît intacte.

Un appareil plâtré a été appliqué pendant trois mois sur le bras gauche, sans produire aucun résultat.

Conclusions.

I. — Dans l'état actuel de la science et malgré la classification plus fictive que réelle établie au début de ce travail, il faut distinguer dans les paralysies obstétricales congénitales deux ordres de faits :

A. — Les paralysies dites spontanées, liées à une compression du fœtus indépendamment de toute intervention opératoire.

B, — Les paralysies traumatiques post-opératoires (forceps, traction, version) portant sur la face, sur les membres supérieurs ou inférieurs.

II. — A côté de ces paralysies viennent se placer les pseudo-paralysies obstétricales dans lesquelles la paralysie est simulée par la luxation uni ou bilatérale d'un membre supérieur (obs. XXV), primitive ou secondaire.

III. — Les paralysies obstétricales portent presque exclusivement sur le mouvement et respectent la sensibilité dans la plupart des cas.

IMPBIMEKIE LEMALE ET C'«, HAVBE

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