UN MANGEUR D'OPIUM
Comme nous l'avons dit dans notre historique, cet essai parut à la Revue Contemporaine les i j et 31 janvier 1860. Dans ce périodique, les citations avaient été imprimées en caractères d'un œil plus petit.
Page 76. «. . .il compare. . .sa pensée à un thyrse,. . .» — Un peu plus loin Baudelaire reviendra sur cette image (p. 194.) qui lui a aussi inspiré son poème en prose : Le Thyrse, dédié à Franz Liszt.
Page 79. «Non, ce ne fut pas, etc.» — L'auteur renverra plus loin à ce passage (p. 109).
Page 81. «. . .une amie de sa famille. . .» — R. C.-1860 : de famille.
Dans la Revue Contemporaine le passage commençant par les
mots : «Le docteur Johnson. . .» et finissant par les mots : «neuf pièces d'Euripide.» (p. 87) figurait en petits caractères.
Page 84. A propos de la note. — Faut-il y voir une étourderie ou un enjolivement romanesque du traducteur? On est d'autant plus surpris de la suggestion qu'elle apporte, que Quincey, dans son texte, a pris soin de nous faire connaître qu'il s'agissait du portrait, par Van Dyck probablement, d'une bienfaitrice de l'école.
Page 87. «...rejeté par un incident...» — 1869 : accident. Coquille?
Page 89. «Plus souvent ce sont des lettres d'amour. . .» — Il semble qu'avant de revenir à ce texte, Baudelaire, sur la première épreuve, avait corrigé par : c'est desilettres d'amour. (Voir la lettre, sans date, à Poulet-Malassis donnée p. 303.)
Page 94. «L'homme ne voit jamais l'homme sans plaisir!» — Nous n'avons pas retrouvé ce passage, cité déjà dans les CURIOSITÉS
ESTHÉTIQUES (p. 342). Robespierre avec ses dons éclatants, son dandysme, sa destinée tragique, exerçait sur Baudelaire une véritable fascination. Dans l'inventaire des gravures que le poète laissera à sa mort sont mentionnés des portraits du tribun révolutionnaire.
Pages 104- 105. Le passage entre guillemets figure dans la Revue Contemporaine en petits caractères.
Page 106. «L'Oreste de l'opium a trouvé son Electre,. . .» — Voir la Dédicace, p. VI et la note sur la page 132.
Page 109. «Ainsi que je l'ai dit au commencement...» — Voir p. 79.
Page 114. «. . .devant l'œil de son esprit.)) — Voir nos notes sur la Page 37-
Page 115. «...un bain de multitude.» — Voir nos notes dans les Petits Poèmes en prose, p. 241 et 283. Elles établissent que Sainte-Beuve devait condamner cette violence faite à la syntaxe et Baudelaire s'incliner devant son arrêt, — mais refaire la faute l'année suivante dans son poème en prose : Les Foules.
Pages 115-118, 1 19-120. Les passages entre guillemets figurent dans la Revue Contemporaine en petits caractères.
Pages 121-122. «...deux cent cinquante milles, enfermé dans. . .» — «...chaque samedi soir.» — «hélas! oui!» — Revue Contemporaine : et enfermé. — tous les samedis soirs. — Mon Dieu ! oui.
Page 122. « Peut-être cette prudence et cette modération avaient-elles retardé. . .» ■ — R. C. : Peut-être e'taient-ce cette prudence et cette modération qui avaient.
Page 125. «...qui ne savait pas plus la langue malaise que l'anglaise,...» — R. C. : le malais que l'anglais.
Page 128. Les vers cités de Shelley : Laon et Cytbna, chant V, strophe XXIII. «
Page 129. «...avant de parvenir à un certain degré, on peut toujours réduire la dose...» — R. C. : à une certaine dose, on peut toujours la réduire.
«. . .toute réduction. . .» — 1869 : toute Réduction, coquille
évidente.
Page 130. «La philosophie et les mathématiques...» — R. C. : La philosophie, les mathématiques.
Page 131. «Voilà l'homme!» — Cf. le Tbou art tbe man! à la fin de l'article sur La Double Vie, d'ailleurs contemporain de ces pages (L'Art Romantique, p. 4.16).
■ «Mais sa plus grande, sa plus délicieuse surprise...» — R. C. :
Mais son plus grand, son plus délicieux étonnement.
Page 132. «.. .à sa compagne. » — R. C. : à son Electre.
— «O humiliation, etc.» — Dans le texte de la Revue Contemporaine, cette apostrophe est placée entre parenthèses, un peu plus haut, après les mots : On avait même.
A propos de la note de Baudelaire. — La bibliographie des
œuvres de Thomas de Qumcey mentionne en effet plusieurs ouvrages relatifs au grand économiste : On tbe services of Ricardo to political economy. Ricardo made Easy et Dialogue of tbree Templars on Political Economy, cbiejly in relation to tbe principles of Mr. Ricardo.
Page 133. «Horrible situation, etc.» — Quand on songe à la fin qui attendait Baudelaire, — cette fin où il se survécut deux ans, — ce morceau ne prend-il pas une horreur prophétique?
«. . .dans mon étude sur le haschisch. . .» — Le texte de la
Revue Contemporaine renvoyait à la note suivante :
Voir la Revue, 2° série, t. V, p. 274. (livr. du 31 octobre 1858). Voir p. 63 de notre texte.
Page 134. «...se produisit dans son sommeil...» — R. C.-1860 : se reproduisit dans son sommeil.
«...et se sentait martyrisé...» — R. C. : et se trouvait martyrisé.
Page 135. «Il lui semblait. . .qu'il descendait indéfiniment...» — Peut-être est-ce là que Baudelaire prit l'idée de ses Symptômes de ruine (voir Petits Poëaies en prose, p. 260).
j [6 NOTES ET ÉCLAiRCISSEMEM -..
Pages 136-137. Le texte de la R. C. est sensiblement différent pour le passage qui va depuis : L'auteur. . . jusqu'à : // m'est arrivé... — Le voici :
L'auteur nous donne quelques échantillons de ces rêves, d'une nature étrange et redoutable. Dès sa jeunesse, il avait aimé Tite-Live; il en avait fait plus tard, au milieu d'études arides, un délassement de ses heures plus sérieuses. Son esprit, bien que peu porté vers les matières historiques, s'était également familiarisé avec une certaine période de l'histoire d'Angleterre, la guerre du Parlement, attiré par la grandeur morale de ceux qui y ont figuré, et par les intéressants mémoires qui ont survécu à cette époque troublée. Or, maintenant, par la logique particulière qui gouverne les événements du sommeil, ces divers éléments historiques se mêlaient dans son cerveau et se succédaient de la manière la plus bizarre. De même, pour les esprits naïfs des campagnards, une tragédie devient le dénouement de la comédie qui a ouvert le spectacle. Pour bien comprendre le drame fantastique qui suit, il faut noter que les mots : Consul Romanus , qui reviennent si souvent dans Tite-Live, comportaient pour lui la plus grande somme d'autorité dont un homme puisse être revêtu, toute l'emphase possible de l'autorité pour ainsi dire, surtout quand le consul s'offre au lecteur avec son caractère militaire. Roi, sultan, régent, dictateur, président, etc., aucun de ces titres n'avait, dans son imagination, la même valeur ni la même expressive sonorité.
Page 137. Dans la R. C, le texte, à partir de : // m'est arrivé. ..jusqu'à : D'étonnantes et monstrueuses architectures est en petits caractères.
«...se peignant plus tard...» — R. C. : se peignant ensuite.
«...ils ne se sont plus jamais souri et ne se sont désormais
rencontrés que sur les champs de bataille;» — R. C. : souri et ils ne. . .que sur le champ de bataille.
Page 138. «. . .semblables à ces constructions mouvantes que l'œd du poëte aperçoit dans les nuages colorés par le soleil couchant.» La traduction Descreux (p. 290) donne pour ce passage : «je contemplais des cités, des palais d'une telle magnificence, qu'on ne peut en voir [de tels] que dans les nuages quand on est réveillé» — et il semble bien que Baudelaire se soit souvenu du texte original dans Le Voyage :
Lis plus riches cilés, les plus grands pawi [es Jamais ne contenaient l'attrait mystérieux De ceux que le hasard fait avec les imago.
— — «...dans notre travail sur le haschisch...» — R. C. : dans notre étude (voir p. 53).
«... plongé dans les mers de la multitude , . . . » — Voir notre
note sous la page 1 15.
. . la tyrannie de la face humaine. » — Nous avons rencontré
dans les Petits PoËMES EN PROSE (p. 25) cette expression empruntée à Thomas de Qumcey.
Page 139. «...c'était un visiteur insupportable.)) — R.C.: c'était un visiteur insupportable , qui chaque nuit le transportait dans les milieux asiatiques.
.l'Asie antique, solennelle, monstrueuse et compliquée
comme ses temples et ses religions; où tout. . .» — R. C. : l'Asie antique, solennelle; plus solennelle et plus antique qu'aucune contrée, monumentale , monstrueuse et compliquée comme ses temples et ses religions, grande officina gentium, où tout.
«. . .pour un esprit de /'Occident;» — R. C.-1860 : pour un
esprit d'Occident.
Pages 1 39-141. Le passage compris entre les mots : Les pages suivantes sont trop belles pour que je les abrège : et Sous les deux conditions, ne figure pas dans le texte de la R. C. II semble probable que ce soit là un de ceux qui avaient motivé la querelle survenue entre Baudelaire et Calonne, dont nous avons parlé p. 297 et que l'éloge particulier que Baudelaire fait ici de ces pages n'était pas uniquement destiné dans ses intentions à rendre justice à de Quincey. On y retrouve d'ailleurs l'expression : officina gentium qui, dans le premier texte, avait été reportée plus haut (voir les variantes de la page 139).
«Sous les deux conditions connexes...» — R.. C. : Sous la double
condition connexe.
Ce passage, jusqu'à : Le lecteur attend... p. 144), figure en petits caractères dans le texte de la Revue Contemporaine.
Page 142. «J'étais l'idole; j'étais le prêtre; j'étais adoré; j'étais sacrifié.» — Cf. Les FLEURS DU Mal, L'Hcautontimoroumenos , pièce
j48 NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS.
qui, comme Les PARADIS ARTIFICIELS, — n'est-ce qu'une simple rencontre encore? — est dédiée à J. G. F. :
Je suis la plaie et le couteau!
Je suis le soufflet et la joue!
Je suis les membres et la roue, Et la victime et le bourreau!
Page 144. «L'auteur a remarqué. . .» — Ce renvoi à la ligne a été apporté par le texte de 1869.
Pages 145-148. Les citations, dans le texte de la R.C., sont en petits caractères.
Page 146. «...dans le décor mouvant, élastique, de I'incMmi.» — 1869 : de l'infini. Coquille, semble-t-il.
Page 147. «Quelque part, je ne sais pas où,. . .» — R. C. : je ne savais pas où.
« — par n'importe quels êtres, je ne les connaissais pas, — » —
1869 : je ne les connais pas. — Omission du typographe, qui avait aussi oublié un tiret avant : par n'importe. . ., pensons-nous.
Page 14.8. «...quand la mère incestueuse proféra le nom abhorré de la Mort,...» — L'allusion semble avoir trait à une des répliques de Jocaste dans les Phéniciennes :
— Ami, est-ce quelque catastrophe, est-ce la mort d'Etéocle que tu viens m'apprendre?... Mon fils est-il mort ou vivant? Parle enfin. (Scène avec le Messager.)
— Hûte-toi, hâte-toi, ma fille. Si je peux prévenir le combat de mes fils, je vis encore; mais s'ils sont morts, je tomberai morte à leurs côtés. (Scène avec Antigonc. )
Page 149. «V. Un faux dénouement.» — R. C. .• VI. Conclusion et Appendice.
Cette division différente s'explique du fait que dans la Revue Contemporaine, pour quelque convenance de publication, le chapitre IV avait été coupé en deux, les pages qui ouvrent l'étude dans la livraison du 31 janvier prenant le titre de : Suite des Tortures de l'Opium
Page 130. «Cependant je me souvenais. . .» — R. C. : Cependant je me rappelais.
Page 152. «Jérémie Taylor conjecture. . .». — Dans la dernière édition de son livre, Quincey a rectifié : la citation est tirée de l'Essai sur la Mort de lord Bacon. (Note tirée de la traduction V. Descreux, Stock, 1909.)
Page 153. «...le vers effrayant de Milton :» — Le Paradis PERDU , chant XII.
Page 155. «. . .même vers la Noël;. . .» — R. C. : même à la Noël.
Page 156. La note placée au bas de cette page, et qui fut très travaillée (voir lettre à Poulet-Malassis du 27 avril 1860), était, dans le texte de la Revue Contemporaine , beaucoup plus courte. La voici :
Pendant que nous écrivions ces lignes, la nouvelle de la mort de Thomas de Quincey est arrivée à Paris. Nous formions ainsi des vœux pour la continuation de cette destinée glorieuse, qui se trouvait coupée brusquement. Le digne émule et ami de Wordsworth, de Coleridge, de Wilson, laisse des ouvrages nombreux , dont les principaux sont: Confessions of an Englisb opium Eater, Suspiria de profundis , tbe Cœsars, Literary Réminiscences , Essays on the Poets, Autobiographie Sbetcbes , Memorials , tbe Note Booh, Tbeological Essays, etc. II laisse non-seulement la réputation d'un des esprits les plus originaux, les plus vraiment humoristiques de fa vieille Angleterre, mais aussi celle d'un des caractères les plus affables, les plus charitables qui aient honoré l'histoire des lettres, tel enfin qu'il l'a dépeint naïvement dans les Suspiria de profundis, dont nous allons entreprendre l'analyse, et dont le titre emprunte à cette circonstance douloureuse un accent doublement mélancolique. — M. de Quincey est mort à Edinburgh, âgé de soixantequinze ans.
Cette note fut complétée pour la publication en volume. Il en est abondamment question dans les lettres de Baudelaire qui se rapportent à la première quinzaine de mai 1860. Dans l'une d'elles, l'auteur prévoyait la prochaine vengeance de Pontmartin qui semble en effet s'être employé à gêner la vente du livre (voir p. 351) :
Vous avez vu que cette note vous amènera quelques désagréments de Pontmartin et des journaux anglais.
Page 157. «J'ai sous les yeux un article nécrologique, daté du 17 décembre 1859,. • ->> — Nous ne l'avons pas retrouvé.
«Déjà. . .j'ai eu occasion d'observer. . . » — Dans les notes sur
Poe placées en tête des HISTOIRES EXTRAORDINAIRES Baudelaire avait écrit, à propos des diffamations de Rufus Griswold : «II n'existe donc pas en Amérique d'ordonnance qui interdise aux chiens l'entrée des cimetières?».
«Les Pontmartin et autres sermonnaires de salons...» —
Pontmartin, quatre ans auparavant, avait, dans un article publié à L'Assemblée nationale (12 avril 18^6), à l'occasion des HISTOIRES EXTRAORDINAIRES , protesté que la société ne saurait être tenue pour responsable de la cruelle existence d'un Poe ou d'un Nerval, et fait l'apologie de la morale bourgeoise, ce qui n'avait pas été sans irriter Baudelaire. En envoyant cet article à sa mère, le poète l'avait déclaré tout net «digne d'une bête vertueuse et polie», ajoutant qu'il y répondrait peut-être dans sa prochaine notice sur Poe (lettre du 12 avril 1856). On peut donc admettre qu'il ne faisait ici que reprendre un projet de vengeance longtemps différé. Mais on peut croire aussi que son attaque contre Pontmartin avait encore une autre fin — celle-là moins directe et plus intéressée.
En effet depuis quelques mois «l'oncle Bcuve» était en état d'hostilités déclarées avec le «noble vicomte». C'est ainsi que le 20 février 1860, les lecteurs du Moniteur avaient trouvé sous sa signature les lignes suivantes :
La morale, qu'on met sans cesse aux prises avec l'Art, ne me paraît pas devoir y être si constamment confrontée et opposée... Depuis... que j'ai parlé de deux romans qui, dans les dernières années, ont le plus piqué l'attention du public... je n'ai cessé, en toute occasion, d'être dénoncé par des confrères vigilants comme un critique peu moral, presque un patron d'immoralité. C'est à peu près en ces termes qu'un homme d'esprit et de plume (M. de Pontmartin) aime depuis lors à me recommander à ses lecteurs. J'ai connu autrefois M. de Pontmartin, je l'ai même assez connu dans un temps pour qu'il m'ait écrit, le flatteur! qu'il ne se croyait un peu moins béotien que depuis ce temps-là; j'apprécie moi-même assez sa fluidité et son agréabUité de causeur littéraire, bien moins, il est vrai, ses romans moraux; mais je n'aurais pas attendu un tel procédé de ce galant homme.
Bien que Sainte-Beuve — et il y paraît dans ces dernières lignes — n'eût à coup sûr besoin de personne pour châtier ses adversaires, Baudelaire pouvait donc espérer, en venant à la rescousse, acquérir un titre à sa reconnaissance, et que cette reconnaissance aurait la gracieuseté de se traduire par un Lundi consacré aux Paradis. Il est
d'autant plus difficile d'en écarter le soupçon que, quelques semaines après la publication de son livre, les Lettres nous le montrent sollicitant de manière pressante la faveur de ce Lundi :
Cher ami, j'écrivais récemment à M. Dalloz... à peu près :
Rendez donc compte des Paradis Artificiels! Je connais, au Moniteur, MM. un tel, un tel, etc.
Réponse de Dalloz :
Le livre est digne de Sainte-Beuve (ce n'est pas moi qui parle).
Faites une visite à M. Sainte-Beuve à ce sujet.
Je n'aurais pas osé y penser... Cependant j'ai plus que jamais besoin d'être soutenu ... Tout à vous, aimez-moi bien... Je suis dans une grande crise.
Nous avons dit ailleurs que Sainte-Beuve était resté sourd à l'appel de son ami (voir p. 317).
Pour en revenir à Pontmartin, il semble qu'il ressentit vivement l'attaque de Baudelaire, car l'année suivante, dans une étude intitulée : La Poésie française en 1861 (Revue des Deux Mondes, 1er août), il répliquait à son tour et de verte façon.
Déjà, dans notre édition des Fleurs DU Mal (p. 384), nous avons donné une analyse de cet article-là; mais il n'est pas inutile, pour que le lecteur s'en fasse une juste idée, d'en reproduire au moins quelques phrases :
Voilà une nature fine, nerveuse, prédestinée à la poésie; viennent des souffles vivifiants, une lumière bienfaisante, une iorte culture, la moisson pourra germer et mûrir. Par malheur, ce cerveau souffre d'une disposition particulière qui alière et envenime, à mesure qu'ils s'y réfléchissent, les sentiments et les images; cette coupe artistement ciselée a cela de bizarre, que la liqueur fermente et s'aigrit en touchant au fond... Comme ces malades qui trouvent un arrière-goût de fièvre à tout ce qu'ils touchent... M.Baudelaire ne peut plus aspirer une gorgée de poésie sans que cette gorgée ne s'imprègne de venin ou d'amertume... Que serait une société, que serait une littérature qui accepteraient M. Charles Baudelaire pour leur poète, etc.
Voir également dans notre susdite édition, p. 384, la réponse de Leconte de Lislc, attaqué en même temps que son ami.
«Bufl'on. . . ne pensait-il pas...» — Allusion à un passage
du Discours sur le style :
Les ouvrages bien écrits seront les seuls qui passeront à la postérité. La quantité des connaissances, la singularité des faits, la nouveauté même des
découvertes, ne sont pas de sûrs garants de l'immortalité; si les ouvrages qui les contiennent ne roulent que sur de petits objets .s'ils sont écrits sans goût, sans noblesse et sans génie, ils périront parce que les connaissances, les faits et les découvertes s'enlèvent aisément, se transportent, et gagnent même à être mis en œuvre par des mains plus habiles. Les choses sont hors de l'homme; le style est l'homme même.
Page 159. «VI. Le Génie enfant.» — R. C. ; VII.
«... les Suspiria, qui font leur suite...» — R. C. : qui leur font
suite.
«... les Suspiria ... ont été écrits en 184.5.» — ^n x^45 Parurent
en effet, dans le Bîacbwoods Magazine :
i" Suspiria de profundis, being a sequel to the Confessions OF AN OPIUAI-EATER (mars);
2° The palimpsest, Levana and our Lady of Sorrow, Apparition of the Brochen, Savannab-la-Mar (juin), qui constituent les VISIONS d'Oxford.
Page 161. «Rêver magnifiquement, etc.» — Ici Baudelaire une fois de plus écrit en disciple de Swedenborg.
«...le monde ténébreux dont il est environne.» — R. C. : dont
il est enveloppe.
«Mais cette faculté a besoin. . .» — Ce passage serait de nature
à faire admettre que si Baudelaire usa de l'opium , ce fut peut-être bien par méthode de travail. On lit en effet dans Fuse'es :
Le goût de la concentration productive doit remplacer, chez un homme mûr, le goût de la déperdition.
Page 162. «. . .le génie n'est que l'enfance nettement formulée. . .> — Cf. L'Art Romantique, p. 60.
Page 165. «VII. Chagrins d'enfance.» — Ce chapitre porte le n° VIII dans le texte de la R. C. , en raison du décalage signalé dahs la note sur la page 149.
Page 166. «...et non par d'horribles frères...» — 1869 : et non pa.v. Coquille évidente.
Duke balneum suavibus
Unguentatum odoribus,
Ces deux vers sont tirés de Francisas mece laudes (Les EPAVES , XIII).
«Enfin, je veux dire que le goût précoce du monde féminin,
«mundi muliebris», de tout cet appareil ondoyant, scintillant et parfumé,...» — R. C. : Enfin je veux dire que le goût précoce du monde féminin, «mundi muliebn», ondoyant et parfumé.
Au sujet de la faute de latin qui se trouve dans le premier texte, voir la lettre à Poulet Malassis, dans nos éclaircissements, p. 303. — Nous avions déjà rencontré cette expression de mundus muliebris dans L'Art Romantique, p. 94.
Page 168. «La mort, nous l'avons déjà remarqué, je crois, dans l'analyse des Confessions. . .» — Voir p. 144.
Page 169. «C'était sous un climat oriental,...» — jR. C. : C'était dans un climat oriental.
«Sunday, ce jour du repos, image d'un repos plus profond, inaccessible au cœur de l'homme;. . .» — R. C. ; Sunday, jour du Soleil.
«...les pompes de la vie et celles de la nature estivale!» —
R. C. : les pompes de la vie et les pompes de la nature estivale.
«. . .et le lieu de l'action, que cette fête rappelle, ...» — R. C. :
et le lieu de l'action, dont le dimanche est comme'moratif.
«... son plus siriistre cratère. » — R. C. : son plus noir et plus
épouvantable cratère.
Page 170. «. . .qu'il soit donné à l'oreille humaine de percevoir.» — R. C. ; qu'il soit donné à l'oreille de percevoir.
Pages 171-172. «...et, dans les jours qui suivirent, quand on le menait aux offices, ses yeux Jixe's sur la partie non coloriée des vitraux, vovaient sans cesse les nuages floconneux du ciel se transformer en rideaux et en oreillers blancs, sur lesquels reposaient des tètes d'enfants, souffrants, pleurants, mourants. Ces lits peu à peu s'élevaient
au ciel, etc.» — R. C. : et, dans les jours qui suivirent, quand on le menait aux offices, i7 lui semblait toujours, dans la partie non coloriée des vitraux, que les nuages floconneux du ciel se transformaifiu en rideaux et en oreillers blancs sur lesquels reposaient des têtes d'enfants, soutirants, mourants, pleurants. Ces lits peu à peu s'élevaient vers le ciel.
Page 173. «...se transforment souvent en concetti.» — R. C. : se transforment parfois en concetti.
«Enfin une époque arriva,...» — R.C. : Enfin une époque vint.
Page 175. «...plus enclin que jamais à la songerie , . . . » — R.C: plus enclin que jamais à la rêverie.
«...et tirant de la substance dont il avait fait, comme nous
l'avons dit, connaissance à Londres à propos de douleurs névralgiques, un adjuvant. . .» — R. C. : et tirant de la substance dont il avait fait, comme nous l'avons dit à propos de douleurs névralgiques, connaissance à Londres, un adjuvant.
«. . .de la solitude et c!u souvenir.» — R. C. : du souvenir et
de la solitude.
Page 177. «VIII. Visions d'Oxford. — I. Le Palimpseste. — R. C. : IX. VisioNS d'Oxford.
Dans le texte de la R. C. , les visions sont placées à la suite, sans titre ni numéro.
Dans le texte de l'édition de 1860, elles portent le titre qu'on leur voit ici , sans numéro.
Les numéros ont été apportés par l'édition de 1869.
«Des couches innombrables d'idées. . .» — R. C. : Des couches
incessantes d'idées.
Page 178. «. . .mais qu'il est cependant forcé de. . .» — R. C. : mais qu'il est cependant oblige' de.
«...et dans telles circonstances solennelles, dans la mort peut-
être,. . .» — R. C. : et dans telles circonstances solennelles, comme la mort peut-être.
Page 179. «Un homme de génie, etc.» — On lit dans Mon Cour mis à nu ;
Toute idée est, par elle-même, douée d une vie immortelle, comme une personne.
Toute forme créée, même par l'homme, est immortelle. Car la forme est indépendante de la matière, et ce ne sont pas les molécules qui constituent la forme.
Anecdotes relatives à Emile Douay et à Constantin Guys détruisant OU plutôt croyant détruire leurs œuvres.
Cf. Edgar Poe, NOUVELLES HISTOIRES EXTRAORDINAIRES , Puissance de la parole, dialogue poético-philosophique construit sur une idée très voisine de celle-là.
«Dans le spirituel non plus que dans le matériel,. . .» — R. C. :
Dans le spirituel comme dans le matériel.
Dans le texte de la R. C, le paragraphe : «Oui, lecteur,...»
figure en petits caractères.
Page 181. «...quand l'enfant goûtait. . .l'atmosphère troublée de notre planète,...» — R. C. : goûtait de l'atmosphère, etc.
«...il présentait le front de l'enfant aux étoiles , disant peut-
être à celles-ci. . .» — R. C. : leur disant peut-être.
Pages 182-187. Toute la citation est en petits caractères dans le premier texte.
Page 182. «Je les ai vues souvent conversant...» — R. C. : Je les ai vues conversant souvent.
«C'est elle qui était dans Rama...» — R. C. : C'était elle.
Page 183. «Ses yeux sont tour à tour doux et perçants, efTarés et endormisse levant souventvers les nuages, souvent accusanr les deux.» — R. C. : Ses yeux sont tour à tour doux et perçants, effarés et endormis; elle s'élève souventvers les nuages, souvent elle accuse les cieux.
Page 184. «Elle n'escalade jamais les nuages et elle ne se promène pas sur les vents. Sur son front, pas de diadème.» — R. C. : Elle
n'escalade jamais les nuages et ne se promène pas sur les vents. Elle ne porte pas de diadème.
«...et toujours regarde la terre.» — R. C. : et regarde toujours
la terre.
Page 1 86. «Telles étaient les Euménides ou Gracieuses Déesses...» — R. C. : l'avant-dernier mot n'est pas en italique.
Page 190. «. . .et en une nuit l'a. . .» — R. C. ; et en une nuit 1/ l'a.
«J'ai enseveli Pompéi, et je l'ai cachée aux hommes...»
Textes antérieurs à 1869 : caché.
Page 191. Dans le texte de la R. C. le paragraphe qui commence avec les mots : Ils attendent. . . était en petits caractères.
«Pour Dieu, le présent, c'est le futur, et c'est pour le futur qu'il
sacrifie le présent de l'homme. » — R. C. .• Pour Dieu , le futur est présent, et c'est pour le futur de l'homme qu'il sacrifie le présent.
Page 193. Cette CONCLUSION forme le chapitre X du premier texte.
«. . .il fait encore comme avec plaisir un retour vers les années
déjà si lointaines, et ce qui est vraiment précieux, là comme ailleurs, ce n'est pas le fait,. . .» — R. C. : il fait encore comme avec plaisir un retour vers les années antécédentes , et la partie vraiment précieux, là comme ailleurs, n'est pas le fait.
Page 194. «...cette pensée est le tbyrse dont il a si plaisamment parlé , avec la candeur d'un vagabond qui se connaît bien.» — R. C. ; cette pensée est le tbyrse dont il a déjà parlé plaisamment et avec la candeur d'un digressionniste qui se connaît bien. — Voir page 76.
«L'horreur de la vie se mêlait déjà, dans ma première jeunesse,
avec la douceur céleste de la vie.» — Cf. Mon cœur mis à nu :
Tout enfant, j'ai senti dans mon cœur deux sentiments contradictoires : l'horreur de la vie et l'extase de la vie. C'est bien le fait d'un paresseux nerveux.
«11 va dans ces dernières pages. . .quelque chose de lunèbre,
de corrodé et d'aspirant ailleurs qu'. . .» — R. C. : Il y a dans ces
dernières pages. . ., je crois l'avoir déjà dit, quelque chose de funèbre et d'aspirant ailleurs qu' . . .
«...se faufilent quelquefois encore;...» — R. C. : encore quelque j ois.
Page 195. «...un charme presque fraternel.» — R. C. : un charme four à fait intime.
Cf. FUSÉES, où une paraphrase de cette pensée se trouve par deux fois notée :
Beaucoup d'amis, beaucoup de gants. Ceux qui m'ont aimé étaient des gens méprisés, je dirais même méprisables, si je tenais à flatter les bonnétes gens.
Page 196. «...balaye d'un coup d'aile nos plans, nos rêves et les architectures idéales où nous abritions en pensée. . .» — R. C. : balaye d'un coup d'aile nos plans , nos rêves et les architectures idéales, opéra interrupta, où nous abritions en pensée.
Cette étude parut en feuilleton dans le Messager de l'Assemblée, n01 des 7, 8, 11 et 12 mars 1851, et fut réimprimée pour la première fois dans l'édition définitive.
Voir nos Eclaircissements, p. 283 , et la note de la page 216.
En raison de l'abondance des doubles emplois que mentionne cette note, nous ne les avons signalés qu'à l'occasion d'autres remarques.
Dans le texte de 1851, le mot bascbiscb est constamment orthographié bacbicb.
Page 200. «. . .un petit livre de Lavater.» — Nous ne l'avons pas retrouvé. — Pour l'admiration que Baudelaire portait à Lavater, voir à ce nom dans les index des CURIOSITÉS ESTHÉTIQUES et de L'Art ROMANTIQUE. Il est très certain — nous y reviendrons quelque jour, — que Baudelaire l'avait étudié non seulement dans ses traités physiognomoniques, mais aussi dans ses ouvrages moraux.
Page 204. «II me semble parfois que j'entends dire au vin...» — Cf. la pièce CXIV des Fleurs DU M AL dont chaque strophe
comme l'a montre M. Henry Dérieux,dans le Mercure de France du \" octobre 191 7, correspond à un des alinéas de cette prose :
l ÂME DU VIN.
Un soir, l'âme du vin chantait dans les bouteilles : « Homme, vers toi je pousse, ô cher déshérité, Sous ma prison de verre et mes cires vermeilles, Un chant plein de lumière et de fraternité.
Je»sais combien il faut, sur la colline en flamme, De peine, de sueur et de soleil cuisant Pour engendrer ma vie et pour me donner l'âme; Mais je ne serai point ingrat ni malfaisant,
Car j'éprouve une joie immense quand je tombe
Dans le gosier d'un homme usé par ses travaux ,
Et sa chaude poitrine est une douce tombe
Où je me plais bien mieux que dans mes froids, caveaux.
Entcijds-tu retentir les refrains des dimanches Et l'espoir qui gazouille en mon sein palpitant? Les coudes sur la table et retroussant tes manches Tu me glorifieras et tu seras content;
J'allumerai les yeux de ta femme ravie; A ton fils je rendrai sa force et ses couleurs Et serai pour ce frêle athlète de la vie L'huile qui raffermit les muscles des lutteurs.
En toi je tomberai, végétale ambroisie, Grain précieux jeté par l'éternel Semeur, Pour que de notre amour naisse la poésie Qui jaillira vers Dieu comme une rare fleur!»
Il Faut noter encore que l'auteur reviendra bientôt sur l'idée développée dans la 3e strophe. Voir p. 214.
Page 206. «Voici un homme chargé de ramasser...» — Cf. FùEUKS nu Mal, CXV.
Dans la note qui accompagne cette pièce dans notre édition-, nous en avons donné toutes les variantes alors connues. Mais depuis un nouveau texte a vu le jour, grâce au zèle baucltlairicn de M, Armand Godoy (Revue de l'Amérique latine, vol. VIII, n° 31, juillet 1924), texte dont nous avons été amené nous-même (iti'J.) à si-
gnaler l'importance pour l'étude des procédés qui, chez Baudelaire, présidaient à la transmutation de la prose en vers.
Voici ce texte, le plus proche du passage qui nous occupe ici :