‹ Les parasites & les maladies de la vigneChapitre 6 sur 22 · L'ÉCRIVAIN · texte numérisé non relu

L'ÉCRIVAIN

C'est là l'un des noms vulgaires, et peut-être le plus répandu, d'un petit coléoptère qui est un des fléaux de la vigne tant à l'état de larve qu'à celui d'insecte parfait. De tous temps les vignerons ont lutté contre lui et il semble être aussi, sinon cosmopolite^ au moins réparti dans toutes les contrées de l'Europe. Les anciens Grecs lui avaient donné plusieurs noms que Walkenaer nous a conservés : Ips, Iks, Volvox, Volucra. Aujourd'hui, on le désigne, suivant les pays par les dénominations de Gribouri, Écrivain, bête à la forge, diablotin, etc.

L'étymologie du mot Écrivain a donné lieu à plusieurs interprétations ; l'une, toute naturelle, fait allusion aux traces linéaires que laisse l'insecte sur les feuilles en les rongeant; l'autre le fait venir de plusieurs altérations successives se rapportant aux ravages de ce coléoptère.

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M. Demermety indique, en effet, qu'on orthographiait autrefois : Grippe- Vin, Esgrippe-Vin, Escrip~ vin. De même, d'après cet auteur, Gribouri sortirait Écrivain ou de Grippe-bourre, du vieux

Eumoipede ia vigne mot latin buria désignant. flJM le bourgeon de la vigne.

Je ne me ferai pas juge de ces diverses interprétations qui n'ont d'ailleurs pour nous qu'un intérêt de curiosité.

Cet insecte est désigné d'une manière spéciale dans les archives de la ville de Dijon. « Contre lui, on fit èfdiverses reprises des c processions solennelles ; et comme malgré « toutes ces mesures,ces insectes continuaient « leurs ravages, on eut recours aux moyens « extrêmes et, en 1553, une sentence d'excom- « munication fut prononcée à Dijon contre eux « avec tout l'imposant appareil des solenni- « tés religieuses decette époque.» J.Lavatte, Histoire de la vigne et des grands vins de la Côted'Or.

Le Gribouri ouécrivain, (fig.lO)dont le nom scientifique est Bromius vitis, n'a pas, à l'état parfait. plus de4à5 mm de longueur. La tête et

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le corselet sont noir grisâtre, velus, les élytrès sont ferrugineuses (d'où peut-être le nom de bête à la forgé) et les pattes brun rougeàtre. Il parait sur les feuilles de la vigne en juin, et on l'y retrouve encore à la fin d'août. Pendant cette période, il ronge les feuilles qu'il entaille au milieu de la surface en y traçant des lignes ouvertes, linéaires et allongées, simulant des caractères que Ton a comparés à ceux de l'écriture cunéiforme. L'accouplement s'opère immédiatement, et la ponte suit de près. La femelle dépose environ 30 œufs jaunâtres, allongés, légèrement amincis à l'une de leurs extrémités. Elle parait préférer, pour les placer, les anfractuosités aux parties lisses ; du moins c'est ce qui résulte des observations minutieuses faites sur la biologie de cet insecte par M. le vicomte de Vergnette-Lamotte, président du Comité d'agriculture de l'arrondissement de Beaune, et par M. le D r Jobert, observations auxquelles j'emprunte la plupart de ces détails. Environ dix jours plus tard, lorsque s'approche le moment de l'éclosion des larves, on voit une tache noirâtre vers l'extrémité de l'œuf ; c'est la tête de la larve qui, plus foncée que le reste du corps, s'aperçoit au travers de la paroi. Les dimensions de ces œufs sont de 14 dixièmes de millimètre de longueur sur 3

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dixièmes de millimètre de diamètre moyen.

Ils sont unis et brillants, et lorsque l'éclosion a eu lieu par le déchirement d'une des extrémités, il ne reste ensuite qu'une pellicule blanche, mince et transparente.

La larve (fig. 41), au moment de son apparition, n'a que 42 dixièmes de millimètre de longueur, sur 3 dixièmes de millimètre de diamètre moyen.

Les observations directes manquent pour savoir ce qu'elle devient aussitôt après sa sortie de l'œuf; mais bientôt on la retrouve sous terre, sous les racines de la vigne, où elle trace des sillons longitudinaux, dans lesquels elle reste enchâssée , ce qui, d'après M. Lichtenstein, la rend très-difficile à découvrir. Il n'est pas rare, dans les années où ces larves sont très-abondantes, de voir des souches périr par leurs faits, et il en résulte que c'est là un des ennemis les plus sérieux de nos vignobles.

M. Demermety affirme qu'on ne la trouve que sur les petites racines, à dix ou douze centimètres de la tige principale.

Cette larve est ordinairement courbée et sa

Fig. 11. Larve de

l'Eumolpe de la

Vigne.

VftCltJVAlN Et

forme est uisi peu celle du Man, ou larve de hanneton. Son corps est blanc, composé de douze anneaux, séparés par de légers sillons, et d'une tête de couleur brunâtre. Celle ci porte, en avant, de très-petites antennes et deux fortes mandibules rougeâtres. Les trois premiers segments qui suivent la tête, soutiennent chacun une paire de pattes courtes, terminées par des ongles simples, aigus, allongés. Tous les anneaux onfcde longs faisceaux de poils sur les côtés, et le segment anal, qui en est aussi muni , est échancré à son extrémité. Enfin le segment qui suit immédiatement la tête est, au moins dans le jeune âge, plus large qu'elle et que tous les anneaux suivants. Quand elle a acquis toute sa taille, elle mesure environ 8 mm de long.

Elle passe l'automne et l'hiver en cet état, et ce n'est qu'au commenèfement de mai qu'a lieu la transformation en nymphe. Pour subir cette phase importante de son existence, elle quitte la racine, et se creuse dans la terre une loge en forme de petite géode, où elle reste dans l'immobilité, sans s'envelopper d'une coque spéciale. La nymphe apparait alors bientôt.

Celle-ci est blanche, ornée de cils assez longs, et montre la forme de l'adulte qui s'y

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trouve comme emmailloté. Enfin, au commencement de juin, comme je l'ai dit, l'insecte parfait sort de terre. Mais l'état du sol influe beaucoup sur l'époque de son apparition. La sécheresse la retarde, et la première pluie les fait sortir en quantité, d'où le préjugé absurde qui veut que la pluie ou l'humidité les engendre. « Lorsqu' après des jours chauds, dit « M. Demermety, il vient des fraîcheurs, ils « disparaissent, mais douze à quinze jours « après, il en parait une nouvelle série. Les « chaleurs, les fraîcheurs, la sécheresse, les « pluies éloignent, rapprochent, multiplent « ou empêchent les apparitions. »

On a supposé que l'écrivain pouvait avoir deux générations par an, dans les pays et dans les années les plus favorables, mais nous n'avons pas de preuve directe à cet égard. C'est surtout dans Tfe centre que ce parasite se rencontre, et il est plus rare dans les vignes méridionales, sang cependant qu'il y soit inconnu le moins du monde.

Malgré les ravages quelquefois désastreux de l'écrivain, bien qu'il soit connu de temps immémorial, on n'a pas de remède réellement efficace à lui opposer. Pendant |sa vie souterraine, son séjour à la partie inférieure des racines, le rend à peu près insaisissable.

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Notons cependant que l'Académie des Sciences a enregistré, dans ses Comptes-rendus de 1854, un mémoire de M. le baron Thénard, recommandant contre lui l'emploi des tourteaux de moutarde ou de colza. Ce ne peut être malheureusement, croyons-nous, qu'un palliatif qui, par l'évaporation lente de l'essence de moutarde, gêne peut-être et chasse plus ou moins les larves, mais qui nous semble incapable de les tuer. Le sulfure de carbone, usité contre le Phylloxéra, pourrait aussi peut-être remplir le même but, mais il faut avouer que la position de cette petite larve sous les racines, cachée quelle est par les esquilles superficielles de l'écorce, lui permet d'échapper bien facilement à son action délétère.

A l'état parfait et lors de son existence aérienne, on a imaginé d'utiliser sa timidité trèsgrande pour le faire tomber dans de larges récipients en bois, en fer-blanc ou en vannerie ; mais le moyen de défense principal de cet insecte, qui consiste, au moindre danger, à contracter ses pattes, à contrefaire le mort et à se laisser tomber de la feuille qu'il dévore jusqu'à terre, ou sa couleur ne permet plus de le distinguer du sol environnant, ce moyen de défense, sur lequel nous comptons pour le recueillir dans nos paniers et l'écra-

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ser ensuite, le sauve malgré nous ; car il est si sensible au moindre bruit, à la plus légère secousse, qu'il use de son mode de sauvetage alors que le vigneron est encore à cinq ou six pas du cep qu'il habite. Cependant il est possible de rendre ce procédé plus efficace en l'employant à l'aurore, alors que la fraîcheur de la nuit tient encore ces bestioles plus ou moins engourdies.

On a proposé enfin et employé, souvent avec succès, les poyjes et surtout les pintades

). Poulailler roulant.

qui savent parfaitement le découvrir, même

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lorsqu'il est à terre. C'est peut-être le meilleur procédé à indiquer bien qu'il soit quelquefois difficile à mettre en pratique. On a pourtant construit dans le Bordelais des poulaillers roulants et portatifs qui peuvent rendre de réels»< services dans cette occasion. Ces poulaillers, en forme de niches à chiens, coûtent environ 6 à-7 francs et durent, étant convenablement, entretenus, une dizaine d'années. Le prix de revient est donc très abordable, d'autant plus que les pontes de la volaille viennent fournir un bénéfice immédiat. Pour de grandes exploitations viticoles, le poulailler roulant (fig. 12) peut être une véritable voiture. Voici, d'après M. Gayot (1), comment l'établit M.

Giot, de Chevry, près Brie-Comte-Robert :

« Etabli sur 4 roues, il a 6 mètres de lon- <c gueur, deux mètres de largeur et 2 mètres « de hauteur, proportions plus que suffisantes « pour le logement aisé des 350 élèves qui doi- « vent y passer 4 ou 5 mois au plus, sous la c surveillance d'un homme de confiance. Le « devant forme une chambre séparée par une « cloison ; elle a sa porte d'entrée et une fe- ■€ nêtre, et diminue de 1 mètre 20 la longueur € du poulailler. Elle sert de dortoir, de lieu

(1) Guide pratique pour le bon aménagement des habitations des animaux. — Vol. III p. 287. — Paris 1866. — Chez Lacroix, éditeur.

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« de repos au gardien . En arrière il y a une « porte avec escalier. A l'intérieur, il y a un € chemin libre au milieu, adroite et à gauche c sont les juchoirs. > -• Il est évident que les dimensions peuvent être réduites considérablement sans que, pour cela, la disposition intérieure change notablement.

L'Ecrivain a aussi ses ennemis naturels avec lesquels il doit compter. Mais la grande difficulté que présente l'éducation de sa larve n'a pas permis d'obtenir et de connaître ceux qui peuvent vivre dans son intérieur ; il est cependant à peu près certain qu'elle ne doit pas en être plus exempte que les autres.

Mais, en sa compagnie et dans les anfractuosités des racines, on trouve fréquemment des Myriapodes qui, étant carnassiers, doivent évidemment en faire souvent leur repas, des Acariens, de différentes sortes et tailles, qui pourraient bien les attaquer aussi à l'occasion.

L'Insecte parfait est la proie des oiseaux, des carabes et autres ^auxiliaires. En outre, M. le D r Jolicœur a signalé à la société de viticulture de l'arrondissement de Reims de petites arachnides vivant sous les élytres fc des Écrivains. Je reproduis ici la note intéres-

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santé qu'il y consacre : « Il n'était pas rare, c sous les ailes d'un mêrtie Gribouri d'en ren- « contrer 3, 4 et même plus. Leur coloration « est rouge, leur corps mou et marqué de « plusieurs enfoncements. Quand ils sont de c fixation récente et qu'ils n'ont absorbé que € peu de sucs de l'animal qui les héberge, ils « sont très petits, mesurant à peine un tiers « de millimètre, et comme aplatis; gorgés de « sucs, ils prennent la forme de petits corps « globuleux, d'un millimètre à un » millimètre « et demi de long, d'un beau rouge velouté « et fortement adhérents aux téguments de « l'insecte. Une loupe, ou mieux un micros- < cope, est indispensable pour en étudier les « détails ; on constate à l'aide de ces instru- « ments, que leur corps non annelé est sup- « porté par six pattes ambulalatoires longues, « terminées par deux griffes et couvertes c d'appendices sétacés. L'extrémité postérieu- « re porte quatre longues soies ; à l'extrémité « antérieure se trouve une double paire d' apte pendices dont les pièces terminales, pour « chaque côté, se composent de deux crochets « s'opposant par la pointe et constituant une « véritable griffe. Il est impossible, même avec « de forts grossissements, de distinguer, en- « tre ces pièces, l'appareil buccal.

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«r Cette configuration est celle que Latreille « a décrite lorsqu'il a établi, dans Tordre des « Arachnides trachéennes, le genre Astoma « (sans bouche). lia été démontré, depuis, « que ces Astoma constituent une forme lar- « vaire hexapode des Arachnides, de Tordre « des acariens, et de la famille des Trombia dides. Lç. parasite du Gribouri est donc un « Astoma.

a Si comme cela a été fait, on laisse périr « des Gribouris porteurs d 9 Astoma, on trouve, « quinze jours ou trois semaines après, tous « les Astoma transformés -en nymphes immo- « biles, au travers des téguments desquelles « on distingue nettement quatre paires de patc tes, ou en Trombidium adultes. A cet état, « TArachnide mesure environ deux miilimèc très ; ses pattes sont longues, terminées par « des griffes et des soies ; elle porte des pal^ * pes conformés comme des pattes, avec des « griffes et un appendice ; le céphalothorax a est muni de deux yeux écartés et pédicules; « le corps rouge est finement velu. Conservés « sur de la terre humide, en ayant sain de « mettre à leur portée quelques insectes, ces « Trombidium se gonflent, et, de la dimen~ « sion initiale de de deux millimètres, arri*- « vent rapidement à une taille de quatre à cinq

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€ millimètres. A ces deux derniers états. TA* « rachnide est en tout semblable au Trombi- -* à'ttm, figuré dans différents auteurs sous le « nom spécifique de Trombidium holosericeum, « espèce à laquelle, sauf erreur, elle doit appartenir,

oc Ces détails circonstanciés étaient néces- « saires afin de ne pas laisser s'accréditer, « parmi les vignerons, cette idée, en contra- « diction formelle avec toutce que Ton connaît « du développement des insectes Coléop- « téres, que le Gribouri, pendant un certain c temps, servirait d'asile et (Je pâture à ses petits. »

... Voici la liste des travaux les plus intéressants à consulter sur l'Ecrivain de la vigne :

Geoffroy. 1764 Histoire abrégé des Insectes qui se trou*

vent aux environs de Paris. In-4.

Rosier. 1772 Des insectes essentiellement nuisi-

bles à la vigne (Tableau annuel des progrès delà physique, de l'histoire naturelle et des arts).

Latreille» 1817 Article Eumolpus dans le Nouveau

Dictionnaire d'histoire naturelle édité par Déterville.

Walkenaer(de;.1835 Recherches sur les insectes nuisibles

à la vigne. (Ann. delà Soc. ent.Fr*

Brullé. 1837 Eumolpus vitis. (Ann. Soc. ent. Fr.

Bull. p. Lvni).

&8 l'écrivain

'Atidouin. 1842 Histoire des insectes nuisibles k la

vigne.

*Vallot. 1843 Détermination précise des insectes nui-»

sibles. (Journal d'agriculture et d'horticulturede Dijon).

Gàérin-Mene- 1846 Note sur un moyen pour prévenir les

ville.

Jfcolenati.

ttemermety.

dégâts d'Eumolpus vilis. (Ann. Soc ent. Fr.).

1846 Dem Weinstock schsedliche Insekten (Bull.de laSoc.desNat. de Moscou).

1849 Quelques faits sur l'Écrivin, Écrivain, Gribouri, l'Eumolpe de la vigne* (Journal d'agr. de Dijon).

ISaron Thénard. 1854 Note sur un moyen de détruire FÉ-

crivain. fCpte-rendu de PAc.

des Se).

Guérin-Méne- 1854 Note sur les recherches de M- Paul ' Ville. Thénard sur la destruction de l'Eu*

molpe de la vigae. (Revue et mag. de zool.).

I*ope8yIUtmos.l855 Insectes nuisibles à la vigne. Madrid.

Gôureâu» 1861 Les insectes nuisibles aux arbres frui*

tiers,

1867 Essai d'entomologie horticole.

1873 Traité d'entomologie.

1876 L'Écrivain et la Pyrale. Dijon.

f876 Noto sur l'Eumolpe de la vigne. (Ann.

Soc. ent. fr., p. 216).

1873 Élude sur le Gribouri ou Écrivain de là vigne. (Ménr de la Soc. des agr de France).

Boisduval.

M. Girard.

Ladrey.

Ferris.

Lic'iteasteln.

l'écrivain

D r Jolicœnr.

1880 Chronique en tomologique pour Tannée 1879. (Mémde la Soc. deviticulture.

horticulture et sylviculture de l'an*, de Reims.

LES OTIORHYNCHES

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