‹ Les pariétaires: poésiesChapitre 3 sur 17 · A F PONSARD · texte numérisé non relu

A F PONSARD

Jeune homme fortuné, pour qui la Muse antique N'a pas de corps secret ni de voile pudique.

Dis-moi près de quel bois, au bord de quel ruisseau Tu la surpris baignant ses pieds polis dans Teau, Et, lorsqu'elle fuyait confuse d'être nue, Par quels discours charmants elle fut retenue. Sans doute tu lui dis : <k Muse, ne me crains pas : Décroise et de ton sein laisse tomber tes bras; Je suis digne de voir ta beauté tout entière. Car depuis bien longtemps je te cherche et révère; Je fais mépris de ceux qui font mépris de toi,

y ni to trouvent trop vieille et ton regard trop froid

Et ne se doutent pas, les fous, qu^lne Immortel I»^

N'est pas sujette à Page et reste toujours belle !

J'ai parfois entendu que Phœbus Apollon

Était mort ou dormait sur le vert Hélicon ;

Muse, par tes pieds blancs qu'agenouillé je touche,

Mène-moi vers sa tombe, ou, s'il dort, vers sa couche,

Que je puisse adorer son tombeau s'il est mort,

Ou par mes doux concerts le réveiller s'il dort. »

Tu lui parlas ainsi, mais d'une voix divine.

Alors elle : « A ton chant, je sais ton origine ;

Corneille est ton aïeul, et le triste Chénier

Sans toi de mes enfants eût été le dernier.

Regarde-moi ! Je suis des poètes la mère,

Celle qui, de ses chants berça le grand Homère,

Celle qui seulement entrevue une fois,

Subjugue pour jamais les esprits sous ses lois,

Entre violemment au sein des plus rebelles.

Leur défend de porter en eux d'autres modèles.

Et grandissant chacun à son souffle de feu,

Fait d'un homme un poëte et d'un poëte un dieu !

Qu'importe sur ces monts que Phœbus gise ou dorme

Regarde, et dans tes vers souviens toi de ma forme, ' l

Car, je t'en avertis, mon immortalité i

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Se gagne à réfléchir ma parfaite beauté ! »

Et toi, tu te souviens de Theureuse rencontre :

La vision divine en tous tes vers se montre,

Et Ton sent à travers leur grâce et leur vigueur

Que la Muse à tes yeux oublia sa pudeur,

Se montra, comme elle est, forte et pleine de grme,

Et ne t'interdit point de retrouver sa trace.

Février 1845

mes amis, ô vous qui n'avez pas d'affaire 1 Pourquoi demeurez-vous dans Paris solitaire, Lorsque Tardent juillet et la saison d'été Chassent aux champs quiconque a de la liberté? Ne souhaitez-vous pas reposer votre vue Des toits, des murs, des gens qui passent dans la rue? Si vous m'aimez encore et si vous êtes las De cette sécheresse et de ce grand fracas, Venez, je vous attends ; quittez une rivière Entre ses quais brûlants tristement prisonnière^

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IS LES l'ARlÉTAlKES

VA qui dans un lit sec semble contre son gré Pousser avec efTort quelque flot altéré.

Je sais i)armi nos bois une claire fontaine, Fraîche même à midi, tant son eau souterraine Par des canaux cachés au soleil, sous les monts, S'est refroidie avant d'entrer en ces vallons, Et tant elle a choisi, pour percer la colline. Un recoin ombragé de la forêt voisine.

(iC n'est pas un ruisseau comme en veut un amant, Qui sur son flot plaintif emporte lentement Le feuillage des bois desséché par Tautomnc Et berce la tristesse à son bruit monotone ; Il n'a pas, sous les monts dont il quitte le seuil. Appris à sangloter de quelque nymphe en deuil ; Mais, comme un écolier paresseux qui déserte, 11 s'évade gaiment dans la campagne verte, (lourt en avant, revient, fait cent tours, s'amusant Tantôt à s'exercer contre un caillou luisant. S'il pourra l'entraîner vers des rives nouvelles, Ettautotà courber les herbes moins rebelles.

Sur leurs fronts chevelus, des tilleuls ù rentour Soutiennent dans les airs le poids brûlant du jour, Et, tandis (fu'à leurs pieds l'onde se précipite,

De Itiurs rameaux unis ils protègent sa fuite.

— Ceux qui les ont plantés sont morts depuis longtemps. Sans doute ils ont voulu qu'après le doux printemps, Lorsque l'été^ jaloux de la fraîcheur des sources, Trompe la soif aride au bout des longues courses, Un^ieu fidèle et sûr leur gardât la boisson Qui fait que le buveur rend grâce à Téchanson. Sans doute ils ont hanté souvent cette retraite , Amenant avec eux un appareil de fête.

Et ces arbres muets, magnifiques rideaux, Ont prêté leur tenture à maints riants tableaux. Ils ont vu les valets dans les vastes corbeilles Porter les blonds gâteaux et les noires bouteille.^ Mettre au bain dans le flot du limpide courant Les flacons de cristal pleins d*un vin transparent, Et, mollement couchés sous les ombres épaisses, Les jeunes gens d'alors et leurs jeunes maîtresses. Plus d'une entremêla, sur ce plaisant gazon.

Ses pieds lascifs au bruit d'une allègre chanson, Savante à remuer d'une grâce amoureuse Et sa hanche arrondie et sa *taille nerveuse, Tandis que sur son corps, qu'ils dessinent, les vcnlb De ses habits légers collent les plis mouvants.

«) I.ES PAIJlÉTAlIiES

Dans ce coin, des buveurs autour d'une bouteille Ont tenu les propos que le bon vin conseille, Et rendu Theure prompte à s'enfuir, excitant Le chant par la boisson et la soif par le chant.

Où donc sont ces rieurs? où la danse folâtre? Où donc ces pieds mignons, ces épaules d'albâtre? Où toute cette joie? Où les neiges d'antan?

— Qu'importe, mes amis? n'en demandons pas imt. La source coule encore à travers la prairie ; Ces morts, en y buvant, ne nous l'ont pas tarie; L'ombrage qu'ils aimaient ne porte pas leur deuil, Et, comme il le leur fit, il va nous faire accueil. Allons, c'est notre tour d'être jeunes, de rire, D'aimer et d'aspirer les senteurs du zépfaire ! Venez, amis, partons, puisque c'est notre tour, Et qu'avec soi chacun emmène son amour.

Quand on s'égare aux bois avec une maîtresse. Et qu'on porte en son sein la puissante jeunesse, A quoi bon, mes amis, s'informer par quels pieds Les chemins qu'on parcourt furent jadis frayés ?

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