VILLAS DES ROMAINS
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Quel peuple a plus travaillé que le peuple romain? La vie à Rome, \ie publique et agitée, demandait un effort perpétuel et des attitudes de convention. Il n'est pas étonnant que, la conquête du monde achevée, ces généraux et ces orateurs se soient trouvés les plus las des hommes, les plus altérés d'ombrage et de repos. Ils se hâtèrent de
fuir le siroco fiévreux sur les pentes les mieux exposées des sept collines, appliquant aux bosquets du Viminal, de TEsquilin, du Palatin, les lois enseignées par Caïus Marins, jardinier amateur, qui fut le correspondant de Cicéron et l'ami d'Auguste. Ou bien, réfugiés dans les plis de ces monts bleuâtres qui semblent tracer autour de Rome un vaste cirque, sous les chênes verts' et les pins maritimes, ils opposaient aux bruits trop j voisins du Forum le murmure des cascades. Les Apennins aussi offraient une température toujours fraîche. La grande mode fut de s'en aller vers Naples, aux rives de Baïa, enraciner dans la mer « les pieds de marbre des palais » et des môles, creuser des lacs où s'engraissait l'huître savoureuse, dessiner en face des flots bleus de blancs portiques habités par des dieux de marbre et protégés par de grands arbres aux feuilles luisantes.
On citait dans la Ville les jardins de Pompée, deLucuUus, deSalluste (villa Ludovisi), de César; de Mécène, de Néron. Il serait possible d'en indiquer la place et les vestiges ; mais nous irons plutôt demander aux montagnes voisines l'image encore vivante de la villégiature antique.
Les innombrables maisons de plaisance de Tusculum (Frascati) émaillaient comme des fleurs vertes et blanches la pente rapide qui regarde Rome. Cicéron possédait là un fameux (Romaine, ancienne propriété de Sylla, où une palestre à la
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grecque, un Lycée, orné de statues, une petite [' Académie décorée d'un amphithéâtre et de doul blés Hermès (Hermathènè, Hermhéraclès) à tête de k bronze et corps de marbre sur piédestaux en forme l de pyramides, rappelaient sans cesse à l'auteur ^ des Tusculanes sa chère Athènes et flattaient ses goûts d'artiste et de lettré. Les eaux vives de l'aqueduc de la Crabra rafraîchissaient ces vastes i jardins. Un jeune Gaulois, que M. Dézobry fait I voyager en Italie sous Auguste, décrit ainsi la de- [ meure de Cicéron :
i « On la voit immédiatement au-dessous de Tus-
\ culum, sur le flanc oriental de la montagne. Elle
I s'élève sur une substruction faite pour racheter
! la pente du terrain, et qui, à rez de terre vers le
midi, est fort haute du côté du septentrion. La
maison, comme la plupart des villas romaines, a
l'aspect d'un portique; le bâtiment est orné de
colonnes et forme à l'intérieur une longue et large
j galerie voûtée bien aérée, bien claire, sur laquelle
s'ouvrent une vingtaine de chambres au moins,
servant à l'habitation. Cette maison a vraiment un
p aspect royal par la beauté de son ensemble et sur-
^ tout par son importance et son étendue. Car sa
[ profondeur est de trente-cinq mètres environ, et
■ sa façade se développe sur une longueur d'environ
: cent mètres. Le site lui prête encore beaucoup de
^ majesté : derrière, s'élèvent la citadelle et les
' murs deTuscûlum, qui semblent presque en faire
31 PAnCS ET JAHDIHS.
parliè, tandis que devant soi on a la vall la voie Latine, l'ijnorme mont Âll>ain, 1':
vers l'occidunl la mer. »
Ce ne sont plus aujourd'hui que « restes infoi^ mes, amas de briques disjointes, soubassements mal déterrés qui vonts'elïondrant sous les intempéries de l'hiver et l'envahissement des herbes. Parfois, à mesure qu'on avance, les parois d'une chambre antique apparaissent sur te bord de la route dans les flancs d'un escarpement. Au sommet est un petit'ihéâtre où gisent des fragments de colonnes. » (Taine.) Les villas modernes ont descendu d'un ou deux degrés sur la pente de la montagne.
Horace, l'ami des bois où circulent les zéphyrs e( les fontaines, habitait le plus souvent une petite campagne, sur les pentes du mont Libretti, auprès des bosquets de Tibur, aujourd'hui Tivoli. H ne nous en a point laissé de description , et sa demeure semble avoir été modeste ; mais elle a droit d'être mentionnée parmi les merveilles, puisqu'elle a inspiré le génie. C'estlà qu'il s'estélendu-, tantât sous l'yeuse antique, tantôt sur l'herbe drue, 'écoutant les oiseaux se plaindre dans les bois, et les flots des sources frémissantes murmurer leur douce invitation au sommeil ; c'est de là qu'il aimait k voir les troupeaux rentrer des champs, à inviter ses amis aux repas rusiiques, à chanter le dieu Faune, gardien des vergers, et
VILU D'IIORACK. 35
la nymphe Bandusia : « fontaine de Bandusia, plus claire que le cristal, Theure cruelle de la dévorante canicule ne sait comment t'atteindre ; aux taureaux las de la charrue, aux brebis vagabondes, tu offres ta fraîcheur aimable. Pour te rendre fameuse entre les sourc s, je dirai l'yeuse qui s'élève sur les rochers creux d'où s'élancent tes flots jaseurs I » Hoc erat in voiis. Il n'en demandait pas plus : un terrain modeste, assez grand pour contenir un jardin, près de la maison une eau courante, et par-dessus un peu de forêt. Les dieux ont comblé ses vœux et au delà. Dans le coin de terre qui lui sourit, il n'envie point la tour d'où Mécène embrasse d'un coup d'œil toute la campagne romaine, les môles avancés dans les flots, comme si la terre ne suffisait point et qu'il fallût empiéter sur la mer, enfin toutes ces maisons bâties si près du tombeau ; et, gourmandant ses fastueux contemporains avec une douce gravité, il boit, couronné de lierre, une jolie eau rougie de falerne ou de massique.
Mais l'exemple d'un poète et la voix de la médiocrité dorée ne détournèrent pas ses contemporains des goûts luxueux que les Lucullus et les Scipions avaient rapportés d'Asie. Les arbres tels que la nature les fournit semblaient trop peu civilisés; il leur fallut recevoir de la serpe des formes géométriques. On ne pouvait laisser à leur caprice les eaux des sources ; il plaisait de les
1er en de vastes bassins serlîs de marbres où, carpes iJtranges de ces Fontaîneles murènes élaïent nourries d'esclaves nenu comme chair à pâté. Les oiseaux e nos climats ne suffisaient point à anileur voix les bosquets ; on fit venir du l'Orient des chanteurs plus riches qu'on lans des cages élégantes. Inventées par ïtrabon, un peu avant la guerre de Phar- ;volièresse répandirent dans les domaines i. Celle du Lucullus, à Tusculum, était . Varron en possédait uneà Casinum, dont indique les principales dispositions, t un parallélogramme d'environ vingt et es sur quatone, terminé, dans le sens Ae eur, par un hémicycle profond de huit Un portique soutenu par une double coà jour en occupait la base; il y avait un rbusie dans cliaque entre-colonnement.
itres galeries à jour et à ciel ouvert, fer- 1 haut et sur les côtés par des filets de , s'avançaient parallèlement en retour ; villons fermés où pouvaient se retirer les les reliaient à l'hémicycle. Un petit ruïsngeait intérieurement cette construction.
s deux galeries s'étendaient deux piscines es séparées par un étroit sentier. L'ornei Ihémicycle consistait en un paviîlonà cage circulaire porté sur deux rangs de
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colonnes, pierre à l'exlérieur et sapin en dedans, plantés à un mètre et demi de distance, et qui servaient de carcasse à un double filet de corde à boyaux et de chanvre tout plein de rossignols, de merles et autres oiseaux harmonieux. Le centre du pavillon, bien qu'étroit, n'en était pas moins utilisé pour le plaisir de l'ouïe ; c'était une petite salle de concert. On y voyait, l'un sur l'autre, un bassin égayé par des canards rares (étranges musiciens), une île, une table à pivot garnie de robinets chauds et froids, enfin les mels que le maître du lieu offrait à ses convives. Il va sans dire que cette ville des oiseaux était l'ornement, la curiosité d'un grand jardin. Derrière les gradins de l'hémicycle, un bois très-épais et très-sombre étalait ses ombrages comme pour aggraver la servitude par la vue de la liberté voisine.
Félibien a essayé une restitution assez peu probable (lu Laurentin, la maison que Pline le jeune possédait au bord de la mer, entre Laurente et Ostie, à six lieues de Rome. 11 vaut mieux rapporter ce qu'en écrit son propriétaire. Ce n'était pas une de ces folies avec jetées et parcs aux huîtres, néanmoins elle donne une idée suffisante des villas maritimes; rien de mieux conçu que les bâtiments, de mieux ménagé que les points de vue.
On entrait au levant, par un atrium demi-circulaire, à large toit, à portique vitré, dans une grande cour très-gaie, d'où un portique parallèle
PARCS et JARDINS.
lier conduisait à la siille à manger, l'un ,ux morceaux du casino. Celle saUe im- 'avançaitdans la mer; le flot venail battre ïu mur, sous les fenêtres occiilentales. De :t hautes baies ouvrent des perspectives
sur les quatre eûtes, car les portiques et I sont il jour. De droile et de gauche, s'éent en retraite des pièces éclairées du leiu couchant, et que le Ilot n'atteint jamais, es à coucher bien chauflées par des tuyaux, éque, communs, bains chauds et froids, \t réservoir. A gauche, au midi, l'angle ar la salle à manger et la première cham -
de refuge l'hiver à tous les gens de Pline ; meilleur endroit et le mieux abrité contre
et l'est. A droite, on remarque le jeu de
percé au couchant, une tour à deux étages n embrasse la mer et la campagne. 11 faut encore it placer une autre tour avec chamucher d'été, salle à manger au nord, d'où end la mer sans la voir, deux autres apînts en retour vers le grand vestibule, une voûtée, percée de deux fenêlressur la mer le sur le jardin, enfin, y atlenanl,un petit I que Pline appelle ses délices, ses amours, ute à l'extrémité nord delà villa. Uncouinagé entre le mur de la propriété et la : ce retrait, absorbe tout bruit importun ; e, de son caliinet vilré, de son salon
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joyeux, l'aimable favori de Trajan voit-il la raer sans Tentendre.
Le jardin, assez simple, rangées de vignes sur ormeaux, quinconces de mûriers et de figuiers, parterre de violettes, allées bordées de buis par endroits, et de romarin partout où Thaleine de la mer eût desséché le buis, s'étendait vraisemblablement assez loin au nord du principal corps de logis. 11 manquait d'eaux courantes; mais l'eau était si près de terre qu'on remplaçait aisément les sources par de petits puits inaccessibles à la saveur salée de la mer. Dans une contrée aujourd'hui malsaine et désolée régnait alors l'abondance ; il y avait jusqu'à trois bains publics dans le village de Laurente. La mer fournissait des soles et des squilles, les pâturages voisins, d'excellent lait, Ostie, toutes les provisions possibles, et les forets d'alentour du bois et de la venaison.
Parmi les autres domaines que Pline possédait, à Tibur, à Tusculum, à Préneste, que sais-je encore! il en est un qui l'emporte, à bien des égards, sur le Laurentin. La mer lui manquait; mais quelle végétation, que d'eaux, que d'art dans l'ornement des jardins ! C'était la villa de Toscane, située dans un airsalubre, au pied des Apennins. Dans une lettre précieuse, Pline énumère avec complaisance les chambres, les galeries, les cours ombragées, les bains et les jeux de paume ; il ne tarit pas sur les grâces du jardin.
position du terrain est on ne peut plus aginez-vous un amphithéâtre immense, nature seule peut le faire, une vaste nvironnée de montagnes chargées sur les de bois très-hauts et très-anciens. Le toute espèce y abonde. Des taillis coupentes. Entre ces taillis sont des collines jir si gras qu'il serait difficile d'y trouver :, quand même on l'y chercherait. Le oteau se prolongent des pièces de vignes lent se toucher et n'en former qu'une « vignes sont bordées par quantité d'ar- . Ensuite, des prairies et des terres la- I. Les prés, émaillésde fleurs, fournissent :t d'autres sortes d'herbes, toujours aussi t aussi pleines de suc que si elles venaient Us tirent cette fertilité des ruisseaux qui mt et qui ne tarissent jamais. Cependant, ux oîi l'on trouve tantd'eaux, l'on ne voit narécage, parce que la terre, disposée en sse couler dans le Tibre le reste de celles ne s'est point abreuvée. Ce fleuve, qui milieu des champs, est navigable et sert ver et au printemps à transporter toutes ions à Rome. En été, il baisse si fort que presque à sec : il faut attendre l'automne 1 reprenne son nom de grand fleuve. Il laisir extrême à contempler le pays du ï montagne. On croit voir, non une cam-