‹ Les parentés morbidesChapitre 4 sur 21 · FAMILLE ARTHRITIQUE · texte numérisé non relu

FAMILLE ARTHRITIQUE

« Si Ton vent apprécier cliniquement l'importance de ces troubles généraux de la nutrition, il ne faut pas envisager le malade dans un seul jour ou dans une seule période de son existence; il faut, par les commémoratifs qui élargissent l’observation, rattacher les choses anciennes aux choses présentes ; il faut poursuivre toutes les fluctuations de la santé et rechercher, par la comparaison avec des sujets affectés de la même maladie, si chez ces malades on ne voit pas coïncider avec une fréquence singulière, ou se succéder dans les différents âges de l'existence, d’autres affections déterminées qui sont comme l’accompagnement nécessaire de la maladie principale. Si vous voulez parcourir ainsi l’histoire pathologique de ces malades, vous reconnaîtrez souvent, dès les premières années de la vie, certaines manifestations aiguës, paroxystiques qui ne sont pas en réalité les signes avant-coureurs (de la lithiase biliaire, de l'obésité, du diabète, de la gravelle, de la goutte),

mais qui annoncent une disposition constitutionnelle à toutes les maladies du même ordre » Bouchard (1).

Ces manifestations aiguës paroxystiques ont pour caractères communs la périodicité, 1 intermittence et une sorte de balancement réciproque. Elles sont en partie sous la dépendance de phénomènes congestifs qui, chez ces sujets, se reproduisent avec une grande facilité. Cette sorte de congestivité (Sénac) sert souvent de trait d’union entre certaines manifestations morbides soit de la peau, soit des muqueuses digestive ou respiratoire.

D’après certains auteurs, cette meme influence pourrait en impressionnant le système nerveux, contribuer à déterminer des troubles tels que la migraine, les névralgies, etc. C’est dans cet ordre que nous examinerons ces séries de manifestations morbides.

Affections de la peau

Dès leur enfance, les arthritiques sont sujets à des phénomènes congestifs et à des affections variées du côté de l’enveloppe cutanée. Ces manifestations aiguës paroxystiques sont en premier lieu l’urticaire, l’érythème, l’acné roséa et le pityriasis rubra.

L’urticaire est une affection fréquente se produisant dans ces cas sans malaises précurseurs, sans réaction fébrile et par accès isolés : l’érythème noueux appartient à une période plus avancée (Sénac). L’acné à base indurée souvent douloureuse, se localise de préférence au front, au nez, aux épaules. Plus tard apparaît l’eczéma sec, prurigineux, souvent fort tenace, de forme orbiculaire ou

(1) Bouchard. Des maladies par ralentissement de la nutrition.

discoïde qui se montre ordinairement dans les points où la sécrétion sudorale se fait avec son maximum d’intensité ; cette altération de la peau a été désignée aussi sous le nom d’eczéma intertrigineux, d’intertrigo-eczémateux, ou d’intertrigo. L’impétigo et le psoriasis se rencontrent plus rarement que les taches pigmentaires signalées par Sénac.

Enfin, le lichen se montre le plus souvent un peu plus tard.

Les tableaux de M. le professeur Bouchard indiquent les proportions suivantes : '

Sur 100 cas de lithiase biliaire, l’eczéma existe 41 fois dans les antécédents personnels et 5 fois dans les antécédents héréditaires : dans l’obésité, la proportion tombe à 2 tandis que dans le diabète elle remonte à 16 pour les antécédents personnels, et à 11 pour les antécédents héréditaires. Enfin dans la goutte, l’eczéma a été noté 19 fois comme coïncidence morbide et a existé 12 l/2 fois dans la famille. Le tableau suivant donne des résultats analogues.

Sur un total de 66 observations de camptodactyliques (59 femmes et 7 hommes) réunies, au point de vue des antécédents héréditaires et personnels, en un graphique présenté (1) aux élèves de la Charité, M. Landouzy compte :

59 malades ayant très nettement des antécédents arthritiques héréditaires ;

47 malades ayant très nettement des antécédents arthritiques personnels, autres que leur camptodactylie.

Ces antécédents arthritiques personnels se chiffrent ainsi :

fl) Leçon clinique de la Charité, octobre 1885, analysée in Journal de Médecine et de Chirurgie 'pratiques , novembre 1885, p. 485.

Boinet. — Les Parentés morbides .

Eczéma .

fois sur 66 malades

Epistaxis fréquents .

Hémorrhoïdes .

Lithiase biliaire. . . .

Lithiase rénale .

Myalgies, arthralgies, névral-

gies .

Migraines .

Règles remarquablement abondantes et douloureuses.. .. 13 fois sur 59 malades

Affections des muqueuses

Cet élément congestif se manifeste aussi sur les membranes muqueuses, et pour mieux exprimer la solidarité qui existe entre l’enveloppe cutanée extérieure et l’enveloppe muqueuse, Guéneau de Mussy a proposé de donner à ces lésions le nom d ’endermoses. Dans la seconde enfance, ces malades sont sujets aux coryzas soudains, très passagers, accompagnés d’éternuements incoercibles, de prurit nasal et quelquefois d’un flux très abondant. C’est à un processus analogue à celui de l’urticaire que Guéneau de issy attribue ces coryzas et même un certain nombre de ces rhino-bronchites spasmodiques connues sous le nom d y asthme de foin; ces poussées congestives expliquent aussi ces bronchites remarquables par leur fréquence, par l’intensité de leur début, par leur courte durée (Bouchard). De plus, elles ne s’accompagnent pas comme chez les strumeux de sécrétions muco-purulentes.

Signalons encore dans le même ordre de phénomènes, des angines tonsillaires à répétition, l’état granuleux du pharynx, les conjonctivites, les rougeurs aux insertions des muscles de l’œil (Masmonteil, 1873).

Chez ces malades, les troubles digestifs sont fréquents. La dyspepsie dite flatulente existe surtout ; le pyrosis, les douleurs gastralgiques ne viennent qu’en seconde ligne. Il se produit souvent dans l’intestin des douleurs assez violentes et brusques souvent suivies d’évacuations diarrhéiques (Sénac).

Les urines de ces maladies laissent déposer une poussière rouge ressembant à de la brique pilée et constituée par des urates.

Si cet état fluxionnaire est poussé plus loin, il aboutit à des hémorrhagies qui peuvent se faire au niveau de la muqueuse pituitaire (< épistaxis ) ; les hémorrhoïdes , si fréquentes en pareil cas, reconnaissent la même cause. Ces dérivations sanguines rétablissent, pour ainsi dire, l’équilibre de la circulation. M. Sénac considère ces hémorrhagies comme de véritables fonctions supplémentaires qu’il faut savoir respecter sous peine de voir se produire des désordres beaucoup plus graves, et il est très possible, dit cet auteur, que l’immunité de la femme pour la goutte, avant la ménopause, soit due au molimen menstruel et à l’hémorrhagie consécutive.

Stahl, en 1698, insiste sur la solidarité qui existe entre le système circulatoire général et le système de la veine porte ; c’est par ce mécanisme que s’expliqueraient les rapports entre les affections hémorrhoïdaires et les congestions viscérales d’une part, et les accidents articulaires de l’autre (Sénac).

On observe aussi de la dysménorrhée extrêmement douloureuse, décrite par certains auteurs sous le nom de migraine utérine. Dans le tableau que nous devons à l’obligeance de M. Landouzy, 13 fois sur 59 malades, les règles sont remarquablement abondantes et douloureuses .

Pendant l’adolescence peuvent survenir des hémoptysies

qui ont été pendant longtemps attribuées exclusivement

et à tort à la phtisie pulmonaire (Sénac).

Modifications passagères du système nerveux

Migraines. — A partir de la quinzième année, apparaissent les migraines dont les relations avec les autres maladies arthritiques signalées par Stoll, Barthez , Scudamore ont été bien mises en évidence par Baumès, Bretonneau , Récamier, Graves, Trousseau , etc. L'expression symptomatique de ces migraines à retours périodiques et paroxystiques se modifie avec les années. Dans l'enfance, la douleur est contusive, nauséeuse et porte aux défaillances ; dans l'adolescence, elle est gravative, congestive avec des sensations de battements ; dans la jeunesse et la première période de la virilité, elle est plus localisée, plus exquise: les symptômes oculaires dominent, les vomissements sont fréquents : elle est alors unilatérale; à l’âge mûr, elle redevient bilatérale, frontale et occipitale ou simplement occipitale ('Bouchard) .

Les relations de la migraine ophthalmique (Féré) avec ce groupe d’affections ont une moins grande importance.

Les parentés morbides de la migraine avec les maladies arthritiques existent dans les proportions suivantes : Sur 100 cas de lithiase biliaire, la migraine a été notée 38 fois dans les antécédents personnels, et 5 fois dans les antécédents héréditaires ; dans l’obésité, la proportion est de 42 pour les premiers et de 11 pour les seconds; dans le diabète, elle tombe à 18 pour les antécédents personnels et à 7 pour les antécédents héréditaires; enfin, elle se réduit à 19 pour la goutte. Pour Trousseau, la migraine serait souvent une manière d'être de la goutte larvée ; en effet, ces deux affections s’observent souvent chez le même indi-

vidu, l’une cesse quand l’autre apparaît (Liveing) et fréquemment aussi c’est la seule expression de la prédisposition héréditaire chez des sujets nés de parents franchement goutteux. M. Sénac a montré aussi sa disparition au moment de l’apparition des coliques hépatiques.

Vertiges. — Ils peuvent quelquefois faire craindre le développement d’une maladie de Menière ou d’une tumeur cérébrale. Les vertiges prémonitoires de la goutte, dit M. le professeur Bouchard, peuvent présenter le grand appareil labyrinthique. « Le malade est pris subitement, tout tourne autour de lui, ou bien il se sent emporté dans un mouvement giratoire, soit qu’il pivote autour de son axe, soit qu’il ait la sensation de la culbute ; il perçoit en même temps des bourdonnements, des sifflements, il a l’angoisse, les nausées, les vomissements. »

Les crises articulaires peuvent le faire disparaître, comme dans l’exemple rapporté par Van-Swieten dans les Commentaires de Bœrhave. Souvent aussi ces vertiges ont tous les caractères du vertige réflexe dit à stomacho lœso (Lasègue). Mais il peut exister aussi indépendamment de tout symptôme de dyspepsie.

Névralgies. — Ces malades accusent en outre diverses névralgies localisées: névralgies faciales, névralgies intercostales: quelquefois ces névralgies sont multiples comme dans les faits observés par Paget et Lécorché, mais la névralgie la plus fréquente est la sciatique. Ses rapports avec la goutte étaient mentionnés par Sauvage, Barthez, Garrod ; elle présente deux variétés, l’une aiguë, l’autre chronique : la première, extrêmement douloureuse, se rencontre de préférence chez des sujets n’ayant présenté que des troubles légers, de la migraine par exemple :

quant à la seconde forme de névralgie, elle s’observe plutôt chez les goutteux invétérés et n’alterne ordinairement pas avec les attaques de goutte articulaire.

On a signalé encore la chorée, l'hypochondrie, etc,, l'angine de poitrine, etc. Mais nous reviendrons sur ces relations morbides, lorsque nous aurons examiné la famille névropathique.

Asthme. — Les affinités pathologiques de l'asthme ont été mentionnées depuis longtemps par Ployer, Hoffmann , Musgrave : plus tard. Trousseau , Robertson , Garrod , ont décrit des accès d'asthme sec, qui semblent alterner avec les déterminations articulaires de la goutte : mais M. Sée nie toute assimilation entre ces deux affections sans toutefois méconnaître leurs affinités, ou du moins cet auteur n'admet comme critérium de l'asthme goutteux que les cas dans lesquels la disparition de l’arthrite coïncide avec le début de la dyspnée. Ces faits sont relativement rares ; car Pâtissier ne les a observés que 2 fois sur 80 cas d'asthme ; la proportion signalée par Garrod est la même, 1/40. Cependant, dans certaines circonstances, l'asthme peut être considéré comme une manière d'être delà goutte ou tout au moins selon M . Rendu (art. Goutte, Dict . encycl. ) comme exprimant une tendance morbide fréquente chez les arthritiques.

Du reste, s'il existe des accès d'oppression qualifiés d'asthme, qui se rapportent souvent à des crises congestives survenues chez les emphysémateux ou qui sont liés aux affections cardiaques ou rénales (faits de Pâtissier , d ’Hyde S aller, Simon) (1), on ne saurait nier une véri-

(1) Simon. Gazette des Hôpitaux, 1869.

table crise fluxionnaire, qui rappelle par ses allures la poussée subite qui se fait sur les jointures.

« En résumé, l'asthme, comme dit Durand-F ardel , est peut-être une des formes dont on a saisi le plus nettement la corrélation avec la goutte, soit précédant les manifestations articulaires, soit alternant avec elles ou se développant à mesure qu'elles s'amoindrissent, soit se montrant comme un état exclusif ou prédominant chez des sujets à qui des antécédents héréditaires et leur constitution propre semblaient promettre la goutte. »

Guêneau de Mussy, Murchinson , Trousseau admettent aussi que l'asthme peut s'observer comme unique manifestation arthritique chez des sujets de souche goutteuse; il peut aussi coïncider ou alterner, avec la migraine, la dyspepsie, les hémorrhoïdes, la lithiase biliaire, la gravelle. Les tableaux suivants le prouvent.

Ainsi, chez 166 malades atteints de lithiase biliaire, M. Sénac a noté: 1° que 7 malades avaient eu de l’asthme; 2° que cette manifestation se retrouvait 5 fois chez un de leurs ascendants.

Sur 100 cas. Antécédents personnels.

Goutte 9

Diabète 2

Obésité 2

Lithiase biliaire 7

Héréditaires.

Ces derniers chiffres empruntés aux tableaux de M. le professeur Bouchard sont plus élevés que les précédents. Enfin on constate la fréquente association de l'asthme avec les dermatoses (asthme dartreux) et cette connexité est telle que certains auteurs, Guéneau de Mussy entre autres, ont attribué certains accès d’asthme à un énanthème bronchique qui serait, comme l'urticaire, un acci-

dent paroxystique au cours d'un état morbide chronique ou d'un état physiologique dévié dépendant de la nutrition retardante (Bouchard). Cette conception expliquerait fort bien ce coryza particulier, qui fait ordinairement cortège à l’asthme et que Trousseau considère comme une manière d’être de la maladie* Cet asthme des foins, hay fever, si fréquent chez les goutteux et les arthritiques serait, pour G. de Mussy , une forme larvée de la goutte qui alternerait souvent, soit avec la sciatique, soit avec la migraine.

« Mais l’asthme ne se réduit pas à la convulsion inspiratrice, à la paralysie expiratrice ou à la fluxion bronchique. Cette conception localisatrice, dit M. le professeur Bouchard , n’en donnerait qu'une idée étroite et la clinique établit les relations de l’asthme avec la fluxion de la pituitaire, avec le catarrhe bronchique, avec l’emphysème, avec les troubles gastriques ( Floyer 1726). Cette forme catarrhale de l’asthme a été indiquée par Barthez, Trousseau. Elle peut exister seule ou coexister avec une variété d’emphysème aigu qui, pour M. le professeur Bouchard, est de la même nature que l’asthme. M. le professeur Charcot en distingue deux formes : l’une nerveuse, qui laisse les poumons parfaitement libres dans l’intervalle des crises, l’autre s'accompagnant de lésions permanentes et d’emphysème.

En résumé, dit Sénac, l’asthme est une des manifestations arthritiques qui appartient à toutes les périodes de la diathèse et dont la transmission héréditaire est la plus constante.

Mais ces manifestations morbides initiales ne sont pas pour ainsi dire i'exorde obligé des maladies du second groupe (lithiase biliaire, obésité, diabète, gravelle, goutte). L’une de ces premières affections, transmise directement

par l’hérédité, peut former le seul terme de la série morbide. L’asthme, qui se reproduit assez souvent d’emblee, peut rester le seul phénomène morbide observé. Parmi les maladies cutanées qui jouissent aussi à un haut degré de cette transmissibilité héréditaire, il faut citer l’eczema, le pityriasis qui avec le lichen et le psoriasis constituent la diathèse dartreuse de M. le professeur Hardy. Mais souvent, ces manifestations du début disparaissent, après avoir alterné avec une des maladies par nutrition retardante dont nous allons examiner les parentés morbides.

Maladies dites par nutrition retardante

Lithiase biliaire. — Les parentés morbides de la lithiase biliaire sont nombreuses; quelques-unes ont été contestées. Pour résoudre ce problème, il faut associer à lacliuique et à l’anatomie pathologique l’étude consciencieuse des antécédents personnels ou héréditaires des malades atteints de lithiase biliaire ; ces résultats statistiques sont indiqués dans les tableaux de M. le professeur Bouchard.

Antécédents personnels et coïncidences morbides dans

100 cas de lithiase biliaire.

Obésité . dans 72 cas.

Eczéma . » 41 »

ilhu s latisme musculaire (lumbago) . » 38 »

Migraine . » 38 »

Gravelle . » 34 »

Rhumatisme articulaire aigu . * 28 »

Rhumatisme articulaire chronique . » 28 »

Hémorrhoïdes . » 28 »

Diabète . » 21 »

Névralgies . » 17 »

Asthme . » 7 »

Maladies des parents dans 100 cas de lithiase bi¬

liaire .

Rhumatisme articulaire aigu . dans 45 cas.

Diabète . . . » 40 »

Obésité . . . » 35 »

Goutte . . » 30 »

Rhumatisme articulaire chronique . » 20 »

Asthme . » 20 »

Gravelle . » 15 »

Névralgies . . » 10 »

Migraine . » 5 »

Eczéma. . . » 5 »

Lithiase biliaire . . » 5 »

Si on examine les antécédents héréditaires de ces malades, on remarque que la lithiase biliaire se transmet peu souvent de père en fils.

Cependant Petit a trouvé des familles dont tous les membres ont été atteints de coliques hépatiques même à un âge peu avancé.

Des observations du même genre ont été faites par Willemin.

Sénac a relevé la généalogie pathologique de 166 malades atteints de lithiase biliaire. Il en fait deux catégories; la première comprend les malades qui ont eu de la goutte soit personnelle, soit héréditaire; dans la seconde se trouvent les malades chez lesquels les manifestations goutteuses proprement dites faisaient défaut, et qui présentaient des signes de la diathèse arthritique. Les sujets de la première catégorie se subdivisent ainsi :

a. Malades nés d’un père on d’une mère ayant été atteints

de la goutte . , . 37

Malades dont un aïeul ou une aïeule ont été atteints

de la goutte . 8

Malades nés d’une famille goutteuse, sans que le

degré de parenté soit indiqué . 15

Malades ayant un ou plusieurs parents (oncles, frères, sœurs) atteints de la goutte .

Sur ces 69 malades, il y en a 30 qui, à un moment de leur existence, ont été eux-mêmes sujets à la goutte articulaire.

b. Malades ayant eu des accidents de goutte articulaire sans que l’existence de l’hérédité goutteuse ait été constatée, 26.

Les tableaux deM. le professeur Bouchard donnent des résultats statistiques analogues.

j Rapports de la lithiase biliaire avec le diabète. — La lithiase biliaireprécède le diabète ou coexiste avec lui dans le dixième des cas. « Mais si, au lieu de prendre les observations en bloc, on ne considère que celles qui sont relatives aux femmes diabétiques, la coïncidence des deux maladies est bien autrement fréquente, car elle est de 33 0/0 : elle s’observe dans le tiers des cas. C’est un nouvel exemple de cette singulière tendance que présente la femme à réaliser les conditions qui facilitent la précipitation de la cholestérine. » (Bouchard ) M. Cornillon a reconnu aussi une fréquente relation entre la lithiase biliaire et le diabète sucré.

Rapports entre la lithiase biliaire et la gravelle. — Cette coïncidence a été signalée par Hoffmann , Haller , Baglivi, Bianchi, Morgagni , Vicq-d’Azyr , Portai , Selle , Water, les frères Corne, Ferrand, Proust, Budd,

Wunderlich , Fauconneau- Dufresne, etc. Elle a été notée dans le quart des cas par Willemin.

M. Sénac déclare que, sur 166 malades atteints de lithiase biliaire, il a noté 98 fois l’existence de la gravelle urique, 30 fois l'absence de cette coïncidence, la recherche de ces relations morbides ayant été négligée dans 38 cas. Mais Frerichs, Durand- F ardel, Barth et Besnier regardent cette coïncidence comme simplement accidentelle.

Luton fait observer que, pour admettre un rapport entre la lithiase biliaire et la gravelle ou la goutte, il faudrait que la présence de l'acide urique dans les calculs du foie soit prouvée. Mais, d'après Lécorché, les quelques cas toujours cités de Frerichs, de Stackhartet Faber, de Marchand, où la présence d’acide urique a été constatée dans les concrétions biliaires sont considérés comme douteux par les auteurs mêmes qui les rapportent : aussi M. Lécorché se refuse-t-il à établir la moindre analogie d'origine entre la colique néphrétique et la colique hépatique.

Rapports entre la lithiase biliaire et la goutte. — Lient aud, au dire de Guibert , décrit certaines incrustations calcaires dans le foie des goutteux. Cette filiation pathologique est indiquée dans les ouvrages de Baglivi, d’ Hoffmann , de Bianchi , de Portai , de Morgagni (lettre 37). Fauconneau-Dufresne et Willemin insistent sur la concomitance fréquente de la succession des deux affections. Kreysig admet l’origine goutteuse de la lithiase biliaire. Les tableaux de Sénac donnent la démonstration des relations qui existent entre la goutte et les coliques hépatiques. & Ce qui fait, dit Rendu (loc. cit.), » que ces parentés morbides ont été méconnues, c'est que » les crises aiguës de coliques hépatiques, manifestation » précoce de l’affection calculeuse, ne se montrent guère » que dans la jeunesse, époque où la goutte ne se traduit

» guère que par des attaques articulaires franches. » Chez les jeunes femmes qui sont très sujettes à la colique hépatique, on observe rarement la goutte franche et certains auteurs se demandent même si quelquefois les crises de lithiase biliaire ne remplacent pas une attaque de goutte véritable et si la fréquence des coliques hépatiques chez la femme ne résulte pas de son peu de prédisposition à la goutte articulaire.

Obésité. — L’obèse n’hérite seulement pas de l’obésité (Chambens , Philibert , Worthin g ton), mais il reproduit en outre le groupe morbide qui accompagne la lithiase bdiaire et que l’on retrouve encore dans les antécédents personnels et héréditaires des diabétiques, des goutteux, des calculeux. « Quand j’aurai cité, dit M. Bouchard, l’obésité, le rhumatisme, la goutte, l’asthme, la gravelle, le diabète, la migraine, les névralgies, l’eczéma, la lithiase biliaire, la dyspepsie, les hémorroïdes, j’aurai complété, ou à peu près, l’énumération de tous les membres de cette famille pathologique. »

Les tableaux de M. Bouchard permettent de conclure que la goutte entre dans le tiers des cas comme facteur pathogénique de l’obésité ; à la Société des médecins allemands, à Prague, le professeur Kisch a signalé dans les trois quarts des autopsies des obèses, la coexistence de la sclérose des artères même chez des individus jeunes. Cette observation a sans doute une certaine importance pathogénique. Les manifestations larvées de la goutte telles que l’asthme, la gravelle, la migraine existent dans la moitié des cas. Ces coïncidences si fréquentes des mêmes maladies ne tiennent-elles pas à une déviation nutritive analogue qui établit une parenté morbide entre ces diverses affections ?

Diabète. — Le diabète offre une série de parentés morbides avec les maladies que nous avons trouvées dans les antécédents héréditaires des malades atteints d'obésité, de lithiase biliaire, de goutte, de gravelle et de rhumatismes. Les tableaux suivants, extraits du livre de M. Bouchard, permettent de s’en faire une juste idée. Ainsi, dans les antécédents personnels de cent diabétiques :

L'obésité existe . 45 fois

Le rhumatisme musculaire existe . 22 »

La migraine existe . 18 »

Le rhumatisme articulaire aigu existe . 16 »

La gravelle existe . . . 16 »

L'eczéma existe . 16 »

La lithiase biliaire existe . 10 »

Le rhumatisme chronique existe . 8 »

L’asthme existe . 2 »

La goutte existe . 2 »

Chez 270 diabétiques, Durand-Fardel a constaté 23 fois la gravelle et 19 fois la goutte.

Non seulement ces affections s'observent comme des coïncidences morbides, mais on les retrouve aussi dans les familles des diabétiques. Ainsi :

Le rhumatisme existe. . . .

L’obésité existe .

Le diabète existe .

La gravelle existe .

La goutte existe .

L’asthme existe .

L'eczéma existe .

La migraine existe .

La lithiase biliaire existe

54 fois sur 100 36 » » »

Ce serait nous exposer à d’inutiles répétitions, que d'envisager une à une les maladies sus-énoncées, aussi n'insisterons-nous que sur les parentés morbides du diabète et de la goutte.

Mentionnées en 1828 par Stosch de Berlin, par Neumann , Proust , et Bence Jones , les affinités pathologiques du diabète et de la goutte ont été mieux étudiées par Rayer , Contour (thèse Paris, 1844), Marchai de Caloi , Charcot , Seegen , Brongniart . Les opinions des auteurs sur la fréquence de ces coexistences sont très variées. Griésinger n’a rencontré que trois goutteux sur 225 diabétiques, tandis que Galtier Boissière et Marchai ont constaté la glycosurie chez la majorité des goutteux. Sur 150 goutteux, Lécorché a relevé 23 fois la présence du sucre dans l’urine. Seegen a noté sur 100 diabétiques un tiers de goutteux, tandis que Durand-Fardel n'arrive qu'à une proportion de 14 0/0. Les tableaux généalogiques de M. le professeur Charcot, de Rendu, prouvent l'existence de cette parenté morbide. Enfin, M. le professeur Bouchard a noté 18 cas de goutte chez les ascendants de 104 diabétiques. Sur le même chiffre de diabétiques, la goutte ne se trouve que deux fois comme coïncidence morbide (1) .

Car, au point de vue des rapports de la goutte avec le diabète, il est indispensable de distinguer quatre ordres de faits (Lécorché). 1° La goutte domine la situation, le diabète étant relégué au deuxième rang; 2° le diabète succède à la goutte et tient désormais sa place ; 3° le diabète constitue la maladie principale, les accidents goutteux apparaissant d'une manière secondaire et sous une forme atténuée ;

(1) C’est peut-être pour n’avoir pas suffisamment fait les distinctions suivantes que les auteurs sont arrivés à des résultats variés.

4° la goutte et le diabète coexistent dans la même famille et chez des individus différents.

M. le professeur Charcot a surtout insisté sur ces combinaisons héréditaires des deux maladies où bon voit, par exemple, un père diabétique engendrer un fils goutteux, ou inversement la goutte chez le père aboutir au diabète chez le fils. Il est possible de voir dans la même famille la mère diabétique, le père goutteux, le père ou la mère ayant l’une ou l’autre de ces deux affections. — « J’ai rencontré, dit Charcot, un sujet goutteux, dont le père, diabétique, n’avait jamais eu la goutte. » Le même auteur cite encore la combinaison suivante : « Le père, diabétique, donne naissance à cinq fils et une fille ; quatre fils sont atteints à la fois de goutte et de diabète ; la fille est seulement goutteuse et la fille de celle-ci présente aussi des symptômes de goutte. » Ces faits, qui ne sont pas rares, prouvent encore la parenté morbide du diabète et de la goutte.

Rapports entre la gravelle urique et la goutte . — La lithiase urinaire se présente tantôt sous la forme de calculs proprement dits, tantôt sous la forme de gravelle, de sable urinaire ; ses affinités morbides avec la goutte sont très intimes : la fréquence de la pierre vésicale chez les goutteux était connue de Sydenham . D’après Rendu (1), elle alterne parfois avec des manifestations franchement goutteuses : les calculs que l’on trouve chez les goutteux ne sont pas toujours composés d’acide urique et peuvent être formés d’urate d’ammoniaque et d’oxalate de chaux, et M. le professeur Charcot explique la présence de cette dernière variété par le fait que l’acide urique est chimiquement composé d’urée, d’alantoïne

(1) Rendu. Dict. Encyclop., article goutte.

et cl’acide oxalique. Erasme écrit à Morus : Tu as la gra- \ elle et moi la goutte, nous avons épousé les deux sœurs. Sydenham , Morgagni , Trousseau ont signalé les grandes affinités de la goutte et de la gravelle . Scuda more a bien prouvé que, si ordinairement la gravelle précède la goutte de plusieurs années, elle peut lui succéder ou coïncider avec elle ou même alterner avec les manifestations arthritiques. Les études de M. le professeur Bouchard établissent que, sur 100 cas de goutte, la gravelle existe 12,5 fois chez les ascendants et qu’elle se retrouve 28 fois dans les antécédents personnels. M. Lécorché trouve que sur 150 goutteux, 48 ont eu des attaques de coliques néphrétiques. Du reste, pour un certain nombre d’auteurs, les liens de parenté seraient très resserrés, car ils considèrent la gravelle et la goutte comme une même maladie se portant sur des points différents et déterminant ici l’attaque articulaire, là J’attaque néphrétique.

Goutte. — Sur 100 cas de goutte, on note dans les

antécédents personnels :

L’obésité . 31 fois.

La dyspepsie . 31 »

La gravelle . 28 »

La migraine . 19 »

L’eczéma . 19 »

Les névralgies . 12 »

Le rhumatisme articulaire aigu .' . 9 »

Le rhumatisme musculaire (Lumbago) . 9 »

L’asthme . 9 »

Le rhumatisme articulaire chronique . 6 »

Les hémorrhagies . 6 »

L’urticaire . 6 »

Le diabète . 3 »

Boinet. — Les Parentés morbides. 3

Pour 100 cas de goutte, on trouve chez les ascendants :

La goutte . . . 44 fois.

L’obésité . . . 44

Le rhumatisme . ; . 25 »

L’asthme.... . . . 19 »

Le diabète . . . . 12,5 »

La gravelle. . . 12,5 »

L’eczéma . . . 12,5 »

La lithiase biliaire . 6 »

Les hémorrhoïdes . 6 »

La névralgie . » . . . 6 »

Absence de cause héréditaire . 12 »

La simple observation clinique, résumée dans les tableaux précédents, nous a donné la preuve des parentés pathologiques de ia goutte, non seulement avec cette série de manifestations morbides sur la peau, les muqueuses, le système nerveux, etc., mais encore avec un groupe d’affections sériales telles que la lithiase biliaire, l’obésité, le diabète, la gravelle, la goutte. Mais, avant d’insister sur les rapports de la goutte et du rhumatisme que nous avons négligés à dessein, il importe de se demander la raison de ces parentés pathologiques.

Pat ho génie

A quoi tient le trouble permanent des mutations nutritives qui prépare, provoque et entretient des maladies différentes comme formes symptomatiques, comme siège anatomique, comme processus pathogénique ; à quoi tient cette diathèse à laquelle on pourrait donner le nom que l’on voudra ? les mots importent peu, les faits restent.

Bien des explications ont été tentées.

La première, pour ne citer que les plus importantes, invoque la formation en excès ou la rétention dans le sang de l’acide urique. Proposée par Murray Forbes (dès 1793), cette théorie a été successivement soutenue par Parkinson , Wollaston , Home , Holland , Robertson , Rayer , Cruveilhier , Petit. Mais les recherches chimiques de Garrod l’ont surtout étayée et pour cet auteur l’altération du sang par l’urate de soude en excès, détermine les troubles morbides qui précèdent l’accès de goutte et les symptômes qu’on observe parfois chez les sujets goutteux.

Cette interprétation invoque aussi les recherches expérimentales de Zalesky , Pawlinoff, Schrœder , Ebstein sur l’accumulation de l’acide urique provoquée par la ligature des uretères. Gigot- Suard{ 1) affirme que « l’ingestion de l’acide urique peut provoquer Puricémie et produire sur les animaux en expérience : 1° toutes les « affections de la peau décrites par les dermatologistes ;

» 2° l’injection des muqueuses, de celles du nez et des » bronches en particulier ; 3° la congestion pulmonaire, etc. y> et même un squirrhe ligneux de la peau et un épithe- » borna de la langue » .

Avec cette conception, la question des parentés morbides est bien simplifiée. Cette rétention d’acide urique entraîne la goutte viscérale qui, tour à tour, peut être gastro-intestinale, rénale, cardio-vasculaire, broncho-pulmonaire, cérébro-spinale et nerveuse, musculaire, cutanée, etc. Toutes, les manifestations morbides déjà signalées ne sont que la conséquence d’accidents goutteux localisés dans les différents appareils. Mais entre autres objections, cette théorie

(1) Gigot-Suard. L'Uricémie, Paris, 1875.

n'explique pas un certain nombre d’affections que Ton fait rentrer dans une des variétés de goutte viscérales. Déplus, elle est en défaut pour rendre compte des parentés morbides de la goutte avec certaines maladies associées telles que la lithiase biliaire, l’obésité, le diabète, le rhumatisme.

La lithiase biliaire est considérée « comme un accident auquel les goutteux sont exposés comme toute autre catégorie quelconque de malades »(Lécorché) (1), les mêmes auteurs affirment que la goutte « n’a aucune analogie avec le rhumatisme, maladie infectieuse ». (Lécorché.)

« Mais, comme dit M. le professeur Bouchard, faire dépendre de l’accumulation de l’acide urique non plus seulement l’accès de goutte, mais les troubles morbides variés de la période intercalaire, les mouvements fluxionnaires divers qui précèdent, qui accompagnent ou qui remplacent l’accès, les lésions viscérales multiples tantôt aiguës, tantôt chroniques, je dis que c’est une témérité pathologique. *

Ainsi, celte théorie de l’uricémie vraie en partie, mais qui a été trop généralisée, ne peut expliquer ces parentés morbides précédemment établies.

Aussi de nouvelles interprétations ont-elles été données, et elles ont pour grand avantage non seulement de tenir compte des parentés pathologiques basées sur l’observation, mais encore d’en donner une explication qui réunit par un lien commun les différents membres de cette famille morbide.

Bence Jones ;2) attribue la goutte à une oxydation incomplète des matières albuminoïdes, disease of sub -

(1) Traité de la goutte , 1884.

(2) Bence Jones. A treatise on gravel, calculus and goût etc. diseases of suboxydation. Med. Times and Gaz ., 1865, 1. 1, p. 407.

oxydation, excès d’urée, oxalates et excès d’urée, excès d’urates sont les trois degrés de l’oxydation imparfaite qui précède l’apparition de la diathèse goutteuse.

Cet auteur rattache le diabète à une suboxydation analogue qui empêche la combustion de l’excès de sucre. Cantani (1872) invoque aussi les mêmes altérations « du renouvellement ».

Enfin, dans son livre sur le ralentissement de la nutrition, M. le professeur Bouchard a bien montré les parentés morbides qui existent entre ces maladies de suboxydation désignées encore par Beneke sous le nom de maladies par nutrition retardante.

C’est, en effet, ce ralentissement de la nutrition qui sert de trait d’union entre les membres de cette famille pathologique.

« L’insuffisance des actes nutritifs n’amène pas seulement l’accumulation des acides organiques; d’autres substances peuvent se soustraire aux oxydations. C’est peutêtre le cas des matières albuminoïdes, des sucres et des graisses. » (Bouchard.)

G*est ainsi que cette nutrition retardante empêche la combustion de la cholestérine et entraîne une production exagérée d’acides organiques qui favorisent la précipitation de la cholestérine en modifiant l’alcalinité nécessaire à la dissolution de cette substance. Cet excès d’acides organiques dissout encore la chaux des éléments anatomiques et l’introduit dans la bile. C’est par ce mécanisme que le ralentissement entraîne la lithiase biliaire. Mais le même trouble nutritif, diminuant les oxydations, favorise l’accumulation soit des graisses alimentaires, soit des graisses de désassimilation et, par conséquent, l’obésité.

Le ralentissement des mutations nutritives générales (soit par diminution de consommation ou d’action tro-

phique du système nerveux, soit par modifications circulatoires, soit par insuffisance d’apport des matériaux azotés), cette nutrition retardée, en un mot, explique « l’insuffisance des actes de l’assimilation et, en particulier, le défaut de la consommation du sucre dans les éléments anatomiques et, par conséquent, le diabète ». (Bouchard.)

Ainsi s’enchaînent les parentés morbides de cette grande famille de maladies si souvent énumérées, qui ont toutes pour caractère dominant un ralentissement de la nutrition. (Bouchard.)

Dans la goutte existent aussi des caractères qui appartiennent à la nutrition retardante ; par exemple la formation exagérée ou la destruction trop lente des acides organiques. C’est, d’après M. le professeur Bouchard, un état dyscrasique à prédominance acide. La preuve en serait donnée par l’existence chez les goutteux des trois termes de la loi de Beneke : tendance aux précipitations uriques ou uratiques, oxalurie, excès de phosphates terreux.

« Mais nous constatons encore chez les goutteux, dit M. Bouchard, d’autres caractères de ce ralentissement de la nutrition. Les goutteux brûlent mal la graisse; la lithiase biliaire n’est pas rare chez eux, l’obésité est très fréquente. Les goutteux brûlent mal le sucre ; le diabète a été considéré comme une maladie goutteuse, et, sans parler du diabète, la glycosurie passagère s’observe assez souvent au cours de la goutte (Prout, Lehmann, Gairdner). Les goutteux, enfin, brûlent mal la matière azotée. Dans les métamorphoses désassimilatrices que subit chez eux la matière protéique, une part plus considérable qu’à l’état normal s’élimine sous la forme d’acide urique, sans arriver à cet état d’oxydation plus parfaite qui donne nais-

sance à l’urée. Ainsi, en ne considérant que les éléments physiologiques de la maladie, nous arrivons à cette conception que renforce l’analyse clinique, c’est que la goutte est encore une maladie caractérisée essentiellement par le retard de la nutrition. »

Rapports entre la goutte et le rhumatisme. — Mais ces deux séries morbides qui forment en grande partie la famille arthritique n’ont-elles pas d’autres parentés collatérales ? Le rhumatisme doit-il entrer dans cette famille ? Le sens vague attaché au mot rhumatisme n’a pas peu contribué à obscurcir encore cette question si diversement résolue. Aussi est-il indispensable de bien délimiter le rhumatisme et d’examiner ensuite les parentés morbides de chacun des membres de la famille rhumatismale.

Le rhumatisme articulaire aigu, les faux rhumatismes infectieux, certaines affections fluxionnaires de nature goutteuse ont pour caractère commun : 1° la fluxion sur les articles ; 2° sur les séreuses; 3° les localisations cardiaques ; 4° les manifestations sudorales, etc. Ce sont en un mot des maladies à fluxions (rheuma) ; c’est le flux des anciens,

' Si fluat ad pectus dicetur rheuma catarrus Ad fauces Branchus ; ad nares esto coryza.

Il n’existe qu’une parenté syndromatique entre le rhumatisme aigu, le rhumatisme blennorrhagique, le rhumatisme scarlatin, le rhumatisme puerpéral, le rhumatisme de la péliose et des pseudo-exanthèmes de Bazin : c’est la tendance à la production des flux articulaires, séreux, etc.; c’est l’expression symptomatique conjuguée similaire, c’est le syndrome du rheuma.

Certaines maladies, très dissemblables dans le fond, re-

vêtent donc le commun masque rhumatismal. Mais, si elles ont entre elles des parentés réelles, c’est-à-dire existant de par une similitude ou une quasi identité des causes pathogènes, cette identité ne doit pas être cherchée dans le syndrome rhumatismal. Ainsi le faux rhumatisme infectieux des accouchées n’a de commun avec le rhumatisme aigu ou le rhumatisme scarlatin qu’un mode très analogue de déterminations fluxionnaires ; il doit être considéré plutôt comme le frère véritable de la septicémie puerpérale réalisant des déterminations d’un autre ordre : l’endocardite ulcéreuse, par exemple.

C’est ainsi que, depuis dix ans, le professeur Renaut entend la question des rhumatismes : Parenté syndro viatique frappante . Parenté pathogénique nulle dans la majorité des cas. C’est dire, en d’autres termes, que chaque dyscrasie peut avoir son expression rhumatismale. La variole, la scarlatine, la dengue, la septicémie, la pyohémie, les oreillons, la plupart des maladies infectieuses ont leur rhumatisme . Ces pseudo-rhumatismes infectieux bien étudiés par Bourcy (thèse, Paris, 1883), contiendraient chacun, le micro-organisme pathogène de l’état infectieux dont ils dépendent.

Dans certains cas d’arthrite, Schüller (Cong. de chirurg. de Berlin) dit avoir trouvé, dans les épanchements articulaires, le microbe semblable à celui de la localisation primitive, le coccus de Friedlander dans une arthrite compliquant une pneumonie, les bacilles fins de Klebs dans une arthrite de fièvre typhoïde, le micrococcus de Fehleisen chez un érysipélateux.

La goutte, l’obésité, l’ataxie (maladie de Charcot) ont aussi leur rhumatisme ; mais ce rhumatisme est d’ordre nutritif, le rhumatisme noueux tenant la tête (professeur Renaut, corn, écrite).

Le rhumatisme articulaire aigu servirait de transition entre les rhumatismes d’ordre nutritif et les rhumatismes d’ordre infectieux, car le monas de Klebs a été trouvé surtout dans les pseudo-rhumatismes infectieux et les considérations émises par Maclagan sont loin de lever tous les doutes.

A quels caractères peut-on reconnaître le rhumatisme ? Quelle en est la caractéristique? Après Baillou, on invoque la notion étiologique, le mot rhumatisme devient ainsi synonyme de maladie a frigore : puis vient le tour de la caractéristique anatomo-pathologique, qui est encore insuffisante pour classer les affections rhumatismales ; enfin, au nom delà clinique, on déclare rhumatismale toute maladie à la fois douloureuse, soudaine, mobile et, en dernier lieu, fut imaginée la diathèse rhumatisme dont le critérium était l’arthrite multiple et a frigore.

En dernier lieu, on a recours à la caractéristique thérapeutique. « Ce n’est pas ainsi, dit M. Bouchard, qu’il convient de procéder. Ce n’est pas à l’aide d’un seul caractère que l’on peut établir les espèces ou les familles morbides. On doit choisir, parmi les maladies auxquelles on croit reconnaître un air de parenté, une maladie type, une espèce indiscutable, à évolution constante, à lésions anatomiques identiques, à terminaisons presque toujours semblables, une maladie enfin dont les complications possibles sont presque toujours les mêmes dans les différents cas. »

Ce type est la polyarthrite aiguë primitive et les maladies qui se montrent souvent dans les antécédents de ces malades servent à former un groupe naturel, auquel on donne le nom de rhumatismal. A côté, existent des arthrites chroniques qui succèdent volontiers au rhumatisme articulaire aigu, au cours desquelles il n’est pas rare de

constater une attaque de rhumatisme articulaire aigu; elles s'accompagnent fréquemment des autres maladies de la même série; elles se relient à elles par l’hérédité. On dit que ces arthrites chroniques sont rhumatismales. De ce nombre sont le rhumatisme mono -articulaire chronique et les nodosités d'Heberden. « Je n’en dirai pas autant du rhumatisme chronique progressif ou rhumatisme noueux, qu'on a bien fait de séparer de la goutte, mais qui me paraît avoir usurpé son nom de rhumatisme. »

Le trouble nutritif qui réunit ces diverses affections doit rentrer, dit II. Bouchard, dans la catégorie des vices de la nutrition par ralentissement, et c’est la constatation des parentés morbides et des affinités pathologiques qui conduit à cette conclusion.

« Sur 100 malades atteints de lithiase biliaire, on trouve 39 fois le rhumatisme dans la famille. Sur 100 malades atteints d'obésité, on trouve 33 fois le rhumatisme dans la famille.

Sur 100 malades atteints de diabète sucré, on trouve 54 fois le rhumatisme dans la famille.

Sur 100 malades atteints de goutte, on trouve 25 fois le rhumatisme dans la famille.

Si on s'attache maintenant à la recherche des différentes formes du rhumatisme dans les antécédents personnels des malades, la statistique donne les résultats suivants :

Sur 100 malades affectés de lithiase biliaire, le rhumatisme musculaire a été noté 38 fois, le rhumatisme articulaire chronique 28 fois.

Sur 100 malades affectés d'obésité, le rhumatisme musculaire a été noté 39 fois, le rhumatisme articulaire aigu 31 fois, le rhumatisme articulaire chronique 12 fois. »

« Sur 100 malades affectés de diabète, le rhumatisme musculaire a été noté 22 fois, le rhumatisme articulaire

aigu 16 fois, le rhumatisme articulaire chronique 8 fois. Sur 100 malades affectés de goutte, le rhumatisme musculaire a été noté 9 fois, le rhumatisme articulaire aigu 9 fois, le rhumatisme articulaire chronique 6 fois. Deux choses ressortent de ces données statistiques : c’est, d’une part, la parenté morbide de ces trois formes de rhumatisme ; c’est, d’autre part, l’affinité pathologique avec la lithiase biliaire, l’obésité, le diabète sucré et la goutte. » « Le rhumatisme articulaire aigu, dit Charcot, dans sa xvif leçon (loc. cit. p. 232) est fréquent chez les enfants issus de parents goutteux (Héberden, Fuller, Todd). Les enfants des rhumatisants deviennent souvent goutteux (Fuller). Enfin, l’hérédité peut se manifester par voie collatérale. J’ai vu moi-même le rhumatisme noueux se montrer chez une femme dont le frère était goutteux. »

Quant au rhumatisme articulaire chronique progressif ou rhumatisme noueux, jadis appelé goutte asthénique, rhumatisme goutteux, non seulement, il est bien distinct de la goutte, mais encore, d’après M. Bouchard, « il. ne paraît pas évident qu’il soit une maladie rhumatismale, ce qui de prouve, c’est d’une part le peu de fréquence de l’hérédité rhumatismale ; c’est encore la rareté de ses relations avec le groupe de maladies qui accompagnent ordinairement le rhumatisme aigu. En revanche, la scrofule, la phtisie coïncident fréquemment avec le rhumatisme noueux. « Le prétendu rhumatisme chronique progressif est donc une maladie de déchéance. Etiologiquement, c’est une maladie de misère, de privation, d’humidité; et, comme on l’a dit, avec pièces préhistoriques à l’appui, c’est la maladie des troglodytes. »

En présence des analogies qui existent entre les déformations du rhumatisme noueux et les arthropathies de l’ataxie, de l’hémiplégie, de la paralysie agitante, certains

auteurs se sont demandé si cette maladie ne devait pas rentrer dans le groupe des maladies névrotrophiques.

Certains rhumatismes chroniques ont une parenté avec le rhumatisme articulaire aigu; le rhumatisme monoarticulaire ou rhumatisme chronique partiel succède souvent au rhumatisme articulaire aigu dont il est quelquefois la simple prolongation (Bouchard). Ce qui permet encore d’affirmer cette parenté dans les cas où un rhumatisme articulaire aigu n’a pas existé antérieurement, ce sont les complications inflammatoires analogues et la fréquence des névralgies, des migraines, des lumbagos, de l’asthme, de certaines dermatoses que nous avons signalées dans la parenté morbide du rhumatisme articulaire aigu : enfin, dans les antécédents personnels ou héréditaires de ces malades, on trouve souvent la goutte, la gravelle, le diabète, l’obésité, la lithiase biliaire.

D’après M. Bouchard, cette forme de rhumatisme chronique nommée nodosités d’Heberden a des relations très fréquentes non seulement avec le rhumatisme chronique partiel, mais encore avec les maladies de la famille rhumatismale, avec la migraine, les névralgies faciales, la sciatique, le lumbago. Dans les antécédents héréditaires, on retrouve la goutte, le diabète, l’obésité, la lithiase biliaire, l’asthme, l’eczéma et même les nodosités d’Heberden. Aussi se basant sur ces affinités morbides révélées par la clinique, M. Bouchard fait rentrer le rhumatisme chronique partiel et les nodosités d’Heberden dans la catégorie des maladies rhumatismales.

Après avoir essayé d’établir la délimitation du rhumatisme, nous avons vu les parentés morbides qu’il offre avec les maladies par nutrition retardante. Ces affinités sont encore prouvées par l’affection, dans laquelle les caractères de la goutte et du rhumatisme sont tellement

unis,, que Ton a désigné ces lésions sous le nom de rhumatisme goutteux. Pour certains auteurs, cette affection est hybride, elle est constituée par l’assemblage, par la réunion intime du rhumatisme et de la goutte ; elle sert de transition naturelle entre ces deux maladies et en présence de parentés morbides indéniables, ces auteurs poussent la fusion plus loin, ils font dépendre la goutte et le rhumatisme d’un même vice nutritif commun, vaguement déterminé et désigné sous le nom d ’arthritis. Cette conception de l’arthritis est celle qui régnait au xvm8 siècle, c’est celle qui fut reprise par Stoll, par les Frank , et qui a été reconstituée dans un sens un peu différent par Bazin.

Mais cette théorie a subi bien des traverses. Bâillon , en 1762, distingue delà goutte le rhumatisme articulaire et revient à la conception hippocratique de l’arthritis. « Hippocrate (1), en effet, désigne sous le nom de TroctaypT] ce qui se rapporte à la goutte et ce qu’il entend par apQptnç répond bien plus exactement à la maladie qui a été séparée plus tard de la goutte sous le nom de rhumatisme. )> ( Sénac .)

Cette distinction de la goutte et du rhumatisme fut accentuée par Boerhave et Cullen qui, trouvant le nom d’arthritis beaucoup trop vague, le rejettent pour n’admettre que la podagre, mais pour Musgrave l’arthritis est synonyme de goutte et les manifestations diathésiques abarticulaires ne sont que de la goutte anormale. Depuis lors, on a généralement récusé l’identité du rhumatisme et de la goutte et on admet, comme le dit M. le professeur Charcot « tout au plus, une base commune, un fond commun, une prédisposition articulaire, un état arthritique, d’où l’un et

(lj Traduction de Littré, t. VI, p. 244 et 245.

l’autre tirent leur origine ». — Leçons sur les maladies des vieillards, etc., p. 232.

La nature intime du rhumatisme goutteux a été élucidée en partie par l’anatomie pathologique. « On trouve quelquefois, disent Charcot et Cornil 9 réunies dans une même articulation les lésions de la goutte (infiltration uratique des cartilages) et les altérations du cartilage propres au rhumatisme chronique. » Dans ces cas, il n’existe qu’une simple juxtaposition des deux affections qui est parfois si intime que les cliniciens ont fait du rhumatisme goutteux tantôt une affection hybride, tantôt une manifestation de la diathèse goutteuse. On a essayé alors de porter la question sur un terrain de conciliation. Fidoux fait saisir, par une comparaison devenue classique, les rapports de la goutte et du rhumatisme. Ces deux maladies naissent d’un tronc commun duquel partent des rameaux, représentant des affections différentes par leur siège, puisqu’elles n’intéressent en rien les articulations, mais de nature identique, puisqu’elles ont une origine commune : c’était à peu près l’opinion de Trousseau, qui s’exprimait ainsi. « Le rhumatisme et la goutte sont deux entités différentes, je le veux bien, par certains caractères de forme et d’allure, mais en somme tellement voisines, qu’on les dirait issues d’une commune origine. La solidarité est si grande quelquefois que toute ligne de démarcation s’efface et qu’on les voit se confondre l’une dans l’autre par une sorte de pénétration réciproque. » (Trousseau, — Clinique médicale, art. Rhumatisme noueux).

Cette conception adoptée par Guéneau de Mussy est traitée d’hypothèse par Parrot.

« Tous les cliniciens reconnaissent qu’il y a un lien commun entre ces maladies. Où ils diffèrent, c’est sur le

nom qu'ils donnent à cet enchaînement et sur ridée qu'ils se font de cette relation. Quand on dit que l’une de ces maladies ne se développe pas indifféremment chez tous les individus, mais qu'elle apparaît avec une prédilection marquée chez les hommes qui ont eu ou qui auront les autres maladies de la série, quand on dit que, chez cette catégorie d'individus, il y a une réelle disposition à chacune de ces maladies et quand, pour la commodité du langage, on appelle diathèse arthritique cette prédisposition aux diverses maladies de ce groupe spécial, on voit les choses réelles et on voit le rapport réel des choses. » (Bouchard.)

Diagnostic de V arthritisme

Cette grande famille arthritique, dont nous avons étudié les parentés, est composée de membres si disparates au premier abord, que les médecins se sont naturellement demandé à quels caractères certains, on pourrait reconnaître ce vice nutritif qui tient sous sa dépendance ces manifestations morbides.

L'utilité d'une caractéristique au triple point de vue du pronostic, du diagnostic et du traitement des maladies arthritiques, a fait mettre en avant une série de signes ; mais souvent la quantité ne supplée pas à la qualité.

On a invoqué successivement la mobilité, la périodicité, l’apparition nocturne de ces poussées congestives, de ces manifestations morbides si souvent énumérées.

L'étude généalogique des maladies sériales fournit d'importantes indications. La succession, l'alternance, le remplacement de ces diverses expressions pathologiques, soit chez les ascendants, soit chez les collatéraux, soit chez le malade lui-même sont encore de bons signes. Mais ces caractères sont fugaces et parfois il est bien difficile d’ob-

tenir des renseignements indispensables ; alors on a cherche des signes plus fixes. L’un des plus importants est la camptodactylie.

Voici en quoi consiste celte déformation à laquelle

M. Landouzy (1) a donné le nom de camptodactylie et qui est constituée par une rétraction de forme spéciale. Tandis, en effet, que dans la rétraction de l’aponévrose palmaire, la phalange s’infléchit sur le métacarpien, ici, c’est la phalangine qui est infléchie sur la phalange, faisant ainsi décrire au doigt une courbure, une sorte d’arc qui lui a fait donner ce nom particulier.

Cette déformation peut présenter trois types différents : tantôt, et c’est le fait le plus commun, elle porte sur le petit doigt qu’elle empêche ainsi de se redresser, siégeant surtout à droite ; quelquefois aussi, symétrique et atteignant les deux mains ; tantôt le médius offre la même déformation que l’auriculaire; tantôt enfin, la main est intéressée dans une certaine mesure, en ce sens qu’elle prend une certaine courbure, devient légèrement concave, de telle sorte que la paume ne peut plus s’appliquer exactement sur un plan horizontal.

Cette lésion est très fréquente et se retrouve toujours, lorsqu’on la rencontre, avec les altérations de i’arthritisme ; comme les phénomènes arthritiques, elle est fréquemment héréditaire, ainsi que cela s’observe aussi pour la rétraction de l’aponévrose palmaire, avec laquelle elle présente certains rapports. M. Landouzy l’a même vue

(1) Arthritisme et camptodactylie: distinction de la camptodactylie d’avec la rétraction de l’aponévrose palmaire ; description, fréquence, précocité d’apparition, hérédité de la camptodactylie ; sa prédominance chez la femme ; sa grande valeur comme signe d’arthritisme (Leçon clinique de la Charité, 27 octobre 1885, par Z. Landouzy : analysée in Journal de médecine et de chirurgie pratiques , novembre 1885, p. 485).

se succéder dans trois générations successives. Elle se montre d’ailleurs en dehors de toute cause occasionnelle, comme les travaux rudes ou les traumatismes qui agissent au contraire fréquemment dans la rétraction palmaire. Ce qui le montre bien, c’est qu’on peut la voir débuter chez certains enfants dès l’âge de six ans. Ce qui le prouve également, c’est qu’elle est beaucoup plus fréquente chez la femme que chez l’homme. Si on ne la remarque pas plus souvent, c’est qu’elle échappe aux recherches en raison de son indolence complète. Les malades, en effet, ne s’en aperçoivent pas eux-mêmes en raison du peu de gêne que cette déformation apporte aux mouvements.

En somme, il s’agit là d’un signe important révélateur de la diathèse arthritique ; lorsqu’on l’observe sur un sujet déjà arrivé à un certain âge, il permet souvent de reconstituer son passé pathologique ; si, au contraire, on a affaire à un sujet pins jeune, ou à un enfant, il permet de prédire quelles sont les affections auxquelles il sera exposé ou quelles formes revêtiront les maladies dont il sera atteint.

On a invoqué aussi des signes fournis par l’étude de la conformation des mains : 1° aberration dans la direction, la forme et la structure des doigts ; 2° altération de structure de la main dans la goutte, le rhumatisme ; 3° rétraction de l’aponévrose palmaire (Menjaud-Meillet). Chez les arthritiques, continue M. Sénac.

On constate encore : 1° la déviation des orteils vers le bord externe du pied ; 2° la déviation des orteils suivant l’axe du pied; la torsion des orteils sur leur axe.

A ces signes on a encore ajouté l’oignon et les ostéophytes indolents, occupant les genoux, le calcanéum et différant des tophus par leur développement et leur siège.

Boinet. — Les Parentés morbides.

G. de Mussy et Ladreit de la Charrière ont signalé encore les affections de l’oreille moyenne telles que la soudure des osselets; cette otite scléreuse se rencontre aussi souvent chez les ascendants des arthritiques. Enfin quelques auteurs ont appelé Inattention sur l’épisclérite et la cataracte que M. le professeur Verneuil rapproche de l’athérome artériél. Les tumeurs indolentes passagères sur lesquelles on a dernièrement attiré les remarques (nodosités rhumatismales, pseudolipomes) sont des signes d’arthritis.

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