DESGENAIS, DE PRÉVAL
DE PRÉVAL
Ah! mon ami! je suis mort! je suis assassine! je suis rayé! je ne serai pas pair !
ACTR DEUXIÈME 81
DESGENAIS^ à pari.
11 pourra peut-être maintenant s'occuper de sa famille.
DE PRÉVAL
On me sacrifie, on m'immole, c'est une indignité!
DESGENAIS
C'est vrai.
DE PRÉVAL
Une injustice criante!
J'en conviens.
DE PRÉVAL
Un passe-droit révoltant!
DESGENAIS
Calme&'vous!
DE PRÉVAL
Jamais!
DESGENAIS, arec précauiiOB.
Allons, monsieur de Préval» n'êtes- vous pas au-dessus de cela?...
DE PRÉVAL
Si fait!... mais c'est le procédé qui m'indigne !... (u passe à
droite.)
' DESGENAIS
Je le comprends... mais après tout, demain, vous n'y penserez plus.
DE PRÉVAL
Vous croyez cela, vous?
DESGENAIS
Voyons, monsieur de Préval, regardez autour de vous, et vous verrez que vous pouvez être heureux encore... heureux du bonlieur des autres; bonheur que... vous avez un peu négligé, peut-être ; ainsi madame de Préval pourrait se plaindre...
DE PRÉVAL
Âh ! je le lui conseillerais, par exemple!...
DESGENAIS
Gomment?...
DE ERÉVAL.
Mais, si je ne suis pas nommé, c'est peut-être sa faute; car si elle avait voulu intriguer un peu auprès de son parent... le ministre... Mais non, madame a une fierté ridicule, et elle se serait cru déshonorée en faisant une démarche...
8d LES PARI8IBNS
DESGENAIS^ se contenaat.
Eh bien! maintenant^ elle en fera poui* votre cher Jules.pour votre fils. '*^
OBPRÉVAL.
Mon fils ?... Voua croye* que je veux qu'il serve ces gens-làt„ Du tout, je renonce aux emplois potur lui.
DESGENAIS
Soit!... Alors^ madame de Préval s'occupera avec vous de lavenir de votre û\h
DE PREVAL.
AL! à propos... Monsieur de Pinlrëert un protëoé du ^â. teau, je crois? t- •«© «»» •«•
DESGENAIS
Oui.
DE PRÉVAL
Très-bien I... Il n'aura pas ma fille. Je reprends ma parole.
DESGENAIS^ à pirt.
Bravo!...
DE PRÉVAL
Je chercherai pour Anna un mari dont la famille ne tiendra en rien à la monarchie.
DESGENAIS
J'ai votre affaire... Monsieur de Tremble...
DE PRÉVAL
Oui... vous avez raison... le père est toujours resté éloigne des intrigues, des coteries... La cour ne peut pas le souffrii-... Le fils sera mon gendre.
DESGENAIS, après nn mouYernsct. è part.
Enfin!... '
DE PBÉVAL.
Ah! l'on me brave !... Mais le gouvernement a donc oublié ce que nous pouvons, noui autres grands capitalistes !... 11 l'a appris, cependant, en 1830. Ce n'est pas si vieux!... Lors de ce chemin de fer que TEtat voulait exécuter lui^mèmei nous avons crié haut et fenne^ et l'Etat a cédé.
DESGENAIS, se cooteuant. A part.
Et l'Etat a eu tort!...
DE PRÉVAL
Ah ! l'on me brave!... Eh bien! je dirai tout ce que je pense du gouvernement.
DESOENAIS.
Monsieur de Préval I . . .
DE PR^VAL
Voyons... M... qu'estrce que c'est que nos honuçes d'État f«*«
àOTB DBaXiàMB 63
Des gens qui ne s'occupent que de futilités fles plus futiles... L'autre soir^ au bal de rambassade» il y en avait deux qui devisaient au coin de la cheminée... Savez-vous de quoi ils parlaient?... De réclairage au gaz du quai des Tuileries^ et des grives en caisse du feu duc d'Escars!».*
DESGENAIS^ bouillonnaDt.
C'e^t excellent... et si vous n'avez que cela A leur reprochert.».
DE PRÉVAL
Que cela?... Mais^ monsieur^ rien ne va plus, et le reste va de travers... 11 pleut des faillites.
OESGEKAIS, prèl à relater.
TienSy il ne pleuvait pas hier.
11 pleut aujourd'hui... On ne voit plus qu'entreprises fondées siy^ le mensonge;., mines imagitiahres... Ihvéntiôné illuftoires...
DE^CBIfÂlS, avec iiapaiienca.
Ëh I monsieur, à qui la faute ?
Dis PRÉVAL.
A qui?... Au gouvernement, qui encourage tout cela au lieu d^encourager les arts... Ainsi, vous allez voir que je ne pense pas seulement à moi... 11 y a un jeune statuaire qui a exposé au dernier Salon un Promëthée délivré par Hercule... (Test un ehef-d'œuvre*i<
DESGENAiB.
Ce matin vous ne Tatiec pas vu?
bfe PUÉITAL.
Je l*al vu ce ëoil»... Oui, un chcf-d'cfeuVi-ë! Èh bieii ! le goii-. vemement ne Va pas acheté, il ne l'achètera pas, et le malheureux artiste sera obligé de vendre sa statue au rabais, et faute d'un peu de pain et d^un peu de marbte, la France perdra peutêtre une de ses gloires t
DËSGENAIS, à part.
colère tardive!...
DE i»tlÊVÀL.
Ah ! l'on me brave !..« Ëh bien! je saperai le trônel
DESOENAISj éclatent.
Vous ne le pouvez pas^ monsieutt
DE PRÉVAL
Comment?... Avec mon argent?
DESGfiNAld.
Non, vous ne le pouvez paS| parce que le passé subsiste tou* jours .. et qu'après ce que Von a fait pour vous,^.
84 LES PAUTSIENS
DE PRÊYAL.
On n'a rien fait, monsieur, tant qu'il reste quelque chose à faire !
DESGRNAIS^ avec indignation.
Ainsi, la reconnaissance*?...
DE PRÉVAL
Je suis homme à l'oublier. (Mouvement de Desgenais.) Et je le leur prouverai bv^ntôt par mon journal, et vous m'y aiderez. .•
DESGENAIS
Plaît-a?
DE PRÉVAL
Nous ferons une révolution à nous deux.
DESGENAIS, à pari.
Nous y voilà. (Haut.) Pardon, monsieur, j'ai pu dans un temps attaquer des actes qui me semblaient mauvais. Je croyais utile à mon pays de parler comme je l'ai fait. L'avenir me dira si je me suis trompe... Mais en tous cas, j'obéissais alors à ma conscience et non à de mesquines haines, à des vengeances personnelles... Enfin^ je ne trempais pas ma plume dans ma bile^ je ne la tremperai pas dans la vôtre.
DE PRÉVAL
Monsieur !••.
DESGENAIS
Non, je ne me ferai pas l'artisan de vos rancunes^ le serviteur de votre ingratitude ! Oui, monsieur ; cav, vous devez tout à ce gouvernement, et vous le maudiriez pour une fois qu'il vous oublie! Non, non, monsieur, Je^ne vous y aiderai pas. 11 n^'y a qu'un moyen de s'afifranchh* de la reconnaissance, c est de refuser le bienfait.
DE TREVAL.
11 suffit, monsieur... Les opinions sont libres; mais je pense que de l'instant où vous ne partagez pas les miennes. ..
DESGENAIS
Je ne dois pas non plus partager votre pain, c'est juste, monsieur. Je partirai; je m'y attendais!... Depuis longtemps j'avais deviné le personnage que vous me destiniez dans la comédie de votre ambition , et j'étais bien décidé à refuser mon rôle ! Reprenez-le, monsieur ! je ne veux pas être sifflé par les honnêtes gens.
DE PRÉVAL
Nous verrons où cela vous conduira, monsieur.
DESGENAIS, riant.
Ah! ah! ah! pauvre sot que j'étais!... quand je pense qu'un