‹ Les pariétaires: poésiesChapitre 10 sur 17 · BOIRE A I/OMBRE · texte numérisé non relu

BOIRE A I/OMBRE

Je n'ai pas soif, vieillard, merci.

Mon cœur a bien autre souci

Que la bouteille !

Toi, cependant, paisible et gai, Tu bois à l'ombre, à petit gué,

Sous une treille.

Tu ris au gobelet d*étain.

Et nul d'un jugement certain

Ne pourrait dire, — A voir tes regards complaisants, —

Qui creusa tes rides, des ans Ou du sourire.

Tu n'as pas connu même un jour ' La plaie ardente d'un amour

Mis en risée.

Ou si tu Tas eue à vingt ans, Du moins Tas-tu depuis longtemps

Cicatrisée.

vieillard, que je donnerais

Mes cheveux noirs et mon sang frais

Et ma jeunesse, Pour m'être acquitté de souffrir.

Et comme toi, près de mourir,

Boire en liesse!

IVRESSE

IVRESSE

Quatre Vénitiens, jeuiiewS, beaux, harnaches De damas mêlé d or, avec eux quatre femmes Attrayantes, hélas \ connue les sept péchés, Trop belles pour avoir à perdre encor leurs âmes,

Banquetaient parmi T herbe, au creux d*un frais vallon, Sous un ombrage humide, épais et presque sombre. Sans souci du sénat, couchés de tout leur long, Et ne songeant à riea qu'à boire et prendre l'ombre.

Une large écbiippée, en face, laissait voir,

Tfi LES PAUIÉTAIHES

Pour comble de gaîté, de fraîcheur et de rire, Sous un ciel de midi, resple'ndissant miroir, La plaine poudroyer et les feuilles reluire.

Aussi tous les buveurs d'avoir Pesprit content; Chacun de festoyer sa voisine folâtre, De prévoir la vieillesse et de boire d'autant. Et d'essuyer sa lèvre aux épaules d'albâtre.

Un convive soudain, blond et svelte buveur, Qui vidait les flacons de vin grec par rasades, Et qui depuis un temps gardait un air rêveur, Se leva sur le coude et dit aux camarades :

« Le serpent se moquait quand il a prétendu Que Tarbre de science est celui de la pomme ; Et notre brave aïeul à crédit s'est perdu, Car c'est le raisin seul qui fait un dieu de l'homme.

« Le secret du grand œuvre est dans ce gobelet* Salut, vin créateur qui doubles toutes choses î Le monde que fit Dieu serait beaucoup trop laid S'il ne s'embelHssait de les méUmorpliose? I

IVRKSSE

« Anime de ton feu ces arbres idiots Dont le soleil ne peut chauffer la tête verte ;

Donne le mouvement à leur morne repos.

Fais-moi grouiller un peu cette nature inerte.

« La bonne mère, il faut tourner autour de moi; Je le veux ! et tant pis si cela vous dérange. Allons y donne Pexemple aux autres comme un roi, Vieux chêne î 11 est bien temps que le pied te démang

« En route ! Suivez-le, dansez en rond, dansez, Platanes et tilleuls, détachez vos racines; Nouez et dénouez vos cœurs entrelacés ; Voici descendre à vous les frênes des collines.

« Par Bacchus ! la gaitc gagne jusqu'aux cyprès ! Le branle univereel s'établit sur le monde :

Les coteaux, les rochers, le ciel, les eaux, les prés, Tout s'agite et bondit et se met de la ronde.

« Et dire que je suis le centre et le soleil De ce vertige immense où plus rien ne repose I Versez, amis, versez encor du vin vermeil ; Donnez le dernier coup à mon apothéose. »

Et tout en s'emlormant, ce dieu des tourbillms Voyait, les yeux fermés, tournoyer les ténM»ros, Et passer devant lui d'étranges |)apillons.

Verts, jaunes, rouges, noirs, rayés comme 4les zèbres.

Or, pendant qu*il cuvait Tcxtase du raisin,

Sa maîtresse aux yeux clairs, belle comme Uranie,

Se penchant, dit tout bas à son jeune voisin :

« Mon bien-aimé nVst pas de bonne compagnie, n

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