L'OÏDIUM
Dans leur mission destructive, les insectes trouvent d'actifs collaborateurs dans les végétaux les plus inférieurs, ceuxdont l'organisation est la plus simple et la plus dégradée, et qui ne savent vivre qu'en parasites, aux dépens d'une sève déjà élaborée. Ces plantes, qui, en raison de la réduction de tous les organes à leur moindre expression, méritent à peine ce nom, ont une puissance d'assimilation et de reproduction assez forte, pour qu'on puisse les classer parmi les* ennemis les plus sérieux du vigneron.
C'est le nouveau continent qui, parait-il, nous a envoyé le plus terrible d'entre-eux.
L'Oïdium, si connu aujourd'hui,- est chez nous d'importation encore bien récente, puis-* qu'on le signalait pour la première fois en Europe, en 1845. Ses effets nuisibles ont été,
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cette année là , constatés sur des vignes cultivées en serre, à Margate, petit port anglais, voisin de l'embouchure de la Tamise.
Bientôt après, en 1847, on l'observait aux environs de Paris, et en 1850 et 1851, sa marche envahissante 1 avait rendu un véritable fléau, jetant la terreur autour de lui et détruisant des vignobles entiers. On seplait à signaler ceux de File de Madère, qu'il a fallu arracher complètement à cette occasion, et remplacer par des plants sains, quelques années plus tard
En France, le pays vignoble par excellence, les cultures méridionales ont eu spécialement à souffrir, et il y a eu, parmi les viticulteurs, il y a 20 ou 25 ans, un moment d'angoisse , qu'est venue heureusement calmer l'intervention d'un remède souverain contre ce qu'on appelait alors, d'un terme général, la maladie de la vigne, sans se douter qu'une autre maladie bien plus terrible sévirait quelques années plus tard. L'Oïdium, mal blanc ou Meunier y malgré son action éminemment nuisible, ne peut plus nous effrayer, puisqu'au prix d'un peu de travail et -d'une dépense très-faible, nous pouvons nous en préserver.
L'Oïdium est un Champignon microscopique appartenant à la famille des Erysiphées. Son
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nom scientifique est : Oïdiwn ou Erysiphe ~Tuckeri, du nom du viticulteur qui le signala le premier au monde savant. Tel qu'il se présente sur les grains du raisin, il est dans sa forme conidifère, c'est-à-dire à organes propagateurs externes. Observé à un grossissement ? très-fort, il offre (fig. 30), une série de filaments grisâtres s' entrecroisant en tous
sens et émettant des sortes de tiges composées de cellules unies bout à bout. En même temps, sous forme d'une poussière ténue, des globules allongés s'échappent et se répandent dans l'atmosphère. Ce sont de véritables graines qui vont propager la maladie et étendre son action nuisible ; ces graines ont reçu le nom spécial de Spores ; elles se détachent
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simplement de Uextrémité des excroissances ramiformes, dont je parlais tout-à-1'heure.
C'est donc réellement une affection épidémique et c'est ce qui explique la rapidité de son extension.
Une spore venant à tomber sur une feuille de vigne et subissant à la fois l'action de l'humidité et de la chaleur, émet bientôt des filaments qui sont comme la souche d'un nouveau centre de végétation. Ces fils, si délicats, puisent leur nourriture au travers de l'épiderme de la feuille ou du grainyet dessèchent les premiers ou font avorter les seconds, qui restent à l'état de granules sans utilité, ou se pourrissent tout-à-fait, quand ils sont atteints dans un état plus avancé devégétation. L'Oïdium forme ainsi sur les surfaces de . la vigne, des plaques farineuses qui répandent autour d'elles une odeur de moisi caractéristique.
Un cep atteint d'Oïdium, le conserve, au milieu des rigueurs de l'hiver, dans un état làtentet, lorsque reviennent les jeunes pousses du printemps , on voit réapparaître les phénomènes d'étiolement et de pourriture, dont j'ai parlé, ainsi que les plaques jaunâtres de Mycélium sur les feuilles ; la plante devient languissante, les feuilles prennent une teinte livide, comme si elles étaient anémiques.
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Une grande sécheresse est défavorable à lfr multiplication de l'Oïdium ; des pluies abon* dàntes le contrarient aussi, en entraînant les < spores à terre, et lavant pour ainsi dire, les feuilles et les fruits attaqués.
Les provinces de l'Est ont été à peu prèsépargnées en France lors de la grande in v€k sion de 4850 à 1865. Les vignes en treilles en* ont le plus souffert ctons cette région. Cependant il ne faut nulle part s'en désintéresser, car des symptômes se représentent périodiquement un peu partout, qui font craindre dé nouvelles réinvasions. Aussi est- il très essentiel dé songer sérieusement à s'en préserver. Je ne veux rien dire de tous les remèdes plus ou moins efficaces, proposés pour cette lutte, et je m'arrête seulement à celui qui est le seul complètement curatif, et uniquement employé aujourd'hui, le soufre sublimé.
Mais il est très-utile de connaître exactement la manière de l'utiliser, car il perd beaucoup de son effet utile, quand il est mal appliqué en temps inopportun. L'opération est d'ailleurs excessivement simple.
Le soufre est employé à l'état de fleur ou de soufre sublimé ; mais ce soufre étant d'une fabrication plus délicate et plus dispendieuse
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que celle du soufre solide ou en canon, il en résulte que lors de l'achat, on peut être victime de quelque fraude et n'obtenir que du soufre en canon pulvérisé. L'effet serait alors sinon annulé, au moins considérablement réduit. On peut d'ailleurs facilement se rendre compte de la nature réelle du produit que l'on emploie, au moyen d'un examen microscopique ; le soufre broj&é se présente en fragments très-irréguliers et anguleux, tandis que le soufre en fleur est en petits cristaux ou en granules globuleux isolés ou réunis. Le soufre sublimé agit sur le champignon par le dégagement très-lent d'acide sulfureux qu'il produit; On voit au microscope le Mycélium et les Spores si délicats, se dessécher et se détruire sous son influence, comme s'ils étaient brûlés. On peut expliquer cet effet par la transformation du gaz sulfureux, en présence de la matière organique poreuse , en acide sulfurique, qui désorganise les tissus. L'effet mécanique du soufre peut être aussi pris en considération , mais il est certainement trèspeu important. Cependant comme on a remarqué que la fleur de soufre pure, se répand difficilement sur les feuilles et s'y agglomère en forme de masses laineuses, on conseille, de la mélanger avec environ un tiers de soufre
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broyé, qui divise la masse, et lui permet de se répartir plus également sur les rameaux.
L'application du soufre se fait en trois fois; la première, dès le printemps et lorsque les pousses ont environ 8 à 10 centimètres de long, la seconde, immédiatement après la fleur, la troisième, lorsque les grains commencent à varier. L'opération du printemps est la plus importante, et c'est elle qu'il faut surtout soigner, et de laquelle on doit attendre les résultats les plus sérieux ; on la pratique au moyen d'une pomme d'arrosoir ou d'un instrument analogue (fig. 31). On garnit assez abondamment de soufre les jeunes rameaux et les branches, de façon à atteindre toutes les spores qui ont hiverné et qui commencent à étendre des ramifications. Les deux autres soufrages peuvent se faire plus facilement avec le soufflet spécial, qui se trouve partout. C'est un soufflet ordinaire, muni en dessus d'un réservoir dont le fond est formé d'une toile métallique, qui laisse passer peu à peu la poudre sulfureuse; sous l'action de l'instrument, celle-ci est projetée et se répand en un nuage épais sur les feuilles.
On tâche de garnir toutes celles-ci le mieux possible, même en dessous, ainsi que tous lès rameaux. La troisième application doit se