‹ Les parasitesChapitre 1 sur 9 · Les parasites · texte numérisé non relu

Les parasites

H On les voyait tous trois se hâter sous un maître i( Oui , chuvë d'un long âge, a peu de temps .< 1 êtie, U Et tous trois .1 I ■ n\ i -i mpi et* r ardemment u A qui dévorerait ce règne d'un moment, n ( P. ("onNEiiiE. )

ara

LIBRAIRIE DE DU MO fi l

PALàlS-EOTAl 88 i\ U 0» '■ 11 ri! R ai KL.

— Eh bien ! qu'est-ce? dit madame Rougemont, d'un accent bref et acariâtre, quelle prenait presque toujours avec ses inférieurs. Qui vous a permis d'entrer dans mon salon sans frapper, mademoiselle?

— Pardon, madame... j'ai frappé, avant d'ouvrir la porte, répondit d'une voix tremblante une petite fille de douze ou treize ans

I t s |»Alt.VSIU>.

(jui baissa la tète el devint toute rouge.

— Ainsi donc, mademoiselle, vous me donnez on démenti, répliqua madame Rougemont d'un ton sévère. Ah! ça! je suis donc sourde?

I ,: petite fille demeurait toujours confuse et la tète penchée, sans dire une parole.

— Allons, allons, petite, reprit madame Rougemont, ne restez pas là comme une perche, et parlez, quand on vous parle! Pourquoi êtes-vous entrée dans mon salon? Qu'avez-vous à me dire?

— Madame , balbutia timidement la petite fille, dont les joues étaient pourpres comme des coquelicots, je venais vous apporter cette lettre.

En même temps, elle allongeait le bras vers madame Rougemont, et sa main tremblait comme une feuille.

— ("'est l'affaire de votre papa, mademoiselle , dit sèchement madame liougo-

mont en prenant la lettre. Qù est-il votre papa? Allons; vite, répondez, mademoiselle Jeannette.

Jeannette était si troublée qu elle ne put répondre tout de suite; enfin d'une voix mal assurée elle dit :

— Madame, papa est sorti tout à l'heure avec son fusil; il a vu passer dans l'avenue un gros lièvre , qu'il est allé tuer pour l'offrir à madame.

— Ta, ta, ta! fit madame Iiougcmont, avec un claquement de langue, je n'aime point tout cela. J'ai bien le moyen d'acheter des lièvres au marché, quand bon me semble, et...

Une détonation se fit entendre : madame Rougemont tressaillit dans son fauteuil.

— C'est insupportable! dit-elle, insupportable! je n'aime pas les coups de fusil! votre père le sait très bien, Jeanneth !

Et l'on entendit dans l'antichambre un

LES VAHASITfiS.

pas lourd et précipité; la porte du salon s'ouvrit, et Thibaut, le vieux domestique de madame Rougemont, parut tenant par les pattes un lièvre ensanglanté.

La figure du brave domestique était rayonnante.

— Madame, s'écria-t-il en agitant son trophée, c'est une belle bete! Ça fera très bien aujourd'hui sur la table de madame.

— Vous savez bien , Thibaut , dit aigrement madame Rougemont, que je vous ai défendu de tirer si près de mes fenêtres! Il v a de quoi me donner un anévrisme! vous le savez fort bien! et je commence à croire que vous avez de mauvaises intentions.

— Moi , madame , repartit le domestique avec un air de surprise chagrine, j'avais seulement l'intention de tuer un lièvre aujourd'hui, el voilà (jui se trouve bien; car je n'avais pas de gibier pour mon second plat

de rôti, et M. le curé, il l'aime beaucoup le gibier.

— M. le curé, lorsqu'il dine chez moi , doit se contenter de ce qu'il y a sur ma table. Au surplus, vous pouviez bien acheter un lièvre au marché , sans me désobéir.

— Ils coûtaient quatre francs pièce , madame.:.

— Eh! que m'importe? interrompit madame Rougemont, n'ai- je donc pas le moyeu de payer un lièvre quatre francs, et dix fois plus, si bon me semble?

— Mais, madame...

— Allons, allons , laissez-moi tranquille, et pour Dieu, emportez-moi cette vilaine béte toute pleine de sang , qui va salir mon meuble.

Thibaut regarda son lièvre d'un air piteux, et retourna, le cœur gros, dans la cuisine , où ne sachant à qui s'en prendre , il soulagea toute sa mauvaise humeur sur

Page 1