Les parents de Province
MADAME BARBENÇON, seule; elle entre b droito tenant ur.e lettre b la main, lisant; elle s’assied sur le canapé.
« Ma chère belle-sœur, il y a bientôt quinze ans révolus que nous ne nous sommes point embrassés. Voilà que l’envie nous prend, à moi et à la petiote, de quitter notre ferme et de faire le voyage de'Paris, à la seule lin de vous donner l’accolade, à vous et à votre fils. Donc, sans barguigner, nous prenons la diligence et nous nous faisons conduire bon train jusqu’à Dijon, patrie de la moutarde. Là, nous nous embarquons bravement dans la nouvelle invention des chemins de fer où nous ne sommes point encore monte*, Honorine et moi, et nous filons d’arrache-picd sur Paris... Votre beau-frère qui vous salue avec respect et amitié... Evariste Barbençon. » (Fermant la lettre.) Voilà des lettres comme on est exposé à en recevoir, quand on a de la famille en Bourgogne... (Elle 3e lèvo.) Pas moyen de faire mauvais accueil à ces provinciaux... Évarisle”, quoique fermier, est un des plus riches de la Côte-d’Or. Il nous a rendu de petits services dans des moments de gène... et puis, je compte bien sur lui pour m’aider à acheter à Léonce une charge ae vendeur à la criée... Impossible de les mal recevoir, ces provinciaux ont du flair... et de la rancune. (Réfléchissant.) Eh! eh I mon beau-frère en faisant ce voyage n’aurait-il pas un but secret?... sa fille, son Honorine... qui sait?... C’est peut-être dans l’espoir de lui trouver un mari... songeraitil à mon Léonce?... le vieux sournois!... Ah! mois non, haite-là, bonhomme Ion ne passe pas !... Mon Léonce est
trop bien pour épouser une petite provinciale, quelle que soit sa dot !... je veux pour lui une jolie fille que j’ai guignée cet hiver, en soirée chez les Beaulendon, mademoiselle Brigilte de Panariskas, une Péruvienne de Mexico... A la bonne heure, voilà un mariage digne de mon Léonce. (Vnement.) Il faut que je le prévienne... (Appelant.) Léonce ! Léonce !... Où es-lu, mon chéri?