‹ Les pardis artificiels. La fanfarloChapitre 25 sur 34 · DÉDICACE · texte numérisé non relu

DÉDICACE

Pour connaître le bonheur, il faut avoir le courage de l'avaler. Le bonheur vomitif.

Oreste et Electre. Angoisses.

De l'utilité de la douleur.

(1> L'erreur de Poulet-Malassis s'explique aussi — bien qu'elle soit moins excusable — du fait que la préparation de la deuxième édition des Fleurs et celle des Paradis Artificiels sont rigoureusement contemporaines. Il faut quelquefois lire de très près les billets que Baudelaire, à cette époque-là, adressa à son éditeur, pour y faire le départ de ce qui doit être rapporté respectivement à ces deux ouvrages.

La femme naturelle.

La volupté artificielle.

Je désire que cette dédicace soit inintelligible.

Le texte définitif, établi vers la fin de décembre 1859, fut l'objet d'un examen très attentif. Baudelaire se montrait fort inquiet de son effet sur le lecteur. II écrivait à Poulet-Matassis le 1" janvier 1860 :

Que pensez -vous de la Dédicace? J'ai mes raisons pour vouloir le savoir (raisons de dignité).

et à sa mère , à la même date :

La dédicace. .. me fait un peu peur. Il y a tant de hauteur, d'insolence et de mépris, que je sens vaguement que je frise le ridicule. Je laisserai mon imprimeur juge de la question de goût.

L'énigme que constituent les trois initiales placées en tête de ce morceau n'a pas été sans tourmenter très fort nombre d'exégètes baudelairiens, nous compris. D'autant que, quoique l'auteur, dans le canevas qu'on vient de lire, ait manifesté la volonté que sa dédicace restât «inintelligible», le soupçon que ces initiales pourraient bien n être là que pour dérouter le lecteur ne supporte pas l'examen. Le fait que trois ans auparavant elles figuraient déjà au-dessus de Y Héantontimoroumenos dans la première édition des FLEURS DU Mal; le fait encore que, lors de l'établissement du texte des PARADIS , le typographe ayant par erreur imprimé J. G. T. au lieu de J. G. F. , Baudelaire fit rectifier, insistant particulièrement pour qu'il fût tenu compte de sa correction (voir ses lettres de la première quinzaine de mai 1860), — prouvent qu'il ne s'agissait là nullement d'une Electre imaginaire.

Evidemment, pour quiconque a étudié l'œuvre de Baudelaire et sa vie dans leurs rapports, seule Jeanne Duval, alias Jeanne Lemer, alias Jeanne Prosper, — elle changea souvent de nom comme de quartier pour fuir ses créanciers — peut venir ici en cause. Le second paragraphe de la dédicace aussi bien ne fait guère que paraphraser, en termes voilés, la célèbre pièce XXV des FLEURS DU Mal :

Tu mettrais l'univers entier dans ta ruelle...

derrière laquelle on devine l'image de Jeanne, et qui célèbre la fécondation du génie par la

Machine aveugle et sourde, en cruautés fécondel

Le quatrième paragraphe correspond exactement dans sa teneur à l'état où nous savons Jeanne à l'époque. Elle vient d'être très malade. Six mois auparavant elle a dû faire un séjour à la maison Dubois. Tourne-t-clle alors «tous ses regards vers le Ciel», comme le dit l'auteur? De cela nous pouvons douter, et sur la foi même de ce que nous apprendront les lettres de Baudelaire, au cours des années suivantes. Mais les événements qui nous y seront contés, ne se sont pas encore déroulés. Son amant, qui croit en I'efTet salutaire de la douleur; qui a eu sans doute bien des faiblesses, mais a toujours su les regarder en face et s'y condamner; qui, sans pouvoir atteindre à la foi, y aspire et prie; qui se reproche avec remords d'avoir trop souvent donné à sa compagne «l'exemple de la débauche et de la vie errante», imagine sans doute dans la conscience de Jeanne un travail parallèle. Est-il bien sûr d'ailleurs, qu'il se soit trompé? Pouvons-nous assurer, sur le témoignage d'événements postérieurs, qu'un tel travail ne se soit pas réellement effectué? Sous la menace de la mort et dans les affres de la souffrance, n'arrive-t-il pas que la plus matérielle des créatures s'amende et se spirituahse? Ainsi donc nous ne saurions, comme d'autres l'ont fait, trouver dans le quatrième paragraphe des raisons suffisantes pour écarter l'identification de J. G. F. avec Jeanne Duval.

Et nous dirons de même du cinquième. Sans doute, nous sommes, nous aussi, parmi les «stupides mortels» qui jugent sans indulgence «le grand ange au front d'airain». Mais si abondants qu'aient été les vices et défauts de Jeanne, si grandes sa sottise, sa méchanceté, sa cupidité, si constante son inconduite, n'y a-t-il pas apparence, pour que Baudelaire l'ait gardée plus de vingt ans auprès de lui , qu'elle dut bien aussi parfois lui montrer au moins un peu de cette charité qui survit à tout au cœur des femmes, — « ce qui ne meurt pas», disait Barbey d'Aurevilly M! Rien n'empêche donc, là encore, de voir en Jeanne l'Electre à laquelle allait «la gratitude d'un autre Oreste».

Il existe d'ailleurs, dans le sens de l'identification qui nous occupe, un témoignage tout à fait précis, c'est celui que Léon Cladel a apporté dans ses Images versicolores (La Plume, 15 décembre 1890). Ce témoignage est malheureusement trop dilué pour pouvoir trouver place ici in extenso. Nous ferons de notre mieux pour le résumer fidèlementW :

11 Cf. les Lettres ine'dites à sa mère, p. 40.

' La mémoire de Cladel n'aura qu'à se louer du procédé. Non certes que

Donc Cladel commence par conter qu'une fois qu'il accompagnait Baudelaire, ils aperçurent une négresse que des ivrognes poursuivaient. Lui, Cladel , rossa les ivrognes; quant à Baudelaire, il offrit son bras à la jeune femme et la reconduisit à ia maison hospitalière où elle habitait.

Quelques semaines après, il recevait de son protecteur un billet qui le priait à déjeuner pour fêter l'anniversaire de sa première rencontre en ce monde avec une très bonne âme qui lui était chère.

Pour cette occasion, la porte habituellement close d'un cabinet attenant à la grande chambre carrée qui composait tout l'appartement du poëte, avait été ouverte, et la surprise de Cladel fut grande quand, en pénétrant dans le réduit, il aperçut, présidant une table oblongue, chargée de porcelaine de Saxe et de couverts d'argent mat, — une magnifique négresse. «Oh! ses yeux à la fois obscurs et clairs, si douloureux! Elle me salua, muette aussitôt que je lui fus présenté. Les convives, dont plusieurs ne m'étaient pas inconnus, entre autres Asselineau, Guys. . . Poulet-Malassis . . . m'accueillirent avec quelque solennité. Tout le temps que dura le repas, aucun dialogue n'eut lieu que par signes, et je me rappelle encore le regard anxieux que me décocha notre amphitryon..., quand, en dépit de moi, quelques paroles s'échappèrent de ma bouche ...»

Au sortir du déjeûner, Poulet-Malassis lui donna le mot de l'énigme : cette négresse sans voix? la J. G. F. des Paradis Artificiels, la maîtresse chérie du poëte, en présence de laquelle celui-ci, par un soin touchant, ne voulait pas qu un seul mot fût proféré , espérant que par là elle souffrirait moins de sa cruelle infirmité '". — Et la solution de cette énigme, en même temps , révélait encore à Cladel la raison secrète de l'intervention de Baudelaire quelques semaines auparavant en faveur de l'autre créature, — elle aussi une noire, elle aussi une maudite...

II faut ajouter que, selon M. Ernest Reynaud (CHARLES BAUDE- LAIRE), Félicien Rops aurait également reconnu Jeanne en la mystérieuse J. G. F.

Ainsi donc on peut croire le mystère éclairci en ce qui concerne tant la personne visée que la première des trois initiales qui la désignent. Mais comment expliquer les deux autres?

nous prétendions rivaliser avec lui pour le style. Mais parce que, en résumant son récit, nous le purgerons aussi de toutes les inventions évidentes dont il foisonne.

m Nous ne connaissons, dans toute la correspondance de Baudelaire, qu'un passage qui puisse être interprété comme une confirmation de cette prétendue infirmité de Jeanne. C'est le suivant où Baudelaire, après avoir confesse des torts qu'il a eus envers sa maîtresse, conclut : 1 Elle sou lire et elle est muette» (26 mars 1853). — Mais n'y a-l-il pas toute apparence que ces trois mots signifiaient bien plutôt : et elle ne se plaint pas?

Après examen de bien des hypothèses qu'il serait sans doute fastidieux d'exposer, nous hésitons, pour notre part, entre les deux suivantes, sans d'ailleurs prétendre avoir rencontré la vraie : on a remarqué que les trois noms qu'avait notoirement portés Jeanne : Duval, Lemer, Prosper, sont parmi les plus répandus qui soient. D'ailleurs Jeanne avait figuré dans les petits théâtres aux environs de sa vingtième année. On peut donc supposer qu'elle ne porta jamais que des «noms de guerre», et que c'est à son véritable nom patronymique que correspondraient les deux initiales G. et F.

Ou bien nous serions disposés à prêter à ces deux initiales un caractère laudatif, ce qui conduirait à lire : A Jeanne, généreuse, grande ou glorieuse femme.

Mais encore une fois, sur ce point-là non plus que sur beaucoup d'autres, nous ne prétendons conclure.

Page VI. «... à une Electre lointaine. . . ». — Voir p. 106. — Cf. dans Le Voyage, composé à la même époque environ :

«Pour rafraîchir ton cœur nage vers ton Electre!)) Dit celle dont jadis nous baisions les genoux.

Page 1. Dans le texte de 1858, le titre était : DE L'IDEAL ARTIFI- CIEL,- LE HASCHISCH. De plus ce texte ne comportait pas de soustitres pour les chapitres, indiqués seulement par des chiffres romains. Enfin la division sous des chiffres ne commençait qu'après l'exorde (Le Goût de l'Infini), de sorte que le chapitre qui figure ici sous le n° II correspond au chapitre 1" de la première version, le III au II, etc.

Page 3. «II est des jours où l'homme, etc.» — Cf. certaines pièces de Spleen et Idéal dans les F LEURS DU Mal, notamment Elévation et Correspondances.

Page 4. «. . .que je puis sans exagération appeler paradisiaque,. . .» — 1858 : que je pourrais.

«Est-il le résultat d'une bonne hygiène?... la récompense de

la prière assidue et des ardeurs spirituelles? etc.» — Les questions que pose Baudelaire dans toute cette page correspondent à des pensées si fréquentes chez lui, qu'il n'est guère une ligne de ce texte qui n'évoque dans l'esprit de ses fidèles le souvenir de quel-

qu'une de ses pièces fameuses ou des passages de ses journaux intimes. Mais c'est là une réflexion que le lecteur aura déjà faite de lui-même.

— «Il est certain qu'une élévation constante du désir, une tension des forces spirituelles vers le ciel , serait le régime ...» — 1858 : seraient.

«...comme une véritable grâce, ... » — 1 85 8- 1860 : le mot n'est

pas en italique.

Page 6. «...comme dit l'auteur de Lazare...» : Auguste Barbier. — L'expression est empruntée à la pièce ayant pour titre : Le Gin :

Du gin, du gin! — à plein verre, garçon! Dans ses flots d'or, cette rude boisson Roule le ciel et l'oubli de soi-même; C'est le soleil, la volupté suprême, Le paradis emporté d'un seul coup;...

«... l'ivresse ... du littérateur, . . . obligé de chercher dans

l'opium un soulagement à une douleur physique,. . .» — Allusion à de Quincey, voir p. 79 , 110,122.

Page 7. «. . .l'ivrognerie la plus répugnante des faubourgs, qui, le cerveau plein de flamme et de gloire, se roule ridiculement dans les ordures de la route.» — Voir notre note sous la page 206.

«...et les parfums dont l'usage excessif, ... épuise. . .» —

1858 : épuisenf.

«Le travail sur l'opium, etc.» — Faut-il dire qu'il s'agit des

Confessions d'un mangeur d'opium, de Thomas de Quincey, dont l'analyse forme la seconde partie des Paradis artificiels?

«. . .qui n'a jamais été traduit en France dans sa totalité.» —

Voir notre historique, p. 290-295.

Ajoutons qu'il en existe aujourd'hui une traduction intégrale, due à M. V. Descreux (Stock, 1909).

Page 9. «II. Qu'est-ce que le Haschisch?» — 1858 : I (sans titre de chapitre).

«Les récits de Marco-Polo.. .» — Ils avaient paru dans le Recueil

de Mémoires et Voyages donné par la Société de Géographie en

Page 10. «...le livre de iM. de Hammer. ..» — Geschicbte der Assassinen, Tubinge, 1818. Une traduction française en avait paru en 1833.

Titre exact du travail de Sylvestre de Sacy : Mémoires sur la

dynastie des Assassins et sur l'origine de leur nom, lu à la séance publique de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres du y juillet 1809.

On a vu Baudelaire, dans un billet du 3 juillet 1858 donné p. 289, s'employer à se procurer cet ouvrage.

«Hérodote raconte...» — Voyages, liv. VI (éd. de Scheig-

hœuser, Strasbourg, 1816).

«Sans parler des enfants. . .» — Cf. p. 217.

«. . .les membres s'affaift/issent. . .» — C'est bien aussi le texte

de 1858 et de 1860, celui de 1851 (p. 216) avait donné : s'affaissent.

Page 1 1. Cf. p. 217.

Page 12. «...en petites bouteilles de 2 à 4 grammes,...» — Le texte de l'édition définitive donne ces chiffres en lettres, correction qui nous semble injustifiée. (Même observation pour la page suivante.)

— «. . .un peu de cantharide.» — 1869 : cantharide*.

Page 13. «. . .qui dissout les matières gommeuses étrangères,...» — 1 858 : les matières gommeuses et étrangères.

«. . .suivant le tempérament des individus et leur susceptibilité

nerveuse. . .» — 1858 : de /'individu et sa susceptibilité nerveuse.

Page 14. Dans le texte de 1858, les derniers mots : ivresse mystérieuse, renvoyaient par un astérisque à la note suivante :

J'ai, pour plus de sûreté, fait vérifier ces documents par le directeur actuel de la pharmacie Dorvault, qui, depuis plusieurs années, possède les clillércntes préparations du haschisch tirées du chanvre de Bengale.

Le Catalogue général de la Librairie française mentionne un François-Marie-Laurent Dorvault, né en 1815 et auteur d'une étude sur La Cannabine, son mode d'administration, qui avait paru au Bulletin de Thérapeutique en 1 849. II semble bien qu'il doive s'agir ici de ce Dorvault-Ià ou de son successeur.

Le remaniement de cette note et son insertion dans les PARADIS ARTIFICIELS furent envisagés par l'auteur et l'éditeur et devinrent l'objet, entre eux, d'une discussion assez particulière. On en trouve la trace dans les lettres de Baudelaire au cours des mois d'avril et de mai 1860. L'éditeur ou du moins son beau-frère et associé, de Broise, voulait qu'en retour de cette réclame habilement déguisée, le pharmacien s'engageât à prendre ferme deux cents exemplaires. Baudelaire n'admettait pas qu'on imposât au pharmacien, avec lequel il avait «de vieux et longs rapports», une obligation aussi commercialement déterminée. «Je vous engage (écrivait-il à Poulet-Malassis le 22 avril 1860) pour votre honneur et pour le salut des belles manières, à lui permettre de s'approvisionner d'exemplaires, au fur et à mesure.»

Le libellé de la réclame fut aussi discuté minutieusement avec le pharmacien :

Mon pharmacien ne m'a pas envoyé sa note, je lui ai envoyé des notes, le priant de fondre ses idées avec les miennes. S'il ne me répond pas demain, je me passe de lui, ou je ne mets rien. (27 avril.)

Le pharmacien désire relire la note finale avec moi, dans la crainte de quelque étourderie de ma part. (icr mai.)

Ainsi donc le texte de la note, qui devait avoir «un caractère sérieux, où la réclame sera dissimulée» (lettre du 22 avril) avait été définitivement arrêté. Mais sur ces entrefaites Baudelaire s'effrayait des conséquences possibles de son insertion :

Maintenant je ne blague pas. Une terreur me prend, relativement à la note pharmaceutique de la fin. Réfléchissez-y bien. II suffit de la malveillance d'un méchant bougre, dans quelque sale journal, pour nous créer un embarras. (3 mai.)

Ne vous moquez pas de moi , à cause de mes histoires de tireuse de cartes. Qu'y auraii-il d'étonnant dans ce fait qu'un agent trop zélé trouvât immoral qu'à la suite d'un livre sur l'opium et le haschisch on indiquât les différentes préparations des substances, et les différents avantages ou incommodités attachés à chacune d'elles? (5. d.

Finalement la note technique, qui déjà avait pris place dans la dernière feuille des épreuves, fut supprimée au tirage, au grand soulagement de l'auteur.

Page 15. «III. Le Théâtre de Séraphin.» — 1858 : II (sans titre de chapitre).

Le Théâtre Séraphin, 12, boulevard Montmartre (ombres chinoises, marionnettes, voltigeurs et points de vue mécaniques), directeur : Roger Séraphin. (Bottin.) Nous avons déjà eu l'occasion d'en parler dans nos notes sur les CURIOSITÉS ESTHÉTIQUES, p. 469.

Page 16. «Les uns, pleins de sa vie ordinaire, de ses préoccupations, de ses désirs, de ses vices, se combine/if, etc.» — 1858 : Les uns sont pleins de sa vie ordinaire, de ses préoccupations, de ses désirs, de ses vices combina, etc.

Page 17. «Il a voulu faire l'ange, il est devenu une bête.» — Est-il utile de remarquer qu'ici Baudelaire se souvient de Pascal (Pensées, art. VII, 13).

Page 18. «. . .un miroir grossissant, mais un pur miroir.» — 1858 : un miroir grossissant, mais rien qu'un miroir.

«Voici la drogue sous vos yeux.» — Cf. p. 217.

— «. . .un peu de confiture verte, gros comme une noix,. . .» — 1869 : grosse comme une noix.

«. . .peut-être serez-vous moins homme que vous ne /'êtes au-

jourd'hui;. . .» — 1858 : que vous n'êtes aujourd'hui.

Page 19. «...et vous avez sur les voyageurs ordinaires ce curieux avantage d'ignorer où vous allez.» — 1858 et 1860 : ce curieux privilège, etc.

«Iiyawry prendre garde.» — 18^8 : II y faut prendre garde.

■ «. . .comme un glas. . .» — Coquille de 1869 : comme nu glas.

Page 20. «. . .et ce n'est pas une chose peu curieuse à observer, chez les novices,. . .» — 1869 : à obraii'r, etc.

Page 21. «Le démon vous a envahi.» — On sait qu'aux yeux de Baudelaire, le comique est satanique. Voir dans les CURIOSITÉS Esthétiques , De l'Essence du Rire.

«. . .le fil conducteur qui relie vos conceptions si ténu,. . .» —

1858 : les fils de la chaîne qui relie vos conceptions si ténus, etc. — Cf. p. 220.

Page 22. «Bientôt elle grandira, grossira et éclatera comme un météore.» — 1858 : grandira, grossira et brillera comme un météore.

«J'ai été témoin. . .» — Cf. p. 220.

«Ces éclats de joie, ces jeux de mots, ces physionomies altérées, toute cette atmosphère malsaine l'irrite et le pousse à déclarer,. . .» — 1 858-1 860 : l'irritenf et le poussent à déclarer.

Page 24. «...sans l'aide d'aucune cause apparente...» — 1858- 1860 : sans l'aide d'aucune autre cause apparente.

«...un sujet de terreur.» — 1 858-1860 : un ofejet de terreur.

«...un tour purement et absolument rapsodique.» — 1858 :

absolument fortuit.

Page 25. «...je les répétais sans cesse dans mon esprit.» — 1858 : en mon esprit.

L'incident du pharmacien aurait été tiré par l'auteur de ses sou-

venirs personnels, au dire de Rioux de Maillou, qui le tenait de Ménard (voir p. 286).

Page 26. «...et ressemblant beaucoup à celle des vieux mangeurs d'opium.» — 1858 : et ressemblant quelquefois , etc.

«. . .avec une curiosité fortement mêlée de défiance.» — 1858 :

méfiance.

«. . .toutes ces idées absurdes traversèrent mon cerveau.» —

1858 : me traversèrent le cerveau.

«...il me pria simplement de me retirer.» — 1858 : tout ce

membre de phrase est en italique.

}} i NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS.

Page 2~. «... vous avez alors des mains de beurre, et, dans votre tête, dans tout votre être, vous sentez une stupeur et une stupéfaction embarrassantes.» — 1858 : vous avez alors, comme on dit, des mains de beurre, et vous sentez une lourdeur de tête et dans tout votre être une stupéfaction embarrassante. — Cf. p. 222.

Page 30. «...je me considérais comme une statue taillée dans un bloc de glace;» — 1858-1860 : dans un seul bloc de glace.

«...les avalanches de rose dans les couchers de soleil.» - —

1 858-1 860 : de soleib.

Page 31. «Si tous les drames étaient entendus selon cette méthode, ils y gagneraient de grandes beautés, même ceux de Racine.» — 1858 : Si tous les drames (je n'en excepte pas ceux de Racine) étaient entendus selon cette méthode, ils seraient tous toujours beaux.

«. . .petits et cernés. . .comme les figures de Meissonier.» —

Voir les Curiosités Esthétiques, dans notre édition, p. 182.

Page 32. «. . .au milieu du plus vaste tumulte.» — 1858 : au milieu des bruits les plus aigus. — Cf. p. 223.

«. . .conçoit facilement ces analogies.» — 1858 : /es analogies.

— Baudelaire revient ici sur l'une de ses idées préférées. Voir les mots Analogie et Correspondance dans les index de notre édition.

«Les notes musicales deviennent des nombres...» — On lit

dans Fusées: Tout est nombre. Le nombre est dans tout. Le nombreest dan-s l'individu. L'ivresse est un nombre.

Page 33. «. . .une agilité égale à celle de l'exécutant.}) — 1858 : de l'instrument.

«Il arrive quelquefois. . .» — Cf. p. 224.

- «. . .l'objectivité, aui est le propre des poètes panthéistes,. . .» — 1858 : l'objectivité particulière aux poètes panthéistes.

«... et que vous vous conlondez bientôt avec eux. Votre œil se li\c

sur un arbre. . .» — 1858 : et que vous vous confondez avec les objets extérieurs. Votre œil fixe un arbre.

Gautier dans le Club des Hacbichins témoigne dans le mêmesens :

Par un prodige bizarre, au bout de quelques minutes de contemplation, je me fondais dans l'objet fixé, et je devenais moi-même cet objet.

«Votre attention se reposera. . .» — 1 8 j8 : Votre attention sejixera.

Page 34. «. . .vous a permis d'examiner à la pendule.» — i8 j8 : de regarder à la pendule. — Cf. p. 223.

«On dirait qu'on vit plusieurs vies d'homme en l'espace d'une

heure.» — Peut-être est-ce en relisant ceci que Baudelaire notait pour ses Fusées :

On dit que j'ai trente ans; mais si j'ai vécu trois minutes en une... n'ai-je pas quatre-vingt-dix ans?

Cf. encore dans les FLEURS DU M.AL, Spleen (lxxv).

«Quand je parle d'hallucinations,. . .» — C'est là une matière

que Baudelaire avait étudiée d'assez près, sinon directement, du moins à travers Brierre de Boismont (voir p. 291 et, dans notre édition des PETITS POEMES EN PROSE, p. 348, la note sur la page 170), et dont il a tiré plusieurs fois de grands effets poétiques. Qu'est-ce en effet, par exemple, que Les Sept vieillards, sinon une hallucination? S'il eût vécu davantage, on peut tenir pour certain d'ailleurs que le poète aurait puisé abondamment au domaine des sciences occultes. Une série de poèmes en prose, restés à l'état de projet, devait notamment, on l'a vu, porter le titre général d'Oneirocrite'e.

II convient d'ailleurs de remarquer que Baudelaire fait ici la même distinction que Brierre de Boismont faisait dans la classification des hallucinations (2* éd., 1852, p. 12).

Page 3^. «. . .avant d'être étranges et monstrueuses,. , .» — 18^8- 1860 : avant d'être étranges ou monstrueuses.

Page 36. «. . .qui m'avait causé tant de jouissances, etc.» — 1858 : tant de jouissance, etc.

Page 37. «...s'élève un treillage peint en trompe-l'eeil , et suivant naturellement la courbe du plafond.» - - 1858 : un treillmage peint en trompe-I'œil , et qui suit, etc. — Théophile Gautier a mentionné

dans sa célèbre étude biographique, qu'il s'agit ici d'un boudoir de l'hôtel Pimodan.

«. . .non illuminée par l'œil de mon esprit,. . .» — 1858 : non

pas illuminée par l'œil de mon esprit. — Voici une preuve nouvelle , à ajouter à toutes celles données p. 291, que Baudelaire avait lu de très près Brierre de Boismont. On trouve en effet, chez celui-ci, p. 493 : «La pensée... se présentait à l'ait de son esprit, suivant la belle expression de Shakespeare...» — Voir la note sous la p. 114.

Page 38. «Dès lors l'idée de claustration domina mon esprit,. . .» — 1858 : Dès lors l'idée de cage et de prison domina dans mon esprit.

«...dans cette cage somptueuse , » — 1 858 : dans cette belle cage.

Page 39. «... et malgré tous les efforts de mémoire que j'ai pu faire ,.. . »

— 1858 : et quelques efforts de mémoire que j'aie pu faire.

«Si longue qu'elle dût me paraître à ce point de vue, il me

semblait toutefois. . .» — 1858 : Quelque longue qu'elle dût me paraître à ce point de vue, il me semblait alors.

Page 40. «... lui permettait de rentrer dans la vie réelle. En effet , etc.»

— 1858 : lui permettait de rentrer dans la vie réelle. Elle croyait la tempête dissipe'e. En effet, etc.

Page 41. «Car l'homme se sent tellement. . .» — Cf. p. 225.

«. . .se reflète. . .» — Faute de 1860 : se reflète.

Page 43. «. . .et, maintenant, quelle peine. . .» — Cf. p. 227.

Page 45. «IV. L'Homme-Dieu.» — 1858 : III (sans sous-titre). — II semble probable que l'idée du titre de ce chapitre fut inspirée à Baudelaire par un passage des Confessions d'un mangeur d'opium qu'il adaptait alors, — passage où il n'est question d'ailleurs nullement des effets de l'opium, mais simplement où Quincey conte avec humour l'impression produite sur son jeune âge par le cérémonial pompeux avec lequel il avait été reçu dans un hôtel de Shrewsbury : «Je pouvais dire comme un des douze Césars, à l'heure de la mort : «Ut puto, deus fio» (mon opinion personnelle est que je suis en train dépasser Dieu). — Traduction V. Descreux, Stock, 1909, p. 181.

Page 46. «...l'époux de Ligeia;...» — Voir HISTOIRES EXTRA- ORDINAIRES, Ligeia.

((Bérénice.» — Voir NOUVELLES HISTOIRES EXTRAORDI-

NAIRES.

Page 47. «Auguste Bedloe.» — Voir Histoires extraordinaires , Les Souvenirs de M. Auguste Bedloe.

«...qui, chaque matin, avant sa promenade, avale sa dose

d'opium , nous avoue que le principal bénéfice qu'il tire de cet empoisonnement quotidien,. . .» — 1858 : qui, chaque matin, avant sa promenade, prend une bonne dose d'opium, nous avoue que le principal bénéfice qu'il tire de son empoisonnement quotidien.

«Cependant l'opium avait produit son effet accoutumé, qui est

de revêtir tout le monde extérieur d'une intensité d'intérêt, etc.» — Cf. Les Fleurs du Mal, Le Poison (xlix) :

L'Opium agrandit ce qui n'a pas de bornes,

Allonge l'illimité, Approfondit le temps, creuse fa volupté,

Et de plaisirs noirs et mornes Remplit l'âme au delà de sa capacité.

On trouve aussi, dans Fusées, quelques lignes qui semblent en rapport avec ce texte :

Les milieux, les atmosphères, dont tout un récit doit être trempé. (Voir Usber, et en référer aux sensations profondes du haschisch et de l'opium.)

« — dans les vagues odeurs échappées de la forêt, — » — 1858 :

dans les vagues odeurs qui venaient de la forêt.

Page 48. «. . .mais le mot rapsodique. ..» — 1858 : mais ce mot rapsodique.

Page 49. «De Quincey affirme avec raison...» — Cf. p. 228-229.

«Un tempérament moitié nerveux, moitié bilieux . . . un esprit

cultivé , exercé aux études de la forme et de la couleur ; un cœur tendre, fatigué par le malheur, mais encore prêt au rajeunissement... des fautes anciennes... des remords... le goût de la métaphysique. . . cet amour de la vertu. . . une grande finesse de sens.» — H est bien évident que l'auteur s'est pris ici pour modèle.

Page ci. «...les murs des auberges ... » — 1858 : les murs ti'auberge.

«La sinuosité des lignes est un langage définitivement clair. . . »

— Cf. Fusées :

Le dessin arabesque est le plus spiritualiste des dessins.

«Fourier. . .Swedenborg. . .» — Voir l'Art ROMANTIQUE,

dans notre édition, p. 304.-305.

«. . .l'allégorie, ce genre si spirituel. . ., etc.» — Dès son Salon

de 18+j , Baudelaire déjà voyait en elle «un des plus beaux genres de l'art».

«. . .mais qui est vraiment l'une des formes. . .» — 1858 : mais

en somme l'une des formes, etc.

Page 52. « — profondeurs de l'espace,...» — 1858- 1860 : profondeur de l'espace.

« — la danse, le geste ou la déclamation des comédiens,.

1858 : la danse, la marche ou la déclamation des comédiens.

— «La grammaire, l'aride grammaire. . .» — Léon Cladel, dans BuNSHOAiMES (Charpentier, 1879), a contc avec une enthousiaste admiration une séance de «sorcellerie évocatoire» à laquelle l'avait convié Baudelaire, et d'où le haschisch était d'ailleurs exclu.

«La musique, autre langue chère aux paresseux ou aux esprits

profonds qui cherchent le délassement dans la variété du travail, vous parle de vous-même. . .» — 1858 : La musique, cette autre langue, la langue des paresseux ou des esprits qui cherchent le délassement, vous parle de vous-même.

Page 53. «. . .dans l'ivresse cérébrale de quelques artistes.» — 1858 : dans l'ivresse de quelques cerveaux cPartistes.

Baudelaire a, lui aussi, chanté l'eau plusieurs fois. Voir notamment Le Jet d'eau et l'étonnant Rcve parisien.

«. . .les jeux d'eau,. . .» — 1858 : pas d'italique.

«. . .ne pût devenir pour l'enthousiaste une tragique réalité.» —

1 S58 : ne pût devenir pour le contemplateur une tragique réalité.

Page 54. « On a bien deviné, je présume , . . . » — 1 858 : // est bien compris, je présume.

«... cet accroissement anormal et tyrannique s'applique égale-

ment à tous les sentiments et à toutes les idées : ainsi à la bienveillance; j'en ai donné, je crois, un assez bel échantillon; ainsi à l'idée de beauté; ainsi à l'amour. L'idée de beauté. . . Quant à l'amour,...» (p. 55). — Les mots en italique, dont le contexte prouve la nécessité, sont omis dans les textes de 1860 et 1869.

«... ne croyez pas qu'il souffre longtemps de l'aveu auquel il est

contraint, m qu'il se regarde comme une note discordante. . » — 18^8 : et qu'il se regarde.

Page ^5. «Pour répondre à un sous-entendu déshonnête,. . .» — Dans Le Club des Hacbicbins, Gautier, lui, se prononce formellement : «Je dois convenir, écrit-il, que la plus belle fille de Vérone, pour un hachichin, ne vaut pas la peine de se déranger.» Quant à Pline, voici ce qu'il écrit à ce sujet : «Semen cujus extinguere genituram virorum dicitur.» (Tome XX, ch. xcvil, édition Ajasson de Grandsaigne, De Cannabi.) Cet Ajasson de Grandsaigne , signa- Ions-Ie en passant, fut d'ailleurs, lui aussi, avec Alphonse Karr et Firmin Boissard , un des premiers en France à expérimenter le haschisch. (Voir Brierre de Boismont, op. cit., 2e éd., p. 4.33.)

«. . .et les conduire peut-être, et très-rapidement, jusqu'à cette

syncope qui est considérée par les vulgaires mortels comme le summum du bonheur.» — Cette phrase ne figurait pas dans le texte de 1838. Peut-être avait-elle paru trop osée à Alphonse de Calonne?

Page 56. «... égarait ses adorations 6 j'en au delà de l'impartial Lingam , c'est-à-dire jusqu'au culte absolu et exclusif de la moitié féminine du symbole.» — 1858 : s'égarait dans ses adorations au point de dépasser les Hindous adorateurs de l'antique Lingam.

Page 57. «Le goût de la protection, un sentiment de paternité ardente et dévouée peuvent se mêler à une sensualité coupable, etc.» — Ne semble-t-il pas que ce soit sa propre intimité avec Jeanne Duval que l'auteur définit ici?

Page 58. « . . . contraint de s'admirer lui-même.» — Pas d'italique dans le texte de 1858.

Ne possèdes-tu pas ce mépris souverain qui rend l'âme si

bonne?» — Cf. l'Art ROMANTIQUE, notre note sur la page 180. «Cependant nous pouvons supposer que de temps à autre un

souvenir mordant traverse eteorrompf ce bonheur,» — 1858- 1860 : et corrompe ce bonheur.

Page ^9. «. . .ou, pii encore,. . .» — 1858 : ou, pire encore.

Page 60. «. . .après s'être confessé à l'univers,. . .» — 1858 : après s'être confessé au monde. — Cf. Mon cœur mis à nu :

Parce que je comprends une existence glorieuse, je me crois capable de la réaliser. O Jean-Jacques!

Page 61. « — ces beaux navires balancés par les eaux de fa rade dans un désœuvrement nostalgique, et qui ont l'air de traduire notre pensée : Quand partons-nous pour le bonheur?» On trouve cette même idée dans Fusées :

Ces beaux et grands navires, imperceptiblement balancés (dandinés) sur les eaux tranquilles, ces robustes navires, à l'air désœuvré et nostalgique, ne nous disent-ils pas dans une langue muette : quand partons-nous pour le bonheur?

On la trouve encore, mais moins fidèlement reflétée, dans Les Fleurs du Mal, Moesta et errabunda (lxi) :

Emporte-moi, wagon! enlève-moi, frégate!

Loin ! Loin ! ici la boue est faite de nos pleurs ! — Est-il vrai que parfois le triste cœur d'Agathe Dise : Loin des remords, des crimes, des douleurs, Emporte-moi, wagon! enlève-moi. Irégate?

«. . .à mon implacable appétit d'émotion,. . .» — 1858 : à mon

inextinguible appétit d'émotion. — Voir la lettre à Poulet-Malassis en date du 23 avril 1860, que nous avons donnée p. 303.

«. . .dans l'âme de ce déplorable bienheureux :» — 1858 : de cet

infortuné bienheureux.

Page 62. «.. .croyez qu'il se redressera devant celui-là, ...» — Ce mot n'est pas en italique dans le texte de 1858.

«Quel est le philosophe français...» — Ne serait-ce pas Victor

Cousin? Mais nous n'avons pas retrouvé le passage.

ÉCLAIRCISSEMENTS ET VARIANTES. $4l

«Je suis un dieu qui ai mal dîné?» — 1858 : Je suis un dieu

qui a mal dîné? — On a vu Baudelaire se lamenter au sujet de cette faute grossière du premier texte (p. 304), dans sa lettre du 23 avril 1860.

Page 63. «V. Morale.» — 1858 : IV (sans sous-titre).

«. . .les titillantes envies de pleurer,. . .» — 1858 : les insuppor-

tables envies de pleurer.

«La volonté surtout est attaquée, de toutes les facultés la plus

précieuse.» — i8 j8 : La volonté surtout est attaquée, de tous les organes le plus précieux.

Voir au sujet de cette correction la lettre de Baudelaire à Poulet- Malassis, sans date, donnée p. 303.

«Mais peut-on affirmer qu'un homme incapable d'action, et

propre seulement aux rêves, se porterait. . .» — 1838 : Mais peut-on affirmer qu'un homme qui ne ferait que rêver et serait incapable d'action, se porterait, etc.

Page 64. «Or, nous connaissons assez la nature humaine pour...» — 1858 : Or, nous connaissons assez lien la nature humaine pour.

«Même en Orient, etc.» — Cf. p. 230.

«Souvenons -nous de Melmoth, cet admirable emblème.» —

Cf. Curiosités ESTHÉTIQUES, De l'Essence du Rire, p. 378-379 de notre édition. Une pièce que nous a communiquée récemment M.Lévy-Danon,nous permet de compléter aujourd'hui la note dont nous accompagnions naguère ces pages. II s'agit d'une lettre de Baudelaire (inédite) et qui montre que celui-ci , dans son admiration pour Maturin, ne se contenta pas de déplorer que la traduction de Melmoth eût été confiée par Lacroix -Verboeckhoven à MUe Judith mais envisagea sérieusement de l'entreprendre lui-même, malgré ce contretemps. Voici le passage le plus important de cette lettre qui est adressée à Michel Lévy et porte la date du 9 mars 186^ :

Je suis convaincu qu'une simple annonce : Melmoth de Maturin, traduit par Cb. Baudelaire , avec une notice de M. Flaubert ou de M. d'Aurevilly, (qui ^ont comme moi deux vieux romantiques), suffirait pour couler la spéculation Lacroix. J'ai calculé qu'il suffirait de deux mois d'un tru\ml régulier,

pour traduire l'ouvrage entier. On pourrait faire hardiment un premier tirage de 1 0,000 exemplaires. Je sais ce que j'affirme. Je viens de relire la détestable traduction faite en 1820, et sous le texte français, je devinais partout la phrase anglaise.

Page 6«. «Balzac...» — On sait que Balzac est l'auteur d'un Traite des excitants modernes. Il faut noter qu'il ne s'y est pas montré, dans sa conclusion, moins sévère que Baudelaire. Encore ne s'y occupait-il ni du haschisch ni de l'opium.

Gautier, dans son Etude biographique qui a pris place en tête de l'édition dite définitive des Œuvres complètes de Baudelaire, a confirmé le récit que fait ici notre auteur :

Nous étions ce soir-là à l'hôtel Pimodan, et nous pouvons constater la parfaite exactitude de cette petite anecdote. Seulement, nous y ajouterons ce détail caractéristique : en rendant la cuillerée de dawamesk qu'on lui offrait, Balzac dit que l'essai était inutile et que le haschisch , il en était sûr, n'aurait aucune action sur son cerveau.

«. . .il n'est pas pour l'homme de plus grande honte ni de plus

vive soull'rance. . .» — 1858 : il n'est pas pour l'homme de plus grande honte et de plus vive souffrance.

«. . .que j'entendis une fois le paradoxe d'un officier. . .» —

II doit s'agir de Paul de Molènes, pour lequel Baudelaire professait une vive sympathie et qui, dans ses Histoires sentimentales et militaires (1855), a consacré des pages émues à la mort du général Bouscaren, blessé à EI-Aghouat et mort des suites de l'opération chirurgicale nécessitée par sa blessure.

Page 66. «Le chirurgien n'était pas de l'avis de cet officier; mais ['aumônier aurait sans doute admire' ces sentiments.)) — 1858 : Le chirurgien n'était pas de l'avis de cet officier; mais l'aumônier pouvait en être.

Page 67. «Mais je les prierai d'observer...» — 1858 : Mais je leur ferai remarquer.

Page 68. «Celui qui aura recours à un poison pour penser ne pourra bientôt plus penser sans poison.» ■ — 1858 : pas d'italique.

Page 69. «...(celui de Francavilla, d'Albert Durer, de Goltzius ou de tout autre, qu'importe?» — 1858 : (celui de Francavilla ou d'Albert Durer, ou de tout autre, qu'importe?

— «. . .le poëte attristé se dit, etc.» — Cf. pour le mouvement et l'idée, dans les FLEURS DU Mal, les admirables strophes qui terminent Bénédiction :

Vers le Ciel où son œil voit un trône splendide. . .

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