MESSAGE
31ESSAGE
Ouvre ton grand œil noir, ma hollc; C'ost une visite nouvelle Qui vient te donner le bonjour :
C'est ma muse, ma chaste muse, Que je t'envoie, assez confuse De faire un message d'amour.
Depuis deux mois, à demi morte, Elle grelottait sur ma porte A nous entendre soupirer.
O soir la pauvre dédaignée,
86 LES l'AP.lÉTAinKS
Voyant ma mine rofrognée,
A cru rinstant bon pour rentrer.
Ami, (lit-elle, on vous délaisse ; Vos yeux sont noyés de tristesse.
Vous pleureriez si vous vouliez.
Aimer seul est une folie ; Faut oublier qui vous oublie, Et rire avec des yeux mouil'és.
Voici votre fidèle amie
(Jui vous revient, un peu blèmie
Par les ennuis de l'abandon.
J'ai bien pleuré, car je suis tendre :
Mais je reviens sans même attendre
Ijue vous me demandiez pardon,
Je suis la maîtresse soumise Qui jamais ne se l'ormalise ■ D'être traitée avec rigueur ; S'il faut qu'une autre vous trahisse, C'est moi qui change en cicatrice La blessure de votre cœur.
MKssvr, i:
Je' Sîiis si l)ien comme tout passe, Qu'à chaque nouvelle disgrâce Je préparc des chants nouveaux Pour vous bercer rt vous distraire A rheure où le ht sohtaire Vous rappehe ce que je vaux.
Voulez-vous que je vous les dise?
d'est rhistoire de, Cidalise, Ou bien encor, s'il vous plaît mieux, C'est le jus empourpré d'octobre Qui fait divaguer le plus sohre F{t rairaillardit le plus vieux.
— Muse, si tu veux m'ètre utile, Prends ton vol et va par la ville T'abattrc sur un frais boudoir.
Ma maîtresse est toujours fidèle :
Dis-lui (jue mon cœur est près d'ellt Et que je l'attends demain soir.