UN FAUX DENOUEMENT. I J J
tous ces symptômes alarmants disparurent enfin pour faire place à d'autres; mais il ne sait si ceux-là sont des conséquences de l'ancien abus ou de la suppression de l'opium. Ainsi la transpiration abondante qui, même vers la Noël , accompagnait toute réduction journalière de la dose, avait, dans la saison la plus chaude de l'année, complètement cessé. Mais d'autres souffrances physiques peuvent être attribuées à la température pluvieuse de juillet dans la partie de l'Angleterre où était située son habitation.
L'auteur pousse le soin (toujours pour venir en aide aux infortunés qui pourraient se trouver dans le même cas que lui) jusqu'à nous donner un tableau synoptique, dates et quantités en regard, des cinq premières semaines pendant lesquelles il commença à mener à bien sa glorieuse tentative. On y voit de terribles rechutes, comme de zéro à 200, 300, 350. Mais peut-être bien la descente fut-elle trop rapide, mal graduée, donnant ainsi naissance à des souffrances superflues, lesquelles le contraignaient quelquefois à chercher un secours dans la source même du mal.
Ce qui m'a toujours confirmé dans l'idée que ce dénouement était artificiel, au moins en partie, c'est un certain ton de raillerie, de badinage et même de persiflage qui règne dans plusieurs endroits de cet appendice. Enfin, pour bien montrer qu'il ne donne pas à son misérable corps cette fanatique attention des valétudinaires, qui passent leur temps à s'observer eux-mêmes, l'auteur appelle sur ce corps, sur cette méprisable «guenille», ne fût-ce que pour la punir
de l'avoir tant tourmenté, les traitements déshonorants que la loi inflige aux pires malfaiteurs; et si les médecins de Londres croient que la science peut tirer quelque bénéfice de l'analyse du corps d'un mangeur d'opium aussi obstiné qu'il le fut, il leur lègue bien volontiers le sien. Certaines personnes riches de Rome commettaient l'imprudence, après avoir fait un legs au prince, de s'obstiner à vivre, comme dit plaisamment Suétone, et le César, qui avait bien voulu accepter le legs, se trouvait gravement offensé par ces existences indiscrètement prolongées. Mais le mangeur d'opium ne redoute pas de la part des médecins de choquantes marques d'impatience. Il sait qu'on ne peut attendre d'eux que des sentiments analogues aux siens, c'est-à-dire répondant à ce pur amour de la science qui le pousse lui-même à leur faire ce don funèbre de sa précieuse dépouille. Puisse ce legs n'être remis que dans un temps infiniment reculé; puisse ce pénétrant écrivain, ce malade charmant jusque dans ses moqueries, nous être conservé plus longtemps encore que le fragile Voltaire, qui mit, comme on a dit, quatre-vingt-quatre ans à mourir (1)!
W Pendant que nous écrivions ces lignes, la nouvelle de la mort de Thomas de Quincey est arrivée à Paris. Nous formions ainsi des vœux pour la continuation de cette destinée glorieuse, qui se trouvait coupée brusquement. Le digne émule et ami de Wordsworth, de Coleridge, de Southey, de Charles Lamb, de Hazlitt et de Wilson, laisse des ouvrages nombreux, dont les principaux sont : Confessions <>f an englisb opium-eater ; Suspiria de profundis ; tbe Casars; Literarv réminiscence ; Essais on tbe pocts; Autobiographie sbetebes; Memorials : tbe Notcboob; Tbeological essays : Letters to a young man : Classic records