‹ Les pardis artificiels. La fanfarloChapitre 12 sur 34 · UN FAUX DÉNOUEMENT. I · texte numérisé non relu

UN FAUX DÉNOUEMENT. I

douloureux de naître que de mourir. Je crois cela fort probable; et durant la longue période consacrée à la diminution de l'opium, j'éprouvai toutes les tortures d'un homme qui passe d'un mode d'existence à un autre. Le résultat ne fut pas la mort, mais une sorte de renaissance physique... II me reste encore comme un souvenir de mon premier état; mes rêves ne sont pas parfaitement calmes; la redoutable turgescence et l'agitation de la tempête ne sont pas entièrement apaisées; les légions dont mes songes étaient peuplés se retirent, mais ne sont pas toutes parties; mon sommeil est tumultueux, et, pareil aux portes du Paradis quand nos premiers parents se retournèrent pour les contempler, il est toujours, comme dit le vers effrayant de Milton :

Encombré de faces menaçantes et de bras flamboyants.»

L'appendice (qui date de 1822) est destiné à corroborer plus minutieusement la vraisemblance de ce dénouement, à lui donner pour ainsi dire une rigoureuse physionomie médicale. Être descendu d'une dose de huit mille gouttes à une dose modérée variant

de trois cents à cent soixante était certainement un assez magnifique triomphe. Mais l'effort qui restait à faire demandait encore plus d'énergie que l'auteur ne s'y attendait, et la nécessité de cet effort devint de plus en plus manifeste. II s'aperçut particulièrement d'un certain endurcissement, d'un manque de sensibilité dans l'estomac, qui semblait présager quelque

i ; i LES PARADIS ARTIFICIELS.

affection squirreuse. Le médecin affirma que la continuation de l'usage de l'opium, quoique en doses réduites, pouvait amener un pareil résultat. Dès lors , serment d'abjurer l'opium, de l'abjurer absolument. Le récit de ses efforts, de ses hésitations, des douleurs physiques résultant des premières victoires de la volonté, est vraiment intéressant. Il y a des diminutions progressives; deux fois il arrive à zéro; puis ce sont des rechutes, rechutes où il compense largement les abstinences précédentes. En somme, l'expérience des six premières semaines donna pour résultat une effroyable irritabilité dans tout le système, particulièrement dans l'estomac, qui parfois revenait à un état de vitalité normale, et d'autres fois souffrait étrangement; une agitation qui ne cessait ni jour ni nuit; un sommeil (quel sommeil !) de trois heures au plus sur vingt-quatre, et si léger qu'il entendait les plus petits bruits autour de lui; la mâchoire inférieure constamment enflée; des ulcérations de la bouche et, parmi d'autres symptômes plus ou moins déplorables , de yfolents éternuements, qui, d'ailleurs, ont toujours accompagné ses tentatives de rébellion contre l'opium (cette espèce nouvelle d'infirmité durait quelquefois deux heures et revenait deux ou trois fois par jour); de plus, une sensation de froid, et enfin un rhume effroyable, ce qui ne s'était jamais produit sous l'empire de l'opium. Par l'usage des amers, il est parvenu à ramener l'estomac à l'état normal, c'est-à-dire à perdre, comme les autres hommes, la conscience des opérations de la digestion. Le quarante-deuxième jour,

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