LES INSECTES ET LES ANIMAUX UTILES D'UNE MANIÈRE GÉNÉRALE
A côté des parasites attachés spécialement à chaque espèce d'insectes, se placent un certain nombre de carnassiers, qui font leur pâture de tout être vivant passant à leur portée, sans y faire un choix. Ce sont de précieux auxiliaires pour nous, et ils sont trop peu connus. Ils expient même souvent les crimes des autres, quand une main ignorante vient les écraser, sans se rendre compte de leur mission spéciale.
Ces carnassiers sont très-nombreux, et je ne puis songer à les énumérer tous ; mais je veux au moins signaler les principaux, pour appeler l'attention et, par conséquent, le respect sur eux. Toute une grande famille de coléoptères, celles des Carabiques, nous rend
ainsi de signalés services. Il faut spécialement citer parmi eux, le Carabe doré (Carabus auratus, fig. 28, 35 et 36), vulgairement nommé jardinière, magnifique insecte, aux élytres d'un vert doré brillant, le Procrustes
Fie. 35. — Carabe doré.
coriacetts, encoreplus grand que le précédent, mais en tièrement noir et grossièrement ponc-
Fig. 3ti. — Nymphe du Carabe doré.
tué. On a signalé, comme moyen de nous dé-
fendre contre la Pyrale, l'emploi des Calosoma sycophanta et inquisitor, qui sont d'autres carabiques; mais ceux-là vivent plutôt dans les forêts aux dépens des chenilles processionnaires. Les Cicindèles, bigarrées de dessins variés et douées du vol le plus rapide, nous débarrassent de bien des ennemis. Voici encore le Staphylin odorant, {Staphylinus olens), (fig. 37), si commun en automne, entièrement noir et douéd'un véritable courage qui le
porte à faire face même à l'homme qui l'attaque, Fig. 37. staphyiin relevant son abdomen
odorant (Staphylinus *>-/*v^ ***** ^v** uwwvmvu
olens ' d'une façon menaçante.
Citons encore notre plus grand orthoptère, la Mante religieuse, qui fréquente les lieux arides et ne vit absolument que de proie vivante. Il faut la respecter et même l'introduire dans les vignobles.
Terminons enfin par le plus humble, le plus repoussé, le moins apprécié ; mais peut-être le plus précieux de nos auxiliaires. Je veux parler du crapaud. Loin de le chasser, ou de le détruire, il faut le recueillir pour l'amener dans nos cultures, y favoriser sa reproduction au lieu de l'empêcher. Il ne vit que d'insectes, et il faut considérer qu'il vient presque seul
à notre secours contre un certain nombre de nos ennemis. Tous ceux qui sortent la nuit pour entamer nos bourgeons, comme les Otiorhynches, auraient peu à craindre des autres carnassiers ; mais le crapaud aussi est nocturne et il sait arrêter ces ravageurs. Respectez-le donc, malgré son aspect repoussant. Il fait beaucoup de bien, sans jamais causer le moindre mal.
Il ne devrait pas être nécessaire de parler encore de nos auxiliaires les plus gracieux, je veux dire les petits oiseaux. Chacun devrait les respecter et les aimer. Malheureusement, c'est le contraire qui est la vérité, et malgré les plaidoyers sans nombre qui ont été faits en leur faveur, ils n'ont pu résister à la cruauté humaine, et aujourd'hui, ils sont devenus assez rares pour qu'on puisse attribuer à leur absence, une partie des dégâts causés parles chenilles. Il y a des lois et des décrets qui protègent les nids et les couvées ; mais je saisis avec avidité cette occasion de déclarer, que la police ne fait rien pour les appliquer, que les gardes-champêtres semblent ignorer complètement ces prescriptions, et que les enfants, dans leurs . jeux cruels, sous les yeux de leurs parents, sous ceux de l'autorité, s'acharnent à chaque printemps,
à détruire les couvéçs. Tous les jours laissés libres par l'école, sont consacrés impunément à la recherche des nids. Qui donc aura enfin la voix assez puissante, pour se faire entendre en haut lieu et pour donner une fin à ces abus ?