‹ Les pariétairesChapitre 1 sur 24 · A F PONSARD · texte numérisé non relu

A F PONSARD

Jeune homme fortuné, pour qui la Muse antique N'a pas de corps secret ni de voile pudique, Dis-moi près de quel bois, au bord de quel ruisseau Tu la surpris baignant ses pieds polis dans l'eau. Et, lorsqu'elle fuyait confuse d'être nue, Par quels discours charmants elle fut retenue. Sans doute tu lui dis : « Musc, ne me crains pas : Décroise et de ton sein laisse tomber tes bras; Je suis digne de voir ta beauté tout entière, Car depuis bien longtemps je te cherche et révère ; Je fais mépris de ceux qui font mépris de toi,

\-l LES PARIETAIRES

(Jui \o trouvent trop vieille et ton regard trop froid Et ne se doutent pas, les fous, qu'une Immortel !• N'est pas sujette à Tàge et reste toujours belle ! J'ai parfois entendu que Phœbus Apollon Était mort ou dormait sur le vert Hélicon ; Muse, par tes pieds blancs qu'agenouillé je touclie. Mène-moi vers sa tombe, ou, s'il dort, vers sa cnncbi-. Que je puisse adorer son tombeau s'il est mort. Ou par mes doux concerts le réveiller s'il dort, »■ Tu lui parlas ainsi, mais d'une voix divine. Alors elle : « A ton chant, je sais ton origme ; Corneille est ton aïeul, et le triste Chénier Sans toi de mes enfants eût été le dernier. Regarde-moi ! Je suis des poètes la mère, Celle qui, de ses chants. berça le grand Homère, Celle qui seulement entrevue une fois, SuJjjugue pour jamais les esprits sous ses lois. Entre xiolemment au sein des plus rebelles. Leur défend de porter en eux d'autres modèles. Et grandissant chacun à son souffle de feu. Fait d'un homme un poète et d'un poète un dieu ! Qu'importe sur ces monts que Phœbus gise ou dorme ! Regarde, et dans tes vers souviens toi de ma forme. Car, je t'<^h avertis, mon immortalité

A F. l'ONSAHI» 1

Se gagne à n'fléchir nin parfaite l)oauté ! »

Et toi, tu to souviens de Tlieiireuse rencontre :

La vision divine en tous tes vers se montre,

Et Ton sent à travers leur grâce et leur vigueur

Que la Muse à tes yeux oublia sa pudeur.

Se montra, comme elle est, forte et pleine de gr;u<*

Et ne t'interdit point de retrouver sa trace.

Ff^vrier 1840

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