ÉLÉMENTS NATURELS
Climats. — L'influence du climat non seulement se fait sentir sur la végétation, mais commande aussi aux habitudes des personnes qui résident dans un pays et s'étend à leurs mœurs. Il faut donc tenir compte des uns et des autres dans la création d'un jardin. Chaque climat, à côté de ses intempéries, a ses beautés, ses productions et ces manifestations doivent être soigneusement observées, car c'est d'après ces observations que seront composées et disposées les plantations. La question des eaux, leur volume, la place à leur réserver, s'y rattache directement. Dans un climat tempéré, la fraîcheur et l'ombre sont tour à tour agréables suivant l'heure et la saison, mais, sous un climat toujours brûlant, on fuit le soleil avec autant d'empressement qu'on le recherche dans un pays froid.
Les saisons. — Chaque saison a des effets décoratifs qui lui sont propres et impose ses lois à la nature et aux végétaux.
Le printemps, c'est le réveil, c'est l'éclosion, le développement du germe et de toutes les parties de la végétation ; c'est l'apparition des verts tendres des gazons ; c'est le moment où les arbres revêtent leur parure, où les fleurs aux mille coloris commencent timidement à éclore..
L'été, c'est la nature dans toute sa splendeur; c'est la végétation en son plein développement; c'est la lumière éclatante se jouant à travers les feuillages ; c'est la maturité.
L'automne, c'est la nature qui se dépare; ce sont les feuillages aux
teintes de rouille qui se décolorent avant d'abandonner la branche; c'est la toilette pour l'hiver.
L'hiver, c'est la nature endormie ; c'est l'arbre dépouillé ; c'est Ten-
Cl. LéTjr et Fils.
Fig. 74. — Paysage .d'hiver.
gourdissement sous le linceul blanc : les choses et les êtres s'en ressentent (fig. 74).
Si l'habitation autour de laquelle l'architecte paysagiste est appelé à exercer son talent est occupée toute l'année, il est certain que l'état spécial à chaque saison devra entrer en ligne de compte pour l'ensemble de sa composition. Les horizons devront être plus dégagés, les espaces environnant la demeure plus ouverts et moins fournis eh plantations qui
puissent limiter la vue et faire sentir trop lourdement aux habitants ce sentiment de pesanteur et de tristesse si spécial à l'hiver. On devra chercher à y rassembler les arbres conservant un caractère décoratif pendant cette saison et plus particulièrement les résineux.
Si, au contraire, la propriété n'est habitée que du printemps à la fin de l'automne, on doit s'appliquer à réunir autour de l'habitation les charmes propres à chaque saison. Instinctivement, en effet, on se ressent en arrivant de bonne heure à la campagne de l'inclémence de l'hiver; on se méfie des fantaisies du printemps etl'on n'ose s'éloigner de l'habitation?
Fig. 75. — Le matin.
Il faut alors, pour inciter à sortir, rapprocher de la demeure les arbres et les arbustes florifères; il faut créer dans son voisinage suffisamment d'ombre pour l'été et y réunir aussi les arbres dont le feuillage est la parure de l'automne.
Les heures. — Les heures de la journée sont encore l'un des plus précieux auxiliaires de la décoration des jardins : les effets d'ombre et de lumière font l'animation du tableau et varient aux divers moments du jour.
Le matin, l'œil doit pouvoir s'étendre au loin et contempler le lever du
soleil sur les coteaux ou les bois environnants. Le désir qu'ont les propriétaires de se mettre à l'abri des indiscrétions de voisinage les fait souvent se priver volontairement de celte vue et celte privation, dans les jardins des villes ou dans les jardins de petite étendue, est sans appel; mais, dans les grands parcs ou les domaines, on doit toujours ménager pour l'œil de vastes clairières laissant arriver les rayons naissants du soleil levant (fig. 75).
Au fur et à mesure que le soleil monte au zénith, il chasse les ombres
Fig. 76. — Midi.
de toutes parts et, au milieu de juin, on n'a plus à craindre que l'éblouissement de sa lumière. C'est pour ce moment que, lorsque la grandeur des espaces mis à la disposition du décorateur le permet, il est nécessaire de recourir aux couverts ombragés de hautes futaies où l'ombre, se jouant avec la lumière, laisse circuler un air rafraîchissant. Le couvert des hautes futaies contraste avec l'ombrage épais des taillis dont les voûtes de verdure, moins élevées et plus resserrées, emprisonnent souvent la chaleur avec l'ombre.
Les eaux, où se projettent de belles masses d'arbres qui laissent tamiser en l'obstruant la lumière du soleil, sont plus décoratives qu'une masse d'eau éblouissante de lumière (fig. 76).
C'est donc aux allées couvertes, aux futaies, aux grottes, aux bords ombragés d'une rivière ou d'un lac, aux sources coulant au milieu de la verdure, à l'abri d'un rocher, qu'il faut avoir recours pour combattre, pendant l'été, l'excès de la lumière et de la chaleur vers le milieu du jour. Plus les fonds et les plans intermédiaires brillent d'une vive lumière, plus il faut agrandir l'ombre des premiers plans qui restent toujours suffisamment éclairés.
Le soleil s affaiblissant graduellement jusqu'à son coucher, les ombres
Fig. 77. — Le soir.
s'étendent à nouveau, grandissant au furet à mesure de son déclin ; les lumières se fondent en des tons plus chauds que ceux du matin et les nuances se colorent de la pourpre du soleil couchant et de l'or des nuages (Hg. 77).
11 faut encore savoir profiter des derniers rayons pour éclairer largement les plans intermédiaires et chercher, en disposant convenablement l'orientation des grandes pièces d'eau, à y obtenir la réflection du soleil couchant. Ce dernier etlet est un de ceux qu'il est indispensable de ménager dans une composition d'étendue ; il doit toujours intéresser une des vues partant de l'habitation, mais peut également être disposé pour frapper la vue du promeneur attardé en laissant apercevoir, se silhouettant, se
décomposant sur l'horizon qui s'assombrit, la masse noire de l'habitation. Que peut-on rêver de plus beau, en effet, qu'une clairière d'une certaine ampleur s'ouvrant toute grande sur l'horizon si brillant d'un coucher de soleil !
Si le soleil joue un rôle prépondérant dans l'ensemble d'un paysage, la lune donne aussi des effets fort intéressants. La lumière et l'ombre subissent par l'éclat de cet astre des transformations variées, les arbres se prononcent en masses lointaines et les .plans intermédiaires semblent alors se rapprocher et se confondre. Pour les éclaircir, on doit faire usage de nappes d'eau suffisamment vastes pour arriver, par le reflet de la lune, à donner de la profondeur à la composition. Si Ton a, à proximité, une rivière, un étang ou un lac, les effets doivent tendre à en ménager convenablement la vue à l'aide de clairières ou d'éclaircies. Dans les parcs et domaines, la création de nappes d'eau est toujours obligatoire ; seule leur importance varie avec la facilité ou la difficulté d'avoir l'eau. Dans les petits parcs et les jardins de ville, l'emploi de lacs, pièces d'eau et rivières peut être discutable, mais leurs attraits et leurs effets décoratifs sont si considérables qu'on doit chercher à les employer chaque fois que leur placement ne sera pas un illogisme dans la composition.