ACTE PREMIER
n’est-ce pas? et quelques lettres bien innocentes, Dieu merci ! Vous voyez que j’ai bonne mémoire! Je crois même que vous êtes parti pour ne plus revenir, un soir où mon oncle Barreau, qui n’est pas très-versé dans l’art des périphrases, vous avait dit très-nettement : Quand demandez-vous la main de Valentine?
# MAXIME
Ahl je le vois, vous m’accusez 1 parce que vous n’avez pas compris ma conduite!
Loin de vous accuser, je vous remercie. J’aurais pu yous aimer... plus tard... et comme j’étais pauvre... vous avez agi en honnête homme!
MAXIME
Ah! j’étais pauvre aussi, moi! Ne pouvoir offrir, à celle qu’on aime, que la misère!... alors, j’ai lutté, j’ai travaillé, je me disais : Demain, je serai riche! demain elle sera à moi ! et le lendemain vous étiez la femme du comte de Castelneuf!
VALENTINE
Qui m’épousa par amour! et il est arrivé tout naturellement ceci : que je l’aime !
MAXIME, avec ironie.
Vous l’aitnez?
VALENTINE, sonriant tristement.
Vous ne croyez pas qu’on puisse aimer son mari? C'est juste, c’est une'des idées favorites des célibataires!
MAXIME, après un silence.
Madame, je vous demande pardon!... et cette fois vous avez beaucoup de choses à me pardonner! ... Oui!... j’ai cru, sot que j’étais !... que de même que la douceur de votre sourire inondait mon cœur de délices, la sincérité de mon amour vous avait touchée!... J’ai été naïf!! j’ai reçu vos bouquets comme je vous ai donné les miens, croyant en notre amour!!... Ah! moquez-vous de moi!., car j’ai été un amoureux de romances !... Et, tenez!... (n sortnn booqnet de sa poche de côté.) voici le dernier que j’ai reçu de vous. Madame de Castelneuf, je vous promets les respects auxquels votre vertu glaciale a droit, mais vous me permettrez bien de haïr de toutes les forces de mon cœur celle en qui j’ai cru, cette Valentine morte pour vous, que je n’oublierai jamais, moi! mais dont je maudirai toute ma vie le souvenir... (il jette son bouquet.) Adieu, madame. (Il sort A droite. Valentine le suit dos yeux un moment puis va ramasser le bouquet qui est tombé à terre ; elle le regarde quelques instants et le porte lentement à ses lèvres... puis elle s’affaisse sur le canapé en sanglotant. Le comto parait au fond.)