FLAVIE
FLAVïE
— Otc-moi mon amour, ou satisfais mes vœux :
Il faut être moins belle, ô Flavie ! ou moins sagr ; Et si tu ne peux pas empêcher tes cheveux
De ruisseler en onde autour de ton visage,
Ni ton front d'être blanc, ni d'être noirs tes yeux,
Empêche au moins ton cœur de m'être aussi sauvage.
— Crois-tu donc que Ton peut commander à son cœnr On aime malgré soi, car Tamour est un hôte
Qui vient à son caprice et toujours en vainqueur. C'est à toi de m'ôier le repos que je t'ôte;
fi^J LES PAKIÉTAIRES
Et si je ne sens pas ton trouble et ta langueur, Ne m'en accuse plus, berger, car c'est ta feute.
— Que puis-je faire plus, dis-moi, pour être aimé? Puisque rien no t*émeut, ni ma longue prière, Ni le deuil qui m'a pris mon chant accoutumé, Ni mon front qui pâlit et fait peur à ma mère; Par quel charme ton cœur peut-il être charmé ? Je t'aime et ne sais pas d'autre ruse pour plaire,
— L'industrieux amant et l'esprit délié, Qui pour une défaite a perdu l'espérance !
Tu te crois sans ressource, et tu n'as essayé, Pauvre garçon, qu'un piège à mon indifférence*^ Puisque tu ne m'as pu toucher par la pitié.
Tente-moi, si tu peux, par la reconnaissance.
— J'ai chez moi certaine urne à rafraîchir le vin.
Dont chaque anse, sculptée en forme de bacchante,
Semble inviter les gens par un geste divin
A plonger dans le flot une coupe fréquente :
Je te la donnerais, pourvu qu'il te souvint
De la venir chercher sous le berceau d'acanthe.
FLAVIF.
— Si ton urne est si belle, avant la fin du jour .\pportr-la, berger, et je viendrai la prendre.
— Fille avare ! c'est moi qui refuse à mon tour ! Tu ne méritais pas un serviteur si tendre.
Je conserve mon urne et suis guéri. L'amour Ne vaut pas qu*on l'achète alors qu'il est à vendre.