‹ Les parisiens: pièce en trois actesChapitre 8 sur 71 · SCÈNE VIL DESGENAIS, MAXIME · texte numérisé non relu

SCÈNE VIL DESGENAIS, MAXIME

DESGENAIS^ qui D*a pu encore tu Maxime, & part riant.

« Chassez le naturel il revient d Ah ! je ne me suis pas

longtemps tenu parole et me YOilà déjà fâché ayec le chien du

logis, (il paue à droite.)

MAXIMB, qni eat deteesdi loviuit.

Incorrigible*!

DÈSGBNAIS^ te reUmrnant et l'apereetant.

Maxime!. . . Maxime de Tremble! Eh quoi! c'est yous^ mon cher enfant? Mais embrassez-moi donc^ sacrebleul. • . que je suis aise de tous revoir ! Et la famille va bien ?

MAXIME

Très-bien. . . et elle ne vous oublie pas.

DESGENAIS éma.

Vraiment?

MAXIME

Non^ car, là-bas, dans les longues veillées, j'ai entendu mur* murer bien souvent contre roublieux Desgenais.

DESGENAIS

Et moi, cher, j'ai bien souvent pensé à vous, et à votre sainte famille ; dans mes jours d'orage, ma pensée a volé bien souvent vers le port où l'amitié m'avait offert un refuge, vers la tranquille vallée où le grand cœur de M. de Ti'emble a été cacher ses souvenirs et ses regrets.

MAXniB.

Et sa pauvreté*

DESGENAIS

Sa pauvreté?

MAXIME

Vous savez, mon ami, que mon père fut un de ceux qui suivirent un jour Fempereur proscrit, après l'avoir suivi si longtemps victorieux.

DESGENAIS

Oui.

MAXIME

Eh bien, ouand le génie de la France eut fermé ses ailes, lorsque l'aigle fut endormi, mon père revint en France; mais il

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refusa de prendre du service. Le pays» d'aUleurs^ n'avait plus besoin de son bras... Mais il avait encore besoin de son intelligence^ mon père se fit donc manufacturier; en dix années» il avait amassé une brillante fortune... La révolution la lui prit en un mois; M. de Préval.le banquier de mon père» fut ruine aussi à cette époque^ mais il se rallia prudemment à la royauté nou' velle» dont les mimificences le mirent à même de rétablu: son crédit ébranlé. . . Mon père aurait pu l'imiter» il ne tenait qu'à lui de tendre la main» comme M. de Préval» comme tant d autres» et il eût pu encore êtrericbe» heureux

DE86i»ÂlS.

Et ingrat!

n a préféré rester pauvre et fidèle.

DESGENAIS^ avec ëeUt.

Et il a bien fait^ morbleu ! car^ au moins en mourant il léguera à ses descendants le respect de tous» même de ceux qu'il a refusé de servir. . . Noble héritage» Maxime ! Âh! tenez^ c'est bien^ c'est une grande chose» et qui console des petites. (Riant.) Ah ! dame^ vous le savez^ mon jeune ami» je suis fanatique» je l'ai toujours été.. . c'a été mon patrimoine» à moi^ le seul, en vérité. — Je suis un enfant d'un autre siècle^ un homme d'autrefois^ et je m'incline avec respect devant ceux-là qui gardent comme une relique^ jusqu'à la tombe^ les grands souvenirs qui ont entouré leur berceau... Mais pour eu revenir à. ce qui vous concerne. . .

MAXIME. I!s s'as;cycnt à droite.

Mon Dieu» mon cher Desgenais» c'est bien simple : j'ai deux sœiu^» et j'étais venu à Paris pom* tâcher de leur gagner une dot. J'ai fait bien des efforts déjà; j'ai même essayé de la littërature.

DESGENAIS

Pauvre garçon!

MAXOIE.

J'ai une pièce reçue au Théâtre-Français^ une grande comédie» c'est mon dernier espoir.

DESGENAIS

Bath !. . . comage» cher enfant !. . . il en faut dans cette bataille de la vie; yen sais quelque chose» moi^ qui ai tenté de déchiffrer cette grande énigme du minotaure parisien. Vivre honnêtement» en ne cessant pas d'être honnête, et en disant leurs vérités aux hommes.

MAXIME^ soQriaal

Oui^ je sais. . .

10 LB8 PARIBIBNS

DESGENAIS

C'était bien ambitieux n'est-ce pas? mais je vous l'aï dit^ j^ai toujours aimé l'extraordinaire, 1 impossible. Du reste, ce système, je dois, l'avouer, me réussissait assez mal. Eh bien ! cela ne me décourageait pas.,, tant que je ne jouais que mon propre bonheur à ce jeu dangereux que l'on nomme la franchise, et je laissais caracoler la mienne à sa fantaisie, fouettant sans pitié toutes les mesquineries, toutes les petitesses jui me faisaient sourire. (Gatoinent.) Ah! morbleu î c'est si bon de leter toutes leurs vérités à la face de ces pantins sérieux dont 1 égoïsme et l'hypocrisie tiennent les fils, et de leur dire d'avance le mot de la comédie pour laquelle ils ont mis du clinquant sur leur dos et du rouge sur leurs joues I

Desgenais. ..

DESGENAIS

Vous avez raison, il doit y avoir des pantins ici, il v en a partout, et ces pantins, j'en aurai besoin pour une représentar tion à mon bénéfice. . . il faut donc décidément que je me fasse opérer de ma franchise.

Ukbut

DESGENAIS

Oui| dans l'intérêt de ma petite Marie.

MAXIME

Marie ! qui est-ce ?

DESGENAIS

Ah! c'est tout une histoire! Voilà ce quA c'est : il y a deux ans, un jour d'orage, je me trouvais rue de l'Abbaye, dans l'atelier uun de mes amis, un sculpteur nommé Raphaël Di« dier. . • Une enfant perdue vint s'abattre devant la porte ; seule au monde: en entrant, une heure après, elle était de la famille, et Raphaël admirait déjà son front d'ange. . . Mais, le soûr venu, un diable nommé Marco emportait Raphaël loin de Marie, loin de sa mère. . . Trois mois après, Raphaël revenait mourir dans son atelier, et enfin, deux jours plus tard, Marie pleurait sur deux tombes. . . Madame Didier était morte aussi, laissant à l'orpheline tout ce qui avait appartenu à Raj^haëL . . Marie était encore une fois seule au monde, je lui offris un asile dans ma maison, auprès d'une vieille tante à moi. . . Quelques jours après on vendait tout chez Raphaël, et le montant de la vente, joint aux économies de madame Didier, pilt former une quarantaine de mille franc:^^ une petite dot pour Marie, si jamais

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Marie oubliait ses amours défùiits. Et Toilà comme quoi Je suis devenu père^ frère^ ou tuteur^ comme tous voudrez.

MAXIME^ avec effosioa, lai serraul k main.

Mon ami...

DESGENAIS^ m lerant.

Mais ce n'est pas tout.. Il s'est révélé tout dernièrement un certain monsieur Martin^ un riche bouti^ier^ qui^à ce qu'il

garait, s'apprête à nous jeter un procès dans les jambes... e monsiem* qui a toujours souverainement méprisé les arts, et qui avait jadis renié Raphaël pour son cousin^ quand celuici était pauvre, juge bon, aujouni'hui, de revendiquer ce titre, afin de recueillir sa succession. J'ai caché jusqu'à ce jour a Marie le danger qui menace sa petite fortune: car je tcux tenter de museler le Martin... et j'espère même le rencontrer chez monsieur le comte Raoul, à qui je viens demander, par parenthèse, de me faire obtenir une place par son crédit, (u descend à gauche. Maxime le soit.) Et il cst tcmps. Car je ne possèdc plusrien que mon mobilier, et encore dans quelques jours il est probable qu'il meublera la place du Châtelet.

MAXIME

Gomment!...*

DESGENAIS

Mon Dieu, oui... j'attends qu'on me le saisisse comme m'a déjà saisi mes idées^ mes presses et mon argent

MAXIME

Etje suis pauvre!

DESGENAIS

Pardieu! si vous étiez riche, je ne vous raconterais pas cela.

(il Ta à la table.)

MAXIME

Mais enfin, quelle place allez^vous demander ?

DESGENAIS

Celle de secrétaire chez monsieur de Préval.

MAXIME

Hein?...

DESGENAIS

Restée vacante, par suite du départ d'un certain monsieur appelé à d'autres fonctions, comme dit la partie officielle.

MAXIME, allant vers Dea^enais.

Ma foi, mon cher Desgenais, voici un hasard bien étrange,

Comment?...

MAXIMEf

Ce secrétaire sortant. ^

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DES6ENAIS.

Eh bien?

MAXIME

Cest moi-même, et j'étais venu justement ici avec l'intention de prier monsieur le comte de me faire remdre mon portefeuille.

DESGENÂIS.

En vérité? Oh! mais alors, je renonce à ma candidature.

MAXIME

Cher ami!

DESGENAIS

Ah çà! dites-moi donc ce qui a pu motiver votre destitution...

MAXIME

Ma foi, je iignore encore.

DESGENAIS

Voyons... Monsieur de Prévalest marié... marié à une femme charmante, qui peut assurément cacher dix ans sur les trentequatre qu'elle a peut-être. Monsieur de Pré val clait jaloux?

Lui? oh! non, je vous jure !

DESGENAIS

Mais attendez donc!... il a une (ille...

MAXIME

Oui, mademoiselle Anna.

DKSGENArS.

Vous l'aimez?...

MAXIME^ timidement.

Je le crois.

DESGENAIS

Moi, j'en suis sûr... voilà tout le mystère... Vous êtes sans fortune et le mUUonnaire s'est effrayé de... Mais, pardon... mademoiselle Anna vous aimait-elle? (u ■•a»ied.)

MAXIME

Autrefois, oui, peut-être... elle était alors au couvent, et on ne lui avait pas encore appris à n'aimer que la fortune.

DESGENAIS

Et depuis ce temps elle a complété son éducation.

MAXIME

Oui... oh! mon cher Descehais! je suis bien mameurcux^

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