SCÈNE PREMIÈRE
MADEMOISELLE MOREL, BARREAU; ils sont assis vis-à-vls
l’un do l’autre.
MADEMOISELLE MOREL
Enfin, Casimir!
BARREAU
Ne m’appelez donc pas Casimir... c’cst agaçant... Et puis...
MADEMOISELLE MOREL
Et puis?
BARREAU
Le docteur n’aurait qu’à vous entendre.
MADEMOISELLE MOREL. '
Vous avez raison.
BARREAU
Ça me compromettrait.
MADEMOISELLE MOREL, froissée.
Ah!
BARBEAU
Et, voyez-vous, l’honneur d’un homme, d’un homme d’affaires...
MADEMOISELLE MOREL, soupirant.
Je sais ce que c’est.
RARREAU, majestueux.
C’est sacré !
MADEMOISELLE MOREL
Eh bien, monsieur Barreau, je vous disais que c’était le ciel qui vous avait envoyé ici.
BARREAU
Ce n’est pas le ciel, c’cst l’atmosphère; je viens chez le docteur à cause de ma névralgie.
MADEMOISELLE MOREL
Vous ne resterez pas sourd aux cris d’une mcre.
BARREAU, so bouchant les oreilles.
Je n’aime pas les cris, vous le savez.
Je parle bas... Vous écouterez la voix du sang.
BARREAU
La voix du sang! Voilà encore une musique désagréable! Les mélodrames vous ont pervertie !
MADEMOISELLE MOREL
Mais vous n’avez donc pas de cœur?
BARREAU
J’ai un estomac, dont je souffre sept fois par semaine... chaque fois que je dine en ville... ça me suffit 1
MADEMOISELLE MOREL
C’est indigne!... Après nos serments.
BARREAU
Bon ! voilà les serments à présent!... Pourquoi ne me parlez-vous pas aussi de nos feux?... Les feux, les serments, la voix du sang... Quel style! Laissez toute celte phraséologie à votre cabinet de lecture, et parlons raison.
MADEMOISELLE MOnEL.
Soit!
BARREAU
Raisonnablement, que me demandez-vous?
MADEMOISELLE MOREL
L’honneur de mon fils 1