‹ Les paroles d'un croyant de LamennaisChapitre 1 sur 12 · IL A ET£ TIR£ DE CET OUVRAGE · texte numérisé non relu

IL A ET£ TIR£ DE CET OUVRAGE

100 exemplaires sur pur fil Lafuma, numerotes de 1 a 100.

Les Paroles cTun Croyant ,!

Composition et publication Des « Paroles d’un Croyant »

Un homme de la plus chetive apparence, l’abbe de Lamennais, avec un livre de format exigu, les Paroles d'un Croyant, a ebranle le monde.

On a toujours, jusqu’a ces derniers temps, soutenu que cet ouvrage avait ete inspire par le Livre des Pelerins polonais, de Mickiewicz. « II est impossible, » remarque Alfred Nettement (Hie de la litter, jrang. sous le goucernement de Ju liet, t. I, p. 343), « de ne point reconnaitre dans le Livre des Pelerins polonais le principe gen^rateur de la langue que M. de Lamennais allait bientot parler dans les Paroles d'un Croyant : le melange d’inspirat.ion biblique et evangelique et de violence revolutionnaire, de mysticisme et de democratic, de poesie et de politique, de priere et de malediction, de paroles touchantes et de cris de colere, s’y trouve avec la division par versets, et c’est a cette source que l’auteur de V Indifference l’a puise. On y decouvre la couleur, le mouvement, le sentiment, le

rythme, de cette nouvelle prose qu’on allait de tout cote proclamer sans precedent. » Le meme historien ajoute que « des ce moment, les Paroles d'un Croyant furent dans la pensee de M. de Lamennais. »

La traduction du po£me polonais parut en avril 1833, sous le nom de Montalembert 1. Etant alle voir Lamennais a la Chenaie en juillet 1833, le jeune pair de France lm declamait les passages les plus saillants du livre e Mickiewicz. La maitre et ses disciples s’exaltaient a cette lecture. L auteur des Paroles d'un Croyant ne cachait point son admiration pour le poeme slave 2. 11 ecnvait, notamment, au marquis de Coriolis (6 mai) pour lui en annoncer la publication, en qualifiant son auteur comme le « premier poete de notre 4poque ». /Qne ^tre lettre’ adress^e a la comtesse de Senfft (V mai), reproduit le meme sentiment. « Le livre des

r??f'N<?US1fl«T8’ P,ar Une ,1(rttre de Montalembert lui-meme (22 fevner 1833), que le veritable interprae du Livre des Pilerins polonais est le professeur qui donnait au pretendu traducteur des leCons de po!ona)s Bogdan Janskl, lequel s’etait converti du Saint-Simonisme au Cathohcisme, influence par les ecrits de Lamennais et de Gerbet. Le celebre pair de France, qui dlutait seulement dans 1 etude de la langue polonaise, avait signe la traduchon du professeur Janski « pour la faire vendre un peu », dcrit-il parmi les liberaux . catholiques, anciens partisans de i’Avenir’ <1 T| t F ranee qui goutent ce livre. »

inir'nd Tr 6Sl ^ sans'ntil^ de rappeler que Montalembert avait introduit quelques changements au texte de Mickiewicz. C’est

amsi qufl suppnma le passage defavorable k Casimir P^rier Le poete polonais reprocbait a ce ministre d’etre Partisan de la paix k tout prix et de ne point vouloir sacrifier Pargent et l’armee de la France, pour la redemption de la Pologne. MontalemTert etira de la circulation sa traduction. Les exemplaires en deviWent

Depu}?\'] a Pa/V une nouvelle traduction du Livre des pelerms polonais^ d Armand Levy, avec notes et commentaires du fils de Mickiewicz (1864).

Pelerins polonais, c est le livre de 1 humamte entire, » ecrivait-il a Montalembert (5 mai).

Cependant le 16 mai 1833, dans une lettre a Montalembert, Lamennais signale qu’avant d’avoir lu Mickiewicz, il avait commence un ouvrage d un genre fort analogue. Un critique recent a pretendu que cette affirmation etait pure vanite d’auteur. Ce critique semble ignorer — et il n’est pas le seul — les lettres de Lamennais a son ami de Coux. Il lui ecrit, a la date du 21 mars 1833 :

« Je crois, ainsi que vous, mon ouvrage inattaquable : il ne contient que les plus purs princijpes du christianisme, et certes, le sentiment d’humanite qui s y fait sentir a chaque page, et qui est la vraie cause du succes qu’il a obtenu, est bien aussi un sentiment chretien... »

L editeur des lettres ecrites a de Coux, du 21 mars 1833 au 6 octobre 1834, qui sont de la plus decisive importance pour comprendre levolution menaisienne a ce moment, Charles Perm, observe que l’ouvrage auquel Lamennais fait allusion est bien celui des Paroles d’un Croyant, et il note avec raison qu’il etait deja, avant qu’il eut paru, connu de tout le monde. Nous le verrons plus loin, cette publicite est une des raisons qu’invoquera son auteur pour le faire imprimer h

1. Lorsqu’a cette date du 21 mars 1833, Lamennais parle du succes de son livre, il ne peut etre question que de la haute estime dans laquelle cette oeuvre etait tenue par les personnes auxquelles il 1’avait deja lue. Il est, en effet, inexact, comme 1’affirme Sainte- Beuve, que les Paroles aient ete composees en huit jours. D’apres une lettre a Montalembert du 16 mai, on constate que l’ouvrage etait en voie de composition : « Comme ce ne sont pas de ces choses

Concluons avec M. Stanislas Szpotanski ( Adam Mickiewicz et le Romantisme, p. 54) :

On a souvent parle de l’influence reciproque de Lamennais, et de Mickiewicz, surtout en ce qui conceme 1’idee et le style du Livre des Pelerins polonais et des Paroles d’un Croyant, On trouve reellement, malgre la difference de temperament et de talent, des similitudes etranges entre lecrivain fran?ais et le poete polonais, similitudes qui s’exphquent par leur foi, a tous deux, dans un avemr religieux de l’humanite. et leur tragique recherche de l’esprit religieux, dans la societe contemporaine.

II est inexact de pretendre, comme on le fait sans cesse, que les Paroles d'un Croyant etaient, au point de vue de la forme, un ouvrage sans precedent. C’est, en effet, a Ballanche que revient le merite d’avoir reussi le premier (1831), dans le genre de composition en style visionnaire et prophetiqu . L’opinion concernant l’originalite exceptionnelle des Paroles a persiste : un auteur relativement recent affirmait encore que cet ouvrage etait « sans module, comme sans precedent dans les literatures humaines. » (Mgr Ricard, Lamennais, 5e ed., 1875, p.265.) On trouverait encore chez des auteurs actuels des appreciations analogues. Sainte-Beuve, pourtant, n’avait point manque de prevenir toute confusion a ce propos. Dans son article de la Revue des Deux-Mondes, par lequel ll annonce que 1’opuscule de Lamennais a paru, il ^tablit la comparison, qui s imposait, entre les Paroles d'un Croyant et la Vision d'Hebal.

qui demandent a etre faites de suite, peut-etre le continuerai-je si je m y sens quelque attrait, toutefois, n’en parle a personne. »

Apr&s avoir ete condamne par le Saint-Si&ge (Ency-

redigea son pamphlet. La rumeur s etait bientot propagee qu’il ne restait pas inactif, qu’il composait un livre. Nous verrons plus loin que 1 auteur avait donne lecture de son manuscrit a quelques intimes.

L’acte pontifical avait eu pour resultat de creer une certaine solitude autour du grand homme. La plupart de ses disciples s’etaient retires. Tous ne s etaient pas separes avec mesure. Lacordaire avait fui en accomplissant un geste bien th&ltral, et d’une inconvenance certaine. De telles separations ne pouvaient qu’affliger une nature aimante et impressionnable. Quelques amis, neanmoms, entouraient encore Lamennais : avec son frfere, ll y avait Gerbet, Marion, Rio, Maurice de Guerin, le comte Plater, Kertanguy... Nous savons que MontaLmbert lui etait reste uni par la plus tendre affection. II se pourrait, a voir les choses de prfes, que la fidelite de quelques-uns, exaltant k leur insu le ressentiment du maitre, ait eu un effet plus decisif que la desertion des autres. L’amitie, au lieu de calmer un coeur ulcere, augmentait ses d^gouts 1.

1. On sait que Lacordaire ecrivait, a propos des influences amicales qui agissaient a cette heure sur Lamennais : « La blessure y <£tait vivante, et le glaive s’y retournait chaque jour par la main meme de celui qui aurait du Ten arracher et y mettre a la place le baume de Dieu. » Toutes les suppositions ont ete faites pour savoir a qui Lacordaire fait allusion par ces mots. Le chanoine Houet a exprime une pensee assez juste en disant que « les accusations vagues sont les plus prudentes ; elles ne sont pas toujours les plus courageuses ni les plus loyales. » (Cf. Roussel, Lamennais

Aux intimes qui partageaient ses deceptions, Lamennms a partir dun certain moment, ne fit plus mystere de ses occupations. II leur lisait les Paroles Relatrvement a cette lecture, il y a certains points' males a preciser. L auteur avait-il communique le tout de son poeme ou seulement certains passages . Le jour ou Lamennais se decida a publier son oeuvre, comment ses amis lui auraient-ils conseille de ne point braver audacieusement 1 ’opinion et 1’autonte, s ils n avaient point connu de I’oeuvre en question les chapitres violents, capables de soulever borage?

Quelles qu aient effi l£s circonstances, les auditeurs des Paroles dun Croyant furent subjugu^s par 1 ’admiration. Keproduisons le temoignage d’A. F. Rio qui est le plus detaille a ce suj'et :

Malgre la discretion que 1 ’auteur avait apportee dans le choix de ses chapitres, i! etait difficile Pqu’une certame inquietude ne se melat pas k l’enthousiasme que cette ecture excitait dans nos ames. Mais ce dernier sen! timent dominait tellement tous les autres, que la critique tait impossible. Meme plus tard, quand l’ceuvre fut completement achevee, il y eut des lecteurs non moins oX

duXLqeUdeniob eqtUd ^ la mettre au~dessus

vre de Job et de 1 Apocalypse de saint lean I ’akki

erbet lui-meme fut un peu ebioui avant d’etre scandalise 1. qu’il't ett kZTlT ■inC°nnuS\ L l’ P- 306). Il est vraisemblable

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