‹ Les parcs et les jardinsChapitre 35 sur 61 · IDEES DE BACON · texte numérisé non relu

IDEES DE BACON

n'embarrasserions pas nos forêts, » tels que fond richement pavé, bordures de marbre, verres de couleur et statues basses.

Il arrive à la bruyère, ou désert, qui fait le troisième tiers de son plan, et qu'il veut aussi sauvage que possible. Point d'arbres, rien qu'un buisson par-ci, par-là, d'aubépine ou de chèvrefeuille, entremêlé de quelque vigne sauvage ; sur la terre, des violettes, des fraises, des primevères, semées sans ordre. J'aimerais encore, dit-il, de petits monticules dans le genre des taupinières, comme on en voit tant dans les bruyères, les uns couverts de serpolet, les autres d'œillets ou de pervenches blanches et bleues; quelques-uns arboreraient comme des étendards un buisson d'églantiers, de houx ou d'épines-vinetles, de groseilliers rouges ou à maquereau, des genévriers, de lauriers ou de romarin. Ces bouquets d'arbrisseaux seraient taillés avec soin, de façon à les empêcher de croître outre mesure.

Les terrains latéraux seront sillonnés d'allées de tout genre, bordées de grands arbres. C'est là qu'on ira chercher la fraîcheur. Le jardin proprement dit n'admet que des arbustes, le parterre n'étant fait que pour les mois tempérés, ou « si nous sommes en été, seulement pour le matin et le soir ou les jours nébuleux. »

Walpoie cite l'Éden de Milton comme le véritable jardin anglais et s'écrie : « Que dirons-nous de ce demi-siècle intermédiaire qui a pu lire un tel plan

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et qui n'a pas essayé de le mettre à exécution ?» A nos yeux, la belle description de Milton ne présente pas un plan et ne diffère pas sensiblement de toutes les autres peintures poétiques de la nature. L'Eden était adossé à une haule montagne où des cèdres, des sapins, des palmiers, élevant cime sur cime, ombrage sur ombrage, formaient un sublime amphithéâtre. Les quatre grands fleuves consacrés, avant de traverser « différents empires, » sortaient en claire fontaine du sommet de la montagne et ti)mbaient dans TÉden en cascade gigantesque.

« La Nature, encore dans son enfance, et méprisant l'art et les* règles, déployait là toutes ses grâces et toute sa liberté. On voyait des champs et des tapis verts admirablement nuancés et environnés de bocages. Tout ce que la Fable attribue de merveilleux aux vergers des Hespérides s'offrait réellement dans l'Éden. Des troupeaux broutaient Therbc tendre sur le penchant des vallons. Des palmiers ornaient de jolis monticules; des ruisseaux serpentaient dans un vallon fleuri. Ailleurs, s'ouvraient des grottes où régnait une délicieuse fraîcheur et que la vigne embellissait de ses grappes de pourpre. Les eaux d'agréables cascades venaient se réunir en un beau lac. Les oiseaux formaient un chœur mélodieux, et les zéphyrs, portant avec eux les odeurs suaves des vallons et des bosquets, murmuraient entre les feuilles légèrement agitées, tan-

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