ACTE TROISIÈME
je ne vis plus... Je tremble devant mon mari!.. Il a beau redoubler de prévenances envers moi, il me semble que ses prévenances sont jouées !.. son sourire m'effraye ! et, comme si ce n’était pas assez encore, vous méditez quelque entreprise insensée! vous êtes revenu à Alontgeron... je le sais ! on vous a vu errer autour du château 1... Un homme a pénétré la nuit dans le parc! c’était vous, malheureux ! Tenez, je pressens quelque horrible malheur! Maxime, je vous en prie, je vous en supplie, ne reparaissez plus à Alontgeron !
MAXIME
Oh ! ! ! Et c’est pour me dire cela que vous êtes venue ! !
VALENT1NE
Vous ne comprenez donc pas qu’il y va de mon repos, de mon honneur, de ma vie peut-être ! Maxime, soyez généreux, ne faites pas à demi ie sacrifice... effacez toute trace, tout souvenir du passé... rendez-moi mes lettres... oubliez-moi 1
MAXIME
Et vous m’offrirez en échange une amitié froide, une estime banale... je n’en veux pas !...
VALENTINE
Mais qu’espérez-vous donc?
MAXIME, avec éclat.
Croire, ne fût-ce qu’un instant, que vous avez été louehée par cet amour que rien ne peut décourager ni vaincre!.. Diles-moi... diles-moi que vous m’aimez et je pars! Que je puisse un moment, si court qu’il soit, ressaisir près de vous tous mes chers souvenirs, mes douces émotions d’autrefois... (S’approchant d’elle et eberebantà loi prendre la main.) et puis, tout à l’heure, quand j’aurai savouré ce bonheur immense, vous me crierez qu’il faut que je disparaisse et que vous ne vous souvenez plus que jadis nous avons marché la main dans la main!..
VALENTINE, reculant.
Ce passé ne m'appartient plus I
MAXIME, avec colère.
Ah! vous êtes impitoyable... il ne sort pas de votre bouche un seul mot qui ne me déchire I Que vous importent mon désespoir et mes sanglotsîl que vous importent les blessures de mon cœur, l’agonie de mon âme 11 pourvu que rien ne ternisse l’auréole de pureté dans laquelle vous planez superbe, indifférente et glacée !
VALENTINE, épouvantée.
Maxime, je vous en conjure I. ..
MAXIME, lui saisissant les deux mains.
Il y a cinq ans que je souffre, que je gémis, que je pleure! a fléchons, lumille, avenir, ambition : j'ai tout sacrifié pour ne vivre qu’avec une pensée... vous 1 pour ne garder qu un souvenir... le vôtre! On m’a vu àMonigeronl Mais j’v vais foules les nuits! je me glisse dans votre parc comme un voleur, et, cache derrière un arbre, blotti dans un buisson, j attends des heures entières pour voir votre ombre passer derrière vos rideaux !.. ou si votre fenêtre est ouverte pour saisir quelques paroles qui m’apportent le son de votre voix !..
VALENTINE
Maxime !
MAXIME
Bonheur plein de tortures et de rage ! I
VALENTINE
Taisez-vous ! taisez-vous 1
MAXIME
Et vous, vous êtes venue froidement pour me dire • Oublicz-moi, partez !
VALENTINE, éperdae.
Je suis venue, parce que je suis vaincue ! Je suis venue maigre moi, attirée par une force irrésistible... je suis venue sans projets, sans idées, sans but... j’ai marché comme dans les reves... sans conscience de moi-même., et je me retrouve ici... épouvantée de mon audace, mais fatiguée de la lutte, epuisee de combats... et dans le trouble de mon cœur, dans I anéantissement de mon esprit, dans mes remords, dans ma honte, dans mon désespoir, je ne comprends plus rien, je ne sais plus rien, sinon que je vous aime et que je suis perdue.
MAXIME
V ous m aimez ! (il se jette à ses genoux.) Oh ! répétez-Ic-moi ! vous m aimez! je voudrais trouver des mots pour vous seule!... mais je no sais pas ! je ne peux pas... il ne me vient pas une pnere qui soit digne de vous. Tenez I je suis fou . ivre de bonheur et d amour I vous m'aimez ! (La porte du fond Couvre précipilammont, Honri parait, Maximo se relève épouvante, Valentiuc se cache le visage.)