‹ Les parcs et les jardinsChapitre 36 sur 61 · PLAISANTERIE I)E POPE · texte numérisé non relu

PLAISANTERIE I)E POPE

dis que Pa?i, dansant avec les Grâces et les Heures^ menait à sa suite un printemps éternel. »

On ne s'attendait guère à voir Pan dans cette affaire, ni les Heures et les Grâces, ni les Hespérides. Walpole ne s'aperçoit pas qu'il fait la critique du goût anglais, lorsqu'il suppose que les successeurs de Le Nôtre auraient placé dans TÉden un labyrinthe meublé des fables d'Ésope, des berceaux, des treillages et des fontaines de Girardon.

Les véritables promoteurs du jardin paysager furent Addison (mort en 1 71 9) et Pope, qui vécut jusqu'en 1 744. « Pourquoi, dit le premier, un propriétaire ne ferait-il pas de son domaine entier une sorte de jardin ? Grâce à de nombreuses plantations, il en tirerait autant de profit que d'agrément. Si les routes étaient entretenues par les riverains, si les prairies recevaient de l'art du fleuriste quelques légers embellissements, si les chemins serpentaient entre de grands arbres et des berges fleuries, un propriétaire composerait un délicieux paysage rien qu'avec son petit domaine. »

Dans une de ses plus agréables épîtres. Pope condamne les jardins classiques, ceux dont l'architecture est la base, et recommande l'art nouveau, qui procède de la peinture et cherche à imiter la campagne, soit d'après elle-même, soit d'après Salvator ou le Guaspre. Il ne se moque pas sans grâce de nos bosquets taillés qui, selon l'expression de Walpole, ressemblent à des coffres verts posés sur

des perches, et de ces allées propres que balayent les arbres dont on voudrait les voir ombragées.

a Allons, dit-il, passer une journée à la villa de Timon, où tout crie : « Voyez que d'argent on a « gaspillé ici !» A en faire le tour, les bâtiments sont une ville, l'étang un océan, le parterre une plaine. Qui ne rirait, quand le propriétaire, avorton malsain, grelotte sous la brise? gigantesques amoncellements de petitesses I qu'est-ce que tout cela ? Une carrière en mal d'enfant qui gonfle le sol. Devant, deux Cupidons bavardent; derrière, un lac reçoit les flèches aiguës du vent du nord. Ensuite les jardins appellept votre admiration ; vous regardez de tous côtés, que voyez-vous? La vallée. Point de complications agréables à la vue, point de désert. Pour varier la scène, les bosquets s'inclinent devant les bosquets, chaque allée a sa sœur, et la moitié de chaque plate-forme n'est que le sosie de l'autre. L'œil s'afflige à contempler la nature mise àPenvers : les arbres taillés en statues, les statues en quinconce comme des arbres; là, une fontaine qui nejoue jamais ; ici, une maison d'été qui ne sait ce que c'est que de l'ombrage. Là, Amphitrite navigue à travers des berceaux de myrtes; ici, le gladiateur lutte et meurt dans les fleurs. Dans une mer à sec, le cheval marin languit et se désole, et les hirondelles perchent sur l'urne poudreuse du Nil. »

Après la critique, la leçon : « Qu'on bâtisse,

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