‹ Les parentés morbidesChapitre 7 sur 21 · FAMILLE PSYCHOPATHIQUE · texte numérisé non relu

FAMILLE PSYCHOPATHIQUE

1° Affections mentales, aliénation. — L'hérédité de l’aliénation, établie par lesjxavaux d ’Esquirol, de Par-

(1) Féré. Famille névropathique. — Archives de neurologie, 1884.

chappe , Guislain , Brierre de Boismont , Baillarger , Moreau , Trélat , etc., a besoin d’être accumulée, capitalisée, suivant l’expression de Féré, avant de se montrer sous une forme nettement caractérisée : c’est sur ce terrain préparé que se développent les délires toxiques, la folie puerpérale, etc.

A un degré plus avancé, la maladie transmise se transforme en manie, en mélancolie, en imbécillité, en idiotie, etc.

Enfin, la transmission de la maladie peut se faire en nature; la forme est fixée. Esquirol, Falret, Hammond ont cité des cas de transmission directe de certaines formes de folies, de tendance au suicide.

2° Névroses. — La folie offre des parentés morbides avec Y hystérie, mais surtout avec Y épilepsie. Dans cette dernière affection, Falret a bien décrit les manifestations mentales que l’on observe dans le grand et le petit mal, l’aura-psychique. Dans quelques cas les troubles mentaux peuvent exister seuls. (Epileptic psychical équivalent. Spitzka.) On observe aussi les délires aigus à forme expansive, dépressive, maniaque. La répétition des accès épileptiques amène la démence. Magnan (1) mentionne encore la coexistence de l’épilepsie et de la vésanie. Le tic douloureux est lié à l’épilepsie. Le spasmus nutans, le tic de Salaam seraient de nature comitiale (Féré, Gautier) (2).

D’une manière générale l’hérédité nerveuse peut transmettre, soit la maladie en nature, soit simplement une des affections du même groupe : souvent même, il n’existe

(1) Magnan. De la coexistence de plusieurs délires , chez le même aliéné. Archives de Neurologie, 1. 1, p. 49.

(2) Gautier. France médicale , 1883, t. I, p. 199.

qu'une simple prédisposition à des maladies nerveuses qui n'évolueront que sous l'influence d’une cause occasionnelle telle que le traumatisme, les intoxications, les infections, alors se produit la mise en œuvre d’une maladie jusqu'alors latente. C'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase, c'est l'étincelle tombée sur une plaque d’amadou (Lasègue). Mais ces mêmes causes prédisposantes peuvent imprimer au système nerveux des modifications qui font de ces sujets jusqu’alors indemnes de véritables cérébraux ; ainsi s’expliquent ces troubles nerveux (pseudo paralysie générale, lypémanie) provoqués par l’intoxication saturnine ou alcoolique : mais quelle que soit la façon dont surviennent ces modifications du système nerveux, le résultat ultérieur est le même non seulement pour l'individu lai-même, mais encore pour les descendants : les conséquences pour l’espèce sont en effet très graves et les descendants sont atteints d’idiotie, d'imbécillité, d’épilepsie, en un mot de la même déchéance nerveuse que les rejetons des malades affectés de maladies nerveuses héréditaires.

L’hystérie peut coexister avec V épilepsie et se manifester par crises distinctes (Charcot, à’ O Hier) (Y).

En dehors du délire hystérique de l’attaque (Legrand du Saule) (2), l’état mental n'est pas lié à cette névrose.

Chez les hystériques mâles, dit Féré, l’hérédité névropathique paraît plus accentuée. Ces névropathies méritent donc d'être reliées aux affections mentales non seulement par leur hérédité, mais aussi par leur combinaison.

Ces états psychopathiques (aliénation, épilepsie, hystérie) présentent encore avec les autres affections du système

(1) D’Ollier. Ann. Médicales , psych. 6 s. t. VI, p. 192.

(2) Legrand du Saule. Les hystériques, 1883.

nerveux des parentés morbides étudiées par Moreau, Royer-Collard, Gintrac, Griesinger, Doutrebente, Mobius, Bollinger.

L'état mental dans la chorée a été décrit (1) depuis longtemps.

La paralysie agitante peut s'accompagner de troubles mentaux signalés par Patrick , Lorain , Lasègue r Bail , Ringross , Atkins . Huggard a mentionné sa coïncidence avec la folie circulaire.

Mais ces faits ne sont qu'une simple combinaison d'une névrose et d’une psychose non subordonnées l'une à l'autre (in Féré). Lhirondel (2) insiste sur les combinaisons de la paralysie agitante avec plusieurs autres maladies nerveuses.

Les parentés morbides du tremblement sénile sont énumérées dans la thèse de Thébeault( 3).

Goitre exopiithalmique. — Le goitre exophthalmique s’accompagne de troubles mentaux ( Solbrig , Geigel , Van Densen , Andrews , Meynert , Robertson, Savage) soit chez le malade lui-même, soit chez ses ascendants. C'est une maladie de famille (Cheadle). M. le Dr Bidon a eu l'obligeance de nous donner cette observation inédite :

Je soigne actuellement Mme J... T..., âgée de trente ans environ, atteinte du syndrome goitre exophthalmique le plus complet : exophthalmie nette, goitre saillant, tachycardie, léger tremblement au repos, s'exagérant à toute émotion, troubles menstruels lui ayant fait croire à une grossesse. Elle est d’un caractère extrêmement irascible depuis qu’elle est malade ; mais

(!) Mem. ac. méd, 1860, t. XXIV. p. 1.

(2) Lhirondel. Thèse, Paris, 1883.

(3) Thébeault. Thèse, Pans, 1883.

même auparavant elle était violente et obstinée : aujourd’hui sa famille obéit à toutes ses fantaisies, car la moindre contrariété lui donne des crises de pleurs, de tremblements, de cris extrêmement pénibles pour tout le monde. La malade elle-même dit que dans ces moments-là elle ne sait plus ce qu’elle fait : en effet, à ces moments elle semble presque inconsciente et se livre à ces emportements même devant des étrangers. En dehors de ces accès, elle est simplement triste, ombrageuse ; son obstination est extrême, puisque malgré toutes mes affirmations contraires, elle a cru pendant dix mois à une grossesse qui se serait caractérisée simplement par de l’aménorrhée et d’un ballonnement très minime de l’abdomen.

Sa mère, que j’ai connue, était aliénée : délire triste, idées de persécution qui font poussée à se suicider : après diverses tentatives déjouées à temps, elle a fini par se précipiter d’une fenêtre élevée, et elle est morte ainsi.

Pas d’alcoolisme chez la mère, ni la fille. Père vivant en assez bonne santé.

Cette intéressante observation établit une certaine parenté entre le goitre exophthalmique et l’aliénation mentale.

Cette affection est liée par l'hérédité, non seulement aux maladies mentales, mais encore aux névroses et aux maladies cérébro-spinales à lésions. — Gagnon, Jacobi ont indiqué la coexistence du goitre exophthalmique avec les phénomènes épileptiformes, l’hystérie, la chorée. On a signalé les relations du goitre exophthalmique et de la manie (1). A la Société clinique de Londres, Haie White a rapporté un cas de myxœdème s’accompagnant d’attaques épileptiformes. Hadden a vu récemment deux sœurs, dont l’une était atteinte de myxœdème, tandis que l’autre présentait les symptômes du goitre exophthalmique.

Semon fait remarquer que tous les cas de myxœdème,

(1) The journal of mental science , janvier 1884, p. 521.

observés jusqu’ici, appuient sa théorie d’après laquelle cette maladie serait produite par la même cause que le crétinisme et la cachexia strumi-priva.

Chorée. — La transmission directe est rare, dans les générations antérieures on trouve les névralgies, l’hystérie, l’aliénation.

Les rapports de la chorée avec l’épilepsie, l’hystérie, l’aliénation mentale, ont été étudiés par Mundsley , Vassitch , O. Sturges.

Migraine. — La migraine est une maladie de famille héréditaire et souvent l’on rencontre chez les ascendants, la folie, l’épilepsie, l’hystérie. D’après M. Grasset la migraine est toujours la manifestation d’un état général. Elle peut s’accompagner de phénomènes épileptiformes et se manifester dans la première période de la paralysie générale ou de l’ataxie locomotrice (Charcot).

Les parentés morbides de la migraine ophthalmique sont mentionnées par Féré(l) et Raullet (2).

Les névralgies sont souvent associées aux affections nerveuses, à l’hystérie surtout. D’après Brodie, Burrows, ce sont les alliés consanguins de la folie.

L’asthme affecte des parentés morbides avec le goitre exophthalmique, avec l’aliénation ( Quislain ), avec l’épilepsie ( Sabter ). B alterne quelquefois avec ces deux dernières affections.

L’angine de poitrine peut coïncider avec l’hystérie

(1) Féré. Contribution à V étude de la migraine ophthalmique.

(2) Raullet. Etude sur la migraine ophthalmique, thèse, Paris,

(Marie, Rev. méd 1882, p. 339). Trousseau (1) a décrit ses rapports avec i’épilepsie.

L'angine de poitrine peut alterner avec d’autres névralgies. Téallier, Capelle : Elle est en relation avec l'asthme. (Anstie) (2).

Les tics se rencontrent plutôt chez les aliénés, les imbéciles, les idiots, les mélancoliques. Ils peuvent avoir une origine centrale (Féré) (3).

Le tic non douloureux héréditaire est quelquefois consécutif à la lésion du pli courbe (4).

Le grincement avec usure des dents, signalé dans la goutte, se rencontre aussi dans la paralysie générale et dans l'épilepsie (Delasiauve).

La crampe des écrivains existerait surtout chez les eczémateux. L'excitation périphérique ne joue que le rôle de cause déterminante (Gallard. Progrès médical , 1877, n° 546).

Convulsions. — Les convulsions s'observent surtout chez les enfants nés d’une mère éclamptique (Ducîos) (5).

Trousseau (6) s'exprime ainsi : « Ayez toujours présent à l’esprit que cette susceptibilité nerveuse peut être héréditaire et que si elle se traduit dans le jeune âge par des attaques d’éclampsie, elle pourra se manifester ultérieurement par des affections nerveuses fort graves, telies que ' l’épilepsie. »

(1) Trousseau. Clin . méd., t. II, p. 537.

(2) Anstie. Bristm.j., London, 1871.

(3) Féré. Tic de Salaam, Prog. méd., 1883, p. 970.

(4) Bull. soc. Biol., 1876.

(5) Etudes cliniques pour servir à l'histoire des convulsions de l'enfance, 1847, p. 75.

(6) Trousseau. Clin. méd. de THôtel-Dieu, 1873, t. II, p. 193.

Boinet. — Les Parentés morbides. 5

La tétanie a ordinairement des rapports avec le nervosisme, l'irritabilité des parents ou bien avec une névrose actuelle ou qui a pu exister dans l'enfance.

L’asphyxie locale des extrémités a de grandes analogies avec la migraine, surtout avec la migraine ophthaimique. Elle peut se présenter avec l'hystérie (Armaingaud) et Ritti (1) l'a observée dans la période de dépression de folie à double forme. Elle peut être transmise par hérédité.

Féré (2) étudie les rapports de I’éclampsie et de I’épilepsie. Chez les enfants, l'éclampsie est le résultat d'un état neuropathique héréditaire et souvent elle précède l'épilepsie. — « Chez l'adulte, dans un cas (observation I) il y eut à neuf ans, éclampsie scarlatineuse : l'albuminurie cesse, puis restent des attaques d'épilepsie survenant tous les trois ou quatre jours. La scarlatine et l'albuminurie consécutives sont surtout efficaces pour produire l'éclampsie chez les héréditaires névropathes : dans l'observation III, une quatrième crise convulsive survint en convalescence de scarlatine chez un héréditaire, et depuis l'épilepsie s'établit et se caractérise.

La grossesse et l'accouchement semblent (Gowers, etc.) ne provoquer l'épilepsie et l'éclampsie que chez des sujets prédisposés héréditairement (Miquel, Trousseau, Barnes, Michéa, Handfîeld Jones, Murchinson, etc.).

Symptomatiquement, l'accès d'éclampsie et celui d'épilepsie se confondent, même au point de vue thermométrique. Dans l'obs. Y, une fille d'hystérique a de l'éclamp-

(1) Ritti. Ann. méd. psych 1882, 6e série, t. VIII, p. 36.

(2) Féré. Arch. de Neurologie , 1884, 2e semestre n° 37.

sie durant sa grossesse, conserve ensuite des vertiges par accès et enfin a des attaques épileptiques (qui cèdent par K. Br., tandis que les vertiges persistent). — Il cite une ou deux observations où l'éclampsie puerpérale aboutit à l’épilepsie (Une fois attaques seules, une fois attaques et vertiges). Cet auteur termine par ces conclusions : 1° l'éclampsie survient surtout chez les névropathes (hystérie, épilepsie, chorée) ; 2° ailleurs l'éclampsie (scarlatineuse, puerpérale) ouvre la marche, puis survient l'épilepsie vulgaire ; 3° les éclamptiques transmettent à leurs descendants des états névropathiques divers.

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