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Les parfums et les fards à travers les âges

C wgji jolie Fiorise, de recevoir ton vieil oncle dans ce secret laboratoire de /«I j-, eail té qu’est le cabinet de toilette ne élégante, soucieuse d’ajouter à ses charmes naturels les artifices de la beauté.

Là, tout en accentuant l’éclat de tes yeux, l’incarnat mielleux de tes lèvres, tu minaudais.

Gamine et capricieuse, tu pris plaisir d’enfant à décoiffer sous mes narines tes fioles de senteurs, puis à vaporiser sur mon visage, mes cheveux, ma barbe fleurie d’argent les quintessences alambiquées de tes parfums.

Pour robuste et subtil que soit mon odorat, j’eus peine à me soustraire à ces griseries, et je

U subis, enivré, le martyre raffiné des olfactions | pénétrantes et tenaces.

Tu t’amusais follement, mon enfant, à abuser de mon hypersensibilité nasale en multipliant sur la table d’opération une infinité d’essences concrètes qui, dégageant leurs arômes, perturbaient de plus en plus ma notion des choses.

Avec quel impertinent dédain, chère petite, ironisais-tu nos ancêtres qui, disais-tu, ignoraient ces joies de l’odorisation.

Je dus chercher à te désabuser, et à atténuer ta facile gloriole de vaniteuse fille de ce temps.

« Oncle ! Oncle ! cher Tonton Gâteau, promets, enseigne-moi», supplia ton impétuosité d’enfant terrible.

Il me fallut céder.

Je viens donc ici réaliser un petit schéma historique, par lettres superficielles, mais suffisantes pour te faire entrevoir ces progrès réalisés dans l'art subtilde la parfumerie, qui sont les aboutissements d’une longue suite d’efiorts progressifs et de successives traditions, grâce aux-

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de-moi ton atten- I J’entre en conî professeur :

3 puissent plonger ss d’humanité, je de la civilisation ppé des parfums.

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d’aromes encore que nous n’en respirons actuellement et que notre première aïeule, l’arrièregrand’mère de toutes nos grand’mères, Eva, la pécheresse, reçut la suggestion de se farder, de cette même pomme odorante et purpuracée que lui offrit le serpent tentateur.

L’étymologie du mot parfum : Per fumem, (par la fumée) indique que, tout au début des âges, on brûlait des substances aromatiques, tant pour l’agrément de humer les odeurs balsamiques, que pour rendre hommage aux divinités.

Nous consumons encore l’encens dans les rites de notre Église catholique, ainsi que naguère dans leurs sacrifices faisaient les Aryens, adorateurs du feu et de l’éther. Les Chaldéens, les Mages et les dévôts du Zoroastérisme imposaient l’usage des encensements dans leurs prescriptions liturgiques. Le Feu, symbole de la Divinité, image de la splendeur solaire, source de vie et de mouvement, purificateur suprême, était nourri, entretenu, pieusement propagé par les Pyrolâtres, avec des aromates qui, tout en exaltant sa force, son mystère, sa fureur bienfaisante et terrible, exhalaient de l’ardeur de son foyer l’âme de leurs charmes volatils : myrrhe, cinnamome, oliban, santal, aloès, toute la lyre des senteurs végétales.

De Babylone à Byzance, de Bagdad à Persépolis ou Istakhar, les parfums jouèrent un rôle inimaginable pour notre intellection d’occidentaux. Dans toutes les classes sociales, la nécessité des aromatisations s’imposait.

Je pourrais te parler des femmes Scythes, dont, s’il faut en croire Hérodote, les arts de beauté et la science des odeurs pénétrantes étaient fort curieuses. Mais sans nous attarder chez ces Asiatiques, pénétrons par le Delta du Nil au cœur de cette Égypte qui, à n’en pas douter, parvint à des raffinements de haute civilisation.

Il y avait à Alexandrie, aussi bien qu’à Thèbes, des parfumeurs célèbres qui vendaient des arômes composés, d’après des formules inconnues, d’anciennes matières végétales ou animales apportées jadis par le roi Salomon pour concourir à la séduction de la légendaire Balkis, Reine de Saba. Étaient-elles extraites des labiées, des hespéridées, des séracées légumineuses, des térébenthacées ou conifères, ou bien leur aromaticité provenait-elle des excréments de certains crocodiles, très recherchés par les fabricants?

L’Arabie féconde en parfums avait ses secrets. Nous ne pouvons aujourd’hui que nous perdre dans un dédale de conjectures vagues en cherchant à connaître les substances volatilisées qui agissaient sur les muqueuses olfactives des filles des Pharaons. Était-ce principe odorant simple ou complexe ? extrait isolé par évaporation, ou bien procédés à jamais perdus et matières premières abolies ? Chi lo sa !

Le commerce des parfums en Égypte venait, par caravanes, de marchands d’Arabie ou de Judée. Lorsque l’infortuné Joseph fut vendu par ses frères à l’arrêt d’une fontaine dans le désert, ce furent des trafiquants de parfums qui

le conduisirent en Égypte, où ils allaient vendre des produits aussi précieux que des joyaux d’art.

Les Égyptiennes avaient la passion frénétique des parfums. Elles voulaient que l’odorat eût sa part des plaisirs, et ne pas l’exiler des banquets de la vie, agréments du théâtre ou même des jeux du cirque.

Partout flottaient des émanations enivrantes ; des huiles essentielles oignaient la peau et les chevelures. Toutes les parties du corps étaient imprégnées de senteurs surfines dont les ondes aromatiques dépassaient de loin le corps astral des êtres, ce fameux double qui jouait un si grand rôle dans les croyances religieuses de la vieille Égypte, berceau de l’art de la parfumerie.

Sur une « Stèle égyptienne des oflrandes », on compte plus d’une centaine d’espèces d’aromates différents. Il est probable que le nombre des parfums connus dans l’ancienne Egypte dépassait de beaucoup celui que nous pourrions récapituler à cette heure.

La science des essences subtiles était alors hiératique, mystérieuse et traditionnelle dans la vallée du Nil. Les grands prêtres exerçaient ainsi qu’un sacerdoce la manipulation des odeurs mystiques à l'aide de substances abscondes. Ils avaient le privilège de les vendre, à prix très élevés, à de riches particuliers qui savaient toute la valeur de ces senteurs divines préparées d’après d’anciennes recettes irrévélées et qui ne sortirent jamais des temples d’Isis ou d’Osiris où elles avaient été mises à l’abri des curiosités profanes.

Les grandes coquettes de Thèbes et de Memphis s’évertuaient à posséder à tout prix ces parfums. Cléopâtre, lorsqu’elle s’en . alla au devant de Marc-Antoine sur le Cydnus, portait sur elle une de ces senteurs si perturbatrice que l’Imperator Romain capitula aussitôt devant cette Reine étrangement ensorcelante.

C’est d’Égypte que la Judée recevait les odeurs archi-subtilisées dont elle faisait grand usage avant la venue de l’ère chrétienne. Les filles de Judée ou les Galiléennes se peignaient dès l’âge de douze ans les lèvres avec des pétales d’anémones pourpres. Elles préludaient ainsi à l’amour des fards et aux cérémonies de l’offrande des parfums qui affirmaient leurs tendances à se livrer aux griseries des odorations.

Le Cantique des Cantiques révèle, dans la plupart de ses stances, cette obsession des parfums : « Tes lèvres distillent le miel, ô ma fiancée,

« Tl y a sous ta langue du miel et du lait,

« Et l’odeur de tes vêtements est comme l’odeur du Liban. »

La Sainte Bible même contient des pages documentaires sur les vertus de certaines essences exquises que nous n’avons pu parvenir à reconstituer : par exemple, le Thymiane, ou Thymiana, dont saint Bonaventure, le Docteur séraphique, admirable théologien du moyen-âge, disait qu’il constituait une mixture divine, symbolisant vraiment l’oraison parfaite. Que pouvait bien être ce Thymiane si cher au pieux et vertueux disciple de Saint François d’Assise? On a prétendu se basant sur la foi d’un texte mosaïque et sur l’exégèse

en fut faite, qu’il s’agissait d’un composé de Galbanum, de sel pilé, de stacté, d’oliban et surtout d'une poudre très fine provenant de menus coquillages odorants, pêchés sur les grèves de Tyr ?

Mieux vaut renoncer à l’oraison parfaite, faute de pouvoir espérer nous oindre de la mystique Thymiana qui nous ferait communier avec les plus hautes sphères célestes.

Dans les demeures privées on brûlait des aromates sur des trépieds de bronze en l'honneur d'Astarté. Les Roses de Jéricho, les Narcisses du Saaron, le Lys des vallées, groupés dans des coupes de verre irisé, embaumaient l'atmosphère. Souvent, dans de vastes cassolettes de bronze, brûlait du galbanum et de la myrrhe qui répandaient des nuages parfumés. Parfois, au cours de repas somptueux, des colombes dont les ailes avaient été humectées de senteurs voletaient auus des convives, laissant pleuvoir sur les têtes, couronnées de fleurs, des gouttes éveillant la volupté d’odorat.

Les prêtresses de l’amour, chez les Hébreux, portaient des perles creuses suspendues aux lobes des oreilles, d’où, toutes les minutes, tombait une goutte de parfum quintessencié qui glissait sur la poitrine et baignait de senteur le val profond des seins palpitants.

Tout cela, ma douce Florise, éprise de modernisme, te surprend quelque peu, n’est ce pas ? Mais que dirais-tü de tes flacons opulents, si je te décrivais les chefs-d’œuvre de cristaux taillés, enrobés de joailleries enrichies de diamants ; les verreries polychromes, mosaïquées d’émaux ;

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/Seconde lettre à Florise sur les parfums

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