‹ Les parcs et les jardinsChapitre 56 sur 61 · SANS-SOUCI · texte numérisé non relu

SANS-SOUCI

teaux et plus encore de jardins, français, anglais ou italiens.

L'entrée principale du parc est marquée par un obélisque de trente et un mètres ; la grande avenue conduit à un beau bassin de marbre d'où s'élance le grand jet d'eau, plus haut que l'obélisque. Des piédestaux et de très-grandes colonnes isolées portent des statues de Pigalle et de Thorwaldsen. Au nord, on entrevoit une autre entrée que signalent deux sphinx colossaux en carrare, par Ebenbrecht. Au sud, six terrasses montent au plateau sur lequel est bâti le château de Sans-Souci. Ces terrasses, transformées en serres chaudes, sont ornées, pendant l'été, d'orangers et de lauriers-roses.

Le moulin historique, celui dont l'histoire a si bien inspiré Andrieux, existe encore, restauré par un roi qui l'acheta du meunier en faillite pour le donner en fief aux héritiers. D'autres moulins à vent, sur IcMûhlenberg, lui font pendant. Ici est Ruinenberg, ruine factice destinée à masquer un réservoir; là, le Mausoleum, pastiche romain, la tour chinoise, le temple de l'Amitié.

Le Nouveau-Palais (1763-69) est entouré de plusieurs dépendances : d'une faisanderie, derrière laquelle s'étend l'immense Wild-Park royal, tout un pays giboyeux et riant ; un bain romain avec une maison japonaise et une mosquée ; une villa italienne nommée Charlotlenhof, et qui date de 1826. Des bustes sur des colonnes, des profils

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royaux sur porcelaine, au milieu d'arabesques, des statues de Thorwaldsen,Canova, Kiss,Rauch, les têtes de Gœthe , Schiller, Wieland et Herder sur des hermès en carrare, une foule de jets d'eau, décorent les parterres, la terrasse et la vérandah de Charlottenhof ; on a réuni là Tune des plus riches collections de roses qui se soient vues jusqu'à ce jour.

Au Nouveau-Palais appartiennent encore des jardins anglais, dessinés en 1786-94, fort bien approvisionnés de points de vue et d'édifices de tous les styles et de tous les marbres.

Le Versailles autrichien, Schœnbrunn, commencé vers 1700, se rapproche surtout du style de Le Nôtre. Le public peut s'y rassasier de statues et de fabriques élevées dans le cours du dixhuitième siècle : orangerie, ménagerie, Kaiserhaus^ jardin botanique (1 753), monument de Marie-Thérèse, grotte de la Sibylle, obélisque (1777). Nous avons mentionné l'immense berceau de treillis que regrettait Marie-Louise. La plus belle décoration de Schœnbrunn est un portique ouvert (1 775) dont les arcades couronnent un amphithéâtre de verdure au-dessus du bassin qui termine le grand parterre.

A Vienne même, on trouve les belles serres de Hofgarten, et les allées peu fréquentées de PAusgarlen, jardin de Joseph 11. Le Prater aussi est une jolie promenade, comparable à nos Champs-Ély-

LAXENBOURG, LUNDENBOURG. 259

sées, aux Alamédas espagnoles et aux Cascine florentines. « On ne voit nulle part, dit madame de Staël, si près d'une capitale, une promenade qui puisse faire jouir ainsi des beautés d'une nature tout à la fois agreste et soignée. Une forêt majestueuse se prolonge jusqu'aux bords du Danube. L'on voit de loin les troupeaux de cerfs traverser la prairie. »

' L'Autriche nous garde encore les merveilles de Laxenbourg, très-vaste parc, très-riche en cascades, en temples, pavillons, monuments, lacs, îles, ponts et musées ; et surtout celles de Lundenbourg, quinze cents aloès, neuf cents orangers, un choix admirable des plus beaux arbres de tous les pays, une forêt de trois milles de long avec arc de triomphe au rond-point, enfin les eaux naturelles et abondantes de la Thuya qui alimente les lacs, les bains, abreuve et fortifie les végétaux, et vaut à Lundenbourg le renom du plus beau parc de l'Allemagne . Les décarateurs de ce paysage charmant n'ont pas évité le mauvais goût de Kew et de Trianon ; on y trouve tout un musée disparate en plein air, où la mosquée élève, à côté de la cabane des pêcheurs et de la rotonde chinoise, son minaret haut de trois cents deux marches qui a dévoré un million de florins ; puis c'est un burg du moyen âge, un temple des Grâces, une meierie ou métairie.

Dresde voudrait nous retenir sur sa terrasse de

Brûhl, dans son jardin japonais, ou du moins sous les ombrages de Grosse-Garten qui ne le cèdent en rien à beaucoup d'autres. Mais TAIlemagne est grande; et nous voulons jeter un coup d'oeil sur Munich et Nymphenbourg.

Nous retrouvons comme toujours Le Nôtre et Kent, séparés à Munich même, réunis et fondus à Nymphenbourg.

Hofgarten présente un grand carré planté de marronniers et de tilleuls et à demi entouré d'arcades où le roi Louis a fait peindre des scènes historiques et des paysages. C'est le débris du parc planté en 1614 par Maximilicn; la mode Ta détruit peu à peu ; de ses cent vingt-huit fontaines, il n'en reste plus que quatre, Le jardin anglais est en longueur, abondamment arrosé par des bras de risar. Nymphenbourg étend ses ombrages sur des prairies que traverse la Wurm, au-dessous d'un château classique (1663) avec plate-forme, bassin, jet d'eau et canal. On visite dans le parc, au milieu des canaux et des lacs, les grandes serres de Maximilien V\ la chapelle de la Madeleine et l'Ermitage (1728), le château des Pagodes (1719), d'Amélie, les Bains, la Cascade de marbre, la fontaine de Pan, la Ménagerie. 11 y a encore, à Nymphenbourg, un pensionnat de demoiselles nobles, une fabrique de porcelaines et un enclos pour les cerfs.

Bayreuth, Leipzig, Dessau, Dusseldorf, Ham-

WŒKLITZ, WILUELHSIIŒHE. 261

bourg vantent à bon droit leurs parcs et leurs jardins botaniques. On admire à Biberich des châtaigniers gigantesques, des serres, des pavillons fleuris ; à Schœnau et à Tœplitz, des saules pleureurs tels qu'il n'en existe pas ailleurs. On en mesure dont la circonférence dépasse six mètres. Le tilleul, cet arbre national delà race slave, atteint, sur cette terre privilégiée, la même grosseur.

Les jardins de Wœrlitz (Anhalt-Dessau) sont renommés en Allemagne. Nombreux sont les canaux qiii en alimentent le grand lac, plus nombreux encore sont les temples, les ponts, les rochers, les ermitages, etc., que Tart y a accumulés avec un goût contestable. On erre de surprise en surprise. Là* c'est un labyrinthe, ici une mine, plus loin une grotte. Le jardin Neumark occupe trois îbs. La principale curiosité se trouve dans le jardin de Schoch. C'est une maison gothique pleine de tableaux précieux.

Le parc de Wilhelmshœhe, à Cassel, est plus fameux encore. Dessiné en 1701, il a gardé beaucoup de son aspect français, et se détache véritablement de tout ce que nous venons de parcourir à vol d'oiseau. S'il y a des monuments chinois, des ermilages, des châteaux léodaux et autres colifichets, ils se dissimulent prudemment derrière des bosquets et ne viennent point se faire écraser par la grandeur de certaines fabriques colossales. Telle cascade classique a dix-sept mètres de large.

c'est un fleuve; tel temple, celui de Mercure, domine un escalier de huit cents marches. La grosse pièce est le château des Géants (Riesenschloss)^ dont la plate-forme, soutenue par cent quatrevingt-douze colonnes toscanes, porte une pyramide de trente-deux mètres, que couronne un Hercule en cuivre forgé, de trente et un pieds. De cette construction monstrueuse, descendent par bonds, par nappes, des cascades longues de trois cents mètres, qui se reposent tous les cinquante mètres en de vastes bassins. En avant, s'élance un jet d'eau presque aussi haut que les tours Notre- Dame (63 mètres), et le plus grand qui existe en Europe.

La Russie peut réclamer une place' à la suite de l'Allemagne et de la France pour ses jardins de style mixte; il faut en citer au moins un.

La résidence impériale de Tzarskoé-Sélo (le bourg du Tzar) est situé à vingt-deux verstes environ de Saint-Pétersbourg, sur une éminence peu élevée qui domine la vaste plaine d'alluvion formée par la Neva. Catherine II en avait fait son séjour de prédilection. Le palais, œuvre de Forsler, est une des plus belles productions d'une époque où la solennelle architecture de Louis XIV avait fait place à un art moins sévère et moins monotone. Malgré le goût contestable du genre rocaille, on ne peut refuser au dix-huitième siècle une entente jusque-là inconnue des agréments

TZAHSKOE-SELO. 203

que comportent les habitations de plaisance. Tzarskoé-Sélo est à la fois vaste et charmant. On regrette que Nicolas F ait converti en bronze tous les ornements dorés qui brillaient sur cette fastueuse demeure. Peut-être l'aspect général du monument avait-il plus d'originalité, alors que sous le ciel doux du Nord, il attirait de loin les regards sur ses murs blancs constellés de paillettes d'or et que surmontait un toit peint en vert clair et de ton brillant.

<c Le parc, couvert de beaux ombrages, entoure

de vertes prairies, de bois d'essences variées, arrosé par de nombreux canaux serpentant en rivières ou s'élargissant en lacs, est planté sur un terrain un peu accidenté qui contraste avec la vue des plaines unies des environs de Saint-Pétersbourg. Ses allées sinueuses, entretenues incessamment avec une minutieuse propreté, ménagent à chaque pas une surprise au promeneur. Là, c'est une colonne monumentale ; ici, les ruines d'une église gothique; plus loin, un théâtre; au détour d'une allée, on rencontre un obélisque au pied duquel sont enterrés quelques-uns des chiens favoris de la Sémiramis du Nord, et sur la pierre funéraire de l'un d'eux, on peut lire les vers agréables que M. de Ségur a consacrés à sa mémoire. » Ailleurs, au fond d'une vallée, un vaste lac sert de naumachie aux jeunes princes et berce une flotille en miniature ; et tout au bord, un bain

turc moderne, dont le mobilier- a été rapporté d'Andrinople, mire dans l'eau sereine ses arcades élégantes. De là on peut voir au-dessus du parc verdoyant la masse vraiment noble du palais , et comme contraste, au bas d'une longue allée de sycomores et de sapins, près du rivage, un de ces kiosques mignons, à jour, avec dôme fleuronné, colonnes, niches et frontons interrompus, un des plus jolis qu'on puisse voir dans un parc anglais. Le parc et les jardins de Tzarskoé-Sélo se joignent sans interruption avec ceux de Pavloskij, résidence du grand-duc Constantin. Là, le terrain est encore plus accidenté, la végétation peut-être plus puissante, les eaux sont plus abondantes, et lorsque, entraîné dans un léger droschky, on parcourt ces deux fraîches oasis par un beau jour d'été, il est impossible de se figurer que Ton touche à la limite du soixantième degré de latitude.

Énumération. Morfontaine, Ermenonville et Guiscard, types des jardins paysagers en France. — Le petit Trianon. — La villa T*allavicini. — Boulogne et Vincennes.

On ne peut nier que l'amour de la libre nature, si oubliée aux temps pompeux de Louis XIV, si admirée aujourd'hui, n'ait commencé à reparaître en France vers la seconde moitié du dix-huitième siècle, avec Watleau lui-même et surtout avec Rousseau. C'était une réaction naturelle. Las des terrasses et des quinconces et des bassins réguliers, l'œil redemandait « la ligne des coteaux qui fait rêver, » le vieil orme

Qui regarde à ses pieds toute la plaine vivre Gomme un sage qui rêve attentif à son livre,

et sur les rives des lacs ou des ruisseaux,

Quelque saule noueux tordu comme un athlète.

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Mais il est plus difficile encore d'imiter la nature que de l'arranger. Chez nous comme chez les Anglais, le goût nouveau ne produisit d'abord que des labyrinthes assez ridicules où les Parthénons coudoyaient les chinoiseries. La nature, celte grande indifférente, se vit conviée à la glorification de la morale et de ce qu'on appelait alors « les sentiments. » Il y eut des parcs chinois où à peine pouvait-on tenir deux dans une allée; des parcs philosophiques, romantiques, funéraires, vertueux, pleins d'ostentations mélancoliques et d'affectations dévotieuses. M. de Beaurepaire, seigneur bressan, avait figuré, dans son désert^ tous les pères de la Thébaïde, en bois, en plâtre ou en osier. Il n*y avait pas de jardin de plaisance sans tombeau; à défaut de mort célèbre, on empruntait à la famille un mort obscur; on raffolait d'un suicidé; un chien même était matière à monument. La promenade devenait un vrai travail, si Ton voulait se conformer aux exigences morales des sites. Le plus souvent, on se disputait au temple de l'Amitié. On n'avait pas le temps d'arriver à l'antre du Sommeil et l'on dormait au temple de l'Étude ; on profanait par des cartes et des dés le bosquet de la Simplicité, et la vallée des Tombeaux par des rires mondains. C'était le temps où Buffon écrivait « sur les genoux de la nature ».

Morel et avec lui une légion de dessinateurs,

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