JUILLET
0 mes amis, ô vous qui n'avez pas (rafiiiirc! Pourquoi demeurez-vous dans Paris solitaire, Lorsque l'ardent juillet et la saison d'été Chassent aux champs quiconque a de la liberté ? Ne souhaitez-vous pas reposer votre vue Des toits, des murs, des gens qui passent daus la rue? Si vous m'aimez encore et si vous êtes las De cette sécheresse et de ce grand fracas, Venez, je vous attends ; quittez une rivière Entre ses quais brûlants tristement prisonnière,
IS l.LS l'Anit:TAllil:;>
Kt qui dans un lit soc semble contre son \ivà Pousser avec effort quelque flot altéré.
Je sais parmi nos bois une claire fontaine . Fraîche même à midi, tant son eau souterraine Par des canaux cachés au soleil, sous les monts, Sest refroidie avant d'entrer en ces vallons. Et tant elle a choisi, pour percer la colline, Un recoin ombragé de la ibrèt voisine.
(]e n"eï-t pas un ruisseau comme en veut iiu amant. Oui sur son flot plaintif emporte lentement Le feuillage des bois desséché par l'automne Et berce la tristesse à son bruil monotone ; II n'a pas, sous les monts dont il quitte le seuil,. Appris à sangloter de quelque nymphe en deuil : Mais, comme un écoUer paresseux qui déserte, Il s'évade gaîment dans la campagne verte, (lourten avant, revient, fait cent tours, s'amusant Tantôt à s'exercer contre un caillou luisant, S'il pourra l'entraîner vers des rives nouvelles, Et tantôt à courber les berbes moins rebelles. Sur leurs fronts chevelus, des tilleuls à l'entour Soutiennent dans les airs le poids brûlant du jour. Kt. tandis (|u'à leurs pieds l'onde se préLipite,
.ILll.LET 19
De Icuib rameaux unis ils protègent sa fuite.
— Ceux(|ui les ont plantés sont niortsclepuislon»^ temps. Sans doute ils ont voulu qu'après le doux printemps, Lors<:|ue l'été, jaloux de la fraîcheur des sources, Trompe la soif aride au bout des longues courses. Un lieu lidèle et sur leur gardât la boisson Qui fait que le buveur rend grâce à l'échanson. Sans doute ils ont hanté souvent cette retraite, Amenant avec eux un appareil do fête, Et ces arbres uuiets, magnifiques rideaux, Ont prêté leur tenture à maints riants tableaux. Us ont vu les valets dans les vastes corbeilles Porteries blonds gâteaux et les noires bouteille.-, Mettre au bain dans le flot du limpide courant Les flacons de cristal pleins d'un vin transparent. Et, mollement couchés sous les ombres épaisses, Les jeunes gens d'alors et leurs jeunes maîtresses. Plus d'une entremêla, sur ci* plaisant gazon, Ses pieds lascifs au bruit d'une allègre chanson, Savante à remuer d'une grâce amoureuse Et sa hanche aiioiulie et sa taille nerveuse, Taudis que' sur son corps, qu'ils dessinent, les vent- De ses habits légers collent les plis mouvants.
^jft i.i-:s pAuitïAir.Es
Dans fc coin, des buveurs autour d'une bouteille Ont tenu les propos que le bon vin conseille, Et rendu l'beure prompte à s'enfuir, excitant Le chant par la boisson et la soif par le chant.
Où donc sont ces rieurs? où la danse folâtre? Où donc ces pieds mignons, ces épaules d'albâtre? Où toute cette joie? Où les neiges d'antan? — Qu'importe, mes amis? n'en demandons pas tant La source coule encore à travers la prairie ; Ces morts, en y buvant, ne nous Font pas tarie: L'ombrage qu'ils aimaient ne jjorte pas leur deuil. Et, comme il le leur fit, il va nous faire accueil. Allons, c'est notre tour d'être jeunes, de rire. D'aimer et d'aspirer les senteurs du zépbire ! Venez, amis, partons, puisque c'est notre tour, Et qu'avec soi chacun emmène son amour. Quand on .s'égare aux bois avec une maitresse> Et qu'on porte en son sein la puissante jeune ;se, A quoi bon, mes amis, s'informer par quels pieds Les chemins qu'on parcourt furent jadis frayés ?