‹ Les parcs et les jardinsChapitre 3 sur 61 · JARDINS DE BABYLONE · texte numérisé non relu

JARDINS DE BABYLONE

trelacées reliaient et.corisolidaient lesénorrnes assises. Les galeries, qui recevaient la lumière du côté où chacune d'elles dominait la terrasse inférieure, renfermaient plusieurs appartements royaux diversement ornés, dont l'un, percé à sa surface supérieure par plusieurs ouvertures, contenait des machines qui élevaient de TEuphrate une grande quantité d^eau, sans que personne pût à Vextérieur apercevoir le travail. Si bien qu'une foule de canaux, circulant sous les plantes, entretenaient sur le sol factice une fraîcheur et une verdure toujours nouvelles. On voit que pour n'être pas des plus extraordinaires, celte charmante maison fleurie ne ferait pas mauvais effet dans quelqu'un de nos grands jardins, ou sur Tune de nos places. On aimerait assez un petit jardin de Babylone en guise de ibntaine Saint-Michel.

Au milieu de la désolation de Babylone, dans ces plaines aujourd'hui désertes et stériles, un voyageur a vu, sur l'emplacement des antiques jardins, un arbre qui porte tous les caractères de k plus haute vétusté, et dont la végétation s'est réfugiée tout au bout des branches. Les naturalistes y ont reconnu une espèce étrangère au pays et qu'on ne retrouve que dans l'Inde.

Les parcs de la Médie étaient aussi attribués à Sémiramis ; entre autres un grand enclos au pied du mont Bagistan, et un second plus vaste autour d*un immense rocher, près delà ville de Chauon.

PAllCS El JAJIDIKS.

îrrain spacieux coupé de grandes allées, orijé avillons et de fontaines, aiTosâ par de clairs ieaux, embaumé et enrichi de fleurs rares, té enfin d'arbres fruitiers, constituait pour nciens Perses un paradis. C'est de chez eux le mot nous est venu. Le paradis, enclos d'un ou d'une forte palissade, ressemblait en <^anà v'i\[a de Laërte et se rapprochait par sa sim- Lé du goût sobre de la Griiee.

ijardin ëlait grand, profond, mystérieux,

!rinë par de bauts murs aux regards curieux,

ijnë de fleurs s'oiivrant ainsi que des paupières

t d'insectes vermeils qui couraient sur les piei'res,

ein de bourdonnements et de contuses voix;

X milieu presqu'un champ ; dans le fond presqu'un bois.

S paradis abondaient dans toute l'Asie Mie ; il n'était point de satrape qui n'en possëlusieurs. Xénophon cite celui de Bèlèsis, gou- ;ur de la Syrie. Tissapheme, dit Plutarqué, donné le nom d'Alciblade, par amitié pour ce s, au plus beau de ses domaines, le plus déli- : par l'abondance de ses eaux, par la fraîcheur s prairies, par le charme des retraites solii qu'on y avait ménagées, par les embellisses de tout genre qu'on y avait prodigués avec magnificence toute royale.

s paradis de la Perse ne paraissent point avoir gé de forme, et nous les retrouverons, dans

I JARDINS DE L'INUE.

hcs voyages de Chardin, tels queXénophon a pu '. \ voir.

|, Les jardins nemanquaientpas à l'Inde andenr i ce pays des (leurs éclatmtes et du soleil torrit ; Des ombrages épais entouraient la tiutte des ! i eûtes comme le palais des rois ou le temple c

dieux, et se miraient dans l'eau des lacs sacH ! Les poètes ne cessent de peindre, jusqu'aux moi jdres filaments, les calices des lotus de toute co ileur et des jasmins embaumés. Kâlidâsa , q 1 pouvait vivre du second au cinquième siècle apr

noire ère, mais dont les descriptions sont parfi 'tement d'accord avec les tableaux plus antiqu [des épopées, nous montre Çacuntalà et ses coi 'pagnes, dans les bosquets d'un ermitage, an [sani les arbustes et les fleurs qu'elles aimen jellesles appellent par leurnom comme des com[ ignés, et aspirentleurs parfums comme des répons [muettes. Toutes les scènes du drame indien so l^encadrées dans de riants paysages, où des étan^ Mes bassins couverts de cygnes, bordent des pav ^ons rustiques ou luxueux et des galeries pein t( Itreillissées de balcons à jour. Ce ne sont que par fTéeriques,

Où chaque nymphe marche ud lotus à la main,

OÙ se promènent des groupes de femmes coifTé nenaucléas, de lodhras (Si/mp/ocoâ racemosa), jasmins raèlés à des plumes de paon.

PAKCS ET JARDINS.

luvons, dans le Nuage messager^ deKâlîication sommaire d'un jardin fabuleux, a génie qui appartient à lacourdudiRu ses, Couvera. Nous transcmons ici celle maginaire, qui n'est, en somme, qu'un Eilion de la réalilé :

ncurons au nord an palais àe mon malti^, son Ae loin se lait assez connaître :

lil en splendeur dupasse l'arc d'Indra*; ardin verdoie un jeune manddra' mme un lîls par la nymphe qui m'aime, ir verB la main s'abaisse d'elle-même.

res lolus d'or aui liges de lapis I limpide éUng' font un riant tapis un escalier aux marches d'émeraude; it devant toi' s'enfuir la saison chaude, les du bassin, Qdëles aux fleurs d'or, ac Mànasa'ne prendront point l'essor.

i ail l)ord des eaui, qu'un patillon couroiuie B bananier de ses fruits environne, ïasoka rouge au mobile bouquet", t kéiara^, double honneur du bosquet aranttie sombre su» mailhavU ' se mêle...

nne d'or, de cristal surmontée, d'émeraude eu feuillages sculpta, 'eCoge au paon que l'orage poursuit, phe bat des mains, et, s'animant au bruit ;aux qu'un bias leste en mesure secoue,

rgile et Kâlidâsa, par André Lefètre, p. 31 J et su

arbres du psrad s.

s'adresse à un nuage.

mi fabuleui qu'on place sur les versants de rflin

aaoka, fleur rouge, une des plus belles qui c:[isle

p« elengi. fleur trés-odoranle.

■a racemosa ou banisUria bengaUniii, belle fk

JABDISS DE LtGYI»TE. 21

Sar le blanc chapiteau l'oiseau bleu fait la roue. Tel est notre séjour.

"Va donc, et pose-toi

Comme un jeune éléphant qu'fndra lui-même envoie,

Sur la colonne d'or où s'arrêtent les paons.

Modérant tes éclairs, par grâce, ne répands

 travers les balcons que la lumière douce

Des vers luisants joueurs enfouis dans la mousse!

A travers l'étrangelé raffinée de ces images, n'enlrevoit-on pas toute une civilisation avide d'ombre et de fraîcheur, les kiosques fastueux, les eaux clair-semées de fleurs et enchâssées dans des bordures de marbre, et les colonnes couronnées d'oiseaux aux liches couleurs ?

Auprès de ces jardins d'Asie, ceux de TÉgypte ancienne, malgré la beauté de leurs fleurs, de leurs eaux abondantes, mériteraient à peine d'êlrç

cités, s'ils ne présentaient le type le plus parfait et le plus artificiel du jardin architectonique. Ils allaient bien d'ailleurs avec les pylônes, les obélisques et les longues colonnades des palais et des temples ; et quant à leur monotonie, il faut l'attribuer à deux causes, l'une morale et Tautre physique : la tendance de l'esprit égyptien à tout régler surune sorte de type hiératique, et l'uniformité presque absolue des sites que présente la longue vallée du Nil,, toujours serrée entre deux chaînes de montagnes aux pieds verdoyants, aux cimes nues. Le jardin égyptien, dépendance ordihaire des maisons riches, était carré ; une palissade en bois formait la clôture ; un côté longeait

PARCS ET JABDIHS.

ou' un de ses canaux, et une rangée d'à s en cône s'élevait entre le Nil et la |

L'entrée élait de ce côté, et une double e palmiers et d'arbres, de forme pyrami tigeait une vaste allée qui régnait su e faces. Le milieu éfaît occupé par une

en treilles et le reste du sol par des c s d'arbres et de fleurs, par quaire p

régulièrement disposées qu'habitaient )iseaux aquatiques, par un petit pavîU

espèce de siège ombragé; enlîn, au fon n, entre le berceau de vignes et la grande î un kiosques plusieurs chambres, In prei èe et éclairée par des balcons à balustre

autres, qui étaient à jour, renfermaiei , des fruits et des offrandes. Quelquefoi ues étaient conslruitsen rotondes à balu lontés d'une voûte surbaissée. (Champo c.)

utefois, une mosaïque nommée pierre d le autorise à penser que l'Egypte conna irdins pajsagers. Ce singulier monu «ente ce qu'il y a (renie ans nous appe ■e jardin anglais. Au premier plan ne manœuvre une nacelle élégante sui 1 rivière couverte d'un berceau en treillî ivrcnt des festons de feuillages. Sons illc sont placés des bancs, et des femme y prennent un repas champélre, au soi

, ANTIQUES JARDISS CHINOIS. S5 ,

■instruments. On voit quelques autres fabriques, les végétaux alors cultivés, diverses sortes d'animaux qui semblent y avoir été assemblés pour former comme une ménagerie. Enfin au fond, sur le dernier plan, s'élève un rocher d'où un chasseur' s'amuse à lirer de l'arc.

Mais il est plus sûr d'attribuer les premiers parcs irréguliers aux Chinois. Il faut chercher les ancêtres de Stowe et d'Ermenonville en ce lointain Oiient qui nous a de si loin précédés dans les raffinements de la civilisation, et qui semble expier sa précocité par une irrémédiable décrépitude. Bien des siècles avant notre ère, la Chine avait surpassé l'art des le Nôtre et des Kent, autant que la puissance et la richesse des empereurs chinois dépassaient la grandeur et le faste de Louis XIY ou . de la reine Anne, Les documents que nous possédons sur les parcs chinois ne nous reportent pas plus haut que le quatrième siècle avant notre ère, mais on peut raisonnablement en induire que, vers les temps où la Grèce héroïque se contentait de simples vergers, l'empire du Milieu connaissait déjà les jardins d'ornement. Meng-tseu, fameux philosophe, mentionne l'ancien domaine de Wen- Wang, qui avait sept lieues de tour,et où tous les Chinois pouvaient à leur gré chasser ou faire de l'herbe et du bois. « Wen-Wang avait son parc en commun avec le peuple ; celui-ci le trouvait trop petit; cela n'était-il pas juste?» Ainsi parle Meng-

PARCS ET JAROISS.

^68 ans av. J.-C.). 11 ajoute que le parc de i»Wang, rigoureusement fermé, était « une tile fosse de mort de quatre lieues de circone ouverte au sein du royaume » Quiconque t un cerf était puni de mort; c'était un autre ;-les-Tours. Le peuple, avec raison, le trouop grand. Cent ans après, Chi-Hang-Ti, de la ie des Thsin, grand desiructeur des livres royaumes féodaux formés en Chine sous ses ;esseurs, réunît dans un parc de trente lieues 3uit les copies de f«us les palais qu'il avait ■ses ou dont il avait dépossédé les maitres.

mbrables quadrupèdes, des poissons, des X, trois mille essences d'arbres et de s, vinrent représenter dans son domaine les parties de l'empire. Il réalisait d'avance, siècles d'intervalle, et sur un plan plus ose, les fantaisies de la villa Adriana. Wou- (Ilan, grand conquérant qui avait touché les ires de l'Inde et les rives de la Caspienne V. J.-G.) , eut un parc de cinquante lieues de semé de palais, de kiosques, de grottes et liions de toute espèce. Trente mille esclaves ^tenaient à peine ; et, chaque année, toutes ivinces devaient y envoyer les raretés de leur Un autre prince de la même dynastie négliies jardins : « Je veux, disait-il, faire un de toute la Chine ; si mon prédécesseur eât yé en dérrichemenls les sommes immenses

AMTIQIES JARDIKS CHINOIS. ->7

dépensées à rçmbeUissement de srs pares, bien des milliers d'hommes qui manquent de riz en seraient abondamment pourvus. » Belles paroles, et qui n'eussent pas mal sonné dans la bouche d'un Louis XIV.

Ces riches créations d'un monde qui nous est à peine ouvert n'exercèrent aucune influence sur l'antiquité classique, ni, jusqu'au dix-huitième siècle, sur tes peuples auxquels elle légua ses arts.

e incienne.) Arrosage.

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