‹ Les Parisiens de ParisChapitre 1 sur 28 · COURTE PRÉFACE · texte numérisé non relu

COURTE PRÉFACE

J'ai laissé aux notices leurs dates de publication; le temps a marché, certains des-peintres, comme Iwill, Nozal, ont vu mes souhaits s'accomplir, et le Gouvernement reconnaître enfin leur mérite en les décorant; d'autres, tels que ce consciencieux et ce laborieux qui a nom Desbrosses, attendent toujours qu'un ministre intelligent s'honore en les comprenant dans une promotion; d'autres, enfin, comme ce brave et malheureux Simon, ont été frappés par la mort en plein talent, laissant une famille en deuil et des amis désolés.

Quant aux Parisiens de Paris, les sujets de ce livre, quelques lignes suffiront à les faire connaître. J'ai dit que leur société était la modestie même; ils m'en voudraient, ces chers pays, si j'accentuais la note en faisant leur éloge. Je m'en garderai donc et je leur adresserai, au contraire, un reproche qui, naturellement, ne les changera guère, et un conseil que, plus naturellement encore, ils ne suivront pas.

En 1880, quelques artistes originaires de la capitale, sortant pour un instant de cette rêverie qui est, au témoignage de l'un d'eux, l'état normal du Parisien, s'aperçurent avec un étonnement extrême que leur bonne ville était peuplée, remplie, encombrée de provin-

COURTE PRéFACE * 9

ciaux, leurs confrères, et que tous, montant à l'assaut des places, des commandes, des honneurs, trouvaient dans des sociétés de compatriotes de terroir un soutien utile, un appui vigoureux, et un moyen d'enlever les positions ambitionnées. Bretons aidaient, soutenaient, poussaient en avant des Bretons; Normands s'étayaient sur Normands ; Auvergnats sur Auvergnats; Flamands sur Flamands; Provençaux, Languedociens — tout le Midi — se faisaient la courte échelle et se hissaient si bien qu'il n'y en avait plus que pour eux.

En hommes pour qui la leçon était bonne, Parisiens de dire : « Vive l'association ! » et de créer « les Parisiens de Paris ». Et l'article premier des statuts fut rédigé aussitôt d'un commun accord :

« La Société a pour but de permettre à ses membres de nouer et d'entretenir entre eux des relations amicales et de se prêter un appui moral, effectif au besoin. »

Braves Parisiens de Paris ! il leur a suffi de voter cela et de recevoir un Annuaire aux armes de la Ville portant de gueule à la nef frétée, habillée d'argent, flottant sur les ondes de même, pour croire que tout était fini et le but atteint.

Mes amis, mes chers pays, quels enfants

Page 1