V. - RÉSUME D'UN PROJET
En résumé, un dossier de projet à présenter à l'acceptation doit, pour être complet, contenir les pièces ci-après :
1° Un plan général portant l'état de lieux et le projet servant de base au devis ;
2° Un plan général lavé du projet (c'est limage en plan de ce qu'on a l'intention de faire) ;
3° Les profils, coupes et élévations nécessaires pour soutenir le projet et justifier les déblais, remblais et travaux divers prévus au devis ;
4° Le devis estimatif de la dépense ;
5° Le dossier de plantation (plan et état) ; quelquefois l'état de plantation est repéré sur le plan n° 1 ;
6° Le projet d'assainissement et de drainage s'il y a lieu.
On y ajoute facultativement des vues perspectives d'ensemble ou de détails.
§ vi. — EXÉCUTION
Exjmé. — Le projet et les dépenses y afférentes une fois approuvés et acceptés par le propriétaire, il ne reste plus à l'architecte qu'à en assurer l'exécution.
Il doit, avant toute chose, dresser pour son entrepreneur, si les travaux sont à l'entreprise, et pour son surveillant, si les travaux sont en régie ou si Timportance des travaux à l'entreprise nécessite la présence sur le chantier de cet agent, un plan d'exécution.
Ce plan, établi généralement sur toile, doit contenir toutes les indications nécessaires, les profils, les cotes des déblais et des remblais, le tracé bien arrêté permettant de distribuer, sans confusion et sans perte de temps ni de main-d'œuvre, les travaux à exécuter, les nivellements assurant les pentes des chemins. Il doit, en un mot, comporter tous les renseignements nécessaires ou intéressants, de même que comprendre tous les objets naturels et de main-d'œuvre qui existent, soit qu'ils doivent être conservés en place sans aucun changement, soit qu'ils aient à subir un déplacement ou des modiûcations plus ou moins importantes.
a) Terrassements. — L'architecte ne saurait veiller avec une attention trop soutenue à la direction et à la conduite des travaux de terrassements. Ces travaux sont la base fondamentale de la création du jardin puisqu'ils sont appelés à en corriger les vallonnements naturels ou à créer les vallonnements artificiels. De plus, lorsqu'on arrive au règlement définitif, le sentiment de l'auteur du projet devient absolument nécessaire afin de donner la dernière perfection au mouvement du sol; sa présence est indispensable au cours de leur exécution pour arrêter ou modifier certains points de détails qui échappent au plan général et aux profils : telles sont certaines dépressions dans les pentes rentrantes des massifs, des bombements accompagnant ou faisant valoir un groupe d'arbres, la correction de certains raccords de vallonnements pour les brusquer ou les allonger suivant le cas.
Il est aussi indispensable de surveiller avec soin le mélange des terres et surtout de veillera conserver soigneusement la couche superficielle du sol qui, généralement, est la seule fertile ; on doit faire disposer les terrassements de manière à ce que cette couche superficielle se retrouve toujours à la surface du nouveau sol, en évitant de l'enfouir sous des remblais ou de l'enlever dans les déblais en laissant à découvert un terrain infertile. C'est pourquoi, lorsque les déblais ou les remblais sont importants, il est nécessaire de procéder au retroussement de la couche de terre arable que l'on étendra ensuite sur le nouveau sol. Il convient de réserver la meilleure terre et la plus friable pour les corbeilles.
Dans un remaniement complet ou dans un travail neuf, on doit assurer aux remblais en terre végétale plus d'épaisseur à l'emplacement des massifs qu'à celui des pelouses. Cette épaisseur varie suivant la nature du sous-sol; elle est en moyenne de 0,30 pour les pelouses et de 0,60 à 0,70 pour les massifs; mais peut être inférieure à ces chiffres si le soussol est bon.
L'architecte paysagiste doit veiller aussi à l'amélioration par des engrais des couches de terres végétales.
La bonne terre qui se trouve à l'emplacement des allées est enlevée pour être employée utilement dans les massifs ou sur les pelouses et le vide ainsi laissé est remblayé avec des cailloux de toute nature, provenant de démolitions, du ratissage des pelouses, etc.
Il est préférable de s'arranger pour que les terrassements soient ter-
minés avant la mauvaise saison; on exécute immédiatement après les plantations et on laisse passer l'hiver sur le tout. Au commencement du printemps, on fait les semis, ce qui exige quelquefois un labour supplémentaire qui estavantageux pour le sol.
b) Applications des profils sur le terrain. — L'application des profils sur le terrain se fait mathématiquement pour les points principaux et de passage de profils qui ne doivent ou ne peuvent changer. Les points
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Fig. 408.
intermédiaires de détails de vallonnement et de bombement se placent à la demande et suivant les besoins à l'aide des nivelettes.
L'application mathématique consiste donc à tracer la ligne de profil sur le terrain et à en repérer les points qui ne doivent pas changer d'après l'étude de nivellement qui a été arrêtée»
Soit le profil AB à reporter sur le terrain (fig. 408) : On y détermine avec les instruments d'usage les emplacements de points abc qui donnent la ligne de profil AB. On enfonce le piqueta jusqu'à la cote 35,60, le piquet b à la cote 35,00 et le piquet c à la cote 36; et le profil AB est ainsi mathématiquement déterminé sur le terrain.
Pour en tracer la courbe en détail avec les nivelettes, on délimite d'abord les bordures d'allées d et e par des piquets de traçage. On place ensuite à 0,80 de ces deux piquets deux autres piquets indiquant le sommet de la bordure des allées, soit / et g et on les repère à 0ra,18 (si on veut une bordure de 0,18 de haut) plus haut que les points a et c.
On place ensuite la nivelette à voyant au point g, et, en se mettant avec une de deux autres nivelettes au point d, on fait placer, avec la troisième, des piquets intermédiaires en quantité suffisante à des hauteurs à déterminer par appréciation et de façon à tracer une ligne entre ce point et le point g correspondante à celle du- profil AB. On répète la
même opération entre le point b et le point f. Et il ne reste plus qu'à remblayer à la hauteur des piquets posés et à niveler en guise de vérification. Le profil se corrige ensuite d'après ce nivellement.
Pour cette deuxième opération on peut employer le procédé ci-après, dont nous avons fait l'application sur les chantiers de 1 Exposition de 1900 où il a donné d'excellents résultats et qui a été baptisé du nom de « profil au cordeau ».
On ne trouve pas toujours des chefs ouvriers habiles à manier les nivelettes pour l'appréciation des nivellements concaves et si on veut
Toirtt cie passage* du* profiL
éviter les fausses manœuvres, le procédé des cordeaux a l'avantage d'être facilement employé et à la portée de tous les praticiens.
Le premier point consiste à se procurer un cordeau assez long et assez lourd pour pouvoir bien se tendre par son propre poids. Un cordeau de la grosseur de petit doigt est généralement suffisant.
Le profil étant déterminé mathématiquement ainsi que les points de sommet de bordures à ses extrémités, on creuse sur la ligne du profil une tranchée peu large, mais suffisamment profonde pour dégager la couche du profil. On fixe ensuite à une des extrémités du profil et à la hauteur de la bordure un bout de cordeau (soit «fig. 409) qu'on développe jusqu'à l'autre extrémité b. On tend de b le cordeau de façon qu'en plongeant il vienne affleurer le pont c du fond de profil. On le fixe dans cette position et il ne reste plus qu'à placer en nombre suffisant le piquet de hauteur intermédiaire entre les points «,c et b, en les enfonçant au niveau du cordeau. On remblaye à la hauteur des piquets ainsi posés et le profil est indiqué sans qu'il soit le plus souvent nécessaire de le retoucher.
Lorsqu'un profil est très long, il peut se faire par fractions.
c) Traçage. — 1° Allées. — L'architecte doit veiller au piquetage des allées pour en corriger avec soin les défauts.
Différentes méthodes sont employées pour le piquetage ou tracé des allées et de la bonne exécution de cette opération dépend en grande partie le résultat final.
Nous donnons ci-après la méthode que nous employons constamment et qui nous a toujours donné les meilleurs résultats.
Il faut tout d'abord se munir de deux genres de piquets : les piquets de repères, ou piquets longs et assez forts, et les piquets de tracé, plus petits et plus faibles.
Les piquets de repères ont 1 mètre à lm,20 de longueur et de 0m,05 àOm,06 de diamètre; ils sont aiguisés à Tune de leurs extrémités. Si Ton peut, une fois mis en place, les barioler de rouge et de blanc, c'est une précaution très recommandable.
Les piquets de tracé ou petits piquets auront 0m,40 à 0m,50 de long et de 0m,02 à 0m,05 d'épaisseur. Ils doivent être aussi droits que possible, aiguisés à Tunede leurs extrémités et seront, une fois en place, peints en rouge.
Les piquets de repère — destinés ainsi que leur nom l'indique, à repérer d'après le plan d'ensemble le tracé général — sont placés aux endroits nécessaires, mais assez éloignés les uns des autres, à l'aide d'instruments et suivant les procédés usités en pareil cas.
Les piquets de tracé sont placés intermédiairement et aussi rapprochés que l'exige le plus ou moins d'ampleur de la courbe à déterminer ; ils remplacent les piquets de repère, lorsque le tracé est définitivement arrêté, et se placent plus serrés aux endroits de raccordements d'allées ou autres où les indications d'exécution ont besoin d'être très détaillées.
Supposons que nous ayons à tracer l'allée ab et le raccordement de la petite allées/ (fig. 410).
On a tracé sur le terrain une ligne de base d'opération d'après celle établie au préalable sur le plan : soit la ligne xy.
On a choisi sur le plan et toujours du côté convexe de l'allée (le tracé sur le terrain étant toujours plus facile et plus visible sur le côté concave), à des distances sensiblement égales, les points mnop comme repères de l'allée ab qu on rattache à la ligne xy par les perpendiculaires mm' oo' pp' et les points ;• et s de l'allée cd qu'on rattache par le même procédé. Ces lignes sont portées sur le terrain et les piquets de repère sont placés aux points mnop r s. Celte opération faite, il ne reste plus qu'à tracer définitivement la courbe en plaçant des piquets de tracé dans l'intervalle des piquets précédents, à des distances égales en partant de m' et assez rapprochés pour bien dessiner la courbe. On prend
ordinairement comme distance eutre ces piquets 4 mètres, pour les courbes allongées, et 2 mètres, pour les courbes brusques. On ne tient compte des grands piquets que comme repères, car une fois le tracé arrêté, nous conseillons de les faire enlever en prenant toutefois la précaution d'en main-