PARALYSIES DU NERF AUDITIF
Consécutive à la fièvre typhoïde (obs. 1). Symptomatique de la fièvre typhoïde (obs. 2),. Essentielles ou symptomatiques d'une maladie non déterminée (obs. 3, 4, 5).
Autant que me l'a permis l'expérimentation clinique, j'ai préciséles variétés, le siège et l'étiologie nosologique des paralysies qu'a guéries le phosphore. Par là môme j'indiquai celles qu'il guérira sans doute, s'il est employé dans des cas analogues.
Mais puisque ce remède agit si eflicacement en étant appliqué d'après la loiliomœopathique, ce qui a été démontré, il me parait, à ce titre, encore indiqué chez les malades présentant les symptômes et lésions que nous lui avons vu produire sur l'homme et les animaux en état de santé; symptômes et lésions dont je me borne à rappeler les suivants :
Deux variétés de tétanos, le trismus et i'opisihotonos;
La consistance molle, le ramollissement et la stéatose du cerveau;
La consistance molle et le ramollissement de la moelle épinière;
La stéatose et l'atrophie musculaire;
La paralysie générale progressive.
Le phosphore qui, chez l'homme ou les animaux à l'état sain, produit des hémorrhagies par toutes les voies, le trismus et l'opisthotonos, me paraît indiqué, chez les malades, contre ces deux variétés du tétanos survenant après d'abondantes hémorrhagies.
La congestion du cerveau peut être symptomatique de maladies fort différentes : la syphilis, la maladie hémorrhoïdaire, la goutte, etc. Il en est de même du ramollissement du cerveau qui est consécutif à la congestion, à l'encéphalite ou à l apoplexie cérébrale. La congestion et le ramollissement du cerveau exigent donc un traitement varié et en rapport avec leur étiologie nosologique. Or l'expérience clinique qui nous démontre l'efiicacité du phosphore contre certaines affections goutteuses et syphilitiques (les paralysies), nous porte à espérer un résultat semblable dans la congestion et le ramollissement du cerveau des goutteux et des syphilitiques. L'expérimentation physiologique, qui nous montre le phosphore produisant des affections analogues à celles des hémorrhoïdaires (fluxions sur les divers points de l'organisme, hémorrhagies par toutes les voies), nous fait également croire à son efficacité dans la congestion et le ramollissement du cerveau chez les hémorrhoïdaires. Si j'engage aussi vivement à traiter le ramollissement du cerveau, c'est parce que trop souvent on considère, comme tel, une simple congestion cérébrale plus ou moins prolongée, congestion curable par le remède que j'indique.
L'expérience clinique (voy. chap. L §1, obs. 18, 26, 27) confirme l'expérimentation physiologique qui nous engage à employer le phosphore contre la myélite, particulièrement chez les hémorrhoïdaires, les goutteux, les syphilitiques.
Le phosphore qui, dans l'organisme à l'état sain, produit l'atrophie
ou la dégénérescence graisseuse du cerveau, des muscles du cœup, le phosphore ne serait-il pas indiqué dans certains cas d'ataxie locomotrice, laquelle a, dit-on, pour lésion l'atrophie des racines postérieures des nerfs rachidiens et des cordons postérieurs de la moelle épinière ou la congestion de ces parties des centres nerveux?
N'est-ce pas une ataxie locomotrice qu'il a guérie chez cet enfant, cité au chapitre I, § I, obs. '26?
On sait que la paralysie générale progressive s'accompagne fréquemment de l'atrophie musculaire. Or le phosphore qui produit ces deux affections, ne serait-il pas efficace contre l'une et l'autre?
Dans ces diverses affections du cerveau et de la moelle épinière, comme dans les paralysies en général, le phosphore me semble particulièrement indiqué quand ces affections ont pour causes occasionnelles des excès génésiques. La clinique et l'expérimentation physiologique s'accordent pour motiver cette indication.
Je suis disoosé à croire que le phosphore exerce une action élective, non-seulement sur les nerfs moteurs et sensitifs, mais encore sur les nerfs de la vie végétative; quand je le vois amener une sorte de diathèse hémoi-rbagique, l'arrêt de la respiration et de la caloriflcation ; produire la stéatose du cerveau, des muscles, du cœur, du foie, des reins, de la rate, c'est-à dire suspendre, paralyser la respiration , la caloriflcation et la nutrition intime des tissus auxquels préside le grand sympathique. Cela confirmerait tout à la fois et la loi homœopathique et l'expérience traditionnelle, en nous expliquant pourquoi cette dernière nous enseigne l'eflicacité du phosphore pour relever les forces abattues, ranimer la vitalité prête à s'éteindre, combattre l'épuisement dans les formes grave et maligne des maladies aiguës, dans les convalescences et fièvres hectiques affaiblissantes par leur durée, et, pour le dire en un mot, chez les malades, les enfants et les vieillards dont les fonctions végétatives et animales sont plus ou moins entravées, paralysées.
La forme maligne de quelques maladies aiguës (fièvre typhoïde, scarlatine, variole, rougeole) peut présenter quatre variétés fort différentes :
1* La variété ataxique avec désordre, incohérence de phénomènes morbides; la variété avec paralysie des fonctions végétatives; 3* la variété avec paralysie des sphincters vésical et anal et d'autres muscles volontaires, 4° la variété hémorrhagique. Or la loi de similitude
itie parait indiquée contre ces trois premières variétés de la forme maligne, et le phosphore contre les trois dernières (1). . Puisque je parle de maladies aiguës, qu'on veuille bien me permettre, en passant, de signaler, après M. le docteur Charles Ravel (de Cavaillon), l'indication manifeste du phosphore contre l'ictère grave, et en même temps que M. le docteur Ch. Ozanam, l'indication non moins manifeste du même remède contre la fièvre jaune. Ces deux maladies ont une telle similitude avec l'empoisonnement aigu par le phosphore que dans bien des cas le diagnostic reste douteux. C'est donc une raison d'employer ce médicament contre ces maladies si souvent mortelles. Pour un motif analogue, on devrait administrer cette substance, qui produit si facilement la stéatose du foie, chez les malades atteints de cette affection hépatique vulgairement appelée foie gras.
Le phosphore, découvert en 1669 parBrandt, employé et préconisé comme remède successivement par Kunkel (1721), Sachs (1731), Kramer (1733), Mentz (1751), Morgenstern (1753), A. E. de Buechuer (1755), Barchewilz (1760), Thomas (1762), Boennekenius, P. E. Hartmann (1763), etc., etc. ; le phosphore fui dès lors, pendant plus d'un siècle, administré contre les maladies les plus diverses avec des succès dont j'ai rappelé quelques-uns seulement. Mais, durant cette longue époque, il fut souvent, hélas! prescrit à trop fortes doses et, dans ces cas. au lieu de guérir les malades, il les empoisonnait rapidement. Ces tristes résultats, dont on n'o«a publier qu'un petit nombre, le firent rejeter de la pratique courante et, par suite, de nos matières médicales.
Mais à ce compte on devrait rejeter également la belladone, le mercure, l'opium, l'arsenic, etc., que certains praticiens se font honneur — aux yeux de leurs clients — de ne jamais employer. À ces
(1) Un professeur de clinique médicale à la Faculté de Paris, appelé au début d une fièvre typhoïde chez un enfant de 12 ans, diagnostiqua une forme maligne ataxique si évidemment mortelle, d'après lui, qu'il se refusa à la traiter, jugeant toute médication complètement inutile. Un médecin des hôpitaux de Paris, mieux avisé, prescrit au jeune malade l'acide arsénieux et, dès le lendemain, à la forme maligne ataxique succède la forme bénigne qui permit à la fièvre typhoïde de se terminer heureusement au bout des trois septénaires classiques.
praticiens, le professeur Imbert-Gourbeyre souhaite avec raison, « un peu moins de conscience et beaucoup plus de science. » Alors les poisons les plus violents deviendront entre leurs mains des remèdes salutaires, justiliant ainsi l'antique adage ubi virus, ibi virtus. Du reste, les Grecs, nos premiers maîtres, l'entendaient bien ainsi, puisque dans leur langue pourtant si riche, poison et remède étaient désignés par le même mot, tpapjiaxov, d'où est venue notre expression de ptiarmacie.
Veut-on, par exemple, utiliser les propriétés d'une substance aussi énergique que le phosphore et pourtant en éviter les inconvénients, il faut l'administrer à petites doses et à doses d'autant plus minimes que ce remède est plus toxique que l'arsenic. Or le savant médecin de Clermont, tout à l'heure cité, a démontré dans la Gazette médicale de Paris (1), que l'arsenic donné à doses infinitésimales produit chez l'homme sain des phénomènes objectifs.
D'ailleurs, en se rappelant l'observation de cet aliéné expirant sous les yeux de Loebenstein-Loebel, après avoir pris seulement 1/8* de grain (6 à 7 milligrammes) de phosphore, on sera disposé à prescrire au début cette substance à dose infinitésimale, quitte, plus tard et après quelques jours de repos, à en augmenter la dose.
Le phosphore, comme la digitale et la noix vomique, laisse parfois suspendre et en même temps accumuler son action qui, à un moment donné, éclate subitement. Il nous en offre des exemples caractéristiques dans les observations 8, 24, 28, 2?1, 30, 33 et 34.
Ces faits nous invitent à donner le phosphore pendant quelques jours, puis à le suspendre pendant quelques autres jours, pour qu'il ait le temps de développer toute son action. Mais afin que celle-ci ne soit pas aussi funeste que dans les observations précédentes, on le prescrira à petite dose.
Quand on voudra atténuer les effets du phosphore, il faudra simplement en atténuer la dose. Pour atteindre ce but, il ne suffit pas de le mélanger à des correctifs. En effet, ou le correctif réagit chimiquement sur le phosphore, le transforme en un corps nouveau, et dès lors ce n'est plus du phosphore qu'on administre ; ou bien le correctif altère, masque, neutralise les effets de ce remède. Alors autant
(i) Eludes sur quelques symptômes de Carscnic et les eaux minérales arsénifères, 1862, in- 8" do 101 pages.
vaut ne point donner du tout du phosphore ; car on ne peut pas dire au correctif : Tu empêcheras le phosphore de produire ceci et tu lui laisseras produire cela. Qui donc connaît la science des antidotes pour aBoutir à de tels résultats?...
Les médecins qui prescrivent des remèdes encadrés dans une formule complète d'après les règles classiques, ces médecins, s'ils n'écrivent de mémoire ladite formule, doivent, la plume en main, faire il peu près le raisonnement suivant :
Toi, base, je te confie le rôle principal pour guérir la maladie. Comme tu pourrais ne pas y suffire, je te donne pour auxiliaires un ou plusieurs adjuvants. Dans le cas où, base et adjuvants, vous vous écarteriez du rôle que je vous ai tracé, je vous adjoins un ou plusieurs correctifs pour vous remettre dans le bon chemin. Mais afiu que vous arriviez tous à bon port dans les rues et impasses du corps humain, je vous délaye dans un excipient, qui sera, au golit du malade, une potion acide, alcaline ou sucrée. Pour surcroît de précautions, je charge un ou plusieurs médicaments dirigeants de vous préparer les voies et de diriger votre action sur telles parties, tels organes auxquels je vous adresse. »
Voulez-vous voir expliquer, presque justifier ce mélange hétéroclite — car il est une médecine sans principes qui croit que l'art autorise tout ce que la pharmacie permet — écoutez M. Forget :
« En associant une foule de substances, dit le professeur de Strasbourg, le praticien espère qu'une d'entre elles au moins atteindra le but. C'est ce que j'appelle familièrement une décharge à mitraille, dont quelques éclats pouront — par hasard — frapper l'ennemi (1). >• Et s'ils frappent le malade?...
Ils frapperaient certainement le malade, en efîet, si, par exemple, un médicament aussi énergique que le phosphore ne voyait pas ses trop fortes doses sûrement neutralisées par ces prétendus correctifs qui trop souvent ne corrigent rien, pas même les polypharmaques de leur ignorance eu matière médicale. Ennemis de la simplicité, qui est ici clarté et précision, ces médecins reproduisent dans leurs ordonnances la confusion et le pèle-mële qui existent dans leur esprit.
C'est une réflexion que j'ai trop souvent l'occasion de faire eu
(1) Principes de thérapeutique générale et spéciale, 1860, 1 vol. in 8-, p. 279.
voyant certains praticiens prescrire journellement pour frictions le baume de Fioravenli qui contient seulement rfiaf-AuiT substances ou le baume tranquille qui n'en renferme que dix-neuf!.. . Je pourrais citer bien d'autres recettes aussi burlesques qui font la fortune des pharmaciens et la honte de la science.
Et dire que, chez les peuples civilisés, le Codex national a été destiné jusqu'ici à être le recueil officiel de toutes ces formules pharmaceutiques que le professeur Forget, en homme compétent, vient de qualifier si familièrement de « décharges à mitraille!... »
Voulez-vous voir la matière médicale se constituer comme une science sérieuse, alors n'administrez chez vos malades qu'un seul remède à la fois, remède dont vous connaîtrez préalablement toutes les actions électives, c'est-à-dire les propriétés physiologiques et thérapeutiques. Puis, ce médicament ingéré, laissez-le agir un temps plus ou moins long, en rapport avec la marche aiguë ou chronique de la maladie : pratique déjà suivie constamment par l'école homceopathique et même par tous les médecins dans quelques cas, par exemple pour le traitement par les eaux minérales qu'on laisse sagement développer toute leur action pendant les semaines qui suivent leur administration.
Maintenant il me reste à examiner dans quelles préparations pharmaceutiques il faudra de préférence employer le phosphore.
Dans les observations cliniques plus haut relatées, nous avons vu les médecins prescrire le phosphore, tour à tour dans l'éther sulfurique, diverses huiles, l'alcool, dans l'eau enfin.
D'après le docteur Sorge (de Berlin), auteur d'une monographie sur le phosphore que j'ai plusieurs fois citée dans le cours de ce travail,
L'huile dissout 1/40' à 1/48' de son poids de phos.phore;
L'éther sulfurique 1/80';
L'alcool à 92 degrés j/400' à 1/450'.
Le phosphore est complètement insoluble dans l'eau;, seulement il la décompose pour former avec elle de l'acide hypophosphorique. Cet acide est soluble dans l'eau.
Il y a de grandes précautions à prendre pour conserver intégralement les solutions de phosphore dans l'huile, l'éther et l'alcool, car elles se décomposent facilement, comme nous allons le raconter.
Aussi, d'après le docteur Sorge, la solution huileuse de phosphore est-elle exposée au contact de l'iiir u une température ordinaire, tout
le phosphore se transforme peu à peu en acide phosphorique, de telle sorte que, dans les vases découverts, la couche supérieure de l'huile n'est bientôt plus lumineuse, et plus tard si l'on agite le mélange, les couches profondes n'ont également plus d'éclat phosphorescent.
Si l'éther phosphoré est exposé à une température basse, on voit se précipiter au fond du flacon une masse de cristaux de phosphore.
La solution du phosphore dans l'alcool absolu se décompose si rapidement à la température ordinaire d'appartement, que le phosphore, même avant de s'oxyder, se précipite au fond du flacon en très-petits morceaux.
L'alcoolature phosphorée s'oxyde au contact de l'air; elle réagit promptement et devient acide si elle n'est pas conservée dans un flacon soigneusement boucbé.
Pour avoir une alcoolature phosphorée nullement acide, il faudrait la préparer, la renouveler de temps en temps et la conserver au frais.
Une alcoolature phosphorée très-ancienne, qui a pu devenir acide déjà depuis longtemps, offre une odeur d'élher, ce qui ferait croire à la formation d'un éther phosphoré.
Quoique l'éther phosphoré ait procuré, on l'a vu plus haut, un certain nombre de guérisons, je ne conseillerai pas l'administration du phosphore dissous dans « l'éther, qui, fort actif lui-même, complique les eiTets et jette de Tincertitude sur leur véritable source, » comme le disent très-judicieusement MM. Mérat et de Lens (1); car ce serait rentrer dans ces mélanges pharmaceutiques dont je viens de montrer le caractère peu scientifique.
Je préfère recommaoder l'huile phosphorée pour l'usage externe et l'alcool phosphoré pour l'usage interne, c'est-à-dire le phosphore ayant pour véhicules des liquides dénués de toutes propriétés médicamenteuses.
Les solutions huileuse et alcoolique de phosphore peuvent être conservées sans s'altérer, si l'on prend les précautions indiquées plus haut. Dans toutes les pharmacies ou trouve la liqueur de Fowler, la liqueur dePearson, la liqueur de Boudin, c'est-à-dire la solution à 1 millième des .sels d'arsenic. Or le phosphore, qui est beaucoup plus
(1) Dictionnaire de matière médicale et de thérapeutique, t. V, p. 278.
toxique que l'arsenic, ne pourrait-il pas être conservé et prescrit dans une solution alcoolique encore plus étendue, par exemple dans une solution aux 2 millièmes, aux 5 millièmes? Une pareille solution serait moins sujette à s'altérer et permettrait néanmoins de prescrire la dose voulue : il suffirait pour cela d'administrer l'alcoolature en plus grande quantité.
D'après les conseils de M. le docteur Ch. Ozanam, un pharmacien de Paris, M. Blondeau, prépare du sirop de phosphore, qui est employé, entre autres, chez les enfants, les vieillards et les malades épuisés par la fièvre hectique ou une convalescence trop prolongée. Cette préparation a l'avantage de fournir au phosphore un véhicule, le sirop simple, qui est parfaitement dénué de propriétés médicamenteuses.
Une importante et dernière recommandation que je fais relativement à toutes les solutions phosphorées, c'est de les filtrer soigneusement, afin d'éviter aux malades le danger d'avaler des fragments de phosphore non dissous.
En résumé, je crois avoir démontré que le phosphore a des propriétés thérapeutiques et toxiques incontestables. J'ai indiqué le moyen d'utiliser les unes et d'éviter les autres. Par là j'espère contribuer à vulgariser l'emploi d'un remède vraiment trop efficace pour être délaissé.
Eu signalant les paralysies que peut produire le phosphore, un poison à la portée de tout le monde, j'espère aussi avoir rendu un service à l'hygiène publique et à la médecine légale.