MAXIME, VALENTINE
VALENTINE, da dehors.
Si le docteur est occupé, ne le dérangez pas. J'attendrai M. de Caslelneuf au salon.
MAXIME, se levant.
Celle voix!... c’est elle!... Valenline!
VALENTINE, entrant.
M. Maxime?... encore ici !
MAXIME, troublé.
Encore? ah! pardonnez-moi, madame, je...
VALENTINE
Je n’ai rien à vous pardonner. Je vous croyais parti depuis hier. Le hasard me fait vous retrouver; c’est un maladroit ! voilà tout.
MAXIME
Ah! Valenline!
VALENTINE, hautaine.
Monsieur Rolland !
MAXIME
Madame, pouvez-vous bien parler ainsi ?!...
VALENTINE
Pourquoi non? Nous nous sommes fait nos adieux hier, je vous ai alors sincèrement souhaité un heureux voyage; faut-il recommencer aujourd’hui? cela n’en vaut guère la peine! Je suis assurée qu’il ne vous arrivera rien de fâcheux en roule. Maintenant on va à Rome aussi facilement qu’on allait à Orléans, il y a cinquante ansl
MAXIME
Et vous ne songez pas que je ne vous reverrai peut-être jamais.
VALENTINE
Mais si... nous vous reverrons un jour ou l’autre... célèbre et riche! Pouvez-vous désirer autre chose?
MAXIME
La gloire I la richesse! et c’est là tout ce que vous croyez que mon cœur ambitionne!
Il me semble que ce sont deux buts suffisants à remplir la vie d’un artiste.
MAXIME
Oh ! non ! ce n’est pas vrail cette froideur est feinte !
VALENTINE
Quelle froideur I je ne vous comprends pas.
MAXIME
Vous ne comprenez pas !... vous ne comprenez pas que et vous aime plus encore que je ne vous ai jamais aimée, que cet amour est ma vie I et que je mourrai sous votre mépris!
VALENTINE, froidement.
Pourquoi vous mépriserais-je? J’ai pour vous une amitié solide. Mon mari fait grand cas de votre talent et je suis très-honorée de vous recevoir dans mon salon.
MAXIME
Mais vous ne m’avez donc jamais aimé?
VALENTINE, se lerant impassible.
Réellement... je ne le crois pas.
MAXIME, douloureusement.
Oh\
VALENTINE
Je vous ai prié d’oublier des souvenirs bien effacés pour moi et qui tout d’un coup se sont réveillés én vous, je ne sais trop pourquoi! Je vous ai parlé en amie, sans me fâcher. Je crois qu’une honnête femme n’a pas besoin de se courroucer pour se défendre! ...Je tenais beaucoup à ne pas troublef la tranquillité de mon mari... vous avez paru vous rendre à mes raisons.Vous partiez, disiez-vous, pour fuir cet amour... et vraiment! j’étais touchée de ce sacrifice. Et puis, point du tout! voilà que je vous retrouve! Au bout du compte, vous êtes libre, partez ou restez, à voire gré ; seulement, une dernière fois!,., et-je parle très-sérieusement!... ne vous livrez plus à des espérances que je n’ai jamais autorisées et dont mon devoir serait de prévenir mon mari, mon tnari qui va venir... que j’attends ici.
MAXIME
Ainsi, vous ne vous souvenez de rien ?!t
VALENTINE
Ah! si... je me souviens... mais comme d’un souvenir de pensionnaire... que dans la maison de mon oncle vous m’avez fait une courde quelques mois!... Un jour vous n’èles plus revenu 1 Nous avions échangé deux ou trois bouquets,