‹ Les parasites & les maladies de la vigneChapitre 14 sur 22 · LES MYRIAPODES · texte numérisé non relu

LES MYRIAPODES

qu'ils ne se trouvent guère qu'entre desifeuilles pourries ou dans des débris plus ou moins désorganisés ; ils ne vivent que des sucs qu'ils extraient de ces matières, et il n'y a pour le vigneron rien à craindre de leur part.

On peut en dire autant des lombrics, ou vers de terre, qui ne se nourrissent que des sucs de l'humus, et qui sont ptutôt favorables que nuisibles, leurs longues galeries drainant et aérant la terre.

Les Mollusques, Escargots et Limaces ne laissent pas que d'avoir une grande part dans les dégâts que subit la vigne, et il est important de les signaler à l'attention des viticulteurs.

C'est à tort que l'on a cru pouvoir indiquer les grosses Limaces comme parasites de la Pyrale et vivant de ses chenilles. Les Mollusques sont herbivores et assez bien dotés sous le rapport des appareils buccaux, pour ; que leurs ravages soient très appréciables. C'est par milliers qu'on trouve dans nos vignes les Hélix hortensiSy variabilis et nemoralis, jaunes ou bruns, avec ou sans bandes noires, et c'est un devoir pour le vigneron diligent de les écraser chaque fois qu'il les rencontre. Mais il faut que cet écrasement soit poussé très loin et pratiqué beaucoup plus complètement qu'on ne le fait d'habitude. Si le pied ou la pioche

rompt seulement la coquille et ne fait que comprimer plus ou moins le corps mou de l'escargot, celui-ci, qui a la vie très dure, se remet bientôt de sa frayeur; son corps élastique reprend sa forme, et immédiatement il songe à réparer le dommage qui lui est causé. Peu à peu des pièces et des coutures viennent refaire s©n habit, qui gardera toujours les traces de son accident, mais n'en sera à l'avenir que plus résistant. Le résultat delà peine qu'aura prise le vigneron sera donc nui, et peut-être même aura-t-il travaillé contre son intérêt, si le Mollusque, pressé de réparer son habitation, se voit obligé de manger davantage pour rendre aussi plus abondante la sécrétion nécessaire pour reconstituer sa coquille. Il faut donc, nffn seulement briser celles-ci, mais atteindre l'animal lui-même dans ses organes essentiels.

U Hélix pomatia est aussi un habitué de nos vignes, où sa grande taille le rend redoutable. Mais sa chasse est organisée sur une grande échelle, et l'Escargot de Bourgogne, qui parait avec honneur sur la table des amateurs, n'est plus à craindre pour les vignerons. Grâce à cette recherche incessante, le nombre de ces gros escargots se maintient dans de sages limites, et ils sont

peut être moins dangereux que leurs congénères de plus petite taille, qui sont moins demandés par les gourmets.

Les Limaces, grosses ou petites, rouges ou grises {Avion rufus, Limax agrestis, etc.), doivent être aussi sacrifiées sans pitié. Les bourgeons entamés par leurs mâchoires cornées se dessèchent et périssent, et il est urgent de se débarrasser de ces hôtes incommodes.

Parmi tous les remèdes, si nombreux, proposés par les horticulteurs contre les Limaces et les Escargots, bien peu sont applicables aux vignes, et c'est encore à un travail. minutieux de recherches que doit se livrer le vigneron soucieux de ses intérêts. Autant il sacrifiera de Mollusques, autant de bourgeons de sa vigne seront préservés.

Il faut dire aussi que des auxiliaires précieux lui viennent en aide. Le Drilus flav escens, petit coléoptère mou, de la famille des Malacodermes et voisin des Lampyres ou vers luisants, vit uniquement à l'état de larve de la substance des Hélix hortensis. Le malheureux escargot est dévoré, et sa coquille sert ensuite d'abri à son meurtrier, qui y subira ses métamorphoses. Le mâle du Drilds est ailé et jaunâtre, la femelle reste toujours âp-

tère et ne présente que peu de différences avec sa larve.

Fig. 28. Larve d e Carabe doré (grossie)

Les gros Carabes, sous leur forme larvaire, attaquent aussi les Escargots, et on voit fréquemment leurs grosses larves (fig. 28) cornées, noires, enfoncées dans les coquilles où elles viennent puiser leur nourriture.

Les Silpha lœvigata et obscur a, autres coléoptères de la famille des Sylphides, attaquent aussi les Escargots et les mettent à mort.

Mais le nombre de ces derniers reste tou-

jours bien trop grand au gré des vignerons, et après une légère pluie, on voit sortir de terre leurs bataillons innombrables. C'est aussi le moment le plus favorable pour les trouver et les détruire.

LE PHYTOPTUS VITIS Landois

Quand on examine les feuilles de la vigne dans le courant de l'été, on y rencontre fréquemment des bosselures irrégulières (flg. 29), rugueuses, correspondant sur la face inférieure

à des cavités égales, paraissant couvertes d'un duvet court tantôt gris ou argenté, tantôt

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plus ou moins brun ou rougeâtre, suivant la saison. Il arrive souvent que les feuilles sont criblées de ces difformités, sur la nature desquelles les viticulteurs et jusqu'à ces derniers temps, les naturalistes eux-mêmes étaient fort indécis. La première idée, qui était

venue à l'esprit et qui a persisté dans le monde savant jusqu'en 4854, était que ces déformations se trouvaient produites par un cryptogame, un véritable champignon parasite, auquel on avait donné successivement les noms scientifiques de Taphrina Erineum, Phyllerium. Mais l'observation microscopique a montré enfin que cette maladie particulière était due non à la présence d'un végétal imperceptible, ni a l'hypertrophie des cellules de la feuille, mais à la piqûre d'une petite arachnide, complètement invisible, et appartenant à la classe des Acariens ; ses congénères offensent d'une façon analogue les tilleuls, les noisetiers, les pruniers, les poiriers, les aulnes, les érables et probablement d'autres plantes. Celui qui nous occupe ici a reçu de Dujardin le nom générique de Phytoptus, et de Landois ou peut-être avant lui de L. Dufour, le nom spécifique de vitis. On peut même dire qu'une certaine incertitude continue à voiler encore la filiation véritable de cet insecte,

LE PHYT0PTU3 VITIS 191

puisqu'un savant micrographe, le D r J. Pelletan, a émis, en 4877, l'idée que cet acarien de la vigne n'était que la larve d'une autre espèce connue sous le nom de Phytocoptes epidermi ; elle pourrait d'après lui se reproduire dès cet état larvaire, comme cela se retrouve communément chez ces espèces, par des œufs parthénogénésiques c'est-à-dire féconds sans le secours ni l'intervention du mâle.

Comme la preuve de cette assertion, qui est cependant probablement exacte, reste encore à faire, je m'arrêterai provisoirement au nom de Phytoptus vitis pour désigner cet ennemi de notre plante.

Cet insecte ne produit pas sur la vigne un dommage sérieux. Il altère quelques feuilles, il suce une petite quantité de sève, mais jusqu'à ce jour, on n'a pas eu à s'en plaindre d'une façon spéciale. Cependant il est important de l'étudier et de le connaître aussi complètement que possible, d'abord pour détruire une erreur qui se propage chez un certain nombre de viticulteurs et qui le fait confondre avec l'oïdium, ensuite pour nous tenir prêts, au cas où sa propagation devenant, par suite de circonstances imprévues, beaucoup plus im portante, il serait urgent de lutter contre lui.

Les Acariens appartiennent à l'ordre des

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Arachnides et sont très-répandus dans la nature où chacun a pu les observer un peu partout, soit qu'ils s'attaquent aux végétaux, soit qu'ils vivent au contraire aux dépens des matières animales vivantes ou en décomposition. Ils sont en général de très petite taille, munis le plus souvent de huit pattes, la bouche armée d'une sorte de suçoir diversement composé ; ils ont enfin le corps globuleux et mou, et leur respiration s'opère comme celle des insectes proprement dits , au moyen de trachées. C'est à cette classe d'articulés qu'appartiennent les Sarcoptes qui occasionnent la maladie de la gale chez l'homme et les animaux, les mites qui vivent dans les provisions, comme la farine, les viandes desséchées, le vieux fromage, etc.

Celui dont nous avons à nous occuper ici est invisible â l'œil nu ; il a le corps cylindrique, allongé, muni seulement de deux paires de pattes qui s'allongent en avant de façon à dépasser notablement la tête ; celle-ci se confond entièrement avec le thorax et porte un suçoir ou rostre, creusé d'un sillon aboutissant à l'œsophage. Une lèvre inférieure, en s' allongeant et s'appliquant sur ce sillon, forme un tube qui s'enfonce dans les tissus du végétal et en tire la sève. Intérieurement

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cette cavité semble contenir deux stylets capables de s'allonger et qui servent à entamer l'épiderme de la feuille. L'abdomen est partagé en anneaux au moyen de sillons peu profonds; M. Briosi, de Palerme, en a compté 60 ou 70.

Cette bestiole ne mesure, dans les plus gros individus que mm 15, mais elle est ordinairement beaucoup plus petite, n'aystht environ que mm 04 de longueur.

Elle se reproduit au moyen d'œufs couverts, au moment de la ponte, par une substance . glutineuse qui les fait adhérer aux poils de la plante. Ces œufs sont allongés, et on voit .. peu à peu, au travers de leur paroi, se former . le petit embryon et celui-ci acquérir successivement tous ses organes.

Après Téclosion, ces acares subissent quatre mues, puis sont bientôt capables de se reproduire eux-mêmes, sans fécondation préalable. Ils se répandent avec rapidité à la surface inférieure des feuilles de la vigne, se fixent ensuite en un point-, y enfoncent leur suçoir et y puisent les sucs végétaux. Ds pondent bientôt et, la famille s'accroissant rapidement, les sortes de galles qui affectent les feuilles se développent et se caractérisent en même temps.

Ces piqûres de l'épiderme appellent, pour les

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réparer, un afflux de sève, d'où résulte l'hypertrophie des cellules épidermiques ; celles-ci s'allongent en dehors de la surface de la feuille, sous forme de poils qui peuvent avoir une longueur variant de un demi à . un millimètre, c Ces poils, (selon M. Briosi) (1) sont anguleux, c contournés, unicellulaires, jaunâtres ou inc colores"*quand ils sont jeunes, plus oumoins c bruns quand ils sont âgés. L'afflux de sucs c nourriciers sous la tache et l'épaississement < consécutif des parois cellulaires modifient, «c dans toute son épaisseur, le tissu de la feuille. « L'inégalité du travail formateur dans les « différentes couches, peut expliquer l'incur- * vation de la feuille dans la partie -afîec- « tée. »

©n le trouve en tous temps sur la vigne, même pendant l'hiver. Dans cette saison, tfest *ous lès écailles des bourgeons qu'il faut le chercher, et on l'y rencontre souvent en grand nombre. Les Phytoptes peuvent subir, sous cet abri, les froids- les plus rigoureux, et leur *ésistance vitale est très-considérable. C'est tiarts mne sorte d'engourdissement qu'ils pas- <seht la saison froide, mais au premier réveil

(1) Sur le Phytoptus vitis, par le professeur Giovanni Briosi, de Pèlerine.

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du printemps, ils sortent de leur léthargie, et à peine les bourgeons s'ouvrent-ils, qu'ils cherchent à sucer les jeunes feuilles naissantes. Aussi celles-ci, tout en sortant de leur enveloppe de bouffe, offrent déjà les traces des galles qui les déformeront bientôt. Ces traces se présentent sous forme de taches* à peine saillantes, et.de couleur un peu différente de celle du parenchyme. Les pontes commencent aussitôt et les pseudogalles augmentent eh même temps de dimensions.

Bien que ce parasite ne soit jusqu'à présent que très peu nuisible, on a cherché cependant à lui opposer un remède. Ce qu'on a trouvé de mieux est la taille très-courte et l'incinération des sarments enlevés. Les bourgeons qui renferment les Phytoptes hivernants se trouvant en grande partie détruits, le nombre de ceux-ci décroit par la même raison, dans de grandes» proportions. On peut aussi, cjuand s'ouvrent les bourgeons, enlever les jeunes feuilles le plus fortement tachées, facilement reçonnaissables en les regardant par transparence, et les incinérer. De cette manière, an ne laisse subsister que le plus petit nombre possible de parasites. L'échaudage pratiqué contre la Pyrale ne peut avoir aucun effet contre eux, car on se garde bien d'atteindre

LE PHYTOPTUS V1TIS

avec l'eau bouillante, les bourgeons, berceaux de ces bestioles.

Voici quels sont les principaux auteurs qui ont écrit sur ce sujet :••••

Réaumnr.

1742 Mémoires pour servir à l'histoire des Insectes* III. mém. IX.

Iffalplghi.

Persoon.

F ries.

1686 De Excrescentiis plantarum.

1809 Synops Fungor.

1815 Observationes mycologie».

— 1822 Systema mycologicum.

Schlechtendal. 1822 Denkschrift der botan. Gesellschaft in

Regensburg. Tome II* — 1822 Botanische Zeitung.

1832 Mém. de l'Ac. de Dijon.

1833 Die Exanthème der Pflanzen,

1834 Annales des Se. nat., 2 - série, t. IL

1834 Mémoire sur le groupe des Phyllériées de Fries.

1853 Recherches pour servir à l'histoire des

galles. (Ann.des Se. nat. 3* série, Bot., t. xix).

1857 Ann. des Se. nat., 3 e série, t. xv.

1857 Trochsl's Archiv fur Naturgeschichte, Jahrgang 23,t. i, p. 104.

Pa^enstecher. 1857-59 Ueber Milben, besonders die Gat-

tung Phytoptus. (Verhandlung der nat.-Med Vereins. zu Heidel berg,t.i)

Landois. 1864 Eine Milbe. (Phytoptus vitis, mihi) als

Vallot.

tJnger.

Dugès.

Fée.

Lacaze-Duthiers.

Dnjardin.

Scheuter.

LE PHYTOPTUS VITIS 197

Ursache des Traubenmiss wachses. (Zeitschrift fur Wissensch.- Zoologie von Siebold und Kœlliker. T. xiv, p.

353 et seq.).

Landois et Roese. 1866 Botanische Zeitung, n* 38, p. 293.

Thomas Fr.

T. Xoritz.

Sorauer.

GioT. Briosi.

1869 Ueber Phytoptus Dujard. und seine grœssere Anzahlneuer und wenig

gekannter Missbildungen, mit î Tafel. (Programme de la Realschule, à Ohrdurf).

1870-71. Schweizerische Milbengallen. (Verhandl. der St Gallischen naturw.

Gesellschaft).

1872 Milbengallen und Veruandte Pflanzen auswuchse* (Botanische Zeitung n* 17, p. 282 et seq.).

1872 Entwicklimgsgesischte zweUr Phytoptus Gallen an Prunus. fGiebers Zeitschrift fur d. gesammtet Naturwissenschaften, t.xxxix,p.l93etseq.J .

1872 Beilraege zur Kenntniss der^Milben-

gallen und derGallmilben.

1873 Die stellung der Blattgallen an den

Holzgewaechsen und die Lebensweise vonPhytoptus. (Zeitschrift fur d. Gesammt. Naturw. t. xlh, p.

1873 Frauendorfer Blsetter, p. 30.

1874 Handbuch der Pflanzenkrankheiten, p.

165 et seq.

1877 Sulla Phytoptosi délia Vite. (Atti délia statione sperimentale di Palermo, fasc. 1).

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