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CHAPITRE II

THÉORIE GÉNÉRALE DE LA COMPOSITION DES JARDINS D'ORNEMENT § I. — THÉORIE DE LA COMPOSITION COMME ART MIXTE ET D'INVENTION

a) Exposé. — L'art mixte ou d'invention est celui qui résulte de l'initiative personnelle de l'artiste et dans lequel les éléments naturels ne passent qu'en seconde ligne. Les beautés d'une composition de ce genre dépendent de l'excellence du plan, de la « convenance » de l'exécution et de l'utilité de la destination finale. Ces beautés — qui dépendent aussi du talent et de la science de celui qui les crée — se désignent généralement sous le nom de « beautés relatives » par opposition aux « beautés naturelles » fournies par la nature et seulement mises en valeur par le compositeur. Elles ne sont applicables au style paysager que pour tout ce qui est objet de main-d'œuvre.

Le jardin français est la résultante d'une composition d'art mixte et d'art d'invention, car un terrain uni ou distribué en terrasses régulières et symétriques, des bois terminés par des lignes droites ou en alignements parfaits, des arbres indigènes plantés en lignes ou suivant des dispositions régulières, des allées droites ou symétriques, des fontaines, des bassins et des canaux réguliers, des avenues plantées en droite ligne, etc., se distinguent aisément d'une combinaison de ces éléments qui ne serait que naturelle ou fortuite, et portent l'empreinte de la volonté initiale de l'homme.

b) Du plan de composition. — Dans un jardin français, la valeur de la composition dépend de l'ordonnance du plan, ordonnance intimement liée aux formes et aux dispositions adoptées et les choses que nous devons y voir successivement doivent avoir de la variété alors que celles que nous devons voir d'ensemble doivent avoir de la symétrie.

L'expression caractéristique du plan, quoique difficile à dégager au début d'une étude, devient aisée par la suite et fait que l'uniformité et la régularité ne sont plus que les attributs d'un plan ordinaire et insuffisant pour donner un caractère supérieur à une composition : il faut y introduire la variété. L'uniformité en était le cachet primitif, la variété jointe à l'uniformité en feront une œuvre complète, une composition ayant une valeur artistique. Par variété il faut entendre l'introduction, dans un jardin, des ornements d'architecture, bancs, vases, statues, etc., dont il convient cependant d'éviter la confusion pour conserver toujours de l'unité dans la composition.

c) De la ce convenance » dans l'exécution. — La « convenance » dans l'exécution, c'est le rapport parfait des moyens employés ; ce n'est autre chose que ce qu'en terme d'architecture, on appelle « proportion ». Elle indique le degré de force et d'élégance à donner à certaines parties ; elle modifie les dimensions des objets artificiels qu'elle met en rapport avec les objets naturels ; elle détermine l'étendue et la grandeur des diverses parties par rapport à l'ensemble et l'à-propos de certains détails employés comme ornements.

d) De r utilité de la destination. — Le nom seul de cette qualité suffit pour établir que, dans une composition bien étudiée, l'utilité de l'emploi des formes ou objets décoratifs ne peut être suppléée par des agréments car, les objets qui n'ont aucune destination utile cessent vite de plaire, alors que d'autres qui ont celte destination, bien que déplaisant à. première vue, finissent par être appréciés en raison même du degré d'utilité qu'ils possèdent. L'union heureuse de ces deux qualités — utilité, agrément — constitue la perfection, et dans une composition, pour y atteindre, l'artiste devra s'inspirer des deux principes suivants :

1° Là où l'utilité des formes ou objets employés est égale, ceux auxquels on saura donner l'expression la plus agréable seront les plus beaux.

2° En cas d'incompatibilité entre ces objets ou formes et quand l'élégance ne peut s'obtenir qu'au détriment de l'utilité, on doit donner la préférence à ceux qui conserveront à un plus haut degré le caractère d'utilité, car ils apporteront dans la composition la beauté la plus générale et lo plus constante.

e) Associations accidentelles des différentes beautés relatives. — On entend par « associations accidentelles » celles qui ne sont pas soumises à des lois générales et qui, au contraire, doivent suivre les lois particulières à tel ou tel caractère. Ce sont :

Les associations classiques ; Les associations historiques ;

Les associations nationales (souvent en opposition avec celles qui ont un caractère d'universalité) ; ce sont peut-être les plus puissantes de toutes.

Les associations personnelles, résultant du type particulier des beautés naturelles auxquelles nous avons été habitués.

§ l. — DE LA COMPOSITION DES JARDINS D'ORNEMENT COMME ART D'IMITATION

a) De la reproduction des beautés naturelles. — Le principal objectif des arts d'imitation est de reproduire les beautés naturelles. Le paysagiste doit donc s'attacher à créer des paysages en tenant compte de la nature et en combinant pour les employer les matériaux qu'elle met à sa disposition.

b) Du genre de beauté auquel on peut atteindre. — Ce qu'on doit surtout chercher en art d'imitation, c'est la combinaison harmonieuse des formes, des couleurs, des lumières et des ombres, ou, autrement dit, la beauté pittoresque.

Cette combinaison n'a pas besoin, pour plaire, d'être empreinte d'un caractère général prononcé ; par exemple, il n'est pas indispensable que l'ensemble soit riant, mélancolique, élégant, simple ou grand ; mîiis elle peut comporter une ou plusieurs de ces qualités en restant pittoresque, dans certains cas, ou sans le devenir dans d'autres.

L'artiste doit s'appliquer à atteindre le plus haut degré de beauté que comporte la nature des localités, en tenant compte des vues du propriétaire et des propres ressources de son imagination et de son talent; mais en se gardant bien, pour suppléer quelquefois à son manque de talent personnel, d'en imposer au public par une affectation exagérée dans l'application des moyens de l'art.

La théorie de la composition des jardins considérée comme art d'imi-

tation doit être envisagée sous un troisième point de vue : celui de la disposition à donner au terrain. La composition comprend alors toutes les beautés dont nous venons de parler ajoutées aux beautés relatives dont nous avons exposé les principes plus haut.

Nous arrivons à en déduire cette conclusion que les principes de cette théorie dérivent de la nature elle-même et que c'est elle qui doit nous inspirer pour l'emploi des matériaux qu'elle met à notre disposition, en apportant dans nos compositions deux qualités essentielles : l'unité et la variété.

L'unité dans l'ensemble.

La variété dans les détails.

Appropriation. — En thèse générale, l'appropriation est l'art de disposer la totalité ou les parties principales d'une composition de telle sorte que tout ce qui frappe la vue paraisse dépendre du même domaine. Les moyens d'obtenir ce résultat sont de deux ordres : simples — en isolant les objets extérieurs par des murs et des plantations afin de rompre l'influence qu'ils exercent sur le paysage ; délicats — en mettant en harmonie l'aspect général de la scène par l'adoption des formes, des teintes caractérisant le paysage voisin, tel qu'il est aperçu de la demeure ou d'un point de vue spécialement choisi. C'est l'art de faire concourir tous les détails d'une composition à l'unité d'ensemble.

En thèse particulière, c'est l'art d'adapter les embellissements à une situation déterminée, aux questions d'argent, aux exigences du propriétaire.

C'est une qualité qui doit se trouver dans tous les styles.

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