‹ Les Parias de France et d'EspagneChapitre 21 sur 22 · PRÉPOSITIONS · texte numérisé non relu

PRÉPOSITIONS

De.

Du, do.

Exemples :

Le soldat

du roi : U jundunari do crallis.

cruche d'eau ; ia kuro da pani. A la vie et à la mort : ao tgibihen, fao marrïben.

Nous venons de voir que la plupart des mots gitanos peuvent être assimilés ou au moms rapportés à ceux de la langue des bohémiens allemands ; la ressemblance serait encore plus frappante si nous usions de la même orthographe que les auteurs qui ont fourni les seconds, et si nous connaissions tous les synonymes. Eh bien ! malgré cela, Zigueuner et Gitanos se comprennent peu ou prou, parce que ceux-ci, tout en gardant plus ou moins fidèlement les mots de leur langue maternelle, ont

adopté, du moins en grande partie, le syntaxe et la construction grammaticale de l'espagnole. Par exemple dans le proverbe déjà cité : « El crallis ha nicohado la liri de los Cales » mot à mot : « Le roi a supprimé la loi des bohémiens » , l'article, et les inflexions sont espagnols , car on dirait en castillan : « El reij ha suprimido ou invalidado la ley de los gitanos ».

L'adultération de la langue est encore plus manifeste , dans les échantillons de poésie que donne Borrow. En voici un exemple :

Ducas tene la min dai, Des chagrins elle en a ma mère,

Ducas tene lo yo;

Des chagrins j'en ai moi aussi;

Las de min dai yo siento.

Ceux de ma mère je les sens,

Las de mangue, no.

Les miens, non.

En voici un autre :

Si pasaras par la cangri, Si tu passes par l'église, Trin berjis despues de mi mular, Trois ans après mon enterrement.

Si araqueras por mi nao,

Et que tu cries poui mon nom.

Respondiera wi cocale.

Ils ré[iondront mes os.

Ce n'est plus là du bohémien, mais un pot-pourri de bohémien et d'espagnol. Il est évident que le poète (si Ton peut employer ce nom), ne s'est inqniété que de la cadence et de la rîme, et a mis des mots castillans partout où il a trouvé qu'ils faisaient mieux Cette licence se retrouve à un moindre degré dans la prose, comme on peut le voir dans cette phrase citée par le même auteur.

<r Lâches chibeses te dinela Undehel! — Dieu t'accorde de bons jours ! » Même en cette phrase dont tous les radicaux et l'inversion sont bohémiens, les inflexions sont castillanes.

Les gitanos catalans, y compris ceux du Roussillon , ont fait leurs emprunts au catalan. C'est ainsi que les dialectes bohémiens varient d'une province à l'autre.

Ce que nous allons dire s'applique au dialecte gitano-catalan, comme le petit vocabulaire qui précède.

Le Tsigane décline les noms comme l'Hindou et comme le latin (1), le gitano met l'article devant le nom qui reste invariable.

En tsigane , les noms féminins se terminent en i, tous les autres sont masculins ; les noms masculins sont changés en féminins en mettant un i pour la terminaison. Il en est généralement de même en gitano.

Exemples : Rom, homme ; romi, femme ; grast, cheval ; grasni, jument ; jer, âne ; jerni, ânesse ; guru, bœuf; gurusni, vache ; tgiukel, chien; tgiukli, chienne; tgiuro, mulet; tgiuri, mule; harko, mouton ; harki, brebis.

Dans le premier dialecte, les noms en i font leur pluriel en ia : Kafidi la table, Kafidia les tables ; et les noms en o le pluriel en en : haru haro le grand porc haru halen les grands porcs. — Dans le second, le singulier en i fait aussi ia au pluriel, mais d'autres fois il prend simplement une s ; le singulier en o fait son pluriel en é.

Exemples: lek Jundimari, 1 soldat; dui Jundunaris, 2 soldats; ia xindi, une douzaine ; iek anro, un œuf ; dui xindia d'anré, deux douzaines d'œufs.

(1) Exemple : Kafidi la table.

Kafidiakcro de la table.

Kafidiahe à la table.

Kafidi la table.

0 kafidi 6 table.

Kafidiater ou Kafidise de la table.

Le singulier en ay ou aï fait le pluriel en aya ou aïa. Exemple: Akaya chay siparna^ cette fille est blanche: tré chaya sin parné, vos filles sont blanches.

Les mots terminés par une consonne font le pluriel en a, en é ou en s. Exemple: grast^ grasts, cheval, chevaux; tgiukel, chien; plur. tgiukels; chip, langue; plur., chipa; tirag, soulier; plur., tiraga; kan, oreille ; kane, les oreilles.

En général, les adjectifs en o marquent le féminin par i et changent l'o en é pour le pluriel masculin et \i' en ia pour le pluriel féminin.

Exemple : Rom vel manusch baro,

mischto kardo tarno barbalo chonoro chinubarlo karriklo nassalo mulo Rome v«ï manuschs baré

Hjischto kardé bien faits.

etc

Romi vel gadzi bari femme grande.

Romia vel gadzia baria femmes grandes

lacho dives bonjour, lachi rat bonne nuit.

Quelque sommaire que soit le petit vocabulaire précédent, il suffit à notre but qui est de montrer que les gitanos ne forment en réalité qu'une branche de la grande famille tsigane ou bohémienne, comme nous disons en France ; car le dialecte des bohémiens allemands a la plus étroite connexion avec celui des bohé-

Homme grand, bien fait, jeune, riche, pauvre ivre

fou.

malade.

mort, hommes grands.

miens hongrois et de celui-ci, l'on passe sans plus de transition à la langue des bohémiens de l'Empire Ottoman qui est la souche de tous les dialectes tsiganes parlés en Europe, d'après Paspati (1).

Pour montrer que leur idiome n'a aucune espèce de rapport avec la langue des Etats barbaresques d'où venaient les Maures d'Espagne et où ils se sont réfugiés après leur expulsion, Borrow met en regard d'un petit nombre de mots gitanos leurs synonymes en Maure-Arabe (Moorish- Arabie). C'est un soin qui nous paraît superflu, et il suffira de donner, ci-dessous en note, le tableau comparatif des dix premiers noms de nombre tel que l'a établi l'auteur cité (2).

Arrivés au bout de notre tâche nous dirons : la France est de tous les grands pays de l'Europe celui qui compte le moins de bohémiens ; à peine en trouverait-on un millier dispersés dans le midi (3), caries gitanos rayonnent des Pyrénées Orientales jusqu'à BordeMux et Valence , tous en relation, tous hgués pour exploiter la bonne foi des chalands ou la crédulité des esprits incultes, sauf quelques honorables exceptions. Leurs pères sont venus chez nous dans un état social qui ne leur permît pas de se fondre dans

(1) Les Bohémiens de l'Empire Ottoman, par Alexandre Paspati, D. M , Constantinople, imprimerie d'Antoine Koroméla, 1870, 2 vol. in-8° en français.

[2) Sanscrit.

Bohém.-Hong.

Gitano.

Maure-Arabe.

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