SCÈNE IX
CYPRIEN, puis CÉCILE.
CYPRIEN
Trop grasl... cette qualification me poursuivra sans cesse... Trop grasl je fais cependant ce que je peux pour maigrir; mais que peut l’homme contre la nature? ( Apercevant cécue. ) Ah I ma cousine!
C li C I L E , entant par la gauche.
Tiens, c’est toi, Cyprien? Je croyais que tu accompagnais maman ?
CTPR lEN.
Ils ont pris un fiacre... J’ai donné l’adresse au cocher... et j’ai filé en catimini.
CÉCILE
Mais c’est très-mal, ce que tu as fait là !... papa doit être trèstourmenté.
CYPRIEN. ' -
D’abord il me croit sur le siège.
CÉCILE, s’asseyant près de sa table h ouvrage A gaucho.
Mais quand ils arriveront?...
CYPRIEN
Dame! si vous vous figurez que c’est agréable de traverser Paris entre Victoire dans une toilette!... et madame Michaud sous un chapeau !... Si encore j’avais pu baisser les stores !...
' CÉCILE
Cyprien !
C Y P R r E N , h part.
Nous sommes seuls, si j’cn profitais pour lui peindre?... (nant i Dites donc, cousine ?
Mon cousin.
CY PR lEN, ft part.
Voilà mes timidités qui me reprennent. { nam. ) Je voulais vous dire, cousine...
Quoi donc?
c Y' P R I E N , arec effort.
Qu’il fait joliment chaud aujourd’hui...
CECILE se If've et va eliercJier sa corboille h droite.
Étouffant!
CYP RI EN , a part.
Ça ne va pas. ça ne va pas... il faut pourtant que j’aie du courage.. Quelle idée!... si je lui glissais mes vers! elle ne les connaît pas... ce sera toujours un bon commencement... C’est que je ne peux guère les lui donner comme ça de but en blanc... Ah!
(il g'approi'lio de la table au moment où Cécile revient.]
CÉCILE
Voyons, ne touche pas à mes affaires. Quand tu y as passé... je n’y connais plus rien.
CYP RIEN.
Vous avez là un bien joli petit meuble.
CÉCILE
Veux-tu laisser mon coffret, j’en ai besoin à chaque minute, (eiic
s’assied et travaille.)
C Y P R I E N , ù part.
A chaque minute! voilà mon affaire. (Haut.) Rien qu’un moment pour admirer... Cette forme est charmante.
c ÉCI LE.
Voyons, Cyprien, laisse mon coffret. (Elle va ù la cheminée.)
CYPRIEN
Voilà, cousine, voilà! (Il ouvre le collret et voit le billet de Soint-Brieiic. )
Qu'est-co que c’est que ça? (n lu. ) « Cousine bien-aimée, s’il est
ACTF. TnOISlfîME.
« vrai que l’amour se laisse guider par les grâces, ne vous étonnez « plus de me voir sans cesse sur vos pas. S. B. » Quelles sont ces initiales? S. B., Sainte-Barbe! mais non, parbleu 1 Saint-Brieuc !
(H laisse tomber le rofTret.)
CECILE le ramasse.
Ahl mon Dieu ! qu’est-ce que tu fais là? mon coffret...
CVPRIBN.
Il s’agit bien de votre coffret ! Savez-vous ce que je viens d’y trouver ?
Non.
CYPRIEN
Une lettre d’amour ! une déclaration ! .
CÉCILE
Une déclaration?
CYPRIEN
De Saint-Brieuc I il vous aime, et il ose vous vous le dire, lui ! (a part.) J’aurais bien voulu en faire autant, (naut. ) Mais je le démasquerai, ma cousine, je vous sauverai I
CÉCILE
Veux-tu bien te taire 1 je me sauverai bien toute seule, tu n’as pas besoin d’ameuter toute la maison.
CYPRIEN, criant.
Je l’ameuterai! vous ôtes ma cousine, je suis votre cousin I un cousin a le droit de défendre sa cousine !