‹ Les parcs et jardins au commencement du xxe siècleChapitre 42 sur 97 · CONCLUSIONS A TIRER DES THÉORIES DE L'ART DES JARDINS · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS A TIRER DES THÉORIES DE L'ART DES JARDINS

Tout ce qui précède peut paraître devoir s'appliquer plus spécialement aux domaines et aux parcs. Ce serait une erreur que de le croire, car les règles que nous avons posées doivent être suivies aussi bien dans l'aménagement du plus grand parc que dans celui du plus petit, et il n'est pas de jardin de ville aussi modeste qu'il soit où ces théories ne trouvent, par déduction, leur application.

Combien il est facile de s'apercevoir, en contemplant un jardin, si sa création est l'œuvre d'un artiste ou s'il a été simplement établi par un de ces professionnels, comme il s'en trouve malheureusement trop, qui n'ont de l'architecte paysagiste que le nom. Ils font des jafdins au hasard de leur fantaisie, sans goût et sans méthode, comptant sur le charme naturel dégagé par la végétation et les fleurs ou sur la fraîcheur d'un gazon bien vert et bien tondu pour racheter et cacher leur manque de science.

Us constituent ainsi ce qu'en terme de métier on appelle « jardin de curé », c'est-à-dire celui où il y a de tout et où il n'y a rien. On y trouve des allées innombrables et inutiles, des ovales à côté "d'autres ovales, cachés par un fouillis de plantations faites au hasard d'un catalogue ou de quelques connaissances botaniques souvent peu appropriées à l'endroit où on les utilise et placées à des distances calculées plutôt sur l'importance de la commande que sur le développement de la plante.

Lorsque ce genre de talent n'est appelé à s'exercer que sur des jardinets de ville, le mal se fait moins sentir; mais qu'il se trouve en face d'une création d'une certaine importance, l'incohérence de la composition est en raison directe de la note à payer; tout est matière à dépense et, lorsque le propriétaire est désabusé sur la valeur de l'homme qu'il a

choisi, le mal est fait, l'économie qu'il a voulu réaliser en évitant l'architecte paysagiste est évanouie et trop souvent il a payé extrêmement cher une chose mal faite. Il prend alors son jardin en grippe et l'abandonne, conservant, contre une corporation dont il n'a même pas éprouvé le talent puisque celui qu'il a employé ne peut s'en recommander, des idées aussi peu flatteuses qu'inexactes.

Que les propriétaires sous les yeux desquels tomberont ces lignes, les méditent ; qu ils les rapprochent de cet axiome toujours vrai « à chacun son métier ». Leurs réflexions les amèneront peut-être à demander le concours des hommes de l'art pour leurs travaux au lieu de les confier à n'importe qui. Ils y trouveront plus de bénéfice et notre corporation ne pourra qu'y gagner en dignité.

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