‹ Les parasites & les maladies de la vigneChapitre 20 sur 22 · LES MALADIES PROPREMENT DITES · texte numérisé non relu

LES MALADIES PROPREMENT DITES

Jusqu'ici, nous n'avons £u à nous occuper que des dommages causés à la vigne par des insectes ou des Cryptogames, c'està-dire, par des parasites extérieurs ; mais pour les plantes comme pour les animaux, il y a des conditions d'hygiène que l'on ne peut mettre -de côté sans inconvénient, et le mal que peut en ressentir la vigne, rentre plus directement dans la catégorie des véritables maladies.

En principe, je l'ai dit, la vigne, telle que nous la cultivons, est plus ou moins atteinte dans l'état normal de sa santé, et c'est précisément Î5et état de maladie latente, qui accumule dans ses fruits toutes les qualités quajious y recherchons. Il faut donc maintenir la vigne dans cette situation intermédiaire, sans la ramener trop près de l'état sauvage,

sans aussi la soumettre à un régime qui empêcherait sa végétation.

Deux causes principales peuvent produire chez elle un état maladit, en dehors des parasites extérieurs; r épuisement du sol où*felle croît, et Thumidité constante de la terre autour de ses racines.

La vigne demande, au moins quand elle est en plein rapport, peu d'azote et exige, au contraire, une quantité de matières minérales appréciable, surtout de la potasse sans laquelle elle ne peut *ivre. Les vignes d'un faible rendement, les pineaux, par exemple, peuvent exister très-longtemps, plusieurs siècles, sur le même sol, sans avoir besoin d'autre chose que de ce que lui apportent la décomposition de leurs feuilles et les pulpes de leurs raisins. Aussi la question est-elle peu importante pour les vignes fines; elles se trouveront évidemment mieux d'avoir à leur disposition une nourriture abondante et renouvelée, elles y puiseront une force plus grande pour résister aux attaques de leurs* ennemis, leurs produits même pourront être plus considérables ; mais elles s'en passeront si on la leur refuse et n'en périront pas. Les vignes à fort rendement ne sont plus dans le même cas, et si l'on veut exiger d'el-

les des récoltes sérieuses, si l'on tient à les rendre moins sensibles aux attaques des parasites, il faut leur donner de l'engrais et avoir soin de choisir celui-ci convenablement. Le fumier d'étable, qui convient admirablement aux céréales, ne contient qu'en trop minime quantité les sels nécessaires à la vigne, et le mieux est de lui en composer un spécial pourvu d'une proportion suffisante de potasse et de phosphate de chaux. Un peu de fumier enfoui au pied des ceps, facilite en outre la formation de jeunes radicelles, et l'union de l'engrais minéral avec un peu de fumier, semble être ce qui^ doit donner le meilleur résultat. La formule suivante, pour l'engrais minéral, est la plus rationnel :

Phosphate acide de chaux 240 kilog.

Sulfate de potasse 420

. Sulfate de chaux 240

870 kilog. par

hectare et par an, au maximum, ou 25 à 30 grammes par cep de plant gamay.

Cet engrais doit être répandu, dans les vignes en hiver, ou mieux au printemps, en poudre fine, mélangée de 4 à 5 fois son volume de matière inerte, comme de la terre sèche et pulvérisée. On relève la terre autour

'du cep, de façon à le chausser et à faire à l'entour une cavité assez profonde, 25 à 30 centimètres, si cela est possible, en toussas, 20 centimètres au minimum, et on répand avec la main, aussi également que possible, la dose d'engrais mesurée avec soin ; puis on replace la terre par dessus. L'avantage de cet enfouissement sera triple ; il en résultera que l'engrais ira chercher les racines là où elles sont ; il n'attirera pas les radicelles à la surface, ce qui les exposerait à être brisées ou desséchées, par suite des façons de la vigne; enfin, les herbes parasites n'en profiteront pas pour augmenter leur envahissement.

Il est certain que pour une nouvelle plantation de vigne, comme toutes les fois que l'on agit sur des plantes très-jeunes et en voie de formation, les matières azotées et par conséquent le fumier en quantité, seront toujours nécessaires.

Une seconde cause sérieuse de maladie pour la vigne, est l'humidité permanente du sol où elle croît. Elle est née pour habiter les coteaux secs, ou ne contenant que des eaux courantes et intermittentes. Si l'eau séjourne dans le sous-sol, sans pouvoir s'en échapper, par suite de sa nature argileuse ou marneuse, les

racines de la vigne pourrissent et après un petit nombre d'années de végétation très-active, on voit périr les ceps. Il n'y a évidemment d'autre conseil à donner dans ce cas, que de dire qu'il ne faut placer la vigne que dans les terrains qui lui conviennent, secs et susceptibles de s'égoutter facilement.

Les intempéries, les gelées trop vives en hiver, les froids tardifs du printemps, les pluies intempestives pendant la floraison, etc, sont autant de causes de maladies. Mais elles ne sont pas chroniques comme les précédentes et elles se rangent plutôt parmi les accidents. C'est au propriétaire soigneux de ses intérêts, de s'en préserver, en abritant convenablement ses ceps au printemps, en protégeant les jeunes grappes contre les pluies prolongées,au.moyen d'appareils quelconques, toiles, paillassons, etc. Aussi en assurant ses récoltes contre la grêle.

Enfin, si l'on récapitule tous les soins qu'exige un vignoble en sus de sa culture normale, traitement préventif contre l'oïdium et les autres cryptogames, échaudage contre la Pyrale , traitement cultural contre le Phylloxéra, etc, engrais, assurances, abris, et tant d'autres dépenses, il arrivera trop souvent que cette culture si précieuse ne sera plus rémuné-

ratrice. Est-ce une raison pour l'abandonner? On peut hardiment répondre non, surtout pour ce qui regarde les vins de qualité, susceptibles de supporter une majoration sérieuse des prix : pour les vignes productrices de vins ordinaires, il faut se rejeter sur un perfectionnement radical des méthodes de culture, permettant d'en réduire les dépenses autant que possible.

Ce perfectionnement résultera surtout de la culture en lignes et à la charrue, et de là reconstitution des grandes propriétés.

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