‹ Les parcs et jardins au commencement du xxe siècleChapitre 14 sur 97 · STYLE COMPOSITE · texte numérisé non relu

STYLE COMPOSITE

Fig. 68. — Propriété urbaine, jardin d'artiste.

les diverses parties appelées à composer l'ensemble se soudent entre elles et que, dans le cas de création complète, il y ait proportionnalité.

On a trop souvent tendance à dire qu'un jardin paysager doit être une imitation de la nature. Certes et avant tout, le paysagiste doit s'appliquer à ne pas choquer ses lois, et, au contraire, à se les approprier ; mais il doit aussi chercher à donner à ses créations le cachet le plus artistique possible. De là à l'œuvre d'art, il n'y a qu'un pas à franchir. Si l'architecte est doué, si c'est un véritable artiste, ce pas est vite fait. Nous arrivons donc à cette conclusion qu'un jardin paysager, tout en restant en harmonie avec les lois de la nature, doit indiquer qu'il est œuvre d'art et qu'il exige comme tel l'unité de conception. Ces qualités ne doivent pas exclure la diversité des détails et l'unité de conception cherchée doit tirer parti des ornements accessoires, de même qu'un édifice s'arrange et se complète par les sculptures qu'il comporte.

La partie dominante d'une composition doit donc être la maison et l'ensemble doit accuser franchement, par ses disposition, qu'il a été étudié pour concourir à son agrément et à son embellissement. 11 faut s'attacher à passer insensiblement des parties décorées qui doivent avoisiner la maison aux autres parties plus sobrement traitées. Le passage entre les lignes d'architecture de la construction et les courbes sinueuses des allées et des massifs serait toujours brusque s'il n'y était pallié par un arrangement des abords se rapprochant autant que possible du style de l'habitation. C'est pourquoi, lorsque la création d'un parterre à la française autour du château est possible et n'est pas un non-sens architectural, on ne doit pas hésiter à y recourir.

e) Aspect général et genres. — L'aspect général d'un parc dépend surtout de la constitution géologique de la contrée avoisinanle avec laquelle il doit se fondre ; mais, tout en remplissant celte dernière condition, il peut s'en écarter dans une certaine limite et prendre parfois des aspects diamétralement opposés à ceux des sites environnants. L'ordonnance des accidents de terrain, le jeu combiné des formes, l'inégalité des élévations par rapport à la déclivité plus ou moins grande des pentes, le rapport et les proportions établis entre ces accidents font qu'un site en reçoit son caractère et son impression.

Le rapport d'étendue entre les plantations, les gazons, les eaux et les

rochers influe également sur la sensation que le promeneur éprouve.

On arrive ainsi à, créer des aspects variés, non pas en abusant des subdivisions, mais, au contraire, en insistant sur l'ampleur et sur les dégagements qui donnent la majesté et le sérieux.

Des changements plus accentués donneront d'autant plus de gaieté au paysage qu'ils seront plus nombreux.

La prédominance des bois et des rochers, constituant des parties som-

Fig. 69. — Le genre grandiose.

bres, poussent à la mélancolie, tandis que la prédominance des gazons, constituant des parties claires, apporte la gaieté. La grande surface des eaux lumineuses et tranquilles invite au recueillement; les massifs qui se fondent dans le gazon, les vallonnements forment des variations de teintes qui produisent d'heureuses transitions entre les parties sombres et les parties éclairées.

Ce qui précède peut se résumer aux trois scènes principales suivantes :

1° Prédominance des parties boisées et des eaux — mélancolie.

2° Vastes pelouses, peu mouvementées, parsemées d'arbres séculaires — majesté.

3° Terrains accidentés, vallonnements très accusés, prédominance des gazons sur les plantations — pittoresque.

Ces scènes donnent naissance à trois genres

Fig. 70. — Lo genre noble.

Le genre noble ou grandiose (fig. 69 et 70) ;

Fig. 71. — Genre gai ou riant.

Le genre gai ou riant (fig. 71) ;

Le genre pittoresque ((ig. 72).

Le genre noble ou grandiose convient pour un terrain boisé, plat, à horizon très étendu, permettant de grandes échappées de vue. 11 exige la plus grande sobriété dans les travaux d'art, des plantations en essences indigènes par grandes masses, sans déchiquetage surtout dans les lointains. Il proscrit les ornements inutiles sauf sur les premiers plans.

Le genre gai et riant s'applique généralement à des scènes champêtres,

Fig. 72. — Genre pittoresque.

pastorales et convient dans un pays ouvert et peu accidenté ; il constitue la généralité des cadres donnés au paysagiste pour exercer son talent. 11 doit posséder toutes les ressources d'agrément naturelles et artificielles que la nature et l'artiste peuvent lui fournir. Les abords de l'habitation pourront recevoir des ornements distribués sans profusion; les scènes intérieures devront changer à chaque tournant pendant la promenade et tout ce qui peut augmenter l'agrément devra être mis en œuvre sans surcharge et sans confusion. Le vallonnement est de règle ; le mélange de l'art et de la nature doit s'y faire sentir, empruntant, à l'un son aspect cavalier, à l'autre des irrégularités choisies. Ce mélange produira une agréable sensation aux visiteurs et doit tendre à faire raccorder tous les mouvements avec le mouvement général du sol. Ce genre exige des plantations variées,

découpées, égayées par des arbres exotiques sur les premiers plans, et se noyant, dans les lointains, avec les teintes du paysage, des végétaux de choix, groupés ou isolés sur les pelouses, des tracés d'allées et les contours des eaux bien étudiés.

Le genre pittoresque, plus fréquemment employé que le genre noble, plus rarement utilisé que le genre gai, joue un rôle important dans la composition des jardins.

Ce genre, c'est la nature dans tout son imprévu : il en procède directement et ne peut être créé de toutes pièces, bien qu'il ait parfois recours à Tari, dont l'intervention doit toujours être dissimulée, pour augmenter ses effets naturels.

L'artiste devra s'appliquer à dégager tout ce qui peut, dans le terrain qui lui est confié, avoir un caractère pittoresque ou sauvage : beaux arbres enfouis dans les taillis, rochers existants, mais cachés par le sol, entrée d'une grotte naturelle, étang ou rivière obstruée par la végétation, ravins, précipices, etc. Des percées bien comprises ouvriront la perspective ; des travaux appropriés augmenteront la hauteur et le débit d'une cascade; des plantations convenablement choisies créeront des repoussoirs ou avantageront, en accentuant l'effet pittoresque, tel ou tel objet de tel ou tel coin déterminé.

La construction rustique trouve ici sa place et la mise en valeur, à propos, d'une ruine existante, peut être d'un heureux effet décoratif. Point de lignes ni de symétrie : l'irrégularité est l'essence même du pittoresque. L'artiste doit s'appliquer à conserver et augmenter l'imprévu de la nature en faisant varier avec goût et sans exagération les points pittoresques.

f) Choix du genre. — Dans le choix du genre, on doit tenir compte du pays environnant, de la nature et de l'ampleur du terrain dont on dispose, mais on doit tenir compte aussi des goûts du propriétaire qui peuvent imposer un paysage déterminé.

Il importe, en tout cas, nous ne saurions trop le répéter, de toujours conserver, soit en plan, soit en élévation, des rapports simples entre les diverses parties composant le tout et d'approprier ce tout aux paysages voisins.

g) Appropriation. — Par appropriation, ici, il faut entendre l'arl de tirer le maximum d'effet de tout ce qui est mis à la disposition du paysa-

giste. On obtient ce résultat en disposant la totalité ou les parties principales d'une scène de telle sorte que tout ce qui frappe les yeux paraisse

dépendre du même domaine ; en excluant tous les objets intérieurs susceptibles d'exercer une influence nuisible ; en les masquant par des murs ou des plantations, pour n'adopter que ceux susceptibles de s'harmoniser avec la composition, suivant trois principes qui peuvent se résumer ainsi (fig. 73) :

Unité d'expression ;

Expression fidèle de la nature ;

Entente de la distance.

Après avoir reçu l'impression de l'ensemble, l'esprit se plaît à en examiner les détails : plus l'enchaînement de ces détails sera simple et facile h saisir, plus l'effet en sera possible et sûr. L'œil, en embrassant les parties d'une scène les plus voisines comme les plus reculées, y distingue aussitôt une distance moyenne ou intermédiaire, et les trois points suivants doivent se trouver dans toute composition quelle qu'en soit l'étendue :

Les premiers plans ;

Les plans éloignés;

Les plans intermédiaires.

h) Points de rues. — Les objets extérieurs se rattachent à la propriété par les points de vues.

Dans les villes, au lieu de chercher à prendre des vues sur l'extérieur, on s'efforce, au contraire, de créer des vues intérieures, en se masquant des voisins, des murs et des constructions et de former un tout qui se suffise à lui-même en restant invisible des habitations voisines. Pourtant, lorsque cela se peut, il serait préférable d'obtenir que les propriétaires s'entendissent pour laisser circuler l'air et la lumière entre leurs jardins respectifs.

Dans ces jardins, bien qu'aucune considération n'ait d'influence prépondérante et bien que l'imagination du compositeur trouve le champ libre, c'est encore aux plans les plus simples qu'il faut avoir recours.

i) Déblais. — Quel que soit le type du jardin qu'on veut établir, il ne faut pas créer de vallonnement ni de pièces d'eau, de bombement ni d'accident de terrain avant de s'être assuré que les déblais et les remblais se font équilibre ou qu'on peut conduire facilement les déblais en excédent sur des points assez rapprochés, ou apporter facilement, en cas d'insuffisance de terres, les remblais nécessaires.

j) Execution. — L'exécution se ressent toujours de l'étude préalable. Si cette étude a été faite avec discernement et avec soin, si tous les détails en ont été discutés et arrêtés, elle sera meilleure que faite au gré de l'exécuteur, sans plans ou avec un plan mal étudié, résumant à peine l'idée initiale. Le tout devient, dans ce dernier cas, un composé de détails ne présentant aucune suite et aucune idée de composition et le résultat ne peut qu'être défectueux.

De même qu'un peintre nous charme en s'inspirant d'un sujet très simple qu'il a transformé en éloignant les détails importuns, £n mettant en relief les points saillants de la scène et en traitant le tout avec une facture qui lui est personnelle, de même l'architecte paysagiste doit faire valoir, s'il a du talent, le site le plus modeste.

Le sentiment de la mesure et de l'entente dans la conception est généralement un don de nature qui reste latent si l'on tombe dans la routine et ne se développe que par l'étude, la comparaison et l'expérience.

C'est avec de sérieuses études de botanique, de géométrie et d'architecture et, surtout, par l'étude comparée et réfléchie des œuvres de ceux qui nous ont précédés qu'on peut devenir un exécuteur sérieux et un artiste consciencieux.

k) Matériaux entrant dans la composition d'un jardin paysager. — Il résulte de ce qui précède que, en dehors des éléments surnaturels, les matériaux que l'architecte paysagiste a à sa disposition pour la composition des jardins, de quelque style qu'ils soient, sont de deux catégories :

Ceux fournis par la nature : terrains, bois, végétation, eaux, rochers — appelés : objets naturels ;

Ceux créés par l'homme lui-même tels que les constructions, les routes, les allées, etc. — appelés objets de main-d'œuvre.

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