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IMPORTANCE CLINIQUE ET THÉRAPEUTIQUE

Cette multiplicité de signes, singulière au premier abord, se comprend mieux si l’on songe à l’intérêt clinique et thérapeutique qui résulte de l’exacte connaissance des parentés morbides.

Dans un mémoire de M. le professeur Teissier « sur les substitutions d’actions morbides ou métamorphoses des maladies » nous trouvons une série de faits desquels découle la grande importance pratique de l’exacte connaissance des parentés morbides. Ces faits peut-être un peu trop oubliés avaient été bien mis en relief par Lorry dans son remarquable livre intitulé de mutationibus morborurn.

Grâce à une série de faits nouveaux, M. Teissier montre que ces « transformations se rattachent aux états constitutionnels qui, en dominant l’organisme tout entier, produisent des mouvements congestifs à localisations variables. Derrière les mutations des maladies se cache presque toujours une influence diathésique. Pour ne citer qu’un exemple on voit chez un jeune névropathe se succé-

der à quelques aimées de distance : 1° les symptômes de bronchite faisant craindre l’apparition de la tuberculose ; 2° une névrose des organes de la respiration et des organes digestifs avec amaigrissement extrême ; 3° une lypémanie avec visions, hallucination, symptômes de démence. Dès lors à l’amaigrissement succède l’embonpoint et les organes respiratoires reprennent le jeu libre de leurs fonctions, »

Dans une communication très intéressante intitulée : « Exemple de thérapeutique de la maladie par la maladie » un médecin des plus distingués de Lyon raconte qu’en l’espace de trente ans, il a eu 11 maladies différentes : dyspepsie, herpès préputialis, herpétisme uréthral, arthrite du genou, arthrite du coude, cystite, orchite, névralgie de l’épididyme, eczéma du cuir chevelu et du conduit auditif, anthrax, coryzas, accès fébriles périodiques. Ces manifestations morbides apparurent d’abord à des intervalles éloignés, puis se rapprochèrent, alternèrent sans jamais laisser entre elles une santé parfaite. Ce professeur les considéra d’abord comme autant d’affections distinctes n’étant rattachées par aucun lien commun et les traita en conséquence comme de simples affections locales. Mais les répercussions, les poussées fluxionnaires internes, les manifestations morbides désignées jadis sous le nom de métastase lui montrèrent qu’il avait fait fausse route et lui firent changer sa ligne de conduite thérapeutique. Le célèbre syphilographe apprit alors à atténuer les uns par les autres les mouvements fluxionnaires dont il était atteint « et à jouer avec ses fluxions comme sur une espèce de clavier, à éveiller les unes pour prévenir des mouvements congestifs des organes profonds. » Ce {éparpillement des poussées fluxionnaires comme moyen d’atténuer les congestions profondes aurait donné d’excellents résul-

tats à G. de Mussy (Clin, méd., 2, 1 p. 52). Un mémoire de M. Teissier contient plusieurs cas analogues dont quelques-uns ont trait à la goutte : peu importent les explications théoriques ; les faits cliniques n’en existent pas moins et au grand bénéfice des malades, ils rappellent au médecin la phrase mémorable de Baglivi « medicus naturæ minister et interpres, si non natura obtempérât, naturæ non imperat. »

Rapports patho géniques des familles morbides

Nos tableaux reproduisent les relations des diverses familles entre elles. L’interprétation de ces faits varie. Les intoxications servent de trait d’union entre ces groupes morbides.

C’est ainsi que Y intoxication saturnine favorise le développement de la goutte, ainsi que les travaux de l’école anglaise, Musgrave et Falconer, Parry, Barlow, Garrod, Tood, Bence Jones, Wilks, Saudner, et de l’école française, Charcot, Ollivier, Lancereau, Bucquoy, Benaut l’ont établi. Malgré une série de thèses, publiées par Halma Grand (1876), Pinet (1876), Goudot (1883), Verdugo (1883) et Versier (1885) on ne sait pas exactement si le plomb agit en empêchant l’élimination rénale de l’acide urique ou en provoquant un trouble nutritif qui entraîne la formation en excès d’acide urique. Mais par quel mécanisme? Lécorché croit à un fonctionnement organique des cellules plus actif. Wilks invoque le rôle que le plomb joue dans la dénutrition générale. Il est probable que l’insuffisance des combustions aboutit à la formation exagérée de l’acide urique dont l’excrétion est entravée par les altérations rénales. — Mais l’explication des troubles nerveux est plus complexe.

Les poisons métalliques, une fois parvenus dans le sang, agissent soit sur le muscle, soit sur le système nerveux. L’accumulation des composés plombiques dans l’encéphale des individus intoxiqués est prouvée par les analyses de Devergie, Tanquerel, Empis, Robinet, Natalis, Guillot et Melsens, Yulpian et Personne. Elle entraîne des altérations caractérisées par la pâleur de la substance grise qui prend la consistance de la pâte de guimauve, et une série d’autres lésions si bien indiquées dans la remarquable thèse d’agrégation de M. le professeur Renaut. Les troubles nerveux qui en résultent existent non seulement chez les saturnins, mais encore cette déchéance du système nerveux peut être communiquée à leur descendance (Roque). — Arlioge (1), dans une étude très intéressante sur l’état sanitaire des potiers de Strasfordshire, a noté une grande mortalité chez leurs jeunes enfants. Reaucoup succombent â des affections cérébrales et aux convulsions. Un quart des enfants meurent pendant la première année de la naissance. La proportion des décès est de 26 0/û, tandis que pour le reste de l’Angleterre ce chiffre ne dépasse pas 18 0/0.

De nouvelles statistiques [ont établi que la proportion des décès par consomption et par affection cérébrale est également quatre fois plus considérable; de plus, des travaux très complets indiquent que chez les enfants les décès par convulsion sont deux fois plus nombreux.

Roque (2) a noté l’idiotie, l’imbécillité, l’épilepsie chez des enfants nés de parents saturnins; enfin l’homme et la

(1) Annales hy g. , 1865.

(2) Roque. Thèse Paris, 1873.

femme, parents (fidiots et d’épileptiques, ayant changé d’état on s’étant guéris de leur intoxication plombique, ont eu des enfants sains et bien portants. Cette intoxication saturnine frappe leur débile postérité dans Futérus maternel lui-même ou dans Fenfance, ou enfin elle imprime, aux produits qui résistent, ce cachet cFinfirmité physique que présentent au plus haut degré les êtres imbéciles, épileptiques ou idiots (Renaut).

Une seconde intoxication, ^alcoolisme , explique aussi, par les modifications nutritives qu’elle entraîne, une série de parentés morbides. Cette déchéance de l’économie réagit surtout sur les systèmes dont Fimpressionnabilité est grande ; aussi le système nerveux est-il particulièrement intéressé.

Hippocrate , Amyot , Bacon connaissaient l’influence de l’alcoolisme sur la progéniture {in Lancereau), car l’alcoolisme a une action incontestable non seulement sur la production des maladies nerveuses de l’individu, mais encore il détermine, dans la descendance, l’épilepsie, l’idiotie, l’imbécillité sur lesquelles Morel (1), Bade (2), Berne aux (1860), Lancereau ont appelé l’attention. Burine (1864) voit dans l’usage plus général de l’alcool la cause de la plus grande fréquence des affections nerveuses. (Chorée, épilepsie, catalepsie.) D’après James {in thèse Gendron) (3), les mariages entre consanguins et alcooliques augmentent l’hérédité de la folie. D’après Martin , interne de Delasiauve, dans 60 observations, l’alcoolisme des parents a déterminé chez leurs descendants 83 cas d’épilepsie et 38 fois des convulsions. Un grand nombre de ces enfants étaient paralytiques, mal conformés. On doit ran-

(1) Traité de la Tégénér. de la race humaine .

(2) Th. agrég., 1860.

(3) Gendron. Te l’alcoolisme héréditaire, thèse, Paris, 1880.

ger la paralysie infantile, parmi les maladies, qui peuvent être causées par les excès alcooliques des producteurs ( Gendron ). Les descendants des alcooliques présentent souvent un état voisin de l'hystérie, de l'hypochondrie, de l’hydrocéphalie (Rœsch, Mœson, Gox, Lippich, Friedreich, etc.). En résumé, d'après Bayle, l’alcoolisme intervient dans le tiers des maladies mentales. Galmeil donnait la même proportion. Esquirol (1) fait remarquer que souvent ces habitudes vicieuses qui paraissent être les causes déterminantes des psychoses, ne sont en réalité que les premiers symptômes d'un état névropathique.

Les intoxications provoquées ne déterminent de troubles cérébraux que chez les sujets prédisposés. L'alcool est la pierre de touche de l'equilibre des fonctions cérébrales (Féré) (2).

Les conséquences qui en résultent pour l’espèce sont aussi très graves. En effet, les descendants sont atteints d'idiotie, d’imbécillité, d'épilepsie, de déchéance nerveuse tôut comme les rejetons des malades atteints d'affections nerveuses. Les uns et les autres sont des nerveux au même titre, bien que les facteurs initiaux de ces états morbides et presque identiques aient été différents. Le point de départ varie, le résultat définitif est le même.

Et, comme le faisait observer si justement Lasègue , le seul fait d'opposer les cérébraux aux nerveux jette une vive clarté sur la pathologie mentale.

Il n’est pas jusqu'aux maladies infectieuses qui ne puissent, à la manière des intoxications, entraîner des affections du système nerveux. La sclérose en plaques ne peut-elle pas succéder à la fièvre typhoïde, ainsi que l'a

(1) Esquirol. Des maladies mentales , 1837, t. II, p. 74. (2J Famille névropathique. Arcfi. neurologie , 1884.

montré Marie : la chorée n'a-t-elle pas été observée après des fièvres éruptives ? etc. . . .

Ces maladies nerveuses, pour ainsi dire expérimentales, entraînées par les intoxications, les infections, éclairent d’un jour tout nouveau les parentés morbides qui existent entre la grande famille nerveuse et la famille arthritique. Il existe, en ce cas, un vice nutritif dont les preuves sont fournies par les séries de déterminations morbides déjà mentionnées ; par les altérations vasculaires et ces scléroses générales dont Duplaix a donné des preuves assez concluantes (Thèse, 1883).

Sous l’influence de ces modifications nutritives des éléments nerveux (résultant soit du défaut d'irrigation, soit des altérations du liquide sanguin), le système nerveux, essentiellement impressionnable, réagit d’une façon variable suivant l’activité de la cause et le degré de résistance du système nerveux (nervosisme héréditaire). On peut s'expliquer ainsi les parentés morbides de ces deux grandes familles arthritiques et névropathiques. L'intensité de la cause et le degré d'impressionnabilité sont les deux grands éléments étiologiques qui nous permettent de nous rendre compte) des faits indiqués dans nos tableaux de généalogie morbide.

Cette question a été étudiée avec détails dans la thèse de Duplaix (1883). A la suite de nombreuses recherches histologiques, cet auteur arrive à cette conclusion : « Il y a coexistence fréquente de lésions scléreuses dans plusieurs organes et alors même qu'un seul est profondément atteint, il existe une artério-sclérose généralisée. » Cette généralisation des lésions scléreuses s'explique par les conditions de leur développement qui exercent leur influence sur tous les points de l’économie. La comparaison entre les lésions observées chez les rhumatisants, les al-

cooliques, les syphilitiques, les saturnins, les vieillards, porte à reconnaître à toutes ces causes d'un même processus morbide, un même mode d'action et un siège d’évolution identique. Cette sclérose multiple, continue cet auteur, doit être rapportée à une condition étiologique générale, l’altération du sang ; en effet, il n’existe pas de sclérose sans lésion vasculaire et même dans les organes où la sclérose n’est pas encore développée, l’endopériartérite ne fait jamais défaut.

. Mais comment l’arthritisme intervient-il dans la production des maladies nerveuses ? car, comme le montrent nos tableaux généalogiques, les parentés de la famille arthritique et de la famille névropathique sont intimes : c’est peut-être par un mécanisme analogue.

Mais à l’influence de la déviation nutritive générale, à la viciation du sang s’ajoute dans certains cas une altération bien nette, l’artério-sclérose généralisée qui sert de trait d’union entre les maladies que nous venons d’énumérer; cette altération vasculaire entraîne par diminution de l’apport des matériaux nutritifs des viscères « une atrophie des éléments nobles ou fonctionnels et le développement du tissu conjonctif; cette sclérose débute le plus loin possible des troncs artériels malades là où la nutrition est le plus insuffisante ». (H. Martin.)

« Il existe donc une dyscrasie qui frappe le système vasculaire et l’amène à irriter le tissu conjonctif au point de le faire proliférer partout où il se trouve et alors, suivant qu’il se localise sur tel ou tel organe, on lui verra donner naissance à la cirrhose atrophique, à la néphrite interstitielle, à la myocardite interstitielle, aux myélites chroniques systématiques ou diffuses, à la méningoencéphalite. Toutes ces manifestations morbides ne sont que la monnaie d’une même pièce, les effets d’une même cause. »

Si on se demande pourquoi la lésion se localise spécialement sur un point particulier, sur un système spécial ; on peut invoquer l’existence de loci minoris resis tantiœ , produits soit par des modifications purement individuelles, soit, au contraire, par cette sorte d’état d’impressionnabilité créé par l’hérédité nerveuse.

Ces faits cliniques ont presque la netteté d’une expérience. Ils établissent les transitions entre les maladies de la famille arthritique et la famille névropathique, et nous permettent jusqu’à un certain point de saisir la pathogénie des parentés que l’on constate si fréquemment entre ces deux grandes familles.

Mais, tandis que les intoxications que nous avons prises pour exemple déterminent des manifestations nerveuses plus nettes et mieux tranchées, une fusion plus intime se produit entre les groupes arthritiques et nerveux : les nombreux sujets qui offrent les séries symptomatiques puisées à ces deux sources différentes rentrent dans cette famille hybride que l’on désigne ordinairement sous le nom de famille neuro-arthritique. Mais auparavant, il est indispensable d’étudier la famille névropathique .

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