‹ Les parasites & les maladies de la vigneChapitre 7 sur 22 · OU COUPE-BOURGEONS · texte numérisé non relu

OU COUPE-BOURGEONS

Les Otiorynches sont des insectes coléoptères appartenant à la famille des Charançons, c'est-à-dire qu'ils possèdent en avant de la, tête, un bec plus ou moins allongé portant les appareils manducatoires à son extrémité.

Ils sont de taille moyenne, incapables de voler, car leurs ailes, cornées ou élytres, qui sont très dures, sont soudées ensemble et ne peuvent s'ouvrir; aussi, les deux ailes membraneuses qu'elles auraient mission de recouvrir et de protéger, n'existent pas en raison de leur inutilité.

Les Othiorynches ont en général une couleur sombre et quelques-uns même, se recouvrent de particules terreuses, qui se fixent dans les anfractuosités et les sculptures de leurs téguments ; il en résulte qu'ils peu-

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vent plus facilement passer inaperçus auxyeux de l'observateur peu attentif. Ils restent immobiles tout le jour, ce qui contribue encore à rendre leur recherche difficile, et se cachent dans des lieux obscurs, sous les pierres ou dans la terre. Leur nombre, cependant, est quelquefois très grand et peut devenir assez considérable pour que les dommages qu'ils causent soient réellement sérieux. Ce qui, plus encore que toute autre considération permet d'apprécier combien ils ont pu être autrefois nuisibles, c'est que dans l'ancienne Bourgogne, les vignerons leur avaient assigné plusieurs noms vulgaires, dont l'étymologie indique leurs funestes habitudes.

On les nommait Perdi, Perdrix, Coupe-Bourgeons; aujourd'hui encore on les connait parmi les cultivateurs sous le nom de Gros Écrivain. Plusieurs espèces d'Otiorynches sont nuisibles aux vignobles. Ce sottt les Otiorhyncus Ugustici(f\gA3) raucus, 0. nigritus, 0. sulcatus, 0. picipes. D'ailleurs, ils ne s'attaquent pas exclusivement à notre végétal précieux, et bien d'autres plantes, moins importantes pour nous, ont aussi à redouter leur voisinage. Ils ont tous une livrée assez sombre, noire pu brune, plus terreuse dans le premier, leur corps est oblong, très dur et leur bec assez

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allongé ; de longues antennes mobiles, coudées, sont fixées à celui-ci vers le milieu de sa longueur. Leur dimension varie de 8 à 129* 11 » Ce sont des insectes à existence complètement souterraine, pendant les premières phases de leur vie évolutive, et leurs larves dévorent ^ les racines et les radicelles ; les insectes parfaits sont nocturnes et ne pourvoient à leurs besoins et à leur nourriture, qu'après 1$ disparition du soleil. Le D r Vallot ( Mémoire pour servir à V histoire des insectes ennemis de la vigne) avait signalé TO. sulcatus, comme étant un des plus nuisibles à nos vignes. Aujourd'hui c'est plutôt rO. ligustici que connaissent nos vignerons et dont ils constatent trop souvent la présence.

Il semble que des insectes assez abondants pour en devenir dangereux devraient être parfaitement connus sous tous leurs états. Il n'en est rien cependant, et les larves des Otiorhyncus sont encore peu étudiées, et on ne les connait que depuis quelques mois, M.

deVergnette, notre savant viticulteur, venant de les découvrir et d'en poursuivre l'édu-~ cation complète. Ce sont des vers blancs, charnus, apodes, se mouvant assez lentement, et passant tout le temps de leur existence à ronger sans cesse les racines qui les

LES OTIOHHYHCHliS

ont va naître. Elles (flg. 14) sont de dimensions assez ', grandes, mais leur vie souterraine rend leur recherche et leur destruction directes des plus difficiles, pour ne pas dire impossibles.

Les femelles pondent leurs œufs (fig. 15) au pied de la

^/~\ Les petites larves en sortent

Ç\-s bientôt, pénètrent danslaterre

/ j f à une faible profondeur etcom-

^— ^ mencent leur œuvre de des-

Flg. 15. Œufs

tfotiorhyn- . . truction . Avant 1 hiver, elles ont

chus hgustici

(irés-grossis) acquis à peu près leur grandeur et elles paraissent s'engourdir et garder un repos absolu pendant toute la mauvaise saison, puisqu'on les retrouve au printemps dans le même état où on les avait vues à la fin de l'automne. Il est possible, que, les frimas passés, elles prennent encore unpeude nourriture; en tous cas, vers le milieu d'avril ou en mai, on rencontre en terre les nymphes

(t) La connaissance des premiers états (œuf et larve) des Otiorhyncus est due aux savantes recherches de M. de Vergnette, cor. répondant de l'Institut.

LES OTIORHYNCHES 105

auxquelles ces larves ont donné naissance, et qui permettent déjà de reconnaître, sous les membranes qui l'emmaillottent, l'insecte qui en naîtra. A la fin de mai , celui-ci rejette ces enveloppes et, débarrassé de toutes lisières, reste quelques jours encore en repos, pour laisser à ses organes le temps d'acquérir de la fermeté ; puis il apparaît à la surface du sol.

Mais ce' n'est pas pour y mener une vie plus inoffensive ; caché tout le jour dans les réduits les plus obscurs, il se met en marche dès que la nuit est venue, quitte sa retraite, et montant sur les ceps , il atteint les bourgeons déjà grands.

Avec ses mandibules, il les coupe et les tenaille de façon à les tuer, et à les faire complètement dessécher, dans le but Fig. 13. othiorhynchus très-probable de se nourîigustid. i BTOSS i> rir de j eur substance dé-

licate. Il procède en même temps à la multiplication de son espèce, et, après la jonction des sexes, les femelles vont, comme avait fait leur mère, déposer leurs œufsau pied des ceps. On ne connaît pas avec certitude le nom-

106 LES OTIORHYNCHES

hre des œufs constituant la ponte d'une femelle. Cependant une observation de M. Bellevoye,, permet de supposer qu'il s'élève à plus de 150, ce qui d'ailleurs, n'a rien d'anormal. On conçoit d'après cela, qu'une culture peut être bien vite envahie, s'il ne s'y trouve aucun auxiliaire disposé à nous protéger.

Ces insectes sont heureusement polyphages et peuvent vivre des racines des plantes les plus disparates ; aussi, les rencontre-t-on un peu partout.

La difficulté de constater les dégâts souterrains occasionnés par la larve, fait qu'ils sont peu connus, ou qu'on les attribue souvent à d'autres causes. Ce sont surtout ceux produits dans les bourgeons et qui sautent aux yeux, que signalent les vignerons. Ils ont pu surprendre souvent l'insecte parfaite sa désas-, treuse besogne, mais la larve leur est à peu près inconnue. Leur présence n'est pas continue, parce qu'ils peuvent se nourrir d'une foule de plantes, et ce n'est qu'à des intervalles irréguliers, qu'on les a indiqués comme nuisibles aux vignes.

* Directement nous sommes à peu près impuissants contre la larve, aussi bien que contre l'insecte parfait, à cause de leurs habitudes nocturnes ,**et nous serions obligés de les

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laisser faire, si nous n'avions un auxiliaire, qui, doué d'une existence nocturne lui-même, vient constamment à notre secours, et cela d'une façon très-appréciaftîe, bien que nous ne lui en soyons guère reconnaissants. C'est le crapaud qui nous débarrasse d'une bonne partie de ces ennemis, et qui est à peu près seul à le faire. Aussi ferions-nous sagement, au lieu de le pourchasser et de le sacrifier à de ridicules préjugés, de le respecter et de le laisser se multiplier en paix.

Monsieur de Vergnette a constaté récemment, que le sulfure de carbonne est un poison efficace contre les larves, et même contre les insectes parfaits, et que des injections faites au pied des ceps, sont appelées à donner contre ces parasites d'excellents résultats.

Les auteurs qui ont parlé spécialement des Otiorhynches au point de vue qui nous occupe, sont seulement :

Kiesenwetter. 1846 Ueberden der Weincultur schœdlichen

Rûsselkaefer (Ot. nigrita). (Deutsche nat. Zeit).

Kalbrunner. 1853 Ot. ligustici, ein demWeinstock schœd-

licher Kaefer. (Soc. zool. bot. de Vienne).

Les Rhynchites, insectes coléoptères aux bril* lantes couleurs métalliques, se classent encore parmiles principaux ravageurs de nos vignes* Ils appartiennent, comme les Othiorhynches, à la famille des charançons, caractérisée par un bec plus ou moins long, situé en avant de la tête. Ils portentun certain nombre de noms vulgaires, qui démontrent à quel point ils ont attiré Fattention des vignerons. On les a nommés Urbec, Urebère, Rouleur, Becmare vert, Lisette, Bêche, etc. Plusieurs espèces de Rhynchites s'attaquent'à la vigne, mais ce sont plus spécialement les R.Betuleti, Fab. (fig* ïfy.R.PopuliL. Ils sont tous deux d'un vert doré, brillant, métallique, avec le dessous bleu

ou vert, et les pattes de la même couleur.

Quelques individus plus rares sont d'un beau bleu violacé métallique. Leur taille varie de 5 i 7 mm . On les rencontre ordi- , nairement au mois de mai ou au commencement de juin. A Fig l6 ce moment a lieuaussj lapon- Rhy "rÈB-gro b 3 îi' uletite des mères, et celles-ci, pour mettre leur progéniture en lieu sûr, ont une industrie particulière qui a précisément pour résultatdenuireàla vigne en la dépouillant de son feuillage. Elle commence par rouler, en forme de cylindre ou de cigare (flg.i7!,les feuilles duvégétal, puis elles coupent le pétiole à moitié avec leurs mandibules ; la feuille, privée d'une partie de sa nourriture, se flétrit rapidement. La mère, son travail terminé, perce le rouleau en plusieurs endroits et dépose Fig. n. Feuiiie de v igw) un <* uf dans chacune des

roulée par las Rynchiies-ouvertures. Peu après, de

petites larves blanches apodes, peu agiles, sortent de ces œufs et Se nourrissent de la partie de la feuille située dans l'intérieur du

LES AUTRES COLÉOPTÈRES DE LA VIGNE 11 ï

cigare. Celui-ci se dessèche de plus en plus et finit par tomber à terre, alors que les larves* sont arrivées à peu près à l'état adulte. Elles, quittent alors leur abri, pénètrent dans le sol et s'y confinent dans un repos complet pendant l'hiver. Vers le mois d'avril a lieu la transformation en nymphe, puis quelques jours plus lard, l'éclosion de l'insecte parfait. La même série de phénomènes se reproduit alors.

Ces insectes peuvent, dans des circonstances favorables à leur développement, donner lieu à un véritable dommage par suite de la disparition des feuilles de la vigne et on a signalé leur apparition à diverses reprises. Cependant en général, ils sont peu à redouter, car ils s'adressent en même temps à d'autres végétaux, particulièrement le bouleau et le cerisier.

Ils ont un certain nombre d'ennemis naturels parmi lesquels je citerai les :

'Èracon discoideus Nées Sygalphus caudatus Nées Elachestus carinatus Rtzb.

+ Chœtosticha signata Rtztu

qui pondent sur les larves et les destinent à la nourriture des leurs .

Le Cerceris Ferrari s'empare aussi de ces insectes, mais à l'état parfait, et les emmagasine au fond de son nid, pour servir de provisions à ses larves futures.

Il n'est guère de moyen radical de nous préserver de ces insectes, et nous en sommes, jusqu'à présent, réduits à rechercher en juin les feuilles roulées, pendant encore à leurs pétioles, et à les brûler.

Le Veaperus Xatarti Muls (fig. 18) est un assez grand coléoptère, appartenant a la famille des Xongicornes ; sa forme est allongée, sa couleur jaunâtre. Il mesure environ 20 mn > de longueur. Il habite surtout le Midi, l'Espagne, les Pyrénées, les environs de Collioure. En Aragon, les vignerons les connaissent bien et lui ont donné le nom vulgaire de Vildas.

LES AUTRES COLLOPrÉllEH DE LA VIGNE

C'est en novembre que parait . l'insecte parfait. Il s'accouple * et pond en décembre; on trouve ses œufs sous formes de petites (Fie.ifl). Larvadu masses (j ans ] es tiges sèches

. Vesperus Xalarli ° x

de ronce et sous les écorces de différents arbres. Ces œufs sont longs de 3 mm ,ils éclosent en mai, et la larve (flg. 19) s'enfonce en terre pour vivre aux dépens des racinesde la vigne. Elle met trois ou quatre ans pour arrivera

l'état adulte, et pendant tout ce temps, elle continue sa vie souterraine, mangeant au printemps et en automne, et s' enfermant, pendant l'hiver et l'été, dans une sorte'cle coque terreuse. Elle perce donc celle-ci deux fois par an, après avoir subi une mue, et elle la reconstruit quelques semaines plus tard. Enfin, au dernier printemps de son existence larvaire, vers le mois de mai, elle s'enferme définitivement et passe à l'état de nymphe. Celle-ci livre l'insecte parfait au mois de novembre suivant. Cette larve, au sortir de l'œuf, a une forme allongée, une couleur blanche, des yeux visibles, et est revêtue de très-longs poils. Plus tard, elle change de forme, perd ses organes visuels, devient lourde, épaisse, trapue , et ses mouvements sont bien moins agiles. A l'état adulte, elle a environ 25 mm de long et 42 à 15mm d e large.

Ces insectes sont assurément fart-, nuisibles quand ils abondent dans un pays : on ne peut guère s'en débarrasser qu'en les recherchant en terre, et les écrasant ou les livrant aux volailles.

Le Hanneton (Melolontha vulgaris L.) (fig.20) est trop connu pour qu'il soit utile d'insister

sur sa forme et ses dimensions. Chacun sait combien il esta redouter quand il s'est emparé, à l'état de larve, d'une plantation de céréales ou de pommes de terre. Les vignes ne sont pas exemptes de ses déprédations, et il peut occasionner un dommage très sérieux contre lequel on ne peut lutter qu'en recherchant le ver blanc et le détruisant. Cette recherche est indispensable quand sa présence en nombre est signalée dans un coteau, si l'on veut en conserver lesvignes. Ilest cependant moins à craindre pour le vigneron que pour l'agriculteur proprement dit, car les labours fréquents que subit le sol des vignes sont un obstacle à ses évolutions larvaires, et la tranquilité lui est presque nécessaire comme à toutes les larves en général.

Voici, en quelques mots, le cycle de sa biologie.

C'est en mai et juin que se montrent les'insectes parfaits. Ils s'accouplent, et la femelle creuse ensuite dans la terre une galerie prof onde de 15 centimètres; puis, tout au ,„. ^ „

' F ' (Pig. 20) Hanneton

fond, elle déposeses œufs (Veioiontha vuigwhi

au nombre de 20 à30. Les jeunes larves éclosent au bout de quelques semaines, rongent les petites radicelles qui sont à leur portée, puis s'enfoncent (Fi g . ait ver bianc ou encore plus profondé- lan,e du h »>"i=ton ment à l'approche de l'hiver, pour se préserver du froid. Au printemps, elles se rapprochent de la surface et creusent de toutes parts des galeries qui les conduisent vers les racines dont elles font leur nourriture. Elles s'enfoncent de nouveau à l'automne. Après la troisième année, elles pénètrent encore plus avàntdans le sol, se construisent une sortede petite cellule, et y subissent leur transformation en chrysalide. Au printemps suivant, vers le mois de mars ou d'avril, éclot l'insecte parfait qui passe encore plusieurs semaines dans son réduit pour laisser à ses organes le temps de se raffermir. Il s'échappe ensuite en mai. ,

Il appartient à l'ordre des coléoptères et à la famille des Lamellicornes. Sa larve (flg.

21) a une forme bien connue, arquée, plissée ; elle est blanche avec la tête jaunâtre, un peu écailleuse ; elle atteint 40 à 45»™ de long.

C'est un ennemi sérieux pour le vigneron, si des terrains moins tourmentés ne se trouvent pas dans les environs.

UAnomala vitis Fab. et Frischii Fob. sont encore des Lamellicornes de forme semblable à celle du hanneton ordinaire, mais de couleur verte et plus ou moins dorée. Leur larve a la même forme que celle du hanneton : elle est seulement plus petite, mais ses habitudes sont les mêmes : elle ronge les racines de la vigne dans les parties méridionales de l'Europe, et l'insecte parfait en dévore les feuilles. Bien des pays en sont infestés ; il n'y a guère d'autre remède que de les rechercher et de les détruire soit en les écrasant, soit en les offrant en pâture à nos animaux domestiques. Des labours fréquents sont aussi très recommandablés.

L'Altise (Altica ampelophaga Guer. et A.

Oleracea L.) n'est à craindre que dans les vignobles méridionaux.

C'est un petit insecte (fig.

22) coléoptère, de la famille des Chrysomélides, bien facilement reconnaissable à l'état parfait, à sa forme arrondie Fig. 22 Aitise. et ovale et surtout à la faculté

(Altica

oieracea); qu'il possède de sauter vive-

ment dès qu'on s'approche pour le saisir , et d'échapper ainsi rapidement à la vue de de ses ennemis. C'est à cette habitude spéciale qu'il doit son nom vulgaire de puce des jardins. Les Attises comprennent en effet un très-grand nombre d'espèces, dont les deux que j'ai citées, s'attaquent seules à la vigne; mais toutes les autres vivent ordinairement à l'état de larves, sur les plantes de nos jardins, et particulièrement sur les crucifères, pour lesquelles elles sont un véritable fléau. Elles se multiplient très-rapidement, et leur nombre souvent prodigieux, supplée à leur petitesse, et suffit à les rendre très-dangereuses.

L'insecte parfait commence à paraître au printemps, dès le mois d'avril, et comme on le rencontrejusqu'à l'automne, il estvraisemblable qu'il a plusieurs générations annuelles. La ponte a lieu peu après l'apparition des insectes parfaits ; les femelles déposent de petits œufs logés sur le revers des feuilles ; huit à dix jours plus tard, il en sort de petites larves charnues, cylindriques, plus ou moins colorées, qui rongent immédiatement les feuilles. En quelques jours, elles sont parvenues à l'état adulte ; elles s'enfoncent alors en terre, s'y installent à la profondeur de

cinq centimètres, dans une petite loge, et y subissent la métamorphose en nymphe.

Quinze jours plus tard, appparait un nouvel insecte parfait.

On comprend facilement qu'une évolution aussi rapide, en multipliant les individus, doit donner lieu, delà part de ceux-ci, à des ravages très-sérieux. Les larves, si petites qu'elles soient, suffisent pour détériorer considérablement les feuilles, d'autant plus qu'elles ne les entament pas comme les autres insectes , mais qu'elles les minent,*en creusant des galeries contournées dans l'intérieur du parenchyme qu'elles désorganisent complètement.

Ces larves étant polyphages, on peut essayer de les chasser et de les envoyer se nourrir sur des plantes moins utiles. On y arrive à peu près. en répandant sur le terrain des matières très-odorantes, comme le goudron de houille^ on en imprègne de la sciure de bois, et on la sème au pied des ceps.

Ce moyen ne peut évidemment donner qtie des résultats incomplets ; on fera bien, en même temps, de remuer très-souvent le sol des vignes infestées ; on dérangera ainsi les larves dans le travail très-délicat de la métamorphose; de plus, en les mettant à décou*

vert, on les exposera aux ardeurs, mortelles pour elles, du soleil d'été, et on les mettra bien mieux à la portée des petits insectes carnassiers.

Ajoutons enfin qu'un Hémiptère le Stirethrus cœruleusL., fait sa proie de FAltise, et qu'il la suce jusqu'à ce qu'il n'y ait plus qu'un cadavre. Ce Pentatomebleu, comme on le connait vulgairement, est donc pour nous un précieux auxiliaire.

Le Cneorhinus geminatus Fab. est encore un charançon ou porte-bec qui attaque les jeunes bourgeons. On a signalé, de sa part, de grands dégâts en Allemagne ainsi que dans la France méridionale. L'emploi des volailles et les façons fréquentes à la vigne sont les meilleurs moyens à employer pour s'en défaire.

Le Lethrus cephalotes Fab. de la famille des Lamellicornes, est très nuisible en Autriche et en Hongrie. Il est nocturne ou crépusculaire, et passe le jour au fond d'un trou creusé en terre. 11 en sort la nuit pour couper les bourgeons qu'il emporte, parait-il, dans son réduit. On accuse aussi sa larve, qui doit avoir beaucoup de ressemblance avec celle

LES AUTRES COLÉOPTÈnES DE LA VIGNE ' 121

du hanneton, de ronger la moelle des sarments. Je serais plutôt disposé à croire qu'elle attaque les racines. Mêmes moyens de défense que précédemment.

On rapporte que, dans certains pays, un autre Lamellicorne, la Cetonia hirtella, L. noire et garnie de longs poils jaunâtres, dévore aussi les bourgeons et les jeunes pousses. Mais ce ne peut être là qu'un fait accidentel, cet insecta. n'étant pas du tout spécial à la vigne.

Voici encore deux autres charançons, les Peritelus griseûs 01. et subdepressus Muls. qui nuisent très-sérieusement aux vignobles du midi. Les horticulteurs ont aussi fortement à s'en plaindre jusqu'aux* environs de Paris, où ils lui ont donné le surnom de grisette ou lisette. Ils rongent, à l'état parfait, les bourgeons naissants des arbres comme des vignes ; ces dégâts ont lieu surtout pendant la nuit, et le crapaud sera encore contre eux un de nos précieux auxiliaires, quand il les saisira le soir pour en faire sa nourriture, lorsqu'ils sortiront et se dirigeront vers les folioles délicates des bourgeons. Leur larve n'a pas encore été étudiée et l'on n'en connait pas les métamorphoses.

Les vignobles du midi redoutent encore une •autre larve qui s'attaque à leurs racines et leur fait beaucoup de mal. C'est celle d'un «oléoptère Élatéride, le Melanotus miger Fab. A l'état parfait, cet insecte est allongé, noir, «t jouit de la propriété curieuse et bien connue d'échapper à ses ennemis par un saut prodigieux pour sa taille, et qu'il exécute par un mouvement brusque de sa tête. La larve est ►grise, luisante, très agile. Elle est toujours et partout répandue en très grand nombre, et elle est essentiellement polyphage ; elle dévore aussi bien les racines des céréales que celle des vignes, et fait le désespoir de tous les agriculteurs. On la chassera plus facilement des vignes que des autres cultures, en remuant fréquemment la terfe et y mélangeant de la sciure goudronneuse.

Enfin, pour terminer cette trop longue énu~ mération, il me reste à citer les Mordelles, coléoptères dont l'abdomen allongé simule une sorte de queue. Elles pondent sur les sarments des vignes malades. Les larves s'introduisent dans leur intérieur et achèvent ce que d'autres parasites avaient commencé, en tuant définitivement le cep.

Voici F indication de quelques travaux spéciaux sur les insectes ci-dessus.

Blanchi.

Bosc.

Brauer.

fonda.

Curtis.

Galli Gasalis.

1732 Melhodo Lenatoper distruggere lo scarabaeo mangia viti ditto volgamente cor ru go, vachetta o gazclla.

1818 Rapport sur les ravages occasionnés dans le Midi par l'Attelabus bacchus.

1767 Mémoire sur le Curculio bacchus.

Memoria sul bruchi volgamente detti gâte que devaslorio le viti.

1854 Rhynchitcs betuleli. (Gardeners chronicle).

1789 Sol un insetto che daneggia le viti.

1849 Observations sur l'Altise de la vigne.

Guéri n-Mene ville. 1859 Graptodera ampelophaga.

Lodi. 1?89JStoria naturale di quelli scarabœo che

apporta grandissimo damno aile viti.

(Anomala vitis;.

Seignette.

1805 Notice sur un insecte qui ravage les vignes dans l'arrondissement de Marennes (Altica oleracea).

Bien que la vigne soit cultivée en divers pays de temps immémorial, bien que l'importance des récoltes qu'elle donne ait toujours appelé sur elle toute l'attention des cultivateurs, on n'a jamais signalé aucun désastre comparable à celui que cause ce terrible puceron. Les invasions de Pyrales, d'écrivains, de sauterelles ou de hannetons ont amené avec elles la ruine et la désolation, mais le Phylloxéra semble aussi terrible à lui seul que tous ces dévastateurs ensemble.

Après avoir fait la richesse des nations et des particuliers pendant si longtemps, la vigne nous retire, d'un seul coup, la plus grande partie de ses bienfaits. Des contrées tout entières, naguères encore pleines de prospérité, sont maintenant, après avoir épuisé, en essais infructueux de défense, toutes leurs ressources, réduites à laisser incultes de vastes éten-

dues de terrain. On a lutté avec énergie, avec intelligence, mais on ne parait pourtant pas avoir entravé, d'une manière sensible, la marche du" fléau. De maigres récoltes de céréales trop privées d'eau remplacent les vendanges splendides d'autrefois.

Faut-il se désespérer et croire que la France a perdu à tout jamais une des sources les plus fécondes de sa richesse, faut-il assister, mornes et désespérés, à la chute successive de nos ceps, devons-nous enfin tout abandonner?

Non, car il serait téméraire d'assigner une limite à la puissance de l'intelligence humaine, et si nous avons échoué jusqu'à ce jour, il faut espérer, espérer encore et toujours qu'enfin se dévoilera le moyen de lutter avantageusement, ou que l'ennemi, énervé par sa fécondité même, perdra de sa vitalité et finira par disparaître. Loin de nous abandonner à la lassitude, étudions, travaillons et cherchons jusqu'à ce que le succès vienne enfin se révéler et sortir des méditations du plus savant ou du plus heureux.

IL faut donc savoir ce qu'est le Phylloxéra, il faut le connaître sous toutes ses faces, il faut dire tout ce qui a été* fait ' pour qu?Ott cherche autre chose, et si rien 'ne se découvre, il faut se raidir contée l'adversité ets'in**

génier à trouver le moyen de faire rendre au sol, d'une manière ou d'une autre, ce qu'iL doit à nos sueurs et à notre travail.

Mais avant tout, remercions, de tout notre*, pouvoir, tous ceux qui, agriculteurs ou naturalistes, savants ou praticiens, ont étudié et. ont fait connaitre la biologie de l'ennemi, ont entamé la lutte avec lui et ont tenté si virilement, quoique sans succès malheureusement,, de le terrasser. Honneur aux lutteurs vaillants, trop nombreux pour être énumérés, qui ont été les premiers sur la brèche et nous ont.

mis sur la voie qui nous mènera peut-être, au succès.

Mais aussi, d'autre part, honte à tous ceux qui par ignorance;, par routine, *par entêtement stupide,, ou par simple crainte d'un, voisin malveillant, restent dans l'inertie, bien plus, s'opposent à ce que la lutte soit entreprise et hâtent ainsi, de gaieté de cœur, la ruine de leur pays ; honte à ces esprits arriérés qui, sur le seuil de leur vigne phylloxêrée, en interdisent l'entrée à ceux qui, au nom de l'humanité, viennent détruire le nîal dans sa racine et l'empêcher d'aller plus loin!

La routine et l'ignorance sont les collaborateurs les plus actifs de nos ennemis, et

l'or dépensé à pleines mains, le sera toujours en pure perte, tant que les mesures prises ne seront pas générales, tant qu'il y aura des gens assez peu patriotes pour entretenir chez eux des foyers d'infection et pour empêcher qu'ils soient détruits.

Le Phylloxéra (fig. 23), est un très-petit insecte, débileetsansconsistance, de un demi à trois quarts de millimètre de longueur, appartenant à l'ordre des hémiptéres-homoptères.

Il est muni de six pattes, et sa bouche est formée par un bec ou rostre aigu qui s'enfonce dans les tissus de la plante, et en suce la sève,

absolument comme le font ces pucerons si nombreux, qui couvrent quelquefois les rameaux de nos rosiers. Son corps a une forme oblongue et convexe, et deux courtes antennes indiquent la tête ; sa couleur enfin est jaune verdâtre, il reste immobile, fixé sur la plante, et il est assez difficile de l'apercevoir à l'œil nu, si Ton n'a pas une * certaine habitude de sa recherche. C'est là, la forme dévastatrice du Phylloxéra, celle qui, fixée sur les racines, produit la destruction de nos vignobles. C'est elle qui occupe, en masses innombrables, les racines et les radicelles des vignes. Le rostre fixé dans l'écorce , ce Phylloxéra aptère, reste dans un repos absolu tant que les racines lui fournissent une nourriture suffisante.

Mais, en même temps qu'il pompe la sève, il donne le jour à des œufs jaunâtres, extrêmement petits, puisqu'ils n'ont qu'une longueur de 2 à 3 dixièmes de millimètre. Ceux-ci s'accumulent autour de la pondeuse, et, au bout de 8 jours, il en sort de petits êtres microscopiques, en tout semblables pour la forme à leur mère. Très-agiles en naissant, ils se répandent sur les racines, puis, après trois ou quatre jours, il se choisissent une place, y enfoncent leur suçoir, et gardent un repos complet. Vingt jours après leur éclosion, ils

• 130 LE PHYLLOXEItÀ

donnent naissance eux-mêmes à des œufs, et la même série de phénomènes se reproduit

' pendant une grande partie de Tannée, du 15 avril au 1 er novembre dans le midi, période qui commence un peu plus tard, finit un peu

' plus tôt dans les pays moins chauds. Tous ces Phylloxéras sont des mères pondeuses, naissant toutes fécondées par un phénomène naturel bien constaté , mais aussi curieux qu'inexplicable. Elles donnent à leur tour naissance à des petits, prêts à se reproduire. Ces mères pondent en moyenne trente œufs, et en tenant compte du temps nécessaire aux jeunes, pour qu'ils en émettent eux-mêmes d'autres, on a calculé qu'une seule femelle peut donner, du printemps à l'hiver, par l'extension de ses

- générations successives, de vingt-cinq à trente millions d'œufs^ Si faible, si débile que soit un ennemi, il est bien fort quand il jouitd'une 'faculté de reproduction si rapide et si féconde.

Mais heureusement ces générations successives ne peuvent durer indéfiniment, et plus on s'engage loin dans la série de ces pontes sans fécondation préalable, moins elles sont nombreuses et fréquentes. Il arriverait même un moment où les derniers œufs donneraient des individus tout-a-fait stériles, si,

à une certaine époque, comme nous le verrons tout-à-1'heure, il ne naissait des mâles qui, par l'accouplement, donnent, à des femelles spéciales , une fécondité toute nouvelle, et renforcent la puissance reproductrice des générations épuisées.

Tous ces suçoirs fixés sur les radicelles et sur les racines de la vigne, ne peuvent que l'affaiblir considérablement , puisqu'ils arrêtent au passage, à leur profit, la nourriture puisée dans le sol et destinée à la plante.

Mais cet effet est encore augmenté, dans des proportions bien plus rapides et plus notables, par l'état maladif que prennent les racines.

Aux points attaqués, les radicelles se gonflent (fig. 24), de façon à former des sortes de galles, des nodosités, où viennent s'accumuler les • fluides nourriciers et où les pucerons rencontrent une nourriture abondante et appropriée; . leurs fonctions se trouvent, en même temps, . peu à peu entravées, jusqu'à ce que ces : organes, qui ont pour mission de puiser dans . laterre les sucs nécessaires à la plante, soient . complètement atrophiés. Sous l'influence de ; l'insecte, ils se courbent, deviennent angu- . leux; les grosses racines qui sont ensuite attaquées, prennent l'apparence de chapelets. A mesure, qu'ejles se déforment et s'étiolent,

l.B rHYLLOXEHA

Fig. 24— Racines de la

vigne, attaquées par

le Phylloxéra.

elles meurent successivement et se pourrissent, cessant entièrement de nourrir le cep, qui dépérit rapidement et finit par succomber. Au mois de Juillet, un certain nombre de Phylloxéras, de préférence ceux fixés aux extrémités des radicelles, prennent un aspect différent de celui de leurs compagnons. Ils laissent apercevoir,sur leurs épaules.des sortes de sacs ou de fourreaux renfermant, repliés sureux-mêmes,des rudiments d'ailes. Ce sont des nymphes qui quittent bientôt les racines,

et montent en plus ou moins grand nombre, vers la surface du sol. Arrivés là, elles déchirent leurs enveloppes, tes ailes se déploient en prenant une assez grande dimension ; les insectes eux-mêmes sont plus gros que ceux qui sont restés sur les racines. Puis, à un moment donné, comme une bande de moucherons, à peine visibles, ils s'envolent tous, formant comme un nuage vivant. Leurs ailes seraient trop faibles pour les emmener au loin, mais le vent leur vient en aide, et les emporte comme un essaim, souvent très loin du coteau natal. Dans ce voyage aérien, beaucoup s'égarent, un grand nombre va échouer loin des vignes ; mais dans un vignoble un peu vaste, il y en a toujours qui arrivent à bon port, c'est-à-dire sur un cep non encore attaqué.

Ces insectes ailés, ne sont pas encore complets et parfaits. Ils ne s'accouplent pas, et sont tous du sexe femelle. C'est la troisième forme du Phylloxéra, la forme ailée agame.

Arrivés au terme de leur course vagabonde, ils vont se poser sur les feuilles et les sarments du lieu où ils se sont abattus. Là, ils pondent toujours parthériogénésiquement , mais en petit nombre, des œufs de deux grandeurs, ovales, un peu plus gros que ceux des individus aptères des racines, d'une couleur

134 LE PHÏLLOXtSHA

blanc jaunâtre. Ils sont placés dans le duvet des feuilles ou du bourgeon, quelquefois sûr les exfoliations du cep, rarement sur la terre; ces variations dans le lieu choisi pour là ponte, dérivant de l'état plus ou moins avancé de la saison, et. de la température plus ou moins favorable.

J'ai dit que ces essaims ailés sortent de terre ' en juillet; mais ils peuvent être retardés jusqu'en août ou au commencement de septembre. On a observé aussi qu'ils ne prennent naissance que dans des taches phylloxériques datant de 3 ou 4 ans.

Ces migrateurs vont ainsi au loin fonder de nouvelles colonies et répandre les germes qui devront détruire d'autres vignobles.

Nous venons de voir que les œufs qu'ils pondent sont de deux grandeurs, les plus gros ayant 4 dixièmes de millimètre de longueur, tandis que les petits n'en ont, en moyenne, que la moitié.

Bientôt ces œufs se crèvent et livrent passage à de petits êtres aptères, les uns étant renflés et ovoïdes, les autres restant plus allongés et plus petits. Ces derniers sont des mâles, les premiers sont des femelles. Les uns et les autres sont privés de rostre et ne peuvent, en", aucune manière, prendre de nourriture; ils

n'en ont du reste pas besoin et ils sont uniquement destinés à perpétuer leur espèce et à;, infuser, au moyen de l'accouplement, une .

nouvelle vitalité aux générations qui vont sui- ; vre. Les deux sexes errent çà et là sur les feuilles, mais ils ne vivent que quelques jours; ils s'accouplent presque dès leur naissance/ ; puis le mâle, dont la tâche est terminée, meurt et disparait. La femelle se distend et, peu après, pond sur le cep ou vers le collet delà ; racine, rarement à la surface du sol sous les : feuilles sèches, mais toujours à Fair, puis elle meurt peu après. Sa ponte se compose d'un oeuf unique, véritablement énorme relative-, nient au corps de la pondeuse qu'il remplissait presque tout entier. Il est cylindrique, arrondi : aux deux bouts, terminé à l'une des extrémités ; par une sorte de crochet, de couleur vert olir : vâtre avec des taches noires.

On lui a donné le nom d'œuf d'hiver, car il passe, sous le même état, toute la mauvaise saison. C'est lui qui sera la souche, Tannée suivante, d'une nouvelle famille, et nous avons vu avec quelle prodigieuse rapidité, elle pourra s'accroître.

Au printemps, vers le mois d'avril, l'enveloppe de l'œuf d'hiver se déchire et il en sort un insecte sans ailes, pourvu d'un suçoir allongé,

ei contenant dans son intérieur une grande quantité d'œufs. Les œufs d'hiver donnent tous naissance à des femelles capables de pondre sans mâle. Tandis que les unes gagnent les racines, s'y fixent et s'y reproduisent comme nous avons vu au début de cette esquisse biologique, les autres se rendent sur les feuilles, et, par leur piqûre, y déterminent, en dessous, la formation de galles en forme de cupules, dans lesquelles elles s'enferment et où elles se livrent à leur ponte. Ces galles de feuilles sont fréquentes en Amérique, mais en France, elles sont très rares et il n'y a presque pas lieu d'en tenir compte.

Les individus qui sont allés se fixer aux racines sont les mêmesque ceux qui nousont* servi de point de départ, de sorte que nous avons parcouru tout le cycle biologique assez compliqué de ce terrible parasite.

Ainsi en résumé nous avons d'abord :

1° Des individus aptères fixés en grand nombre aux racines, tous femelles, pondant sans le secours de mâles et formant le gros de la masse phylloxérique.

2° Des nymphes qui s'élèvent à la surface du sol.

3° Des femelles ailées qui forment les es-

saims migrateurs et fondateurs de colonies, pondant aussi sans mâles.

4° Des mâles et des femelles, dépourvues de suçoirs, aptères, ne vivant que quelques jours pour s'accoupler et donner naissance à un gros œuf unique qui est l'œuf d'hiver, d'où sortent des femelles aptères qui sont celles indiquées sous le numéro premier.

Telles sont, d'avril à novembre, les évolutions successives du Phylloxéra. Mais il ne faut pas perdre de vue que les nymphes inscrites sous le numéro deux ne proviennent que d'un nombre restreint des aptères précédents et que tous les autres continuent leur vie souterraine et leur ponte avec une fécondité qui diminue, il est vrai peu à peu, mais qui n'en est pas moins considérable. Cet état aptère semble être l'état normal du Phylloxéra, et toutes les autres transformations, qui sont plus passagères et plus restreintes en nombre, -paraissent n'avoir pour unique but que de donner une nouvelle vigueur à l'espèce qui s'épuiserait sans cela d'elle-même.

Quand vient l'hiver, toutes les formes disparaissent, sauf celle qui est souterraine. Même parmi les individus qui constituent celle-ci, un grand nombre meurt. Les mères et les œufs

n'existent plus dès qu'on approche de 0°, il •" no subsiste alors du Phylloxéra que les œufs" d'hiver et les plus jeunes larves souterraines. Celles-ci s'engourdissent, deviennent inactives, ne prennent plus de nourriture et se rident de façon à devenir méconnaissables, d'autant plus que leur taille est très petite. En avril, elles se raniment et pondent immédiatement; les racines sont alors bientôt regarnies de leurs ' habitants.

jVoyons maintenant quels soaat les effets de la voracité du Phylloxéra sur la vigne.

Nous avons vu que les racines se gonflaient, prenaient des formes renflées, noueuses, et * finalement pourrissaient. Quand une colonie vient de s'abattre dans une vigne, que les parasites sont encore eu petit nombre, la plante né présente aucun signe extérieur qui puissefaire soupçonner qu'elle recèle un ennemi.

Bien plus, tant que la tache n'a pas plus d'un : an ou deux, on voit une certaine recrudes- • cence de végétation se manifester dans le vi- ■ gnoble. Il semble que les piqûres, encore en ' petit nombre, faites sur les racines, ne produisent sur celles-ci qu'une surexcitation qui exagère leur faculté absorbante et, par suite, ■ amène dans les sarments une quantité de sève • plus forte. Mais ce n'est qu'une apparence

LE "phylloxéra 139

bien passagère et trompeuse, et l'année d'après, les sarments se rapetissent et les ceps prennent un aspect languissant. Il ne faut doncpas, dans un pays menacé du Phylloxéra, se reposer sur la belle venue des vignes pour se croire en sécurité, il faut visiter toutes les vi- > gnes, examiner leurs racines, et constater si •ailles sont saines ou si elles sont noueuses, ' surtout si elles ne portent aucun puceron.

Quand une vigne est fortement attaquée, la propagation du Phylloxéra est si rapide que continuellement une partie de cette population s'écarte du centre atteint, pour chercher des souches moins chargées d'ennemis et plus saines. Cette migration s'opère sur toute la * circonférence de la tache primitive, et le mal ' s'étend comme ferait une goutte d'huile sur un papier. Ce passage d'un cep à l'autre s'opère sous terre, au travers des fissures du terrain; de plus les racines des ceps voisins se croisent, le plus souvent, et facilitent ainsi ' cette transmission. Par les jours de chaleur, on peut même voir les Phylloxéras cheminer à la surface du sol, cherchant des ceps qui soient plus à leur convenance.

Quand le terrain est complètement sableux, comme sur les bords de la mer, la marche du Phylloxéra est arrêtée; il ne trouve plus les

140 LE PHYLLOIKBA

fissures qui lui sont nécessaires, et une masse de sable fin est une barrière qui semble infranchissable pour lui. Mais qu'on y mélange une matière étrangère quelconque, même un engrais, on l'aura rendu, du même coup, ha- • bitable, et le Phylloxéra s'y propagera.

On avait un peu compté sur le froid pour arrêter la marche du fléau. Mais on s'était étrangement trompé, puisque l'on a pu constater que notre avant-dernier hiver, si terrible^ n'avait eu absolument aucune action nuisible sur le Phylloxéra. L'état léthargique, dans lequel sont plongés les individus hibernants, les rend à peu près insensibles aux intempéries, et peu accessibles même aux émanations au moyen desquelles nous cherchons à les tuer. On a fait l'expérience de les soumettre à des froids artificiels poussés jusqu'à— 10°, et on n'a pu ensuite constater aucune différence entre les sujets ainsi refroidis et ceux que l'on avait laissé dans le sol.

Aurons-nous plus de succès si nous comptons, pour nous en débarrasser, sur ses ennemis naturels? C'est peu probable ; cependant il est bon de les étudier et de les connaître, au moins pour éviter de les confondre avec le Phylloxéra lui-même, ce qui est arrivé souvent. Mais nous reporterons leur étude à la fin

LE PHYLLOXERA 14 t

de ce chapitre, pour ne -pas interrompre ce qui, plus particulièrement, est relatif à notre parasite.

A côté des ennemis naturels, on peut placer certains végétaux auxquels on a, à diverses reprises, attribué le pouvoir, sinon de détruire, au moins d'éloigner le Phylloxéra des vignobles où on les entretenait en les intercalant entre les ceps. On a cité particulièrement certains fraisiers. Mais il ne faut pas s'arrêter à des expériences qui ont été certainement mal faites et qui n'ont eu et n'ont pu avoir qu'un semblant de résultat. Le Phylloxéra est spécial à la vigne et ne peut en être détourné par aucune autre plante qu'il affectionnerait davantage. D'autre part il ne faut pas espérer qu'un végétal, si antipathique qu'il soit au puceron, puisse faire ce que le sulfure de carbonne luimême ne réussit pas toujours à accomplir. En supposant qu'un fraisier ou qu'une autre plante désagréable au Phylloxéra le chasse des lieux où elle croît, ce ne pourra être, au plus, qu'un déplacement, et votre voisin recueillera vos pucerons. Si tout un pays se livre à cette méthode, le parasite ne se laissera certainement pas mourir de faim à côté de vignobles où l'on aurait planté ces végétaux libérateurs. Il

s'accoutumera à leur présence, et ses sens, si obtus auront peu de peine à y arriver.

Nous avons vu avec quelle rapidité se multiplie le Phylloxéra, nous savons quelles ruines il a déjà accumulées, aussi n'est-il pas nécessaire d'insister sur l'urgence qu'il y a à arrêter [ ses ravages. Jusqu'à ce jour les efforts des viticulteurs n'ow«t été couronnés que d'un succès relatif, en ce sens qu'ils ne sont guère arrivés qu'à retarder la marche du fléau sans le faire dévier de sa route. On-a mis en œuvre tous les moyens ; le gouvernement lui-même a aidé de tout son pouvoir à faire les traitements jugés utiles, et le parasite avance toujours. On possède cependant des moyens de destruction réellement énergiques, on peut les appliquer à des prix abordables dans la pratique; mais, et c'est là, je crois, le grand écueil, il n'y a pas et il n'y a jamais eu d'entente générale. Malgré les lois et Aes décrets, il y a toujours eu, à côté des propriétaires véritablement soucieux de leurs intérêts et de ceux de leur pays , des viticulteurs arriérés qui, , par entêtement et par ignorance, se sont refusés à effectuer tout traitement, et ont entretenu chez eux des germes qui ont bientôt remplacé les parasites détruits chez leurs voisins par le sul-' fure de carbonne. Devant un pareil état de cho-

ses, il est presque illusoire de chercher un

véritable remède. Que tous les propriétaires

. soient légalement forcés de faire ou de laisser

. faire chez eux des recherches d'abord, des

traitements ensuite, et Ton pourra peut-être

arrivera un résultat. Il y a là un danger national,

exceptionnel; il faut donc aussi des mesures

exceptionnelles, débarâssées de toutes préoc-

< cupations d'un autre ordre. Toute concession,

tout retard sont fatals. En un mot, il faudrait,

devant un intérêt aussi général, avoir la force

et l'énergie de sauver les gens malgré eux. Il

est encore temps de préserver la moitié des

• joyaux de la Côte-d'Or, et les plus fins; on le peut si on le veut ; mais on n'y arrivera qu'en faisant une guerre à outrance à la mauvaise

. volonté etàl'ignorance. Sinon, il faut compter que la Bourgogne a vécu, et que la Champqgne

. est à sa dernière heure.

Il serait oiseux et sans intérêt de relater ici tous les remèdes proposés pour la lutte contre le Phylloxéra. C'est par milliers qu'il faut

. compter les inventions plus ou moins origina-

• les qui ont successivement vu le jour. Combien y en a-t-il aussi qui n'ont été préconisées

: que dans un but de lucre deshonnête, et qui ne pouvaient avoir, au su même de leurs auteurs, que le seul résultat de faire des dupes.

Le premier procédé sérieux qui soit venu à l'esprit et qui a été mis en pratique, est l'arrachage des vignes infestées. Ce n'était, malgré son apparence héroïque, qu'un remède incomplet, car à moins d'arracher autant de vignes saines que de parties infestées, on risquait toujours de laisser, sur la limite des taches, quelques individus sur des souches peu attaquées. De plus, le terrain, où l'arrachage a été pratiqué avec le plus de soin, contient encore lui-même une quantité de Phylloxéra assez considérable pour que la tache détruite se reproduise bientôt après, tout à côté. Si l'on veut, à coup sûr, obtenir un résultat par ce moyen, il faut, avant même d'arracher, tuer le Phylloxéra avec un liquide mortel poifr lui.

Une autre méthode, qui a donné des résultats efficaces, consiste dans la submersion totale des vignes, prolongée pendant un temps suffisamment long, au moins quinze jours. Ce procédé, tout excellent qu'il soit, ne peut être employé qu'exceptionnellement, car il faut que la vigne soit susceptible d'être submergée, c'est-à-dire plantée dans un pays plat ; de plus, il est nécessaire que l'eau puisse y être amenée sans trop de frais. M. Faucon, au Mas de Fabre, près d'Avignon, obtient ainsi la

conservation d'un vignoble important dans une région tout à fait phylloxerée.

Aujourd'hui, après des essais multipliés, après une pratique de plusieurs années, il est avéré que le seul remède véritablement efficace consiste dans l'injection, au pied des ceps et dans le sol des vignes, d'une certaine quantité de sulfure de carbone ou d'une dissolution de sulfo-carbonate de potasse ou de chaux. La lutte est encore vive entre ces pnr duits qui ont chacun leurs partisans ou leurs détracteurs. Les uns accusent le sulfure de carbone d'agir trop vivement sur les racines de la vigne et de les détruire en tout ou en partie ; les autres opposent que les sulfo-carbonates sont plus chers et surtout demandent une quantité énorme d'eau, qu'il est souvent impossible de se procurer sur les coteaux arides où sont placés les vignobles. Ces sels, qtii sont surtout préconisés par Messieurs Dumas, secrétaire perpétuel dé l'Académie des sciences, et Mouillefert, sont de bons insecticides, qui agissent par un dégagement lent de deux matières toxiques : l' acide sulfhydrique et le sulfure de carbone, et en même temps, ils abandonnent dans le sol un excellent engrais, le carbonate de potasse. Mais, comme je l'ai dit, la grande difficulté est de

146 LK PHYLLOXKMA

se procurer l'eau nécessaire. Aussi l'emploi du sulfure de carbone pur est-il aujourd'hui. à peu près général.

Mais ici nous devons encore signaler deux ipodes d'opérer. Par le premier, on injectait, dans le sol des vignes, une quantité de liquide toxique assez grande pour détruire, en même temps, le Phylloxéra et la vigne, et on était obligé de sacrifier, d'une façon à peu près complète, toute la partie attaquée et même une zone plus ou moins étendue aux alentours»

C'est le traitement intensif ou à mort.

Frappés de l'inconvénient énorme qu'il y avait à enfouir dans le sol une quantité aussi grande de sulfure de carbone, aussi nuisible à la vigne que son parasite, on est peu à peu arrivé à substituer à ce traitement énergique, un mode d'opérer qui permet à la vigne de végéter normalement, tout en exerçant une action morbide sur le Phylloxéra. C4ette méthode, dite procédé cultural, consiste à injecter dans le sol, ordinairement en deux fois, espacées de quelques jours, et deux ou trois fois par an, une quantité de sulfure relativement faible et incapable de nuire aux racines. Ce traitement est certainement insuffisant dans des taches fortement garnies de pucerons, et il n'y donnerait que des résultats peu apprécia-

blés. Aussi, et c'est l'état actuel de la science, ëst-on arrivé à combiner les traitements forts et faibles, de façon à tuer avec certitude le parasite, tout en conservant à la plus grande partis du vigneble, une belle végétation, et en empêchant l'invasion phylloxérique de s'étendre. Une tache plus ou moins importante étant découverte, on commence par la délimiter, c'est-à-dire par rechercher , au moyen de fouilles, combien de ceps sont atteints sérieusement, et où se trouve la ligne sur laquelle ils commencent seulement à recevoir les premiers pucerons. Ce travail préliminaire accompli, on injecte, au moyen d'instruments spéciaux nommés pals, le sulfure de carbone, à haute dose, dans toute la partie fortement phylloxérée, de façon à détruire d'une façon certaine et indiscutable, toute la masse du parasite. Dans cet endroit, toujours trèsrestreint, la vigne est sacrifiée; si elle ne meurt pas de suite, sous l'action du liquide empoisonné, elle finit, au bout de peu de temps, par succomber cep par cep. Puis, sur toute la partie du vignoble qui est encore à peine attaquée, ou qui ne l'est pas encore, on pratique le traitement cultural à faible dose. Le Phylloxéra est en partie détruit, en partie seulement arrêté dans sa marche. Mais le résultat

le pins sérieux de cette opération, est que la sortie des nymphes, qui vont donner naissance aux essaims propagateurs , est empêchée et que, par suite, le renouvellement de la tache est rendu impossible. L'année suivante, ce même traitement cultural étant encore pratiqué, il est possible de conserver au vignoble toute sa vigueur, tant qu'un essaim étranger ne viendra pas s'abattre de nouveau sur lui. Les individus, restés en petit nombre sur les racines, s'épuiseront peu à peu, et finiront par disparaître et par laisser le vignoble indemne. Bien plus, au moyen d'un traitement spécial dont je parlerai tout-à-1'heure, il est possible de se débarrasser des œufs d'hiver, et on peut, par conséquent, en déduire que l'invasion phylloxérique est vaincue, puisque ce n'est que par l'œuf d'hiver qu'elle se perpétue, et que sans lui, sans l'intervention des nouvelles générations qui en sortiront, les précédentes, existant déjà sur les racines, sont fatalement vouées d'abord à la stérilité, dans un temps plus ou moins long, puis enfin à la tiiort.

On ne peut donc plus dire que la lutte contre le Phylloxéra est impossible ; nous possédons actuellement des moyens certains de le détruire, mais, pour y arriver sûrement, au moins

dans les pays qui ne sont encore qu'an début de l'invasion, il faut une entente générale et la possibilité de faire face aux frais de traitement. Ces frais seront toujours facilement couverts par le produit des cépages fins ; peutêtre devra-t-on abandonner les vignes tout-àfait communes, dont le produit ne serait plus rémunérateur. Mais c'est là une question qui est loin d'être encore résolue, et il est possible que la destruction permanente et à peu de frais de l'œuf d'hiver, suffise, au contraire, pour préserver ces vignobles dont l'importance est certainement considérable.

Voici maintenant quelques chiffres qu'il est utile de connaitre et qui pourront servir de base aux calculs que chacun sera tenté de faire.

Le traitement intensif, pratiqué sur les taches proprement dites, se fait par une application de 100a 140 grammes de sulfure de carbone par mètre carré, injecté en deux fois, à 5 ou 6jours d'intervalle. C'est une dose certainement beaucoup trop forte, mais qui a l'avantage de laisser toute sécurité sur ses résultats. Le traitement cultural comporte seulement une injection de 25 à 30 grammes par mètre carré, en deux fois, à 6 jours d'intervalle, et avec 4 ou 5 trous pour chaque mètre , tle façon à mieux répartir le liquide et à ne pas en placer

une quantité trop forte dans un seul endroit.

•Les frais du traitement intensif sont variables, et de 500 à 600 francs par hectare.

Ceux du traitement cultural sont seulement de 200 à 220 francs par hectare*

Le sulfure de carbone livré par la compagnie de Paris-Lyon-Méditerranée, qui s'est chargée de sa fabrication en grand, revient à 45 francs les cent kilog. rendus à la gare la plus proche du vignoble. Le pal, système Gastine, qui est de beaucoup le meilleur sous tous les rapports, est livré à 40 francs.

Il ne m'est pas possible d'entrer dans des détails plus étendus sur l'emploi de 1 insecticide, sous peine de sortir des limites du cadre que je me suis tracé. Il m'a suffi de montrer comment peut agir le sulfure de carbone et sur quels principes généraux est fondée son application.

Dans les régions complètement phylloxérées depuis longtemps, on ne peut guère espérer reconstituer les vignobles par l'effet seul du sulfure de carbone. Avec beaucoup de soins dans son emploi, avec beaucoup de persévérance aussi, on arrive à empêcher les vignes de périr et à leur faire rendre quelque récolte ; mais alors Jes frais risquent fort de surpasser les produits. Dans ces conditions , on a eu

recours, dans beaucoup de pays, à un subter-> fuge qui permet de faire vivre les vignes avec le Phylloxéra, et qui parait avoir donné jusqu'à présent de bons résultats. Je veux parler de l'emploi des vignes américaines.

En effet, certains cépages originaires de l'A» mérique, qui est aussi la patrie du Phylloxéra» ont le privilège de pouvoir nourrir, sur leura racines, des tribus nombreuses de pucerons, sans en souffrir et sans que les récoltes qu'ils sont susceptibles de donner, disparaissent.

Ces cépages, Concord, Cuttingham, Clinton, Taylor, etc., ont été l'objet d'essais multipliés, et d'expériences nombreuses, de la part d'un grand nombre de viticulteurs méridionaux. Il y a, à cet égard, un véritable engouement qui n'est cependant pas complètement justifié ; car il semble, dès à présent, que ces cépages eux-mêmes, cultivés pendant un certain nombre d'années sous notre climat et dans notre sol, finissent peu à peu par perdre leur faculté résistante vis à-vis du Phylloxéra, et par se laisser attaquer comme les vignes françaises. De plus, le vin produit par ces cépages, est de qualité infiniment inférieure à celui que nous donnaient nos ceps indigènes. Sous ce rapport, on a voulu tourner la question, en ne se servant* des plants américains, que comme porté-

greffe pour nos sarments trançais. Mais si Von peut espérer obtenir ainsi des vins communs,àpeuprès passables, on ne peut songer pn instant à leur faire rendre l'équivalent de nos vins fins, et la Bourgogne, comme le Bordélais, sont en réalité, complètement désintéressés dans la question des vignes américaipes. La production du bouquet et des cent autres qualités, qui distinguent nos fins crûs, est certainement incompatible avec ces greffes, eA même peut-être, ce qui serait plus grave, avec des traitements réitérés au sulfure de carbone. En tous cas, l'expérience n'est pas faite sous ce rapport, et ce n'est pas avant longtemps que l'on pourra se faire une opinion sur ce sujet, car chacun 'sait que les jeunes ceps ne donnent pas, à beaucoup près, du vin de qualité comme nous sommes habitués à en récolter.

D'ailleurs, la question des vignes américaines est trop étrangère à mon sujet, pour que j'y insiste d'avantage. Qu'il me suffise donc de l'avoir effleurée et d'en avoir indiqué les diverses faces.

Mais il me reste encore à signaler un point qui vient de faire son apparition au milieu des préoccupations des viticulteurs, et qui pourtant est peut-être appelé à sauver réellement notre

pays, et à préserver complètement et facilement nos vieux vignobles, nos clos que cultivaient autrefois avec tant d'amour et desoins les religieux du moyen-âge.

J'ai indiqué ce qu'était l'œuf d'hiver, et j'ai montré comment, en son absence, les masses phylloxériques finiraient bientôt par disparaître d'elles-mêmes, épuisées et stériles. Ce n'est que par lui aussi que s'opère kfdiffusion du parasite ; pendant l'hiver enfin, il existe seul au pied des ceps, avec de très-jeunes larves fixées aux racines, dans un engourdissement complet. Il est donc à la fois logique et naturel de se demander si une méthode, qui ne s'attacherait qu'à détruire l'œuf d'hiver, ne mettrait pas en même temps, non-seulement un frein, mais même une barrière infranchissable à la marche en avant du fléau. Supposons que tous les œufs d'hiver d'un vignoble soient détruits; la vigne souffrira encore pendant quelques années peut-être, puis redeviendra aussi saîne et aussi robuste qu'auparavant.

Ce résultat même sera atteint beaucoup plus rapidement si un léger traitement culturai au sulfure de carbone vient détruire une partie des parasites, ou au moins en gêner les évolutions. Dans cet ordre d'idées, il est aussi permis de penser qu'un procédé de cette nature serait à

peu près assuré de sauver nos vieux ceps, qui sont en même temps notre fortune et notre gloire.

Mais comment atteindre l'œuf d'hiver et comment le tuera coup sûr. Il est à peu près invisible dans nos isolement et il est, comme tous les œufs, très résistant aux causes norma-r les de destruction, par exemple aux intempéries. Nous iTavons que peu de renseignements sur lui et nous savons seulement qu'il est caché au pied du cep, soit sur le bois, soit surla terre.

Nous savons aussi qu'une température de 50à60° suffit pour tuer le germe qu'il contient. Nous sommes donc conduits naturellement à emprunter le procédé de destruction usité avec tant de succès contre la Pyrale, savoir l'échau* dage ou l'ébouillantage des ceps. Mais, au lieu d'arroser seulement, avec l'eau à haute température, le cep et ses ramifications, il faudrait échauder sur tout le collet de la racine et le terrain avoisinant.

Nul doute aussi que la science, en marchant de progrès en progrès, ne nous apporte bientôt des données plus complètes sur la station habituelle de l'œuf d'hiver, et ne facilite ainsi sa destruction.

On ferait donc ainsi deux opérations en même temps, et la Pyrale, en succombant,

entraînerait la perte du Phylloxéra, moyennant quelques précautions spéciales. Je renvoie d'ailleurs complètement le lecteur au chapitre relatif à la Pyrale, pour tout ce qui regarde cette opération.

J'en dirai autant pour le flambage, qui est certainement susceptible de détruire facilement Fœuf d'hiver, surtout si Ton prend le soin de déchausser légèrement le pied des ceps avant d'y amener le jet de flamme. Ce procédé, employé déjà sur une assez grande échelle à Perpignan, semble théoriquement avoir un avenir très sérieux.

Je répète donc ce que j'ai dit en commençant et je le fais avec plus de force encore. Ne désespérons pas, mais travaillons et étudions, faisons des essais et des expériences, nous laissant guider par les lumières que la science jette chaque jour davantage sur cette douloureuse question.

Dans la construction des pals, il y a à craindre etàéviterunqgrtain nombre d'écueils. D'abord les organes doivent en être combinés de telle* façon, que l'injection ait toujours lieu à coup sûr et qu'elle pénètre dans le sol à des doses

déterminées d'avance et toujours les mêmes.

De plus, il est nécessaire que, par sa pénétration dans le sol, l'instrument ne tasse pas trop la terre autour de lui de façon à former un mur imperméable. Le pal, imaginé par M. Gastine, est un des plus parfaits et celui qui est généralement en usage (fig. 25). Je ne crois pas utile d'en donner ici une description détaillée qui sortirait du cadre de ce travail. Ces pals sontlivrés, dans les meilleures conditions, par l'administration du chemin de fer de Paris à Lyon, avec les instructions les plus complètes sur la manière de les utiliser. Qu'il me suffise de dire qu'ils consistent en un long tube de fer conique et fermé à l'une des extrémités, de façon à former un véritable pieu que l'on enfonce dans le sol au moyen de deux manettes supérieures et d'une pédale intermédiaire. Au dessous des manettes se trouve un réservoir à sulfure de carbone et, dans la partie du tube enfermée dans ce réservoir, se meut un piston plongeur muni d'une longue tige dépassant l'extrémité supérieure du tube et terminée par un bouton plat. Quand le pieu est enfoncé d'une manière suffisante (O^y-en terre, une main appuyée sur ce bouton fait descendre le plongeur et refoule en même temps une quantité de liquide égale au volume de celui-ci. Ce

c=ra=3

<Fig. 25) Aspect général d'un pal a injecter le sulfure de carbone.

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