‹ Les parcs et jardins au commencement du xxe siècleChapitre 32 sur 97 · IV. — CONSTRUCTIONS D'ORNEMENT · texte numérisé non relu

IV. — CONSTRUCTIONS D'ORNEMENT

a) Exposé et théorie. — Les constructions placées dans les jardins pour concourir à leur ornementation étaient autrefois et sont encore souvent aujourd'hui désignées sous le nom générique de « fabriques ». Cette appellation est impropre et celle de « constructions d'ornement » paraît devoir mieux leur convenir en raison même de leur destination. 11 est nécessaire de ne point multiplier à l'excès ces constructions dont les dispositions sont entièrement du domaine de la fantaisie.

Le désir de créer fut toujours plus puissant que la crainte de trop multiplier et les « fabriques » sont venues encombrer, sans mesure, les parcs, surtout à l'époque de transition entre le style régulier et le style paysager. Cette faute s'explique du reste aisément parla facilité qu'on a toujours d'achever dans un temps donné un bâtiment quelconque et d'en jouir tout de suite, tandis que des plantations, aussi bien faites qu'elles soient, ne donneront jamais tout leur effet qu'après une attente beaucoup plus longue et que rien ne saurait abréger. En outre, les dépenses entraînées par toute construction de ce genre se voient clairement et ressortent sans peine, à première vue, de l'ornementation qu'on leur donne. Aussi la vanité des propriétaires, le désir bien humain qu'ils ont de faire étalage de leur luxe et de leur opulence entraînent-ils encore aujourd'hui à abuser de ces constructions. C'est là une tendance que l'architecte paysagiste soucieux (Te son art doit combattre.

Autant il est admissible que les « constructions d'ornement» puissent être introduites dans les jardins pour leur commodité ou pour leur agrément, pour servir de refuge, dans un grand parc ou un domaine, contre la pluie ou le vent, pour constituer une retraite agréable loin de l'habitation, en caractérisant le site dans lequel elles sont élevées, autant ce serait faire preuve d'une ridicule vanité que de les étaler à profusion.

Au point de vue du pittoresque, un bâtiment qui se dessine au milieu de masses de verdure tranche sur ces masses dont il rompt la monotonie et la vue s'y repose volontiers ; mais, pour conserver au site son

expression naturelle, on doit éviter toute mesquinerie, tout manque d'àpropos et toute inutilité.

Le caractère qui convient aux constructions d'ornement et leur emploi judicieux sont déterminés par la scène dans laquelle elles figurent,: la nécessité de bancs, sièges, ponts est incontestable; une tour couronnée d'un belvédère est ornementale dans un pays plat ; un temple, fût-il de style grec, n'est pas déplacé dans une résidence somptueuse; un kiosque ouvert, servant de salle de repos et placé à un endroit propice, est toujours rencontré avec une certaine satisfaction parle promeneur fatigué; une ruine, pourvu qu'elle ne soit pas prétentieuse et exagérée, a sa raison d'être dans un site approprié ; dans un site mélancolique et à l'abri des indiscrétions trouvent place la chapelle gothique ou l'ermitage.

b) Classification des constructions d'ornement. — Les diverses constructions d'ornement ont trois destinations principales : elles distinguent, elles ornent, elles tranchent.

Elles peuvent se classer au point de vue décoratif en trois groupes :

1° Décorations utiles ;

2° — d'agrément ;

3° — caractéristiques.

Les décorations utiles comprennent : les chaumières, cabanes, etc.

Les décorations d'agrément comprennent presque toutes les autres constructions: kiosques, belvédères, temples, etc., etc., et les décorations caractéristiques, en dehors des rochers, comprennent les ruines, chapelles, ermitages, tombeaux, etc.

c) Décorations utiles. 1° Chaumières, rendez-vous de chasse. — Les chaumières peuvent être de tous les styles et servir, soit de pavillons de repos, soit de vacherie, soit de rendez-vous de chasse.

Le rendez-vous de chasse est, le plus souvent composé d'un simple pavillon servant de logement à un garde-chasse ou attenant à la maisonnette de ce garde. Il doit être orné avec goût, tout en conservant une élégante simplicité ; une écurie ou une remise pour autos en est souvent l'accessoire obligatoire.

Il doit avoir d'autant plus d'ampleur qu'il appartient à un plus grand

domaine et qu'il est plus écarté de l'habitation ; car c'est généralement dans les sites boisés éloignés de tout hameau qu'on l'installe le plus naturellement. 11 fournit, dans l'épaisseur du bois, ou sur sa lisière, où en terminant un point de vue, le motif d'une construction d'ornement se prêtant à bien des styles d'architecture.

Cl. Neurdein.

Fig. 302. — Une chaumière (rendez- vous de chasse).

2° Les ponts. — Un pont motivé est une des principales décorations d'un jardin.

On classe les ponts suivant les principes mécaniques de leur construction, suivant leur style architectural et suivant la nature des matériaux employés.

Danâ le premier groupe on trouve les ponts à arches dont les matériaux sont joints et retenus par leur gravité, les ponts plats, suspendus ou formés de simples planches et caractérisés par la résistance des soutiens ; dans le second sont les ponts en plein cintre, en ogive ou en lignes droites et, dans le troisième, les ponts de bois, de pierre, de fer, de ciment armé.

L'arbre tombé est le prototype de ce dernier genre.

Les ponts de bois (charpente) sont susceptibles de prendre toutes les formes; on les fait eu bois rustique ou en bois ouvré.

Fig. 303. — Un pont en pierre.

Les ponts en maçonnerie peuvent être plats, mais leur forme la plus

Fig. 304. — Un pont en forêt.

usuelle est la voûte ; ils peuvent être également formés par des rochers.

Les ponts en fer sont droits ou voûtés et se caractérisent par la légèreté de leur aspect. Leur emploi ne doit pas cependant prévaloir, à moins qu'il ne soit nécessité par une assez grande distance à franchir et

Fig. 305. — Un pont rustique (ciment armé). J. G... architecte paysagiste a Lille.

que le pont ne doive traverser un point de vue qu'on ne voudrait pas masquer.

Les ponts en bois, les ponts en maçonnerie et, plus particulièrement, les ponts en rochers sont d'un usage plus applicable et plus recommandable.

Le pont-levis ne peut s'employer que dans des cas spéciaux avec

une architecture appropriée. Il est susceptible des formes les plus variées, mais ne peut logiquement se jeter que sur des fossés ou canaux défendant une entrée principale ou entourant, en l'isolant, une plateforme de château.

Fig. 306. — Un pont rustique.

Les ponts se placent naturellement au-dessus d'un cours d'eau, sur un vallon profond, sur un ravin, d'un rocher à pic à un autre rocher à pic (ici l'emploi du fer peut être utile), partout en un mot où ils peuvent établir, directe et facile, une communication qu'un détour rendrait incommode et insupportable. Ils doivent occuper des positions normales et quand ils traversent un cours d'eau être jetés autant que possible perpendicu-

U. iV'umein.

Fig. 307. — Un pont décoratif.

lairement aux berges. Le pont biais ne doit être admis qu'en cas d'absolue

nécessité. (A (fig. 308), position normale d'un pont). — (B (fig. 309), position anormale qu'on doit chercher à éviter.)

On ne doit jamais perdre de vueen choisissant l'emplacement d'un pont que, non seulement, il doit servir à établir une communication directe, mais encore que son aspect doit enrichir la scène dans laquelle

il se trouve. Il est le plus souvent dégagé par un point de vue principal et, dans ce cas, il doit se présenter autant que possible de trois quarts ou de profil à la ligne de vue et jamais de face.

Fig. 310. — Un passage à gué. J. C... à Lille.

îl faut éviter, en voulant créer un escarpement ou un vallon devant motiver un pont, de faire mesquin ou petit.

D'ailleurs les ponts, quels que soient leurs formes, leurs dimensions, leur style, doivent rester en harmonie avec la nature du site et se rattacher aussi bien au caractère particulier du jardin qu'à celui de l'habitation principale. 11 faut les motiver et les étudier avec soin en partant de ce principe primordial qu'un pont uniquement destiné aux piétons n'a pas

besoin de la même solidité que celui destiné à livrer passage aux voitures et que son apparence doit être plus légère.

3° Passage à gué, — Le passage à gué est un barrage en rocher laissant l'écoulement des eaux se faire librement à travers les blocs de pierre qui le composent et qui sont disposés de façon à ce que, émer-

(bon exemple) (disposition défectueuse) (bon exemple)

Fig. 311. — Quelques dispositions de passage à gué.

géant de la rivière, ils forment des points d'appui praticables pour les promeneurs.

Le passage à gué est d'un effet des plus pittoresques et ne doit s'employer qu'à des endroits resserrés et abrités d'une rivière ou au déversoir d'une pièce d'eau (fig. 3H).

4° Moulins. — L'eau étant de première nécessité pour tout domaine ou jardin, il serait difficile de passer sous silence les usines ou moulins destinés à en assurer la distribution.

Dans un domaine possédant un cours d'eau à chute suffisante, la roue d'un moulin est tout naturellement indiquée comme point de vue pouvant caractériser une perspective. La construction doit être placée de façon à laisser la chute de l'eau et la roue visibles autant que possible de trois quarts et l'on doit, suivant le cas, adopter un genre d'architecture qui donne à la construction un caractère particulier, soit pour créer un contraste avec les autres bâtiments du domaine, soit pour éviter ce contraste par une construction appropriée au site.

11 en est de même pour les usines de tous autres systèmes nécessaires à la propriété; mais on doit toujours en exclure celles qui, par leur forme,

LE STYLE PAYSAGER (CLOTURES) 245

âi6 LES PARCS ET JARDINS

leur odeur ou leur bruit seraient d'un voisinage incommode et, si Tartde l'architecte est de savoir rendre ces sortes de constructions amusantes et agréables pour la vue des visiteurs, celui du paysagiste consiste à savoir les disposer loin de l'habitation, de façon à n'en avoir que la vue sans en éprouver aucun inconvénient, tout en les amenant à être d'un bel effet dans le paysage environnant.

5° Moulins à vent. — On a souvent recours pour l'élévation de l'eau au moulin à vent, dont le modèle le plus répandu est établi sur pilone en fer.

Ce genre de construction n'est admissible que dans un potager ou un endroit situé hors du paysage et des points de vue principaux, un parc paysager étant, en effet, absolument dénaturé parla présence d'un moulin à vent de ce genre, s'élevant au milieu d'une de ses pelouses ou à l'extrémité d'un de ses points de vue.

Dans un grand parc ou dans un domaine on peut admettre le moulin à vent, mais, s'il est en vue, il gagne à être construit sur le modèle des anciens moulins existant dans les campagnes et dans lesquels la partie supérieure qui contient Taxe des transmissions pivote sur le corps du bâtiment, généralement en forme de tour. Ce genre très décoratif apporte une note toute spéciale au site au milieu duquel il est placé.

6° Lavoir. — Les lavoirs ne peuvent être logiquement installés que dans un grand parc ou dans un domaine. Leurs formes susceptibles de beaucoup de variété se plient aux fantaisies architecturales de toute espèce ; mais ils gagnent à être traités dans un style simple et plutôt rustique. Il ne convient pas de mettre un lavoir trop en évidence, mais bien de le placer au bord d'un ruisseau, appuyé sur un flanc de massif ou de bois ombragé et, autant que possible, à proximité des services domestiques de Thabitation ou à un endroit où il ne soit pas une gêne pour les promeneurs. 11 est toujours bien à sa place dans un site champêtre, riant ou accidenté.

7° Fontaines. — A l'entrée d'un parc ou d'un domaine ou dans le cours de la promenade, une fontaine à débit continuel rafraîchit et anime le paysage. Les fontaines peuvent être traitées avec une certaine élégance architecturale sans viser au monument et elles ne sont jamais déplacées

à l'appui d'un talus de vallonnement, d'un massif ou d'une dépression de terrain.

Elles servent aussi d'ornement aux bâtiments de services et, dans

t.1. jNeuruoin.

Fig. 313. — Une fontaine.

cette situation, il faut se garder de leur donner une décoration en désaccord avec les bâtiments environnants, à moins qu'elles ne forment motif central et fond de tableau pour une ligne de vue partant de l'habitation.

8° Bains. — Une rivière d'une certaine importance traversant un domaine ou un parc peut donner motif à la construction d'un élégant pavillon à usage de bains et comportant des cabines et des salles de repos.

Cl. Neurdein.

Eig. 314. — Cascade d'alimentation d'une fontaine.

Ce pavillon doit former point de vue, car il anime le paysage d'une note très personnelle et très particulière.

Fig. 3J5. — Une laiterie.

9° Laiterie, vacherie. — Dépendance obligée de la ferme, la laiterie se place ordinairement au Nord, dans les bâtiments de service. Si on

l'en détache c'est pour créer, avec la vacherie qui doit l'accompagner, un motif isolé de décoration. On doit alors chercher à la rapprocher d'unruisseau et toujours l'exposer au Nord; son sous-sol peut, dans ce cas, servir de glacière. Elle devient, dans ces conditions, plutôt un objet de luxe qu'un objet d'utilité et son aménagement intérieur doit s'en ressentir. On peut y rencontrer, sans en être choqué, le marbre comme dallage, dans les revêtements des murs, les tablettes et les bassins, car ce luxe, que nous a légué le règne de Louis XV, est plus admissible que la manie de construire des obélisques, des pagodes, des colonnades, etc., si en vogue à la même époque.

10° Glacière. — Une grande propriété se passe difficilement de glacière ; c'est, en effet, un objet de première nécessité, indispensable à toute résidence de luxe. Quel que soit son genre de construction, elle doit toujours se trouver à l'écart dans l'épaisseur d'un massif et aussi rapprochée que possible des cuisines, à moins qu'elle ne soit installée, ainsi que nous l'avons dit plus haut, sous la laiterie.

Étant donnés son isolement et son enfoncement obligatoires dans le sol, elle ne peut servir de motif de décoration, mais son entrée qui doit toujours s'ouvrir vers le Nord peut être constituée par une porte percée dans des enrochements en bancs de carrière ou en blocs roulés d'un certain effet décoratif susceptible d'éveiller la surprise et l'intérêt au cours de la promenade.

11° Faisanderie, voliè?%e. — Dans les domaines et grands parcs de chasse où les dispositions permettent de conserver en liberté les animaux indigènes, sauvages et domestiques, en les laissant se reproduire librement (ce qui est toujours un gros avantage) et en se contentant de préserver les parties cultivées contre des dégâts possibles et de construire quelques cabanes en chaume à défaut d'abris naturels, ce serait un nonsens que d'avoir faisanderie et volière autrement que pour l'élevage ou l'acclimatation.

Nos jardins symétriques anciens comportaient des ménageries pour les animaux sauvages ; le gibier était enfermé dans des faisanderies et les oiseaux dans des volières, mises en évidence par une architecture aux formes les plus bizarres.

De cette mode, nous avons conservé la faisanderie et la volière.

La faisanderie est le complément d'une basse-cour bien comprise ; mais elle peut en être détachée et se placer, avec ou sans la volière, dans l'endroit le plus riant de la propriété et assez éloigné de la circulation, dans l'intérêt de la reproduction.

Pour être parfaite, la construction qui constitue la faisanderie doit s'adosser à un mur et avoir sa façade au Midi.

La volière s'emploie dans les parc% privés aussi bien comme objeï d'utilité que comme objet d'agrément.

Sa construction doit conserver une forme svelte et légère, de façon à réduire autant que possible l'aspect de prison que prend toujours une cage de ce genre, tout en restant assez solide et assez protégée pour défier les incursions des animaux nuisibles.

Pour cette construction, on doit proscrire autant que possible le bois qui est un réceptacle à insectes parasites nuisibles aux oiseaux.

Si Ton veut faire l'élevage des oiseaux des pays chauds, la volière peut être vitrée et chauffée pendant l'hiver. Dans ce cas, il est préférable qu'elle soit attenante à la serre.

12° Poulailler. — Le poulailler, c'est le complément de la basse-cour, c'est la volière des animaux domestiques et sa place est généralement

auprès des écuries et remises. Sa construction

^MM2^^^M^ peut être très variée, mais la disposition la

l j plus communément adoptée, pour une propriété

^^^H|!^^^^ d'une certaine importance, est constituée par

âmr' ViMr ^fk un bâtiment central flanqué de chaque côté des

lÉIl flil ca^anes nécessaires, suivant une forme droite

\ . ; ou circulaire (fig. 316), orné à l'avant d'une

\ / cour réservée; le tout compris dans une cour

%v*-- -'' plus grande au sol graveleux et sec, plantée

„ nt d'arbres et d'arbustes donnant de l'ombre el

Fig. 316.

agrémentée d'un bassin et d'un ruisselet d'eau courante. 11 convient de préférence de planter dans ces cours des mûriers dont les baies sont très recherchées des volatiles. Dans les petites exploitations, on adosse le poulailler à une construction susceptible de lui donner de la chaleur. Le plus souvent, on le place contre une écurie ou une vacherie, ou mieux entre les deux et communiquant avec elles.

LE STYLE PAYSAGER (DÉCORATIONS D'ORNEMENT) 25 i

Un hangar avec perchoir est un accessoire utile dans une basse-cour, et, dans un poulailler bien conditionné, on doit aménager un local susceptible d'être chauffé.

13° Chenil. — Nous ne parlons des chenils que pour mémoire, leur construction étant une spécialité réservée aux amateurs de chiens. On doit veiller à ce que remplacement choisi soit au grand air, exposé au Midi, avec une cour au Nord pour l'été, éloigné des poulaillers, volière et faisanderie, car le bruit des chiens, effarouchant les volatiles, fait du tort aux couvées. Les matériaux employés devront pouvoir supporter les flambées pour la destruction de la vermine.

d) Décorations d'ornement. 1° Tour formant belvédère. — Ce genre de tour ne peut être utilement placé que sur les points les plus élevés,

Fig. 317. — Une tour formant belvédère.

sinon les plus découverts de la scène. Du belvédère on doit, suivant le cas, ou apercevoir la plus grande partie du domaine, ou découvrir le plus possible de l'horizon environnant.

Une tour de ce genre doit se voir de l'extérieur de lapropriété et surtout de la route principale qui la dessert, afin de servir de point de reconnaissance pour les promeneurs étrangers.

Elle peut être utilisée pour le logement du garde ou être agrémentée d'une annexe destinée à cet usage. On peut aussi l'employer pour soutenir, en le masquant, le réservoir d'eau devant alimenter la propriété et pour donner asile à l'usine élévatoire, complément indispensable de ce réservoir, ou encore pour abriter l'usine électrique destinée à assurer l'éclairage (elle devient alors construction d'utilité.)

Fig. 318. — Une tour.

2° Kiosques et abris. Temple, etc. — Les pavillons, abris, bancs couverts et kiosques en bois rustiques sont ceux que Ton rencontre le plus fréquemment dans les parcs et jardins où ils constituent, trop souvent, un défi au bon goût.

Quel est le propriétaire qui ne veut pas avoir dans son jardin, aussi petit qu'il soit, un kiosque ou un abri? Ce goût s'est tellement répandu qu'il a donné naissance à une corporation particulière de charpentiers qui, se spécialisant dans la construction des kiosques, abri, clôtures, etc., ont pris le nom de « rustiqueurs ».

Sans condamner ce goût, il est nécessaire de l'endiguer et d'éviter qu'un kiosque, qui doit être un objet décoratif élégant et distingué, ne devienne, par sa situation ou par son importance, une lourdeur gênante par son voisinage.

Cl. NcurdciD.

Fig. 319. — Un des plus parfaits exemples de tour.

La question primordiale à se poser est celle-ci : l'ampleur de la propriété permet-elle un kiosque?

Les considérations ci-après doivent entrer ensuite en ligne décompte.

La distance de l'habitation est-elle assez grande pour motiver son emploi ?

Sinon, existe-t-il un tertre ou la possibilité d'en créer un jus-

Fig. 320. — Kiosque rustique.

tiliant son emploi à une place d'où Ton aperçoive un horizon plus étendu?

Peut-il s'y présenter de façon à constituer, par lui-même et des différents endroits du jardin, un point de vue agréable, en se montrant sous différents aspects?

L'architecture des kiosques est variable et les matériaux employés pour leur construction ne sont pas limités strictement au bois rustique. On peut les faire en bois, en fer, en briques, en treillage ou les constituer par un mélange de ces divers matériaux ; mais ils restent soumis,

Fig. 321. — Pavillon de lecture.

comme toutes les autres constructions, aux exigences du site dans lequel ils sont placés.

Fig. 322. — Le temple.

Les mêmes observations sont applicables aux observatoires, belvédères, abris couverts ou en pergolas, etc.

L'abri couvert se contente de toutes les situations pourvif qu'il soit à proximité de la promenade fréquentée et facile à trouver.

La plupart des constructions rustiques étant souvent le résultat d'en-

LE STYLE PAYSAGER (DECORATIONS D'ORNEMENT) 257

eu

chevêtrements bizarres de bois, trop forts ou trop faibles, mal proportionnés, établis d'après des dessins trop compliqués, trop chargés en fiches et contrefiches, décrochements de toits, etc., appelés improprement ornements, nous croyons utile d'indiquer quelques règles élémentaires, applicables à leur construction.

Une construction rustique doit présenter la plus grande simplicité de dessin et d'ornements.

Les bois qui la composent se divisent en deux sortes : les bois soutenants et les bois ornants, les premiers toujours plus forts que les derniers et les deux de dimension plutôt forte que faible.

Les couvertures, de préférence en paille ou en roseau, doivent, pour avoir du caractère, être épaisses, unies et exemptes d'ornementation.

Le bois en grume donne, au début, le meilleur aspect ; mais il devient laid avec le temps, lorsque Técorce se soulève et pourrit.

Le bois pelard ou écorcé, passé à l'huile bouillante ou recouvert de tout autre ingrédient transparent qui conserve au bois son aspect naturel, est d'un emploi préférable.

Le temple apporte toujours dans le site où il est employé un caractère de grandeur et de majesté. Son style architectural doit toujours être simple, riche et soigné. Il doit ou se placer sur une hauteur, dans un site majestueux et ample et autant que possible dégagé à la vue ; ou se refléter, convenablement placé sur un promontoir ou, de préférence, dans une Ue, dans les eaux d'un lac ou d'un étang, d'une ampleur suffisante et d'un caractère assez majestueux pour comporter une aussi riche décoration. Sa construction doit toujours être proportionnée au site; placé sur une hauteur, il gagne à être desservi par la promenade ; dans une île ou sur le bord des eaux, bien dégagé à la vue, l'isolement est préférable et lui donne plus de caractère décoratif.

3° Pergolas. — Les pergolas sont toujours des constructions légères où le bois découpé et les treillages ornés trouvent une heureuse application. Elles doivent être couvertes de plantes grimpantes d'ornement.

4° Gymnase, jeux, etc. — Des places de plein air consacrées à la gymnastique et aux jeux des enfants sont fréquemment demandées par les propriétaires. Ce sont généralement des espaces rectangulaires d'une

ampleur suffisante pour l'installation du matériel des jeux. Un kiosqueabri servant aussi au remisage des agrès peut compléter l'installation.

Ces places se choisissent de préférence à portée de l'habitation pour en faciliter la surveillance et l'accès, mais en évitant de gêner la promenade générale.

Le jeu de croquet, très répandu, devient presque l'accessoire obligé, même des petits jardins. On lui prépare un emplacement bien nivelé, soit bien battu, soit gazonné soigneusement et bien entretenu. 11 peut être entouré d'arbres et d'arbustes sur trois faces, la quatrième ouvrant sur un point de vue. Des bancs le complètent et un kiosque où l'on serre les jeux le rend parfait.

Si la place manque, on ménage pour ce jeu une surface suffisante, exempte de plantations, prise sur la plus grande pelouse du jardin.

5° Le lawn-tennis ou jeux de tennis. — Malgré la vogue du croquet, il s'est vu supplanter par le lawn-tennis, d'importation anglaise, et qui n'est qu'une sorte de jeu de balle se jouant à l'aide de raquettes sur un emplacement méticuleusement et spécialement aménagé. Le lawn-tennis est tellement francisé que son appellation a perdu son caractère anglais pour devenir « tennis » tout court et qu'il s'impose en maître dans presque toutes les propriétés.

Pour contenter le désir du propriétaire, le tennis est, dans bien des cas, installé n'importe où, sans réflexion et sans discernement — dans un point de vue, au beau milieu d'une pelouse, devant l'habitation — en démolissant les vallonnements.

Nous pensons que, tout en sacrifiant au goût du jour, il est bon de ne pas installer un tennis au hasard ; mais de lui réserver un endroit spécial, en cherchant à harmoniser cet endroit avec l'ensemble de la propriété, et qu'il ne faut consentir à l'installer sur le milieu d'une pelouse que contraint et forcé et, encore, en choisissant une pelouse susceptible d'être sacrifiée sans trop nuire à l'aspect général.

Un emplacement abrité, bordé d'un mur élevé et séparé des jardins par des massifs, est l'endroit le plus propice pour une installation de ce genre.

Le sol doit y être très ferme — sans être dur — et très horizontal. Les ciments et bitumes sont à écarter pour recourir, de préférence, à un sol très

baltu. Celui qui semble le plus recherché est composé d'une couche de brique pilée d'une certaine épaisseur, placée sur une couche de mâchefer formant matelas ; mais il a l'inconvénient de coûter fort cher.

Le système le plus économique employé très couramment et très

fapùeds

fiki—

apprécié des joueurs consiste à établir un lit de mâchefer pilé et pilonné d'une épaisseur de 0m,20 à 0m,25, destiné à empêcher l'humidité et à éviter les soulèvements, et de répandre sur cette surface une couche de terre de route, formée par l'usure de l'empierrement, d'une épaisseur de 0m,10 à 0"\20. On pilonne ensuite et on passe le cylindre. On obtient ainsi un sol très homogène et très résistant sur lequel on répand du sable fin.

Une bonne précaution, quoiqu'on en dise, est de donner un bombement très léger, presque imperceptible, au sol des tennis construits en plein air.

C'est un assainissement utile et avantageux qui, bien appliqué, ne gêne

en rien les joueurs auxquels il échappe totalement.

Fig. 324.

Fig. 325.

Les dimensions des jeux de tennis varient suivant la place dont on dispose.

Le petit tennis ou petit jeu mesure (fig. 324) 42 pieds de large sur 78 pieds de long.

Le grand tennis (fig. 325) ou grand jeu, qu'on établit lorsque l'emplacement s'y prête, est constitué par un terrain semblable au précédent t mais entouré d'un rectangle ayant 48 pieds de large et 120 pieds de long.

La pose d'un grillage AB et CD (fig. 325) à chaque extrémité est très utile pour arrêter les balles.

LE STYLE PAYSAGER (DÉCORATIONS D'ORNEMENT) 26i

6° Les jets d'eau. — Les jets d'eau, par cela même qu'ils ne se trouvent pas à l'état naturel, doivent être presque complètement bannis des jardins paysagers et, si nous leur accordons une mention spéciale, c'est d'abord pour protester contre l'emploi trop souvent irraisonné qu'on en fait dans ces jardins.

Leur place est tout indiquée dans les jardins symétriques, au milieu d'un potager ou dans un jardin d'hiver; mais ils ne sont admissibles, dans le jardin paysager, qu'à la condition de se trouver sur un parterre très régulier et bien délimité, sur une pelouse ronde, à l'extrémité ou au milieu d'une allée droite conservée, ou dans le mouvement d'axe d'un point de vue aux côtés symétriques. Ils peuvent aussi être employés dans une cour d'honneur et même quelquefois au milieu d'urne pièce d'eau sans que cela constitue un manquement absolu au bon goût. Nous avons vu, en effet, des bassins réguliers avec jets d'eau construits dans des parcs de style irrégulier, mais ils étaient placés convenablement et à des endroits judicieusement choisis. Ils n'y faisaient pas trop mauvaise figure et il était impossible de s'élever nettement contre leur emploi.

On s'en sert assez couramment dans le style composite.

7° Treillages. — Les treillages sont de deux sortes :

Le treillage d'ornement ;

Le treillage de clôture.

Les treillages d'ornement sont d'une grande ressource pour décorer des murs, un pignon qu'on veut masquer, une mitoyenneté qu'on veut surélever pour couper la vue du voisin, des bâtiments peu intéressants qu'on veut dissimuler.

Ils s'emploient donc, soit en application sur un mur, soit en élévation et doivent être garnis de plantes grimpantes.

Il existe des treillages de toutes sortes, depuis celui en losange ou carré — le plus simple et le plus employé en application sur les murs — jusqu'au treillage aux dessins les plus architecturaux et les plus décoratifs servant à orner un pignon de mur qui forme le fond d'un point de vue.

Les treillages s'emploient aussi pour la construction de pergolas de verdures placées sur des terrasses ou servant de communication entre des bâtiments.

te

On fait quelquefois des perspectives en treillage, mais l'effet ainsi:

ta

obtenu est si relatif qu'il est préférable de n'en pas préconiser l'emploi. Jl convient, en tout cas, d'en bannir les peintures qui, trop souvent, en for-

Page 1